‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 135 sur 178 · VALETTE · texte numérisé non relu

VALETTE

VEISS.

Nous avons pu, avec des renseignements nouveaux et en nous appuyant sur des témoignages dignes de foi, recons-

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truire avec la plus scrupuleuse vérité le chemin du Calvaire des victimes de la rue Haxo. Cette marche funèbre est le plus douloureux, le plus lugubre épisode du drame communeiix.

Au sortir de la Roquette, les assassins n'étaient pas bien fixés sur l'endroit où ils voulaient conduire les otages; Ils montèrent d'abord la rue de la Roquette jusqu'au cimetière du Père-I^chaise.

A cinquante pas en avant, un homme à cheval et tète nue ouvrait la marche, annonçant bien haut qu'on amenait des gens désarmés, des Versaillais faits prisonniers le matin à la B&stilie, et recommandant avec emphase aux citoyens le calme de la force et la dignité de la victoire. Venaient ensuite les condamnés, à la file et deux à deux, ayant l'air trèsrK^alme. On leur assurait qu'ils étaient seulement transférés dans un lieu plus sûr que la Roquette, et qu'il ne leur serait fait aucun mal. Dans ce long convoi, on ne remarquait qu'un petit nombre de prêtres en soutane, quatre ou cinq environ ; les autres étaient revêtus de l'habit laïque. L'escorte se composait de' cent cinquante hommes armés, gardes nationaux du 173* bataillon, auxquels s'étaient joints, pour cette fête de sang, des Enfants-Perdus deBergeret, et d'autres bandits de tous les noms.

D'abord, sur le passage du cortège, soit consternation, soit panique, les boutiques et les fenêtres se fermaient, mais la scène changea promptement : il fallait exciter le peuple avant de le déchaîner.

Comme on parcourait la chaussée de Ménilmontant, en face de la grande fabrique d'eau de Seltz, l'homme à cheval se détourna et fit appeler les ouvriers. Il ne se forma d'abord qu'un groupe, qui devint bientôt une foule, et aussitôt les clameurs commencèrent pour ne plus finir. Les gardes avaient à lutter pour protéger les victimes, non-seulement contre les insultes, mais contre les dernières violences. ^

Après avoir suivi la rue de Puebla, on avança dans la rue des RigoUes jusqu'à une petile porte qui donne entrée dans la cour de la mairie de Belleville. Le citoyen Ranvier, maire de Belleville & cette époque de sinistre mémoire, les attendait devant l'église, appuyé sur la grille, et les mains derrière le

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dos; il avait envoyé un de ses acolytes au commandant de Tescorte, pour lui donner Tordre de conduire les otages à la mairie. L&, le cortège 'fit une halte pendant plus d'une demi-heure ; et comme les cris du dehors devenaient toujours plus menaçants, on fut au moment d'en venir sans plus tarder au tragique dénoûment. Il y eut même un commencement d'exécution, on entendit plusieurs coups de feu : c'était l'assassinat de trois otages. Leurs cadavres, enterrés dans l'enceinte de la mairie, dans une petite ruelle derrière l'église provisoire, furent exhumés plus tard et reconnus après les recherches de la Préfecture de police, pour des' prisonniers de la Roquette. Mais comme le nombre des victimes était trop considérable, on se décida à poursuivre la marche. i

Le cortège sortit par la grilla de la mairie donnant sur la rue de Belle ville; et le maire, toujours dans la même posi-> tion, dit au commandant : « Qu'on me conduise ça aux fortifications, et fusillez ! » (TextueL)

Une cantinière, le revolver à la main, prit alors la tête du cortège. Afin de donner plus de solennité à la marche, on ajouta une musique militaire : des clairons accompagnés de tambours exécutaient une fanfare, et l'on allait voir le supplice comme on irait au spectacle. Les victimes suivaient, toujours deux à deux, avec la double haie de gardes nationaux, la baïonnette au bout du fusil. Les gendarmes venaient les premiers.

Cependant on n'entendait partout que ces cris féroces mille fois répétés : « A la cour martiale ! Mort aux curés ! Mort aux gendarmes! » Les femmes surtout manifestaient la plus monstrueuse férocité. Où sont ces vierges modestes et dévouées qui apportaient naguère aux prisonniers le pain de la terre et le pain du ciel? La religion élève la femme au-dessus de son sexe, et quelquefois au-dessus du nôtre; l'impiété la dégrade toujours et la ravale au-dessous même de la nature. Il n'y a plus autour de nos martyrs que des bacchantes ivres de luxure et altérées de carnage, vraies furies, le blasphème à la bouche et le revolver au poing! Les unes^ choisissant d'avance la victime qu'elles voulaient frapper.

bousculaient les rangs de l'escorte, pour aller dire à cette victime, en lui mettant une arme sous la gorge : « C'est avec cela que je vais moi-même te descendre tout à l'heure. »

Déjà la colère montait à la tète des otages. Quand on fut à la hauteur de la rue Levert, la figure des soldats, sombre et énergique, parut'faire impression sur le capitaine garibaldien qui, craignant une révolte de ses prisonniers, les appréhenda en ces termes : « Mes amis, je n'écouterai pas les ordres de Ranvier; vous devez passer en jugement et je vou& conduirai au secteur ; là, ceux qui seront reconnus n'avoir rien fait contre la Commune, seront mis en liberté. »

Quelques-uns crurent à ces paroles; d'autres n'osaient pas, par une révolte prématurée, compromettre la vie des prêtres qui se. trouvaient avec eux. « Mal leur en prit, dit M: Crépin, car si à ce moment ils se fussent jetés sur leur entourage et qu'ils eussent désarmé les soldats ivres qui se trouvaient à leur 4)ortée, la population honnête du quartier, toute frémissante d'horreurievant ces ignominies, leur eût oyvert ses portes pour les mettre à l'abri de la fureur de ces misérables ^ » Cependant, l'attitude de la population parisienne et des Bellevillois pendant la période communale n'autorise pas à le penser.

Les vociférations redoublèrent encore, quand on vint à passer aux n«**169, 171 et 173, devant trois maisons pleines d'insurgés. En face du'n* 180, on voulut forcer le P. Rouchouze à crier : Vive la Commune ! et comme il s'y refusa, il fut très-maltraité par la foule.

Un peu plus loin, on entendit au moins une bonne parole. A la hauteur du n* 229, plusieurs personnes sortirent sur les portes pour s'enquérir de ce qui arrivait : « Où menez-vous ces soldats et ces prêtres? » dirent-elles. Un fédéré fit signe qu'on allait les fusiller; il y eut un cri de terreur. A une autre demande pareille, un autre garde répondit : «On va les envoyer au ciel, » et cela dit, il sortit des rangs et disparut.

Aux abords de la rue Haxo, il v eut encore un arrêt et un moment d'hésitation. Là était postée une partie du 174',

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