‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 129 sur 178 · III.:.CH.UTE) DEl IvA: COMMUNE · texte numérisé non relu

III.:.CH.UTE) DEl IvA: COMMUNE

bonnes; d'essences c nrtînéîralesj au-^ pied, des . niurs de Téntrepôt, et y mirent le feu. Il était impossible aux voisins de porlerrie moindre secours;. car. la.bamcade fut: défendue pendant une demi-heure; au! milieu d'une véritable grêle de belles et d'obus. . j. r.:::. ï ,g , i.!. ' .;» . ! n . . ^

c Cet: entrepôt contenait peut-être pour quinze ou vingt millions de francs de marchandises: non-seulement en. blé, farine, avoines, colzay huije;, mais, surtout en, objets de'pro-; venance- exotique, caclxemircs. des Indes, '.châles de Perse, soieries de Chine,* etc.-, etc:^ etc.;Cétait réntrepôt des marchandises desicolonies-, et les magasins en étaient encombrés depuis la crise comn^erciale.'I ;.:. .. ti m; : r> /:> ;..;

i. Tous;. les:. bâtiments n'ayant ' qu'un rez-de-chaussée, qui longe'le^canial, 01) t. été préservés; mais les deux corps situés à l'autre extrémité,- ont' été entièrement consumés.* ' '. '

^ Nous^ne pouvons énumérer les propriétés particulières qui sont devenues la proie; des flammes.! Nous ne parlerons que des quartiers les plus éprouvés, tl ' ' ['■

j/Dans;la maison qui faitiTangle^de la. rue du Faubourg- §aint-Honoré.et^.de\la rue Royale, des filles de, magasin, eti des servantes, pour se soustraire aux pi*ojectiles des com-, battants,' s'étaient réfugiées dans les caves. Refoulés parles troupes de. Versailles,; les' fédérés avaient battu en retraite,* laissant à leur suite; les misérables chargés de! mettre une' barrière de feu entre, eux et l'armée victorieuse ; l'incendie s'alluma en même temps aux quatre coins' du carrefour et rendit bientôt toute fuite impossible; les malheureuses filles, abandonnées de tous, périrent misérablement, écrasées sous les décombres ou brûlées vives.

. Rue de Rivoli, les maisons qui faisaient face à la colonnade du Louvre furent détruites, ainsi que le n* 79, habité par l'ancien maire du premier arrondissement.

La maison portant le numéro 38 de la rue de Rivoli a été sauvée grâce à l'énergie et au courage d'un voisin, le docteur Jouliri, professeur à l'École de médecine, et de M. Levasseur, pharmacien , rue de la Monnaie. Contraints 'de l'épargner, les fédérés la saccagèrent ; les meubles et tous les objets la garnissant furent jetés par les fenêtres. Les

habitants étaient menacés d'être fusillés ou de périr dans les flammes.

Sur la rive gauche de la Seine, la rue de Lille est une de celles qui ont le plus souffert. Dix -neuf maisons ont été incendiées. Dans la rue du Bac, neuf sont encore en ruines.

Les maisons 9, il et 13 du boulevard Sébastopol et une partie des magasins de Pygmalion furent brûlées. Le mardi, à trois heures du soir, deux gardes nationaux- et un artilleur se présentaient à l'appartement de M. Santon, syndic de fait-lites, et y déposaient une quantité considérable de pétrole. Conune on leur demandait des explications, ils exhib^ent un ordre signé par le général Bergeret.

Nous terminerons cette funèbre énumération de ruinés en rappelant Tincendie du Tapis-Rouge^ que ni Torigine de son propriétaire, ni la couleur de son enseigne ne purent sauver du désastre, et la destruction des maisons du carrefour de la Croix-Rouge, ainsi que celle de la rue Vavin.

