LA BATAILLE DES SEPT JOURS
Dévouement de DucateL — Le général Douay entre par la porte de Saint-^loud. — Première période de Taitaque : Les troupes s'emparent du pont de Grenelle, du Trocadéro, de l'Arc de Triomphe. — Le général de Cissey occupe Vaugirard, le Champ de Mars. — Enlhousiasme des Parisiens. — Dernier appel de la Commune expirante. — Construction de plusieurs lignes de barricades. — Opérations préparées le lundi et eiécutées le mardi. — Prise de la butte Montmartre. — Au centre et sur la rive gauche, Tarmée manœurre d'ensemble avec l'aile droite. — Evénement important de la seconde période : Mouvements circulaires qui ont pour objectif THÔtei de ville. — Vivacité de la lulte sur le boulevard Malesherbes. — Prise de la place Vendôme, de l'Opéra, dd la Trinité, de Noire-Dame-de-Loretle, de la Bourse. — La garde nationale restée fidèle vient se joindre aux troupes. — Incendie des Tuileries. — La bataille prend des. proportions inattendues. — Double et sanglante tragédie. — Le Cbàteau-d'Eau est emporté. — Horreurs de cette longue lutte. — Troisième période: marche du général Vinoy dans le faubourg Saint-Antoine. — Il occupe Cbaronne. — Opérations semblables du général Ladmirault sur la Villette. — Les deux corps d'armée prennent position sur le revers du Père-Lachaise et des buttes Chaumont. — Suprême péripétie du drame.
Le cercle de fer et de feu qui entoure la capitale s'est de plus en plus rétréci. Les troupes ont enlevé successivement a l'insurrection Meudon, Sèvres, Rueil, Courbevoie, Bécon, Asniëres, les Moulineaux, le Moulin-Saquet. Elles sont entrées, le 8 mai, dans le fort d'Issy dont la prise a entraîné, en quelque sorte forcément, l'évacuation du fort de Yaûves.
Du haut de toutes ces positions, la foudre s'abat sur les murailles de la ville, dans ses murs, sur ses boulevards, incendiant quelque maison criminelle, écrasant quelque cohctrle de soldats fratricides ; et par les cent bouches de ses batteries, la cité rebelle répond d'une voix qui va s'affaiblissant d'heure en heure et n'aura bientôt plus d'autre puissance que celle du défi. La fin du dratne approche, rheure de l'expiation va sonner.
La canonnade incessante et vigoureuse qui, depuis plusieurs jours, ne cesse de .battre l'enceinte des fortifications, au sud-ouest de Paris, a ouvert de ce côté quelques brèches praticables. L'assaut doit avoir lieu, le 22 ou le 23 mai, sur deux points du rempart : au sud entre Vanves et Montrouge, et à l'ouest au Point-du- Jour. . ^
Tout se prépare pour ce grand acte, lorsque le maréchal est informé par le général Douay, commandant les attaques de droite de la rive droite (4*" corps, division Berthaut et L'Hérillier, et division Vergé de l'armée de réserve), que les gardes de tranchée entrent dans Paris. En effet, dans l'après-midi du dimanche, vers trois heures, au moment même où le feu de nos batteries est dirigé avec la plus grande énergie contre la porte de Saint-Cloud, un homme, risquant mille fois sa vie, apparaît tout à coup : il agite un mouchoir blanc et par l'insistance de ses signaux attire enfin l'attention des assiégeants. Craignant une embûche, dont plusieurs fois déjà ils ont été victimes, nos officiers hésitent à s'avancer vers lui lorsque, n'écoutant que son audace, le commandant de l'avant-garde, le capitaine de frégate Trêves, après avoir défendu à ses hommes de le suivre, s'élance audevant de l'inconnu. C'est Jules Ducalel, piqueur au service municipal de Paris : ayant constaté que l'artillerie de Versailles avait délogé les insurgés, il vient, bravant héroïquement la mort, en avertir nos troupes et les mettre à même de pénétrer dans la ville.
Ainsi, par le dévouement d'un seul, ont été conservées tant de précieuses existences qu'on aurait infailliblement sacrifiées dans la fureur d'un assaut. Ce résultat inapprécia-
ble n'est pas cependant le plus important; en accélérant la prise de possession de Paris, Ducatel a peut-être arraché la ville entière à la destruction par le feu. Les chefs de la Commune avaient rôvé un embrasement général poui; venger leur défaite; le temps leur a manqué. L'histoire doit s'incliner avec une respectueuse reconnaissance devant celui qui a exposé sa vie pour prévenir un pareil désastre.
Deux compagnies du 31* de ligne (division Vergé), quelques sapeurs et quelques artilleurs portant des mortiers de quinze centimètres, pénètrent aussitôt, un par un, dans la place. La fusillade s'engage ; une pièce de douze est toarnée contre les insurgés, pendant qu'on établit une passerelle sur les débris du pont-levis. Les gardes de tranchées et les tr vailleurs sont amenés en grande hâte pour soutenir le cmbat.
Le maréchal commandant en chef, qui se trouve en ce moment au Mont-Yalérien, donne immédiatement connaissance & tous les commandants de corps d'armée de la surprise de la porte de'Saint-Gloud, et prescrit au général Glin- 'chant, commandant l'attaque de gauche de la rive gauche {5« corps), au général Ladmiràult, commandant le l*' corps, et au général Vinoy, commandant l'armée de réserve, de faire les dispositions nécessaires pour entrer dans la place à la suite du corps du général Douay, et il porte son quartier général à Boulogne.
