MOYENS DE LE PRÉVENIR
Admiration et reconnaissance de Tlnternationaie pour les incendiaires de la Commune. — Opinion des sections belges, suisses, allemandes, romaines, anglaises, françaises.— Forces de Tlnlemationale en France. — La France contemporaine comparée à la société romaine sous Tibéhus Gracchus. — Difficultés particulières de la prochaine guerre sociale. — Formation en Italie et en Allemagne d'associations ayant pour objet Témancipaiion du prolétariat. — Leurs statuts. — Cause persistante de l'agi lation des classes ouvrières.
— Elles ne trouveront pas le triomphe de leurs revendications dans une révolution sociale. — Le christianisme seul peut remédier au mal. — Réforme à introduire dans l'enseignement en général. — Inutilité de tous les efforts tentés en dehors de l'influence chrétienne pour arriver à la solution du problème social : SaintrSimon, Fourrier, Cabet, M. Louis Blanc. ^ Les Trade-Unions et les sociétés de résistance. — Solution chrétienne : noifVelle organisation de la corporation. — Services immenses rendus par le compagnonnage. — Ce qu'est la corporation telle que nous l'entendons. — Proudhon l'a entrevue.
— Différence de la corporation et de l'association proprement dite. — Le salut est dans l'établissement de la corporation chrétienne.
C'était hier que la Commune ensanglantait la capitale , et aujourd'hui les édifices abattus par elle sortent de leurs ruines plus splendides qu'autrefois, et semblent insulter à ceux qui les voulaient anéantir. Les blanches pierres ont remplacé celles que les siècles et la flamme avaient brunies, que les crimes des hommes avaient parfois souillées; les traces des vandale^ sont effacées. La foule oublieuse ne se souvient plus ni des larmes ni du sang : elle rit| elle chante,
elle danse, elle se couronne de fleurs, ainsi qu'elle faisait quand la mort, le deuil et la honte ensemble l'ont frappée.
Regardons sous ces fleurs, écoutons à travers ces chants. Le sol oscille encore.... n'est-ce que la houle qui vient après la tempête, les dernières convulsions d'une crise effroyable? ou le présage sinistre d'un nouvel orage? La Commune est morte, disait-on après sa chute, et ne revien* dra plus. Il semblait, en effet, que son horrible On allait rendre son rétour à jamais impossible'; et que, non-seulement en France, mais dans le monde entier, les socialistes s'empresseraient de désavouer les massacres et les incendies. Hais Paris brûlait encore que déjà, dans toute l'Europe, la plupart des sections de l'Internationale et un trèsgrand nombre de ses journaux proclamaient publiquement leur admiration et leur reconnaissance pour les incendiaires.
A Bruxelles, la section belge, dans une réunion tenue le 5 juin, proteste contre l'intention annoncée par le Gouvernement belge de livrer, comme des malfaiteurs de droit commun, les assassins et les pétroleurs de Paris. La protestation se termine ainsi : « Le congrès de l'Association internationale des travailleurs acclame solennellement la Commune de Paris vaincue pour un temps, reconnaît qu'elle a bien mérité de l'humanité entière, et que ceux qui ont combattu pour elle ont droit au respect et aux sympathies de tous les. hommes de cœur. »
A Genève, deux jours avant l'entrée des troupes de Versailles dans Paris, une réunion de l'Internationale avait voté une adresse à la Commune; celle assemblée déclarait qu'elle exprimait « les aspirations économiques des classes travailleuses, et que, lorsque les travailleurs sont unis par une organisation aussi vaste que celle de l'Internationale, le triomphe de leur cause est assuré. » Après la défaite, l'organe des hommes qui avaient voté cette adresse,* VÈgalité^ ne dissimula pas l'admiration que lui causaient les crimes de la dernière heure. Ce journal loue le « peuple » qui, en brûlant nos palais, <■< a anéanti les monuments de la barbarie et les tabernacles de la prostitution monarchique ». Il émet le vœu que « cet incendie puisse enfin allamer la ven-
geance dans le cœur du peuple, vengeance contre les misérables brigands qui ne peuvent sauver leur ordre monarchique qu'en forçant le peuple de se brûler sous les décombres de la cité martyre ».