Quel spectacle présentait alors la ville de Paris ! Cette grande capitale, si fiëre de sa civilisation, était bien la ville des ruines et des pleurs, la véritable citta dolente du poète. Jamais on ne vit rien d'aussi fantastique; l'imagination de Milton ne créa rien de pareil; Savonarole prédisant iadévas* tation de l'Italie ne conçut rien de plus affreux. Qu'on se figure une immense perspective, tout ensoleillée de feu, tout obscurcie de fumée, les silhouettes sombres des édifices parisiens se dressant çà et là, puis des foyers flambants; et sillonnant cette fournaise, les obus, les bottes & mitraille^ les bombes à pétrole.... un grincement formidable.... le dé** chirementde la mitrailleuse.... le grondement du canon.... les pans de murs qui s'écroulent ! On aurait dit un eflroya^ ble tremblement de terre. Volcan mal éteint, le cratère populaire s'était ouvert sur tous les points à la fois, vomissant la lave, et le feu, et le sang.

Mais le Comité de salut public ne se proposait pas seulement de brûler Paris; il avait conçu aussi l'idée de le faire sauter. Les égouts, les sous-œuvres de nos édifices avaient été, à cet effet, criblés de mines, et les fourneaux étaient chargés de poudre, de dynamite et de pétrole* Le Trocadéro,

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les Tarnes, le boulevard Male^herbes, la gare Saint*Lazare, les Invalides, l'église Sainté-Glotilde, la rue de Lille, la rue Saint-Dominique, devaient s'écrouler sous un jeu d'explosions formidables. L'armée, heureusement, découvrit k temps les fils conducteurs destinés à la mise dû feu. Quand un détachement pénétrait dans un quartier, il se divisait en deux sections, dont l'une gardait les rues & la surface du sol, et l'autre explorait les égouts sous la cpnduite des ofQciers du génie. GrAce aux habiles recherches et & la circonspection de ces mineurs habiles, on sut prévenir toute espèce d'acci^ dents, et c'est l'incendie seulement qui a fait des ravages.

On a beau interroger les siècles passés, on n'y trouve rien de pareil. Lorsque les barbares envahissaient l'empire ro* main, lorsqu'ils pillaient les temples et détruisaient les chefsd'œuvre de l'art antique, ils n'obéissaient qu'aux instincts de leur ignorance. A Rome, dans l'époque de sa puissance, Catilina s'était bien écrié un jour : Mandalum meum ruina restinguam* mais cette menace n'avait point été réalisée.

En vain les membres de la Commune, réfugiés à Londres, s'autorisent-ils de l'exemple des soldats anglais, mettant le feu au Capitole, à Washington et au palais d'été de Fempe-reur de Chine, ou encore de l'exemple des Prussiens brûlant par vengeance des villes comme Châteaudun, et des villages sans nombre c Anglais et Prussiens étaient là en terre ennemie. En vain allèguent-ils les nécessités de la guerre : « La Commune n'a employé le feu que comme moyen de défense. Elle s'en est servie pour fermer aux troupes de Versailles les longues avenues ouvertes expressément pour l'usage defartillerie; elle s'en est servie pour couvrir sa retraite.)) Hais on peut constater que les honteux exploits des incendiaires se divisent en deux catégories. Sur certains points les insurgés ont procédé dans une intention strates gique, afin de barrer le passage des troupes victorieuses ; une barricade est forcée : avant de l'abandonner les défenseurs mettent le feu aux maisons, sur les deux côtés de la rue*; puis, ils se rejettent derrière la barricade suivante. Le brasier empêche les soldats de tourner l'obstacle.: il faut l'escalader par le milieu de la chaussée, droit sous les balles