Le général Berthaut, commandant la l'* division du 4< corps, suit les deux compagnies du 37% entrées les premières dans la place. La brigade Gandil, de cette division, y pénètre & six heures et demie, suivie de près par la brigade Carleret. Le général Berthaut a pour mission de s'emparer du quadrilatère formé par les bastions 62 à 67, la Seine et le viaduc du chemin de fer de ceinture, position importante qui constitue, dans l'intérieur des murs, une excellente place d'armes.
Cette opération s'exécute en longeant les fortifications par le boulevard Murât, de manière à tourner les défenses du pont-viaduc qui font face au Point-du-Jour, et à s'emparer
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de la porte d'Auteuil, pour donner accès à d'autres co-. lonnes.
La division Vergé entre dans Paris, & sept heures et demie, et se dirige par la route de Versailles, yers le pont de Grenelle.
Les divisions Berthaut et L'Hérillier {4* corps) après s'être emparées de la porte d' Autèuil et du viaduc du chemin de fer, se portent en avant pour attaquer la seconde ligne de défense des insurgés, située entre la Muette et la rue Gillon. Elles s'emparent de l'asile Sainte-Périne, de l'église et de la place d'Auteuil.
La division Vergé, sur leur droite, enlève une formidable barricade qui se trouve sur le quai, à hauteur de la rue Fuillon, puis se porte sur le Trocadéro qu'elle enlève, et y prend position, en y faisant quinze cents prisonniers.
De son côté, le général Ciinchant continue alors son mouvement le long des remparts par la route militaire, et s'empare de la porte de Passy. La brigade de Courcy entre dans la place par cette porte.
La position importante du château de la Muette, dont les défenses s'appuient aux remparts et se prolongent vers la Seine, devient l'objectif du général Ciinchant.
Défendue par des fossés, des murs, des grilles, des batteries, elle est presque inattaquable du côté des remparts. Le général se porte vers Test, la tourne et l'enlève.
Pendant ce temps, les divisions Grenier et Laveaucoupet, du 1**^ corps, se dirigent vers le bois de Boulogne et pénètrent dans la place dès trois heures du matin, par les portes d'Auteuil et de Passy,. la 3« division (général Montaudon) gardant ses positions de Neuilly et d'Asnières.
Les divisions Bruat et Faron, de l'armée du général Vinoy, étaient entrées dans Paris à deux heures du matin. La division Faron s'établit en réserve à Passy, la division Bruat a pour mission de franchir la Seine et d'enlever la porte de Sèvres, pour faciliter l'entrée du 2* corps; la brigade Bernard de Seigneurens, de cette division, traverse, en effet, le pontviaduc. Elle éprouve des difficultés à l'attaque du quartier
de Grenelle, mais elle s'en empare au moment où les troupes du général de Cissey, qui ont forcé la porte de Sèvres, viennent la rejoindre.
La brigade Bocher, de la division Susbielle, formant la colonne d'attaque du corps de Cièsey, se masse vers minuit, à deux cents mètres de l'enceinte. Les sapeurs du génie s'approchent en silence de la porte de Sèvres, et établissent avec des madriers, disposés en rampe, un étroit passage, par lequel pénètre homme par homme une compagnie du 18* bataillon de chasseurs. Ce petit détachement s'élance sur le chemin de fer de ceinture et s'empare de cette deuxième enceinte avant que l'éveil soit donné.
Il est deux heures et demie; la* double enceinte sur la rive gauche se trouve forcée, et les troupes de la brigade Bocher peuvent ouvrir la porte de Versailles.
Les positions du Trocadéro et de la Muette, sur la rive droite, étant enlevées ; la division Bruat et la tête du corps du général de Cissey, occupant déjà une partie du quartier de Grenelle, sur la rive gauche, le maréchal, dont le quartier général vient d'être transporté au Trocaidéro, règle la suite des opérations.
Nous sommes au lundi matin.
La population parisienne se réveille par un magnifique soleil, à la grande nouvelle qui court les places et les rues, pénètre dans les maisons, jetant ici la joie, et plus loin la tristesse et la fureur. Le sentiment de la délivrance est celui de la grande majorité de la population. Dans les quai*tiers conquis, les troupes régulières sont accueillies avec enthousiasme, et le nom de Mac-Mahon, chaleureusement acclamé.
Jus(iue-là, il n'y a eu que peu ou point de résistance. Au tumulte croissant de la fusillade, au bruit du rappel et du tocsin les gardes nationaux se rassemblent et se concertent; il en est beaucoup qui, incorporés malgré eux, s'esquivent et rentrent au logiâ. Les plus tenaces se groupent au hasard, il n'y a de direction que dans les positions capitales, comme l'Hôtel de ville, la Préfecture de police, etc., où campe la vieille garde de Montmartre et de Belleville. Des estafettes répandent partout le mot d'ordre : « Des barricades! Aux
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barricades ! » C'est le dernier appel de la Commune expirante *
« Que tous les bons citoyens se lèvent !
« Aux barricades ! L'ennemi est dans nos murs.
<c En avant pour la république, pour la Comniune et pour la liberté !
« Aux arnles!
a Paris, le 22 mars 1 87 1 .