A Zurich, le 4 juin, une réunion des membres de l'Internationale déclare à l'unanimité « que le combat soutenu par la Commune est juste et digne, qu'il est en solidarité avec les idées d'un meilleur temps, et que tous les hommes qui réfléchissent doivent y prendre part. »
En Allemagne, une feuille socialiste, publiée à Leipzig sous les auspices de deux membres du Reîchstag, MM. Liebnecht et Bébel, n'a pas hésité à imprimer ceci :
« Nous sommes et nous nous déclarons solidaires de la Commune de Paris, et nous sommes prêts à soutenir ses actes à tout instant et contre chacun. » A Barnem, ville du cercle de Dusseldorf, une assemblée convoquée par le comité démocratique socialiste a salué « les travailleurs de Paris » comme « les champions du prolétariat européen», et affirmé que les cruautés qu'on lui reprochait avaient été nécessitées par la défense. Karl Marx, le grand-prêtre de l'Association disait dans une de ses lettres : ce que l'on a fait à Paris est une chose sublime,
L'Internationale italienne a tenu à faire sa partie dans ce concert de louanges, et le 18 juin, une réunion des sections milanaises à laquelle assistaient, dit-on, deux mille cinq cent quarante membres de l'Association, adoptait une adresse dans laquelle on lit : « Ils sont tombés en héros »; et après avoir offert aux échappés de la Commune l'hospitalité jusqu' cm jour prochain de la revandie, la réunion ajoute : « Les principes de la Commune de Paris sont les nôtres, nous acceptons la responsabilité de ses actes. »
A Rome, une branche de l'Internationale se donne pour mission « de brûler le plus d'églises possible, et spécialement le Vatican. » Et dans la catholique Espagne, se sont reproduites, il y a deux ans, les scènes les plus horribles de la Commune de Paris.
Les internationaux de Londres sont trop peu nombreux pour témoigner, dans une manifestation publique, leur adhé-
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sion aux crimes de leurs amis de Paris ; mais dans des réu* nions particulières ils onl exprimé leurs sympathies pour les communistes parisiens et leur exécration à Tégard des troupes de Versailles. Ils ont même, d'après ce que rapporte un journal anglais, montré « le bon mouvement » comme prochain. « Bientôt, a dit un orateur, on pourra détrôner la monarchie anglaise, convertir le palais de Buckingham eu atelier, et renverser la colonne du duc d'York, comme le noble peuple français a renversé la colonne Vendôme. » L'exécution de cette colonne et Tincendiô des Tuileries, voilà ce qui a particulièrement excité l'admiration cl stimulé le zèle des communistes anglais.
Toutes les citations que nous venons de faire suffiront pour montrer, avec la dernière évidence, la pensée vraie, intime de l'Internalionale sur la Commune de Paris, et sur les crimes par lesquels son règne s'est ouvert et s'est terminé. Cependant, on pourrait objecter que telle ou telle section n'a pas le droit d'engager l'Association tout entière, et qu'on ne saurait, sans une suprême injustice, rendre toute une société de plusieurs millions de membres responsable des discours tenus dans des meetings par quelques orateurs, qui ne sont, après tout que des individualités sans mandat.
Par malheur pour l'Internationale, elle ne peut pas invoquer des arguments de ce genre ; car ses représentants légitimes, les membres du conseil général de Londres, élus, comme on sait, par les délégués de toutes les sections représentées au congrès, ont fait connaître, dans un écrit collectif, leur opinion officielle sur les événements de Paris. Or, ils admirent l'incendie des palais, ils justifient le massacre des otages.
Un grand nombre de villes de France donna aussi son approbation à tous ces crimes, et à Paris même, le premier moment de stupeur passé, en marchant dans les rues incendiées, il suffisait de regarder le visage pervers et les yeux sanguinaires de la foule pour y lire ceci : « C'est à recommencer. » La population errait curieuse et gaie & travers les ruines, comme elle eût fait & Pompéï et à Herculanuni, et le 8 juin, elle regardait passer !le convoi des otages.
Combien de ceux qui ont brûlé Paris se promenaient au milieu de leur œuvre de destruction, l'admirant à raison même de son immensité, et tenant par la main leurs enfants, auxquels ils soufflaient tout bas le mot de vengeance, auxquels ils faisaient respirer l'odeur du soufre [et du sang qui les suivra partout et qu'ils reconnaîtront un jour ! Ils ont pu être châtiés avec le fer rouge, mais corrigés, non. Si l'on s'était fait la moindre illusion à ce sujet, il aurait suffi pour la dissiper, de jeter un coup d'œil sur l'adresse adoptée dans une grande réunion par le comité parisien de l'Internationale, le lendemain même de la chute de la Corn-, mune.
a Travailleurs,
« Une lutte sans précédent dans l'histoire du monde vient de s'engager. On dit que nous sommes battus. Si notre devoir n'était pas de marcher en avant et toujours en avant, nous vous dirions : la réaction a raison.
« Mais notre devoir nous force & vous dire : Laissez la réaction chanter victoire, et agissez. On vous a désarmés, vous a-t-on réellement vaincus ?
« A Paris, vous êtes encore cent mille.