de l'adversaire, ou bien faire un long détour : l'allernaiive se résout par une perte d'hommes ou par une perte de temps. Â ce cas se rapporte la ruine de la plupart des maisons particulières. Mais si l'incendie d'un grand nombre de maisons et, en particulier, du massif de la Croix-Rouge peut s'expliquer par la nécessité de s'opposer à la marche victorieuse des Yersaillais dans les quartiers de la rive gauche, pareille raison ne saurait être invoquée pour justiGer l'incendie du théâtre de la Porte-Saint-Martin et des maisons attenantes; ni ceux des boulevards du Temple, du Prince- Eugène et du faubourg Saint-Antoine ; ni ceux de la rue Royale, sous les décombres desquels furent ensevelies de nombreuses victimes. Il y a dans la destruction des maisons particulières, quelque chose de plus révoltant peutêtre et de plus sinistre que dans celle des monuments publics. Celle-ci peut être, à la rigueur, mise au compte des passions politiques ; il faut songer que les misérables, qui ont couronné par de tels crimes leur sanglante carrière, étaient surexcités par deux mois et demi d'une lutte sansespoir. Depuis plus de six semaines, le bruit incessant et chaque jour plus rapproché de la fusillade avait dû pousser jusqu'à la plus furieuse démence, la folie qui les avait portés à se jeter dans une entreprise aussi extravagante que criminelle. Mais les autres incendies ont un caractère de perversité plus intense, d'empoisonnement moral plus intime. Elles sont vraiment l'œuvre de la fédération de tous les vils instincts, de tous les monstrueux appétits de l'espèce humaine, et n'ont d'autre raison d'être que l'assouvissement d'une haine de paria enragé.

En général cependant, lorsque les vaincus incendient pour détruire, leur rage s'attaque systématiquement aux édifices publics. C'est une espèce de revanche monstrueuse. Les monuments de l'État et de la cité sont aussi maltraités que les otages de la Roquette : aux uns la fusillade, aux autres le pétrole.

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On a écrit que les incendiaires obéissent le plus souvent à une sorte d'hystérie cervicale qui leur procure à la vue des flammes d'ineffables jouissances. Tout ce qu'il y avait de mauvais, de vicieux, de lAche dans la population parisienne tressaillît à la voix de Delescluze. Feu! Feu partout! avait-il ordonné, et Paris, nouveau Sardanapale, se fît un bûcher de toutes ses richesses et de toutes ses gloires! Mais faut-il attribuer uniquement à des Français une si épouvantable conflagration ?

M. de Bismark n'a pu cacher l'impression que lui produisait l'incendie de nos monuments ; c'est avec une joie manifeste qu'il s'est écrié : « Leur brillant Paris n'est déjà plus le même. » Et cette joie a été publiquement partagée par l'armée allemande.

« Nous étions à Montmorency pendant cette semaine infernale, dit M. Paul de Saint-Victor. Chaque soir du haut des collines, on voyait les incendies s'allumer dans l'enceinte de Paris qui remplissait l'horizon.... Le spectre rouge de la grande ville, brûlée vive, flamboyait sous la noirceur de la nuit; les officiers et les soldats prussiens accouraient là comme aux avant-scènes d'un joyeux spectacle, gais, railleurs, bruyamment hilares, saluant les jets dé flammes incendiaires comme les fusées d'un feu d'artifice. J'entends encore leurs éclats de rire, j'entends leurs hurrahs et leurs quolibets vociférés dans cette langue allemande qui prend, lorsqu'elle insulte, l'accent bestial d'un idiome sauvage. Ces rires effrayants déchiraient le cœur. »•

L'attitude de nos vainqueurs manifeste leur basse jalousie et leurs sentiments envieux, mais ne prouve pas clairement qu'ils aient eu la main dans nos derniers désastres. La lettre suivante ouvre un cliamp plus vaste aux suppositions. Elle a été adressée, le 25 mai 1871, au journal la Gironde^ par un officier de l'armée danoise :

