‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 144 sur 178 · CAUSES DE LA CHUTE DE LA COMMUNE · texte numérisé non relu

CAUSES DE LA CHUTE DE LA COMMUNE

Inaction de dix jours. — Vaincue sur les champs de bataille, la Commune devait se maintenir dans la revendication des franchises municipales. — Déf&ul de netteté de son programme. — Plan du gouvernement de THÔtel de ville tracé par Georges Duchesne. — Fréquentes modifications de la Commission exécutrice. — Terrorisme stupide et farouche. — Danger pour un gouvernement de persécuter la religion.

L'insurrection du 18 mars qui à l'origine, ne se proposait, disait-on, que l'émancipation et l'avènement de la classe ouvrière, n'a abouti en fin de compte qu'à regorgement des travailleurs. A qui la faute? Habilement menée cette révolution pouvait se faire sans trop de secousses, et purifiée peu à peu de ses éléments mauvais, elle pouvait même produire quelques bpns résultats. Les conditions irréguliëres du travail et du capital, du louage et de la propriété se seraient insensiblement modifiées par des règlements ou par les usages communaux. Il se trouvait dans le Comité central quelques hommes qui semblaient avoir une idée assez nette de cette partie de leur progranmie. Ils. avaient aussi assez d'intelligence pour reconnaître l'inutilité des moyens violents et tout ce qu'il y avait de préjudiciable pour eux à engager une lutte ouverte avec le Gouvernement, tant qu'ils auraient quelque chance d'arriver à leurs fins, en gardant envers lui une attitude défensive.

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Mais ces habilesde la première heure furent bientôt dépassés ou mis de côté par des survenants qui compromirent tout. Les turbulents de profession arrivèrent, et à leur tête Lullier, qui s'empara, comme nous l'avons vu, des principales positions stratégiques de la capitale. Ce fait qui amena le triomphe complet de la Commune devait aussi causer sa perte. Le pouvoir, en abandonnant Paris à l'insurrection l'y avait laissée maîtresse.... mais à la façon du rat pris au piège. II fallait en sortir au plus vite.

Il est certain que le Comité central, en tentant l'aventure, avait compté sur le soulèvement des principales villes dans lesquelles il avait des agents. De ces foyers d'insurrection, les trois seuls qui tentèrent d'imiter Paris, Limoges, Lyon et Marseille, furent l'objet d'une si prompte et si énergique répression, que les autres restèrent dans l'attente des événe* ments qui allaient surgir.

Est-ce pour donner à la province le temps de s'insurger? Est-ce l'enivrement du triomphe qui lui fit perdre des heures précieuses? Le fait est que la Commune commit la faute absolument incompréhensible de rester inactive du 18 au 28 mars.

Si on considère que jamais insurrection n'avait eu à sa disposition d'aussi formidables moyens de vaincre, on ne peut s'empêcher d'attribuer en partie la chute de la Commune, aux dix jours qu'elle perdit. Elle s'était rendue maltresse, par un concours inouï de circonstances, de Paris, de ses remparts, de douze ou quinze cents canons, de trois cent mille fusils, de munitions de tout genre ; elle disposait du pouvoir le plus absolu, terrorisait les citoyens honnêtes, et attisait les plus viles passions des plus vils scélérats. Forte du concours de tous les aventuriers de l'Europe, de tous les forçats et repris de justice dont Paris est le refuge, elle attirait les âmes faibles par la solde ou les enrôlait par la contrainte. Ce n'est pas tout : elle eut encore à la tête des affaires militaires des hommes d'énergie et d'action, dont nous devons constater ici les efforts rema,rquables, non pour dresser un piédestal & quelques personnalités dont l'intelligence même et la volonté persévérante aggravent la faute, mais

afin de dire toute la vérité sur le mouvement insurrectionnel. Il lui eût été possible d'écraser les troupes de Versailles, à Tépoque où elle n'avait pas encore préparé sa résistance.