« Le Comité de salut public :
a Ant. Arnaud, Billioray, Eudes, Gambon, Ranvier. »
Gluseret avait fortement insisté pour l'établissement d'une seconde ligne de fortifications volantes dans le triangle du Trocadéro, de l'Arc de triomphe, de la place d'Eylau et de celle de Wagram. Cette seconde ligne de défense n'avait été qu'ébauchée avant l'entrée dans Paris de l'armée régulière j faute énorme que, soit indifférence et incurie, soit faute de temps, la Commune avait commise. A l'heure présente, il fallait qu'elle se retranchât derrière la troisième ligne, c'està-dire dans Paris môme, ou, pour mieux dire, qu'elle improvisât sur-lechamp cette troisième ligne ; car, à part quelques points fortifiés avec soin à l'avance, tels que la place de la Concorde, défendue par les deux barricades de la rue Royale et de la rue de Rivoli, ainsi que par la terrasse des Tuileries, excepté encore l'Hôtel de ville, Moûtrouge, notamment du côté de la route d'Orléans, — et les boulevards de Charonne, Belleville et Montmartre, dans tout le reste de la ville, la troisième ligne d'obstacles défensifs n'existait pas encore.
Hais à Paris les barricades vont vite. Le 22, elles poussent de terre au bout de chaque rue, à l'angle de chaque carrefour, même dans les quartiers hostiles à la Commune, comme ceux de l'Opéra, de la Bourse, du faubourg Saint-Germain; seulement, faute de temps, beaucoup de ces constructions ne peuvent s'achever avant d'être attaquées et prises.
Et pourtant, à toutes ces barricades avaient travaillé avec une sorte de frénésie, avec une ardeur fiévreuse, des gardes nationaux, des hommes en blouse, des femmes, des enfants, sous les ordres d'agents de la Commune, à figure
kSS HISTOIRE DE LÀ COMMUNE.
rébarbative, qui forçaient les passants à coopérer malgré eux au travail fébrile de Tinsurrection. On vit môme à la barricade du Châtelet deux femmes ayant des écharpes rouges et le revolver au poing contraindre les dames, un peu soignées dans leur mise, à porter des pavés aux travailleurs.
En même temps, les bataillons descendent des quartiers hauts vers le centre de Paris, ayant la musique en tète et suivis de leurs canons. Dans les rangs, on remarque bon nombre de femmes, armées de fusils et court^vôtues. Il passe même sur les boulevards un bataillon exclusivement féminin ; les fédérés gesticulent, crient la Marseillaise : c'est un spectacle bizarre et odieux. Pendant les sept jours que dura la bataille, les femmes (j'entends certaines femmes) apparaissent hideuses, plus cruelles cent fois que les hommes; on les a vues derrière les pavés ou les volets tirant sur la troupe; le long des rues semant le pétrole; arrêtées: cyniques, ignobles. Nos pères les connaissaient : tricoteuses aux jours de discussion, furies de la guillotine aux jours d'exécution. La semaine précédente elles étaient dans les églises transformées en clubs ; elles sont de 1& descendues dans la rue, et, jusqu'à la fin, elles lutteront là haut sur les buttes Chaumont et (théâtre fantastique de l'agonie de l'insurrection) dans le cimetière du Père-Lachaise.
C'est un des signes des crises terribles de l'humanité: quand le monde, éprouve quelque immense ébranlement, quand une accumulation d'espérances insensées, d'appétits mauvais, de vices entés sur les vices, de débauche et d'incrédulité, soulève le fond des masses; alors la louve suit son mâle au combat.
La journée du lundi est donc employée par les fédérés à descendre dans les quartiers du centre, à les barricader. Les boulevards intérieurs, les deux quais, depuis la rue du Bac, les abords de l'Opéra, de Notre-Dame-de-Lorette, ainsi que les alentours de Saint-Sulpice et du Panthéon, tels sont les points spécialement travaillés, afin de protéger par une ligne continue de défenses, de Montrouge à Montmartre, le quartier général de l'Hôtel de ville.
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Si l'armée avait pu, dans la journée et la nuit du lundi, continuer sans le moindre retard son mouvement offensif daps Paris, il est à peu près certain qu'elle eût traversé facilement tous ces essais de barricades, encore informes et faibles; mais ne connaissant que très-imparfaitement la ville, les généraux se préoccupèrent des positions maîtresses et stratégiques, avant de chercher à enlever les obstacles.
La Seine décrit dans la capitale un arc de cercle; sur chaque versant s'étend la grande cité en forme de circonférence. Mais la rive gauche est bien moins étendue que la rive droite, et son versant est aussi bien moins élevé. Par les circonstances spéciales et politiques de l'insurrection, celle-ci se trouvait concentrée, dans sa plus grande puissance de nombre et d'énergie, sur les hauteurs de la rive droite. Elle pouvait toujours compter sur les sentiments révolutionnaires du quartier Saint-Marceau et de Montrouge ; mais l'acropole de la Commune était certainement à Montmartre, appuyée sur les puissants contre-forts du Temple, de Belleville et de Charonne.
Aussi, à première vue, les manœuvres d'attaque devaient suivre parallèlement les crêtes de chaque côté de la Seine; mais les troupes chargées de l'attaque de gauche, se heurtant à des difficultés moins ardues, et ayant devant elles un périmètre moins étendu, devaient marcher plus vile, de façon à former réserve, lors de la grande attaque de droite contre le cœur même de la résistance.
Quant au centre de l'armée rencontrant de front les barricades, il lui fallait aussi mesurer sa marche sur les progrès latéraux des ailes qui, cheminant en avance des corps intermédiaires, coupaient, isolaient et prenaient à revers le massif entier des barricades.
Ainsi, toutes les opérations se soutenaient, poussant l'insurrection devant leur concours combiné et convergeant daps un commun et dernier effort contre le dernier foyer de la résistance.
Lundi matin, l'armée se forme, en cinq colonnes : la pre- * mière opère à gauche, ayant pour objectif la barrière d'Ita-
lie et le Panthéon : c'est celle du général de Cissey. Au centre, sur la Seine, le corps du général Vinoy et celui du général Douay; à droite, la colonne du général Clinchant.