«Je suis Danois d'origine, mais Français de cœur; et, en

lisant dans. voire journal Fincendie du Louvre et des Tuileries, j'éprouve une profonde tristesse. Cependant laissez-moi vous rapporter quelques bribes de ma conversation avec un officier d'état-major prussien que je rencontrai, il y a quelques jours, à Compiëgne, et dont je fis la connaissance en 1868, précisément au bal des Tuileries, en l'entendant causer en allemand, avec assez de familiarité, avec un domestique de Sa Majesté l'empereur qui le servait au souper. « Que « pensez-vous du drame qui se passe à Paris? me dit-il. Je « suis fier du succès de mon pays, mais oii je rougis d'être « Allemand, c'est d'entendre à mes côtés nos généraux se ré- « jouir des forfaits de cette lie de toutes les nations, en partie a soudoyée par Bismark pour que, suivant la prophétie, ce Paris ce pourrisse dans son jus ». Et, afin de compléter le i< programme, ils brûleront toul^ pour la plus grande, gloire « de l'Allemagne. » La prédiction s'accomplit vous voyez, et ma mémoire me retrace fidèlement ces paroles sinistres dont je vous garantis la parfaite exactitude.*»

Il y a plus d'une révélation dans cette lettre, mais point de données suffisantes pour affirmer que la Prusse ait allumé elle-même les incendies de Paris. Quand on accuse, il faut être certain des faits que Ton avance, et les preuves manquent ici ; on en est réduit à des conjectures que justifient cependant des indices de la plus haute gravité. Les escouades de pétroleuses, qui ont badigeonné de liquides inOammables nos monuments et nos collections, avaient fait plus d'une visite aux camps prussiens; et quand elles se sont mises à l'œuvre, elles ont employé les procédés que pratiquaient les officiers allemands pour brûler nos villages.

De la cité, où chaque âge est en quelque sorte représente par un chef-d'œuvre, il ne devait rester dans la pensée des hommes de la Commune aucune pierre debout. Mais si quelque chose pouvait surtout offusquer leurs regards, exciter leur rage, c'était rËgliseï aussi ce fut contre rËglise

qu'ils résolurent principalement de tourner leurs fureurs et leurs vengeances.

Eh bien I qu*est-il advenu ? Tandis que les décombres s'amoncelaient dans notre cher et malheureux Paris; tandis que les monuments où s'abritaient les livres, les archives de la fortune publique, où se rendait la justice, où s'étaient succédé les représentants couronnés de la puissance souveraine, où s'administraient les intérêts de la ville si longt^jraps appelée la capitale du monde civilisé, où s'accumulaient enfin les ressources prévoyantes de la grande cité ; tandis que toutes ces merveilles étaient réduites en cendres, les temples demeuraient debout. Vainement les plus précieuses reliques de l'art catholique, la Sainte-Chapelle et Tïotre-Dame ont-elles été condamnées à l'anéantissement : les flammes les ont entourées, envahies même, et la maison de Dieu n'a pas péri.

Ce fut une poignante angoisse parmi les spectateurs terrifiés des catastrophes de la grande] ville, lorsqu'on vit la svelte église de saint Louis enveloppée par les flammes qui dévoraient le Palais de Justice. Ce fut aussi un ravissement de joie et de reconnaissance lorsque sa flèche dorée sortit du brasier, intacte et brillante comme un rayon d'espérance, pareille à ces vierges martyres quij liées au poteau d'un bûcher ardent, apparaissaient quand il était consumé, le sourire aux lèvres et les yeux au ciel sans que le feu eût même effleuré leurs cheveux épars. L'ange qui {riane sur le sommet de l'abside complétait cette miraculeuse ressemblance; un ange aussi apparaît quelquefois sur le bûcher des saintes et l'éteint du vent de ses ailes'.

Mais tandis que les flammes respectaient la Sainte-Chapelle, on vit une lourde fumée s'échapper incertaine des flancs de Notre-Dame. L'antique métropole avait bien été dépouillée de ses richesses, mais encore intacte dans sa colossale structure, elle abritait de son ombre ceux-là mêmes

1. c'est aux pooipiers de Rambouillet et de Cliartres, aous le commande'^ ment de M. Guéaot, capitaine des pompiers de Rambouillet, qu'on doit Ja con* semtion da ce jof au.

qui conspiraient 'Contre elle. On voyait avec étonnem^fit sa majestueuse silhouette se dessiner aux lueurs sinistres de rincendie qui consuitiait l'asile redouté des tyrans de la Commune.