Quand, le 2 avril, la première bande communarde se décida à sortir de la ville, le Gouvernement, à ses douze mille défenseurs primitifs, avait ajouté d'autres forces dont les Prussiens avaient autorisé la formation; et de nombreux prisonniers, rendus par FAllemagne, venaient à Versailles se ranger sous les plis du drapeau de la France. Contre de tels adversaires, l'armée de la Commune sans discipline, sans cohésion, sans expérience du feu, sans cadres sérieux, devait être fatalement vaincue.

Ses chefs militaires ont surtout échoué par la réaction même des principes qui avaient fait leur victoire. Leurs armes s'étaient retournées contre eux. Après avoir détruit toute autorité, toute hiérarchie, ils sont obligés d'en disputer les lambeaux aux convoitises, aux ambitions, aux méfiances de l'Hôtel de Ville. C'est ainsi que tous : Eudes, Bergeret, Cluseret, Rossel, tombent les uns après les autres, impuissants, vaincus, suspectés, emprisonnés; c'est ainsi que les différents comités, jaloux de leur influence respective, sans attributions définies, ennemis nés des délégués à la guerre, s'entravent réciproquement et usent inutilement leurs forces ; c'est ainsi que les états-majors, les généraux, les chefs de légions et les personnages galonnés par le (lasard ou par l'élection, interprètent les ordres, agissent pour leur compte et rendent impossible toute unité de vue et d'action. Si l'on joint à ces causes de désorganisation la lutte sourde du Comité central contre la Commune elle-même, l'intervention incessante et malveillante des représentants de l'une et de l'autre dans tous les services, on aura une idée de l'anarchie dans laquelle se débattait la Commission de la guerre.

Tous les délégués militaires et civils, tous les comités, le Comité central et les Comités de Salut public n'en ont pas moins consacré toute leur énergie au succès de la cause insurrectionnelle, qu'ils voulaient identifier à la leur : les volumes de correspondances, les milliers d'ordres et de

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dépêches signés par eux attestent, dans nos archives, l'importance de leur tentative -criminelle.

Dès la fîn d'avril, on aperçut le résultai inévitable d'un pareil désordre ; mais il était trop tard; les jours de la Commune étaient comptés, et quand elle conGa la dictature à Delescluze, l'armée entrait dans le fortd'Issy et menaçait directement les remparts de Paris.

Vaincue sur les champs de bataille, la révolution du 18 mars avait encore cependant quelque chance de durée, et pouvait aboutir à quelque résultat. Elle aurait pu, peut-être ', rendre aux communes quelques-unes des franchises dont elles jouissaient autrefois, et consacrer la garantie de ces libertés. Mais il fallait pour cela qu'elle se mairîttnt dans la voie des revendications municipales. Il fallait qu'à l'exemple de la commune russe, des paroisses anglaises et des communes prussiennes, elle ne s'occup&t nullement de la politique générale, et ne fît même entendre aucun vœu qui s'y rapportât. Partout où la liberté communale existe, elle est soumise à cette condition. Si elle y manquait, elle tomberait d'ellemême, car il faut bien noter ce point, que l'essence de la liberté conmiunale est d'être nécessairement indifférente aux formes de gouvernement et aux théories politiques. Cette liberté-là s'applique non à des principes, mais à des intérêts. Elle n'est et ne veut être qu'une sauvegarde pour les intérêts individuels ou communaux. C'est parce qu'on la comprend ainsi, dans tout le reste de l'Europe, qu'elle y peut vivre sous les régimes les plus divers. C'est parce que nous la comprenons autrement en France qu'elle ne peut s'établir sous aucun régime, pas même sous la forme républicaine.