C'est aux ailes d'abord à se développer.
Le lundi, vers cinq heures du soir, le général de Cissey s'empare de la gare Montparnasse, pénètre au centre du quartier de Vaugirard, puis partage ses troupes en deux colonnes, l'une se dirigeant vers le Panthéon, où elle doit se développer; l'autre se portant par l'avenue du Maine dans la direction de Montrouge. Cette seconde colonne s'élance vers la barricade des Quatre-Chemins, s'en empare après une lutte acharnée; puis, neutralisant rentrée de la grande barricade de l'avenue d'Orléans et celle de la roule de Châtillon, toutes deux formidablement armées, elle les prend à rebours. Grâce à ce coup de main, toute la partie sud, depuis les Quatre-Chemins jusqu'aux fortifications- avec les portes d'Orléans et de Châtillon, demeure au pouvoir de l'armée. C'est la voie frayée sur la butte aux Cailles.
A droite, les généraux Ladmirault et Clinchant ont pour objectif ces fameuses hauteurs de Montmartre, si chères aux insurgés et qu'ils avaient armées avec tant de soin. Ils ne peuvent songer à aborder la position de front : il s'agit de l'envelopper précisément par ses côtés les moins défendus, de se concentrer, au bas des buttes, de façon à se trouver par le rapprochement môme en dehors de l'action des canons.
Cette manœuvre hardie est préparée le lundi 22 mai, et exécutée le mardi. Sous la protection des batteries de l'Arc de triomphe, qui tiennent en échec la place de la Concorde et les Tuileries, les troupes gagnent la caserne de la Pépinière, s'emparent de la gare Saint-Lazare; sur l'extrême gauche, elles suivent le rempart à l'intérieur par Monceaux et les Batignolles, à l'extérieur, par Clichy et Saint-Ouen, zone neutre ouverte par les Prussiens.
Le mardi 23 mai, l'attaque s'est étroitement serrée autour de Montmartre ; les Batignolles livrent accès par le cimetière; le général Clinchant emporte les barricades de la place Moncey et de la rue Lepic, de la place Blanche et de la place Pigalle; le général Ladmirault enlève l'avenue Trudaine et la
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mairie, Tune très-vivement défendue, Tautre au contraire assez mollement. A trois heures do Taprès-midi, le drapeau tricolore flotte sur les buttes. La prise de Montmartre, tel est le succès essentiel qui clôt la première période do l'attaque.
Au centre et sur la rive gauche, l'armée manœuvre d'ensemble avec l'aile droite pour prendre dans toute la ville son alignement à la hauteur de Montmartre.
Vers l'extrémité sud de l'opération, le corps du général de Cissey pousse* en avant, se développant toujours suivant une ligne dont une extrémité tend à la Seine et dont l'autre rase les remparts à droite; il enlève une première série de barricades élevées sur la place de l'église Saint-Pierre, et une seconde massée à l'ancienne barrière d'Enfer, près de la gare de Sceaux. En môme temps, il rabat la partie de ses troupes installée à la gare Montparnasse, sur la gauche, dans la direction du général Yinoy du côté de la Seine, afin de cerner le faubourg Saint-Germain et le quartier des mif nistères. Dans la nuit même de lundi à mardi, les soldats
chassent les fédérés d'une première barricade établie à l'intersection de la rue de Rennes, enlèvent plus bas, au coin de la rue du Vieux-Colombier, une seconde barricade qui tentait de les arrêter.
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C'est au centre de Paris que s'accomplissent les événements les plus importants de la seconde période. La place Vendôme, l'Hôtel de ville sont prêts à la résistance. Quant à la place du Château-d'Eau, rien n'a été fait dans la journée du lundi. Mais le temps singulièrement beau de jour et de nuit permet aux partisans de la Commune de mener trèsactivement leurs travaux.
Les larges voies tracées par l'administration impériale auraient favorisé l'attaque des barricades, si les troupes seules avaient eu de l'artillerie. Mais les insurgés possédaient des canons et xles mitrailleuses de tout système.
L'opération se compliquait de canonnades, de cheminemenls patients le long des maisons, et surtout de mouvements tournants. C'est pour les favoriser dans chaque quartier et contre chaque barricade que fut combinée la marche des cinq colonnes principales, se soutenant mutuellement sur la même ligne et se devançant à tour de rôle.
Dès mardi, le général de Cissey. sur la rive gauche, borde déjà la Seine jusqu'à la rue du Bac et organise au Corps législatif une batterie destinée à contre4>attre celle de la terrasse des Tuileries. Le général met aussi & profit la nuit du 23 au 24 pour filer le long de la rue du Rempart jusqu'à la courtine 83-84,et le matin, par un vigoureux coup de main, il emporte le parc de Montsouris, rejetant les fédérés du côté de la Butte-aux-Cailles. Il s'empare du même coup de la ligne et de la gare du chemin de fer de Sceaux, prenant ainsi entre deux feux les barricades de la place d'Enfer qui, depuis la veille lui faisaient un mal sensible. Une action très-chaude se passe encore entre la porte de Vanves et la Maison-Blanche : les gardes nationaux refoulés se sont réfugiés sous les canons des forts d'Ivry, de Bicêtre et de Montrouge qui tiraient à toute volée sur le sud de Paris.