Ce fut alors que les insurgés du 18 mars, écrasés de tant (le grandeur, résolurent de faire disparaître la vieille basilique au milieu des flammes, et d'ensevelir pour jamais dans ses ruines le souvenir de nos siècles de foi. Elle fut heureusement sauvée, grâce au courage des habitacU des rues Chanoinesse, du Glottre-Notre-Dame et Massillon^ et surtout de quelques gardes nationaux du 94* bataillon, qui, les premiers, pénétrèrent dans la nef déjà envahie par les flammes. Voici, du reste, le récit détaillé qu'a donné le National des incidents qui ont amené la préservation de Notre-Dame :

« Le mercredi, à trois heures du matin, arrive sur la place du Parvis-Notre-Dame une voiture portant deux tonneaux de pétrole, sous la direction d'un lieutenant d'état-major de la garde nationale, qui requiert dans un établissement du voisinage deux seaux et des pinces pour accomplir son abominable travail. On lui représente tout ce qu'il y a d'affreux dans un pareil acte, accompli tout à côté de l'Hôtel-Dieu, qui renferme sept à* huit cents malades ou blessés, et dont la vie sera bien exposée par cet acte sauvage. 11 répond qu'il a des ordres formels, mais qu'il va cependant en référer au Comité de salut public; bientôt il vient annoncer que le monument sera épargné.

« Toutefois on est entré dans l'église, et quelque temps après la voiture repart, mais ne contient plus les tonneaux. L'édifice n'a pas changé d'aspect, ses portes sont fermées et le guet est fait par une compagnie de gardes nationaux. Ces braves exécutent leur consigne, qui est de menacer de mort tout individu qui tentera de séjourner autour de l'édiflce.

« Quelques heures plus lard, les gardes abandonnent leur poste. Un passant croit apercevoir de la fumée qui s'échappe de la toiture de la cathédrale, il vient à THôtel-Dieu faire part de son observation; les internes en pharmacie

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sont prévenus; six d'entre eux courent sur le lieu du sinistre; on leur indique la demeure du sonneur qui, après quelques difficultés, leur livre les clefs de la cathédrale. Ils y pénètrent par la rue du Cloître-Notre-Dame, malgré les observations des personnes présentes qui craignent que ce ne soit une fournaise contenant des barils de pétrole ou de poudre. Mais ils sont arrêtés bientôt par une fumée noire et suffocante qui remplit complètement l'intérieur; les lumières s'éteignent dans ce milieu irrespirable. Cependant, à mesure que l'atmosphère devient moins insupportable, on avance de quelques pas. On trouve un premier brasier en avant du maître autel avec lequel il se relie des deux côtés; il est formé par des chaises, des fauteuils, des tapis entassés jusqu'à l'autel, qui va bientôt s'enflammer, car il est brûlant, . et la chaleur en a déjà fait casser le marbre. On a réussi, non sans peine, à organiser la circulation de quelques seaux d'eau, que des femmes et des jeunes filles, habitant la rue Chanoinesse, font parvenir avec beaucoup de zèle.

« On pouvait espérer déjà que les efforts seraient couronnés de succès, si on agissait rapidement. Les morceaux de bois pétillaient en se carbonisant, il fallait les atteindre tout de suite; on donna donc de l'air en brisant quelques vitraux; et en tournant le monument, on attaqua . avec des barres de fer les grandes portes s'ouvrant sur la place du Parvis : l'une fut enfoncée et l'autre ouverte ; mais il n'y avait pas encore d'incendie de ce côté*

« Les fédérés. de la caserne de la Cité accueillirent ces tentatives sur la façade par quelques coups de feu, qui n'atteignirent personne : les balles vinrent s'aplatir sur la pierre du portail. On ouvrit aussi la porte qui donne sur le quai, et on organisa une chaîne pour éteindre un nouveau brasier que l'on venait de découvrir.