Mais commentles hommes de l'Hôtel de ville auraient-ils pu la comprendre? La Commune était composée, en général, non-seulement d'inconnus, comme on a pu le voir d'après la proclamation des noms de tous ceux qui en ont fait partie, mais, ce qui était plus grave encore, d'incapables et d'énergumènes. La lecture du compte-rendu de ses séances, ne

1. Nous disons peut-ôtre^ parce que cette sorte de liberté est celle qui s'improvise le moins.

prouve que trop son peu d'intelligence politique et Fabsence complète de ce calme si nécessaire dans les graves et délicates discussions, qu'elle entama souvent. Aucun de ses programmes ne présente l'idée nette, Texposé des principes arrêtés qu'on était en droit d'attendre d'individualités telles que les Delescluze, les Tridon, les Yermorel, les Félix Pyat, les Vaillant, etc... Tout est diffus et confus. On sent des cerveaux violents et pas un esprit réglé. Le premier de ces programmes, celui du 30 mars, n'est qu'un plaidoyer duquel on ne peut pas même dégager une réponse à cette question primordiale : Voulez-vous constituer la Ciommune ou établir le Communisme ? Vainement essayaient-ils de donner à l'opinion un éclaircissement; ils ne purent ou n'osèrent jamais dire s'ils prétendaient gouverner Paris ou régenter la France. De cette équivoque qu'ils avaient d'excellentes raisons de ne pas lever, résulta pour eux celte situation qu'ils ne pouvaient pas faire un acte qui n'en contredit plusieurs autres. D'abord, ils proclament que la Commune de Paris est le seul pouvoir, sans indiquer les limites géographiques de ce pouvoir ; ils annoncent sans faire la moindre protestation, sans faire la moindre réserve, que les conférejïces pour la négociation du traité de paix définitif sont ouvertes à Bruxelles entre la Prusse et le gouvernement de Versailles. Ils combattent la centralisation et ils n'osent pas répudier la tradition jacobine du Comité qui est essentiellement centralisatrice. Après avoir déclaré que la révolution du 18 mars avait pour bût de restituer k la ville de Paris son autonomie, et à ses habitants, leur indigénat, ils reconnaissent à des étrangers le droit de faire partie de la Commune de Paris, en qualité de représentants de la République universelle.

Ce ne fut que quelques semaines plus tard, après d'autres programmes nébuleux et contradictoires, que la Commune, complètement débordée, se décida à faire connaître à la France son but définitif, qui était, non plus seulement l'autonomie communale, mais une rénovation totale de la nation, tant au point de vue politique qu'au point de vue social!

Un écrivain, non suspect assurément de réaction, M.Georges Duchesne, rédacteur d'une feuille dont le titre indique l'opi-

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nion, la Commune^ traçait ainsi le plan du gouvernement de l'Hôtel de ville.

<c L'arrêté de convocation des électeurs au 26 mars et au 16 avril se réfère à la loi de 1849, qui exige, au premier tour de scrutin, un minimum de voix du huitième des inscrits. Les décisions du 31 mars et du 21 avril déclarent, après coup, cette exécution inutile. 29 avril, abolition de la conscription pour toute la France; 8 avril enrégimentation forcée à Paris de tous les citoyens valides, depuis dix-neuf jusqu'à quarante ans.

« Au premier arrondissement, Cl«seret licencie les bataillons dissidents et désarme les réfractaires ; au sixième, M. Laccord entend tout incorporer par voie de réquisition.

« Ce dernier est désavoué* VOfficieldks le lendemain pour son escapade; le 16 avril, la commission executive prescrit « des perquisitions méthodiques par rues et maisons, et dé- (c clare les concierges passibles d'arrestations s'ils font des tt déclarations mensongères. »

ce Le 29 mars, un arrêté fait remise aux locataires dans Paris de trois termes; le 12 avril, les poursuites pour échéances commerciales i^nt suspendues ; le 19, un décret augmente le nombre des huissiers pour cause d'insuffisance.