Tandis qu'on se bat ainsi au nord et à l'ouest du faubourg Saint^Germain, les abords du Luxembourg et le quartier de la rue Saint-Jacques sont pourvus de défenses formidables qui leur donnent l'aspect d'une forteresse. Un morne silence règne partout. Ce calme effrayant n'est d'abord troublé que par les détonations lointaines de la bataille qui se livre du côté de la rue de Rennes et du boulevard Montparnasse. Le 24, vers midi, le bruit de la lutte parait se rapprocher. D'épais nuages de fumée s'élèvent au-dessus du vaste pâté de maisons qui se trouve entre le Luxembourg et l'église Saint-6ermain-des-Prés. L'émotion est indicible. Quelques clairons sonnent la générale. A trois heures, on voit des bataillons fédérés remonter le boulevard Saint-Michel. Des officiers fédérés à cheval requièrent des travailleurs pour réorganiser les barricades ; la plupart de ceux qui se présentent sont des enfants, mais
tout passant est forcé de porter son pavé. Puis des fédérés arrivent pour occuper les défenses; repoussés des points supérieurs, ils se réfugient derrière ces constructions d*où ils vont recommencer le coup de feu. « Fermez vos fenêtres! » crient des voix impérieuses. Et les volets battent violemment et précipitamment.
Le moment est anxieux. Une vive fusillade, suivie de coups de canon, ébranle le quartier. C'est la bataille qui s'approche à mesure que l'armée de Versailles gagne du terrain. On entend la trompette des chasseurs sonnant la charge. On se bat rue Saintr-Jacques, rue Gay-Lussac, boulevard Saint- Michel. Le Luxembourg est environné d'un cercle de feu. En ce moment, passe en courant une cantinière fédérée. « Ils sont à la poudrière ! » crie-t-elle. Tout à coup, en effet, un bruit formidable ébranle l'air. Les vitres volent en éclats, de tous côtés les fenêtres s'ouvrent avec fracas, les portes se brisent, les devantures des magasins sont arrachées, les cloisons jetées par terre ; des nuages de poussière obscurcissent le jour. Toute la population voisine du Luxembourg atterrée, affolée, se précipite dans les cours et dans les caves! Une foule de débris projetés au loin jonchent le sol.
C'était la poudrière du Luxembourg, à laquelle les fédérés avaient mis le feu vers midi, qui venait de sauter, juste au moment où la brigade Paturel, comprenant le 17* chasseurs, le SS' et le 76* de marche, pénétrait dans le jardin par les rues d'Assas et de Yaugirard. Le désastre fut moins grave qu'on aurait pu le craindre ; car, deux jours auparavant, on avait évacué sur Montmartre la plus grande partie des cartouches. Il ne restait que quelques tonneaux de poudre et une certaine quantité d'obus vides. L'explosion eut cependant des suites effrayantes ; les ambulances furent entièrement détruites, les arbres d'alentour brûlés jusqu'au faite, les réverbères tordus ou brisés. Quant aux blessés, déposés en très-grand nombre dans les baraquements voisins, ils avaient, cinq jours auparavant, été transportés dans le palais.
Cependant le 17* bataillon de chasseurs à pied et le 38<» de ligne ont attaqué la barricade de la rue Gay-Lussac et s'en
sont emparés; en môme temps, la brigade Paturel a descendu au pas de course le boulevard Saint-Michel ; mais elle a été arrêtée court par les fédérés qui occupent la barricade élevée sur ce point, et dont les rangs sont sans cesse grossis par les forces insurgées débusquées de la Croix- Rouge par la division Lacretelle. « Nos pertes s'accumulent, écrit un officier supérieur. Le général Paturel, encore souffrant d'une blessure reçue le 18 mars, est atteint d'un coup de feu à la cuisse. Le colonel Bladelli, du 38* de marche, est également blessé. La rage s'empare de nos officiers et de nos soldats. »
Vers deux heures, la barricade de la rue de Rennes ayant été enlevée, des renforts arrivent aux troupes de Versailles. Toutefois, on ne peut emporter de front les défenses du boulevard. Des détachements de l'armée française se jettent dans la rue de TÉcole-de-Médecine,- descendent jusqu'à la Seine et remontent alors le boulevard Saint-Michel, prenant à revers tous les obstacles. En ce moment, on annonce au général Paturel de nouveaux secours. En effet, la brigade Rocher (18* bataillon de chasseurs, 46« et 89* de marche), débouche par les rues d'Ulm, Royer-CoUard, après avoir emporté les barricades du Val-de-Grâce et de la rue des Feuillantines.
Mais la position maîtresse est le Panthéon. On le dit miné, prêt à sauter; aussi l'appréhension des habitants est-elle grande. La place du Panthéon est défendue du côté du Luxembourg, par des barricades armées de canons, placées Tune rue Souflot, l'autre rue Saint-Jacques. Deux autres barricades sont placées, du côté droit, à l'entrée de la rue Cujas ; du côté gauche, à l'entrée de la rue Paillet. En outre, toutes les rues donnant accès sur la place sont fermées par de formidables défenses.
C'est la prise de la barricade de la rue Paillet qui doit décider de la victoire des troupes de Versailles sur la rive gaujche. Après plusieurs assauts successifs, les chasseurs du 18* bataillon s'en emparent; ils se répandent dans les terrains vagues qui surplombent la rue Souflot, pénètrent dans plusieurs maisons, et de là font sur la place un feu pion-
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géant qui écrase les fédérés ; leurs artilleurs sont tués auprès de leurs pièces. La troupe alors s'élance à la faveur du désordre causé par cette attaque imprévue, la formidable citadelle est emportée, et avec elle tombe toute résistance dans le quartier. Le carnage est horrible dans le Panthéon et à la mairie du V"^ arrondissement : les soldats, furieux de la résistance qu'ils ont éprouvée, ne font aucune grâce. Le lendemain matin les rues et les places du quartier apparaissent pleines de sang, couvertes de cadavres.