« Au bout de quelque temps de travail, tout danger parut être conjuré; l'air et la lumière ayant pénétré dans la partie basse de l'édifice, on put s'occuper de visiter le soussol, où l'on ne trouva rien de suspect. Afin d'enlever toute facilité à un retour de l'incendie, on sortit les chaises et les

boiseries qui avaient été épargnées. Il y en avait plasienre morceaux se rattachant ensemble et aboutissant à Tautei; ils se reliaient aux boiseries du chœur, et longeaient le monument pour atteindre les grandes orgues : une chaire était renversée, des bancs et des cloisons brisés, le lutrin en morceaux et les livres de chant éparpillés dans le chœur. Heureusement le feu n'avait pu encore gagner tout ce qu'on lui avait préparé, et les pertes ne sont pas très-importantes; elles ne comprennent que ce qui avait été entassé dans le chœur, sur les côtés et un peu en avant; les magnifiques bas-reliefs en chêne sculpté sont intacts, si ce n'est l'extrémité qui a été un peu léchée par les flammes ; une partie du grand lustre est tombée. »

Le plus grand nombre des églises de Paris a échappé comme par miracle, tant aux conséquences du bombardement qu'aux dévastations auxquelles se sont livrés les exécuteurs des hautes œuvres de la Ck)mmune. Ainsi la Madeleine, Saint- Augustin, Saint-Germain-l'Auxerrois, Saint- 6ermain-des-Prés, Saint-Roch, Sainte-Clotilde n'ont pour ainsi dire pas souffert; Saint-Sulpice, Saint-Vincent-de- Paul, Sainte-Elisabeth ont été profanées, comme presque outes les autres églises, par d'ignobles parodies de 03, mais il n'y a pas eu de graves dégâts matériels.

Un des plus beaux édifices religieux de Paris, en ce sens qu'il est au milieu de cette hétérogénilé de style que l'on trouve presque partout, un vestige du style roman dans toute sa pureté et sa grandeur, l'église de Belleville devait être incendiée dans la nuit du 27 au 28. Ses caveaux correspondent par un souterrain qui traverse la rue de Belleville avec la mairie du vingtième arrondissement. Les fédérés avaient fait couler là le pétrole & flots. Une mèche fixée à une botte de paille suivait le souterrain dans toute sa longueur, et aboutissait & la mairie. C'est de ce côté qu'on devait mettre le feu à l'église ; elle ne fut sauvée d'un désastre complet que par la promptitude avec laquelle l'attaque fut conduite et exécutée,

11 en fut ainsi de plusieurs autres églises : le grand et magnifique vaisseau de Ménilmontant ne fut préservé de la

destruction que par l'énergie d'un capitaine, qui parvint à tempfi à noyer les torpilles déposées pour le faire sauter.