« La commission donne d'une main et retient de l'autre : elle réclame « Tintervention permanente des citoyens dans « les affaires communales, par la libre manifestation de leurs « idées, la libre défense de leurs intérêts ; » puis, par une restriction empruntée aux vieux régimes, elle proclame la Commune, <c seule chargée de surveiller et d'assurer le juste et « le libre exercice du droit de réunion et de publicité, » justifiant ainsi à sa manière la saisie du Conslilutionnel^ le communiqué au Paris-Journal et ses deux catégories de suppression de journaux.

«c Le Conseil se défend « de poursuivre la destruction de <t l'unité française ; « et il proclame l'absolutisme de fa Commune « quant à la fixation et à la répartition de l'impôt »; quant à « l'organisation de la magistrature ; quant à l'orga- « nisation, non-seulement de la défense urbaine, ce qui est « de droit, mais « de la garde nationale.

« Autre originalité sans précédents : les membres du pouvoir, qui sont en même temps fabricants et marchands de journaux, se permettent de promulguer la veille, par primeur et préoccupation d'achalandage, des décrets surprenants, rendus, disenMls, en conseil de la Commune, etdont VOfficiel du lendemain (le vrai Officiel) ne parle jamais.

« Le manifeste met en première ligne « la garantie absolue ce de la liberté individuelle. »

a Néanmoins, un décret du 7 avril prescrit des mesures pour arrêter l'abus des incarcérations illégales. Le 16 avril, la note de VOfficiel prouve que l'arbitraire continue d'être la loi de la force :

« Le délégué à la guerre apprend que des officiers, des postes, des gardes nationaux portent atteinte à la liberté individuelle, en arrêtant arbitrairement, sans mandat régulier, dans des domiciles particuliers, dans les lieux publics ou sur la voie publique, des individus suspectés à plus ou moins bon droit.

« Les décrets se succèdent pour prescrire l'obligation des procès-verbaux, l'interrogatoire, sous vingt-quatre heures, des incarcérés.

« Un commissaire se permet, dans un but de vengeance personnelle, d'empoigner un honnête homme. Les officiers déclarent que la victime a été relâchée et le prévaricateur des-, titué. Ce n'est pas cela : le Code pénal prescrit les travaux forcés.

« La confusion est partout : un décret du 6 avril supprime le grade de général, et les généraux en gardent la qualification.

« Les tracasseries au sujet des laisser-passer vont jusqu'à compromettre l'approvisionnement ; il faut qu'un décret du 16 avril enjoigne d'accorder un laisser-sortir aux bouviers, bergers et autres convoyeurs de marchandises.

« 11 avril, institution des conseils de guerre; 14 avrih projet de Protot sur le jury d'accusation; 16, constitution de la Cour martiale.

<c Destruction de la guillotine par le peuple; maintien de la peine de mort par le Conseil.

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« 10 avril, décret sur les pensions : les frères, les sœurs sont classés parmi les ascendants ; il n'est rien dit des enfants légitimes; la rente limitée à 600 francs pour les veuves, pourra s'élever jusqu'à 800 francs pour les collatéraux.

« La déclaration proclame et reconnaît aux citoyens « le droit permanent de contrôle et de révocation des magistrats ou fonctionnaires communaux de tous ordres. Le Conseil a longtemps délibéré dans l'ombre ; il signe la plupart de ses affiches de cette entité impersonnelle : La Commune. * VOfficiel nous donne des procès-verbaux dépourvus de précision, et sur les mesures les plus graves, nous n'avons pas la liste nominative des votants non, des votants oui. Dès lors, comment contrôler ? à plus forte raison révoquer!

« Le manifeste parle encore de la liberté de travail ; cependant la- Commune fait fermer les ateliers où de trop rares labeurs retiennent le garde national loin de son devoir civique ; puis elle met l'embargo et le séquestre sur les ateliers déserts.