Sur la rive droite, le général Ladmirault s'avance encore plus loin sur la ligne des boulevards extérieurs ; il s'étend jusqu'à la gare du Nord. Ses mouvements circulaires vont envelopper le massif de l'Hôtel de ville; les généraux Douay et Vinoy, au centre de l'opération, l'entament vigoureusement ; le général Clinchant les seconde entre la ligne des boulevards. C'est l'œuvre du 23, du 24 et du 25 mai.
Les barricades du boulevard Malesherbes et du boulevard Haussmann,. fortement canonnées le 24, sont abandonnées par leurs défenseurs. Sur ce point la lutte a été des plus vives : les vitres brisées, les balcons écaillés par les boulets, les maisons criblées de balles, les réverbères renversés, les arbres coupés en deux et les trottoirs couverts de feuillage arraché par les obus : tel est le spectacle qu'offre le boulevard depuis la Madeleine j usqu'à Saint-Augustin.
Au moment où les obstacles du boulevard Haussmann et du boulevard Malesherbes cèdent devant le vigoureux effort des troupes, La place de la Concorde tombe également en leur pouvoir, en dépit des deux barricades monumentales de la rue Royale et de la rue de Rivoli^ soutenues par la terrasse des Tuileries. Les fusiliers marins s'emparent aussitôt du ministère de la marine qui, moyennant une forte somme, a été épargné par les incendiaires de la rue Royale et de la rue Boissy d'Anglas.
Dès lors, la place Vendôme est prise des deux côtés par la rue de Castiglione et par la rue de la Paix : l'état-major des fédérés l'abandonne après avoir fait transporter la plus
grande partie des canons à la barricade élevée en avant de la place du Nouvel-Opéra ; celle-ci ne résista pas longtemj)s grâce au feu d'une batterie de Tarmée placée sur le boulevard Haussmann à la hauteur de la rue d'Argenson. Le génie tente immédiatement d'abattre la barricade de la rue de Castiglione, et des détachements de cavalerie occupent la place concurremment avec l'infanterie qui avait pris part aux attaques de la nuit. Des drapeaux tricolores remplacent le drapeau rouge au ministère de la justice et à l'état-major ; ils couvrent le piédestal de la colonne abattue, sur les débris de laquelle le soldat jette des regards de consternation et de colère.
De son côté, le général Clinchant, déjà maître de la gare Saint-Lazare, du quartier de l'Europe, de l'Opéra, marche droit aux obstacles agglomérés autour de Notre-Dame-de- Lorette, dans les rues de Châteaudun et des Martyrs. Il les enlève, tandis qu'un engagement également défavorable aux insurgés a lieu devant l'église de la Trinité et dans la rue de la Chaussée-d'Antin ; puis les troupes, après avoir dégagé la mairie de la rue Drouot, s'avancent dans la rue Lafayette.
Celles qui se sont emparées de la place Vendôme, remontant la rue de la Paix, marchent sur la Bourse par la rue du Quatre-Septembre, afin de découvrir le flanc droit de l'Hôtel de ville.
Le mercredi, 24, la Bourse est en leur pouvoir. Le IX» et le II'' arrondissement sont délivrés. Les habitants de ces quartiers, cernés à peu près depuis le commencement de la lutte, accueillent les soldats comme des libérateurs. Bientôt les maisons sont pavoisées, les barricades détruites, les proclamations de la Commune lacérées. La garde nationale restée fidèle se rassemble et vient se joindre aux troupes qui sont accueillies aussi chaleureusement qu'au faubourg Saint- Germain ; là, en effet, un groupe de citoyens commandés par MM. Durouchoux, Vrignault et Maurin avait bravement fait le coup de feu contre les insurgés, et coopéré, dès le premier jour, à la délivrance de la cité. Sur le boulevard, quelques' cafés ouvrent. On raconte une douloureuse nouvelle : le
commandant Poulizac a été tué mardi sur une barricade de la rue de Grammont.
Hais la nouvelle la plus douloureuse, la plus funèbre, est celle de Tincendie des Tuileries. La Commune s'était dissoute, le lundi matin, en lançant comme une suprême- et sommaire instruction : la guerre des rues, et Tordre d'incendier les positions forcément abandonnées. Elle n'est que trop obéie : une épaisse fumée monte au-dessus des Tuileries; déjà le dôme est écroulé; dans Taile de Tex -ministère d'État, on voit à travers les fenêtres , la flamme ruisseler lourde et huileuse. C'est bien le feu du pétrole. Pour arriver jusqu'au lieu de l'épouvantable sinistre, on attaque aussitôt la barricade du Théâtre-Français, par les rues Montpensier, Richelieu et Saint-Honoré. On l'emporte, et on veut alors, en venant par la rue de Valois, essayer d'arrêter le feu qui dévore le Palais-Royal ; mais on ne peut approcher des Tuileries, la lutte étant fortement engagée dans la rue de Rivoli pour la prise des barricades qui, de ce côté, défendent les approches de l'Hôtel de ville. Les balles sifflent, et les détonations des obus qiii tombent de tous côtés se joignent au simstre crépitement de la flamme : |c'est l'orchestre infernal qui accompagne ce spectacle de désolation.