Le Panthéon, qui se dressait avec sa vaste coupole, dominant de sa taille de géant la ville embrasée, ne pouvait manquer d attirer aussi l'attention des incendiaires. Le 24, vers deux heures, des officiers fédérés sommèrent le gardien de la poudrière, qui contenait encore environ seize millions de cartouches, quinze à vingt tonneaux de poudre et plusieurs caisses de dynamite, de leur en livrer les clefs. Si le brave homme avait eu la faiblesse de se soumettre à cette injonction, le quartier tout entier sautait. Des iils électriques pénétraient dans l'intérieur du ixionument et touchaient aux fenêtres des caveaux : la moindre étincelle causait un immense désastre. Aussi les gardes nationaux répétaient sans vergogne à tout venant : « Nous n'avons pas jeté de pétrole dans les maisons voisines; c'était inutile, la chute du Panthéon écrasera tout le reste. La marche rapide de l'armée déconcerta ce sinistre projet : le même jour, vers cinq heures du matin, un vigoureux coup de main opéré par la division Susbielle délivra l'église de l'odieuse tyrannie des communeux. Un peu plus tard, à deux heures, la brigade Paturel envahit le Luxembourg par les portes de la rue d'Assas et de la rue de Yaugirard. Le colonel Biadelli (38^de marche] enleva l'École des mines, et disposa ses soldats en tirailleurs l&long des grilles de la rue de Médicis. Le 18^ bataillon de chasseurs à pied traversa le jardin au pas ^e course, força la grille qui regarde la rue Soufflot, enleva la barricade du boulevard, et se porta par les chemins en contre-bas dans la rue Cujas et la rue Malebranche. À la même heure, la prise de la barricade de la rue de Rennes ouvrit à l'armée régulière la rue de l'École-de-Médecine, et permit de prendre les fédérés à l'improviste.

D'autres fois, Dieu se sert pour protéger sa demeure d'un plus frêle instrument : c'est ainsi que l'église de Notre- Dame^le-Lorette a été sauvée d'une riline complète par le courage et le sang-froid d'une artiste dramatique, Mlle Ribaucourt. Cachée derrière les rideaux de sa fenêtre^ elle

avait suivi les agissements des fédérés dans Tégout de la rae LaffUte qui se prolonge sous Téglise, et elle prévint les soldais de Versailles au moment de leur entrée du danger qui menaçait le quartier. Ceux-ci s'étant avancés vers l'endroit désigné, furent arrêtés par les cris de « Qui vive? » Pour toute réponse, les soldats tirèrent sur l'individu, qui tomba. On trouva attaché à son genou un fil qui devait metti*e en communication les barils de poudre avec les incendiaires postés à l'extérieur.

Pour quiconque ne ferme pas obstinément les yeux à la lumière, l'intervention divine est ici manifeste. Il est mira-culeux, il est surnaturel, en dehors de toute prévision et de toute vraisemblance ^humaine que les églises, où l'on s'enivrait, où Ton fumait au milieu d'énormes amas de pétrole et de poudre, ne soient pas un monceau de ruines.

Seules, une église paroissiale et une chapelle de communauté devinrent la proie des flammes : l'église de Bercy et la chapelle^ de Lorette, à Issy.

Le jeudi 25 mai, vers quatre heures de l'après-midi, on vint annoncer au sieur Philippe, maire du XII* arrondissement, que les Yersaillais s'avançaient toujours. Il se leva alors précipitamment, et s'écria avec l'accent de la fureur : « Eh bien! nous les recevrons à bras ouverts, à bras ouverts, entendez-vous? Une illumination a giorno pour fêter leur triomphe! comprenez-moi. » Et il partit pour préparer l'incendie.

On transporta dans l'église neuf grandes tonnes en fonte et trois en bois, contenant chacune environ quatre cents litres de pétrole, cinq bidons d'essence minérale débouchés pour favoriser le feu par la volatilisation du liquide, une grande quantité de fusées incendiaires et environ deux cents kilog. de torches de résine.

Une trentaine de misérables, hommes, femmes et enfants, entassèrent alors dans la grande nef les chaises, les tapis de paille, tous les objets facilement inflammables et, perçant ensuite les tonneaux, ils répandirent du pétrole sur les autels, sur les housses des lampadaires, des lustres, sur les

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tableaux, sur les murs, les bancs, partout enfin pour assurer le succès de leur criminel dessein.

Vainement un habitant notable* du quartier ferma les portes et s'empara des clefs : vers sept heures, on enfonça le grand portail, et l'incendie commença aussitôt son œuvre*; les vitraux éclatèrent; et presque simultanément, par toutes les ouvertures, s'élancèrent des jets enflammés de six â sept mètres de longueur, qui communiquèrent le feu à plusieurs wagons de paille, sur la voie ferrée de Lyon-Méditerranée; bientôt Tincendie redoublant d'intensité au dedans, les - flammes sortirent, plus désordonnées, plus furieuses, et se répandirent sur les murs extérieurs qu'elles tapissèrent presque entièrement.