« Jamais pouvoir n'a entassé en aussi peu de temps un pareil fatras de contradictions. »

Dans son organisation même, la Commune démontra que ses chefs les plus capables et les plus écoutés n'avaient pas une ligne définie et étaient dépourvus de toute notion pratique d'administration. Elle prit d'abord l'arrêté organique que voici, sur la proposition de Delescluze :

1" Le pouvoir exécutif est et demeure confié, à titre provisoire, aux délégués réunis des neuf commissions, entre lesquelles la Commune a réparti les travaux et les attribu* tions administratives;

2'' Les délégués seront nommés par la Commune, à la majorité des voix;

3" Les délégués se réuniront chaque soir, et prendront, à la majorité des voix, des décisions relatives à chacun de leurs déparlements ;

4* Chaque jour, ils rendront compte à la Commune, en comité secret, des mesures arrêtées ou discutées par eux, et la Commune statuera.

Le scrutin, appliqué en conséquence de cet arrêté à la no-

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mination des délégués, aux ministëres, donna ane première ^ composition. Mais la Commune portait dans ses flancs des germes qui devaient rendre indéfiniment variables ses résolutions : la méfiance des membres et leur jalousie les uns à regard des autres. Ainsi, la commission executive de la Commune se trouvait chaque jour composée d'une manière différente.

Le 3 avril on y vit figurer Bergeret, Eudes, Duval, Lefrançais, Félix Pyat, 6. Tridon, E. Vaillant.

Le 4 avril, elle se modifia de cette manière : Bergeret, Delescluze, Duval, Eudes, Félix Pyat, 6. Tridon, E. Vaillant.

Le 5 avril, elle fut ainsi constituée : F.Cournet, Delescluze, Félix Pyat, 6. Tridon, E. Vaillant, Vermorel.

Ces mutations quotidiennes se produisirent durant trois semaines ; on vit alors les membres de cette comipission se faire arrêter les uns les autres et aboutir à être remplacés par un Comité de salut public, nommé dans la séance de la Commune du 30 avril. Le Mot d'ordre de Bochefort en était scandalisé lui-même, et s'écriait : THôtel de ville se défie' du ministère de la guerre, le ministère de la guerre se défie du ministère de la marine ; le fort de Vanves se défie dû fort de Montrouge, qui se défie du fort de Bicêtre, Raoul Bigault se défie du colonel Bossel, etc. » M. Bochefort mettait sur le compte des mœurs républicaines cette défiance universelle des membres de la Commune, qu'il n'aurait dû attribuer qu'à leur mutuelle incapacité, et & un manque absolu d'honnêteté.

Ce Comité de salut public, élu par 34 voix contre 28, se composait de cinq membres : Antoine Arnaud, Léo Meillet, Banvier, P. Pyat, Gérardin ; dans les premiers jours de mai il devint, avec le Comité central, la pierre d'achoppement de l'insurrection lancée dans la. voie des extravagances pour aboutir promptement au terrorisme stupide et farouche.

On a reproché au clergé la terreur blanche qui « au nom du droit divin et de la sainte inquisition »• livrait au bourreau les libres penseurs politiques et religieux, républicains et hérétiques. Mais nous le demandons aux radicaux euxmêmes, que faut-il préférer de la frénésie qui pousse aux

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massacres de septembre et des otages de la Commune, ou du zèle religieux qui mène au massacre des Albigeois? Quelle est l'intolérance qui vaut le mieux, de celle qui lève la hache contre les blasphémateurs de la Révolution, ou de celle qui perce d'un fer rouge la langue des sacrilèges ? Comment choisir entre la prétendue orthodoxie qui veut exterminer le modérantisme par le couteau de la guillotine et celle qui veut anéantir l'hérésie par les bûchers de l'inquisition? «Ces monstruosités historiques » qu'on nous jette à la face, et que nous n'avons pas à apprécier ici, répondaient à des passions vraies, à des convictions qlie leur sincérité même rendait inexorables; et elles eurent pour effet de maintenir dans les États l'ordre et la prospérité. Mais en inaugurant la terreur rouge, la Commune, dépourvue de principes, n'obéissaitqu'à des instincts mauvais, et le moyen qui, dans sa pensée, devait assurer la durée de son règne, devint au contraire la cause qui en précipita la ruine. L'opinion, accoutumée & juger les hommes sur leurs paroles et leurs écrits, croyait trouver chez les hommes de l'Hôtel de ville, sinon de la capacité, à tout le moins de l'honnêteté. Hélas ! l'illusion ne fut pas longue, et l'aspect de Paris devint chaque jour plus vide, plus morne, plus effaré.