Alors la fureur s'empare de la foule; jusque-là, elle était plutôt au sentiment heureux de la délivi^ance ; mais elle tourne bientôt aux passions impitoyables de la vengeance et des représailles. On se raconte, en frémissant, que le feu du pétrole consume également une moitié de la rue Royale, le ministère des finances et tous les monuments du quai d'Orsay, ainsi que la rue du Bac... « Fusillez les prisonniers î pas de quartier 1 à mort les pétroleurs I » crient les groupes affolés aux soldats qui ont conservé dans leur rude besogne un remarquable esprit d'humanité.
Quand l'armée de la délivrance comprend, par l'explosion simultanée de cent incendies à la fois, qu'il s'agit de sauver Paris d'une destruction complète, et qu'au bout de la lutte engagée se trouve le mot suprême d'Hamlet : être ou n'être pas ! l'énergie de l'action prend des proportions inat-
tendues , et Paris voit encore se produire dans ses murs une double et sanglante tragédie.
Du côté des partisans de la Commune, on fusille sans relâche et sans piti^ les soldats faits prisonniers et les citoyens paisibles qui refusent de se battre avec les fédérés. Ce n'est plus une lutte, une bataille, c'est un véritable massacre.
Du côté de l'armée, môme rigueur implacable dans la répression. Les soldats fusillent eux-mêmes sur place. On fusille aux barricades, on fusille dans les rues, sur les places publiques.
Il y a encore dans la partie centrale de Paris deux positions capitales, au pouvoir de l'insurrection : l'Hôtel de ville et le Château-d'Eau ; il s'agit de les enlever et la tâche ne laisse pas que d'exiger de grands efforts.
Une partie de la journée et toute la nuit du mercredi sont employées à cerner et à emporter l'Hôtel de ville. H faut l'itttaquer de trois côtés. Il s'agit, en effet, de canonner simultanément la place du côté des quais, de celui des halles et de celui de la rue de Rivoli.
Le général Vinoy l'aborde par la rue de Rivoli; le général Douay qui s'est emparé de la pointe Saint-Eustache, par les rues qui débouchent des halles centales, le général de Cissey enfin, par les quais de la rive gauche qu'il a longés jusqu'à la hauteur de Notre-Dame, après s'être emparé des barricades du Pont-Neuf.
Pendant toule la journée et toute la nuit de mercredi c'est un fracas effroyable. Les pièces accumulées autour de l'Hôtel de ville tonnent sans relâche. Les fédérés résistent pied à pied derrière les innombrables barricades gui hérissent avenues, quais et ruelles, sur une double et triple profondeur. La nuit ne parait pour ainsi dire pas sur le théâtre du combat, car elle est éclairée par la lueur sinis* tre de l'incendie qui remplit l'air et consume l'Hôtel de ville comme il a consumé les Tuileries.
Voici le tableau saisissant de cette nuit d'égorgement et d'incendie que trace un officier supérieur, témoin oculaire de ces scènes inouïes :
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« Vers sept heures et demie du soir, la canonnade commença, serrée, furieuse, incessante. Les batteries de Montmartre écrasaient la Chapelle, la Villette, les buttes Chaumont. A dix heures, le feu devint des plus intenses; et ceux qui ont entendu ces détonations n'en oublieront jamais le vacarme infernal. Ce n'était plus un tonnerre de canons mugissant en cadence et échangeant régulièrement leurs projectiles, mais un roulement continu de coups violents provenant d'une armée de batteries insensées. La Seine elle-même prenait part à la lutte, et les canonnières embossées sous les ponts grondaient comme des volcans. La fusillade stridente était si bien nourrie que l'oreille ne percevait plus qu'une sorte de ronflement semblable à celui du vent qui s'engouffre dans les vieux édifices; et, sur ce concerto sombre, effroyable, le crépitement de la mitrailleuse avait peine à se détacher. On se battait partout à la fois : à la Villette, à Saint-Vincent-de-Paul, sur les boulevards, à l'Hôtel de ville, au Pont-Neuf. Paris était tout entier noyé dans ujie fumée épaisse, sillonnée par les éclairs du canon et çà et là rougie par la flamme; car le Palais-Royal, les Tuileries, l'Hôtel de ville, la Préfecture de police, la Conciergerie, deux cents maisons étaient en feu ! Non, Paris n'oubliera jamais la nuit du 24 mai 1871. »
Restait le Château-d'Eau, dernier point de la résistance centrale. C'était une position extrêmement importante pour l'insurrection, puisqu'elle la mettait en rapport avec Belleville, et très-forte en même temps, puisqu'elle était défendue par sept barricades correspondant avec les sept voies qui viennent y aboutir. Aussi la lutte y fut pour le moins aussi acharnée qu'à l'Hôtel de ville.
Les approches s'exécutèrent de divers côtés. Au centre, en tournant vers l'est, le corps de Douay suivit la ligne des boulevards, appuyant sa droite à la place de la Bastille et sa gauche, au cirque Napoléon. Le corps Clinchant, venant se rallier à l'ouest au corps de Ladmirault, eut à vaincre aux magasins réunis une résistance des plus acharnées. Le corps du général de Ladmirault, après avoir en-
levé avec vigueur les gares du Nord et de TEst, se porta & la Yilletle et prit position au pied des buttes Chaumonr. En même temps, le corps Yinoy, longeant la Seine, opérait sur la Bastille avec le concours brillant et efficace de la flottille.
Nous renonçons à décrire toutes les horreurs de cette longue lutte qui dura du mercredi au vendredi, sans trêve ni merci : le théâtre Saint-Marlin incendié, ainsi que les maisons à rentrée de la rue de Turbigo et du boulevard Voltaire, où s'étaient accomplis de la part des fédérés des actes de sauvagerie inouïs;, les devantures éventrées; les plaques de tôle tordues ; d'énormes blocs de terre détachés ; du sang aux pavés; des cadavres partout; cela dépasse ce que l'on a pu voir sur les champs de bataille durant le siège prussien.