L'eflbndr&ment des toitures souleva, un nuage de poussière et de fumée, déchiré par des gerbes d'étincelles. A ce moment, l'église ne fut plus qu'une immense fournaise, qui brûla lentement jusqu'à cinq heures du matin ; il n'en resta que les murailles calcinées.

Quel prêtre, enfant de Saint-Sulpice, ne se rappelle la douce émotion qu'on éprouvait jadis dans la chapelle de Lorette, à Issy, le respect avec lequel on y pénétrait ? Le feu a consumé presque en entier ce sanctuaire vénéré ; le ciel pendant plusieurs mois lui a servi de toiture; ses murs noircis laissaient cependant voir la plupart des fresques qui y étaient peintes, comme si Dieu avait voulu montrer que sa main épargne quand il lui plaît. Quant au reste, c'était un affreux amas de débris; un autel informe, les ferrures des portes, des vitraux, etc., tout cela était étendu pèleméle, tordu, cassé et rougi par les flammes qui en ont fait leur proie*.

« Au sein de cette désolation, dit M. de Flamairion, le soleil ne refuse pas à la ruine les rayons qu'il accordait au

1. Un jeune homme de dix-huit ans ayant voulu s'opposer à cette sacrilège destruction, une mégère, transportée de fureur, lui brûla la cervelle avec son revolver et le traîna ensuite par les cheveux jusqu'à rentrée de Téglise, où son cadavre devint bientôt la proie des flammes.

2. Le sanctuaire de Lorette est sorti de ses ruines, et Mgr Guibert en a fait lui-même la consécration, le 10 décembre 1872, au milieu d'un nombreux concours d'anciena et dévoués élèves de Saint-Sulpice,

monument encore debout. Aussi sa lumière incoDScienle inondait l'ancienne chapelle ; je m'assis sur les marches de l'autel, et, la lôte dans mes deux mains, je me mis à réDécbir. J'entendais dans le silence les insectes bourdonner audessus des hautes herbes voisines, et les oiseaux perchés dans les arbres répéter encore leurs chants pour animer leur solitude. Plein de conHance dans la miséricorde de Dieu^ je lui demandai pardon des fautes et des crimes de notre époque; je m'humiliai moi-même en disant: Parce Domine parce populo tua, ne in œlemum irascarie nobis. Seigneur ne permettez pas que le règne des méchants revienne et que des temps si douloureux s'imposent & la mémoire des hommes ! Je me levai; et après avoir salué d'un dernier regard le sanctuaire regretté, j'allai dans le cimetière de la maison. Les croix sont encore intactes, à l'exception d'une seule ; les portiques modestes qui régnent autour du petit champ de repos ont été troués en plusieurs endroits par des obus. »

D'autres églises ont bien été maltraitées, mais beaucoup moins qu'on aurait pu le craindre, car elles ont servi de cible pendant plusieurs heures aux projectiles de l'ennemi.

Le clocher de la Trinité a été percé à jour, nombre de corniches, de festons, d'astragales ont reçu des découpures inattendues ; par un hasard providentiel aucune des statues des saints qui décorent la façade n'a été mutilée.

L'abside de Saint'-Eustache a été à moitié effondrée, et les peintures de Couture dans la chapelle de la Vierge ont été complètement perdues.

Une église qui a souffert davantage encore,, est celle de Salnt-Rémy, de Yanves. Les soins de M. Vabbé de Bussy ^et de l'administration municipale l'avaient peu à peu restaurée, complétée et embellie dans ces dernières années, à force de zèle et de persévérance. L'ouvrage de dix ans a été détruit en quelques jours; plus de soixante obus sont tombés sur la toiture et ont fait explosion dans les combles ou pé*

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