En vain allègue-tron l'état de guerre où se trouvait le nouveau gouvernement : même au ôein d'une ville assiégée, même à Theure où les balles versaillaises atteignaient pardessus le rempart leurs femmes et leurs enfants, les hommes que le vote de la Commune avait érigés en dictateurs, avaient le devoir strict de s'abstenir de rigueurs inutiles, et nous entendons par 1& toutes les rigueurs qui ne servaient pas directement la défense.

La pente était glissante, nous le savons, et Ton devait arriver facilement à copier la terreur civile de 93, sous prétexte de lui emprunter sa mftle énergie, jointe au mépris souverain de la vie humaine.

Mais la Commune avait les lois de l'état de guerre qui lui sufBsaient : elles étaient un instrument assez sûr et assez rapide pour frapper tous les coupables. En dehors de ceux qui avaient fait acte d'hostililé ouverte contre l'insurrection,

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qui donc voulait-on atteindre et par quels autres moyens que ceux de la loi?

L'état des choses différait essentiellement de l'état de guerre civile : la guerre civile véritable, celle qui partage la cité en deux camps qui se pénètrent, où Ton touche du coude son ennemi sans le connattre, cette guerre ne va pas sans la terreur et son cortège d'arbitraire et de crimes. Aa contraire, dans la lutte soutenue par la révolution du 18 mars, les camps étaient nettement séparés : de l'autre côté du rempart les ennemis, du eôlé de la ville les soldats et les amis de la Ck)mmunQ. S'il se glissait des traîtres ou des espions dans leurs rangs, les lois de la guerre suffi* saient pour les punir; mais il était absurde de prétendre imprimer la terreur, dans le cœur de ceux qu'il fallait vaincre, par l'application de mesures injustifiables, alors qu'on avait la guerre, ses lois et des canons. Il n'était pas prudent, quand on avait la guerre civile déchaînée, il n'était pas sage de « réveiller les lions endormis », comme disait le malheureux Strafford, et de remuer d'une main impie les vieux levains des guerres religieuses. En arrêtant des prêtres, en poursuivant des religieuses, en décrochant les crucifix, en établissant des clubs dans les églises, en violant des tombeaux, le Comité de salut public et le Comité central crurent avoir anéanti le catholicisme. Les insensés! ils ne faisaient qu'accuser une fois de plus l'éternelle impuissance de l'impiété. Il y a dix-huit cents ans qu'elle entasse des ruines et qu'elle cherche à « enterrer le Christ ». Et chaque siècle voit grandir davantage la puissance du prêtre, ministre du Christ et représentant de la seule force; et souvent, lorsqu'elle a renversé un édifice de pierre, elle le voit se relever le lendemain en argent ou en or !

C'est ce qui est arrivé sous la Commune : en saccageant les églises, en renversant l'autel, elle n'a nullement détruit la foi dans les âmes, substitué son règne à celui de Jésus- Christ. Les fidèles qui ont été témoins des profanations sont tombés à genoux pour implorer Dieu ; ils ont fait au fond de leur cœur un grand acte de foi, avec une énergie qu'ils n'auraient pas eue la veille. Ils ont promis de faire disparaître

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les ruines, de vivre désormais plus saintemeot, afin de venger Dieu de toiiles ces injures. Voilà la vraie force, celle que ne peuvent atteindre ni le feu, ni le sang, ni la mort. Mais la Commune, elle, en endossant la responsabilité de tous les sacrilèges commis en son nom ou tolérés par elle, a signé sa propre condamnation, et les soldats de Mac- Idahon n'en furent plus que les exécuteurs

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