Pendant ces mortelles heures, les habitants ont vécu dans les caves, affamés, tenus en angoisse par le bruit de la fusillade qui éclatait jusque dans les allées des maisons; car les fédérés avaient exigé qu'on les laissât ouvertes. Là on s'égorgeait à bout portant, avec des cris horribles, des gémissements poignants et des silences de mort.
Nous sommes au vendredi : la concentration des corps d'armée autour de Belleville commence déjà ; Finsurrection, acculée dans son dernier refuge, touche enfin à son terme.
Ce jour-là s'exécute la marche du général Vinoy dans le faubourg Saint-Antoine. Il commande, comme on sait, l'armée de réserve; mais, par suite de l'entrée subite des troupes dans Paris, il s'est trouvé tout d'abord au niveau même de l'action. Il a coopéré à l'attaque en reliant sur la Seine le corps de Cissey au corps de Douay. Après la prise de l'Hôtel de ville, il entre en première ligne. Pendant que le général Douay couvre le III^ arrondissement (celui du Temple), et oc-
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cupe en face du XP (Popincourt) la ligne des boulevards, le général Yinoy, suivant le cours de la Seine, se porte sur la place de la Bastille, hérissée de retranchements formidables, enlève cette position avec la division Vergé, puis, avec les divisions Bruat et Faron, s'empare du faubourg Saint-Antoine jusqu'à la place du Trône. Là encore est un nœud de barricades défendant le boulevard Voltaire, le boulevard de Philippe - Auguste et le boulevard de Gharonne; il les emporte le soir, et campe aux abords de Gharonne, au pied même des hauteurs du Përe-Lachaise.
A ce moment, le ciel s'empourpre d'une sinistre clarté. Le fond, uniformément rougeâtre de l'horizon, est de temps à autre sillonné par de fulgurants éclairs d'un rouge plus vif et plus sanglant : on croirait que tout Paris brûle. Ce sont les docks de la Villette que les insurgés incendient, comme ils ont incendié, la veille, le grenier d'abondance. Mais ce nouveau crime ne doit pas avoir un meilleur résultat. Tandis que le général Vinoy exécute sur Gharonne une marche enveloppante, le général Ladmirault en opère une semblable sur la Villette. Les deux corps d'armée prennent simultanément position sur le revers du Père-Lachaise et sur le revers des buttes Ghaumont, pour enlever de concert ces deux points menaçants d'où l'insurrection domine encore la ville. Au centre, les corps Douay et Glinchant, se tenant sur une vigoureuse défensive, ont pour mission de repousser les fédérés qui, refoulés des hauteurs, se porteraient vers l'intérieur de Paris.
Le soir venu, l'armée s'arrête, et sur toute la ligne c'est une nuit de repos ; mais l'attaque est prête, et le dernier combat va être livré le lendemain : c'est la suprême péripétie du. drame.
Les fédérés sont resserrés sur Belleville, dans un demicercle dont les deux extrémités s'appuient aux remparts, et dont la partie intermédiaire suit les boulevards de la Bastille au Château -d'Eau, et longe le canal, du faubourg du Temple à la place de la Villette.
Les trois quarts de l'armée sont là, massés pour en finir
d'un seul coup. L'assaut ne peut être long, mais il le faut énergique : l'insurrection a la sauvage énergie du désespoir de l'agonie. Des hauteurs des buttes Chaumont, les fédérés tournent leurs derniers coups de canon sur Paris, qu'il leur a fallu céder à l'armée du droit et de la liberté, et labourent de leurs obus ces riches quartiers qu'ils aperçoivent encore debout et échappés à leur féroce projet de destruction complète.
Le matin et tout le reste de la journée du samedi 27, les batteries de Montmartre tirent à coups pressés, écrasent de leurs projectiles Belleville, les buttes Chaumont et le Père- Lachaise où les fédérés ont également mis en ligne un nombre considérable de canons. Dans la soirée, le général Ladmirault franchit le bassin de la Villette, l'abattoir, le marché aux bestiaux, et gravit les buttes Chaumont, ainsi que les hauteurs de Belleville. Là, le colonel Davoust, duc d'Auerstaedt, enlève très -brillamment une série de barricades. Au point du jour, le corps d'armée Ladmirault occupe les butles.
Agissant de son côté, et partant du boulevard Richard- Lenoir qu'il occupe, le général Douay aborde par le centre les positions de Belleville, tandis que le général Vinoy gravit les hauteurs du cimetière. C'est là que, traînant avec eux le cadavre de Dombrowski, les derniers soldats de la Commune se sont réfugiés, dressant encore à la vue de Paris en flammes, la sinistre loque rouge dont ils avaient fait leur drapeau....
Enfin le 28 mai, septième jour de bataille ! cette horrible page de notre histoire nationale se termine au milieu des tombes brisées par les dernières balles. Une heure après, on lit sur les murs de la ville reconquise :
« Habitants de Paris,
« L'armée de la France est venue vous sauver. c< Paris est délivré.
« Nos soldats ont enlevé à quatre heures les dernières positions occupées par les insurgés.
« Aujourd'hui la lutte est terminée ; Tordre, le travail et la sécurité vont renaître.
« Au quartier général, le 28 mai 1871.
« Le maréchal de France commandant en chef^ « De Mac-Mahon, duc de Magenta. »
.Et le Paris intelligent, le Paris honnête, pousse un long soupir de délivrance !