« Quand on est cent, mille on ne se retire pas volontairement de la lutte. La loi française vous donne, à vous travailleurs, la puissance politique. La laisserez-vous échapper encore une fois ?
oc Non, ce n'est, pas possible.
a Vous n'avez plus ni club, ni réunion, ni organe ; ralliezvous, vous qui voulez le droit à la vie, autour de l'Association internationale des travailleurs. Seule, elle peut vous conduire à l'émancipation et vous arracher au joug du capital et des prêtres.
ce L'Association internationale des travailleurs est en ce moment la grande coupable. Tous les capitulards, toutes les incapacités de la capitale l'accusent des malheurs de la France, de Tincendie de Paris.
« Les malheurs de la. France, nous les rejetons sur les Trochu, JulesJFavre et autres.
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a L'incendie de Paris, nous en acceptons la responsabilité.
<< La vieille société doit périr. Elle périra.
« Un eiïort gigantesque Ta déjà ébranlée ; un dernier efTort doit la jeter & bas;
« En avant !.en avant !
« Vive la République sociale !
« Vive la Commune ! »
« Nos ennemis peuvent nous menacer d'extradition aux bourreaux de Versailles, d'expulsion de tous les coins du
monde civiiiséy d'une chasse féroce contre nous tous qui osons proclamer notre adhésion & la cause de la Commune ; mais nos sympathies et notre concours n'en resteront pas moins actifs ; et si le monde civilisé ne peut nous tolérer, qu'il se débarrasse alors de nous au moyen du niassacre et de l'assassinat, car ni d'une manière ni d'une autre, nous ne pactiserons avec lui, et si quelques cadavres de plus sont nécessaires au règne de Vordre^ qu'il les ait, ces cadavres; le monde civilisé n'en croulera que plus vite..é »
Ce sont là, nous le savons, des cris de rage inspirés par la défaite. Les vaincus ont espéré un instant toucher au triomphe, à la réalisation de leurs rêves de domination; la proie leur a échappé lorsqu'ils croyaient la saisir; de là, la fureur des chefs. Une pareille exaltation prouve aussi le coup terrible que les événements de Paris ont porté à l'Internationale. En prenant part à la guerre civile, en s'alliant au jacobinisme, et en mettant une armée au service de révolutionnaires qui ne veulent que renverser le pouvojrpour s'en emparer, l'Association des travailleurs a fait évidemment fausse route ; aussi, elle est rentrée dans l'ombre, mais sachons-le bien, elle en sortira. Elle compte à Lyon douze mille adhérents parfaitement organisés, embrigadés et disciplinés; elle en a vingt-sept mille à Paris, sept mille à Lille, trois mille à Strasbourg, deux mille à Roubaix, cinq mille à Rouen, deux mille à Bordeaux, et c'est quelque chose celai
Quelle sera Tissue de la lutte qui se prépare? Si nous jugeons du présent par le passé, et des similitudes par les analogies, nous voyons que la société française est exactement dans la situation où se trouvait la société romaine, lorsque les dissensions civiles avaient pour objet certaines substitutions dans la jouissance des privilèges, et d'inévitables compétitions de castes.
Aujourd'hui, en France comme à Rome sous le consulat des Gracques, les caractères continuent à décliner, les conceptions à avorter, les idées à se rapetisser, les mœurs à s'oblitérer, et, suivant l'expression d'un grand penseur appliquée & la décadence grecque, « le petit esprit est parvenu & former le caractère de la nation. » Or, lorsque le souffle des décadences traverse les plus fermes cuirasses d'honneur, de calme et de vertu, et dépose dans les Âmes
— même les plus pures — un germe d'ambition, d'égoîsme et de mauvaise foi, alors, on peut affirmer que les bouleversements sont proches.
En France, de même qu'à Rome, sous une surface riante et parfumée de civilisation, bouillonne la lave des instincts individuels dont Kagitation se traduit périodiquement par des éruptions de sang et d'incendie. Ce fut le pillage et le meurtre en Italie; ça été le pétrole & Paris. Les foits se ressemblent si les peuples diffèrent.
A Rome/ au moment où le jeune Tibérius conçut l'ambition d'émanciper les prolétaires italiotés, la société dormait, riait et se consolait par la débauche. En France, des coups de tonnerre comme celui qui vient d'éclater réveillent une heure, il est vrai, l'homme qui n'aime pas & trouver un pli à la feuille de rose de son oreiller. Quand il se voit menacé ou pris, il réfléchit un instant, il se reproche peut-être, mais d'une manière rapide, — il n'aime pas à s'accuser longtemps,
— de n'avoir pas rempli parfaitement ses devoirs de conscience envers Dieu et envers son pays. Mais vienne le jour de la délivrance, les bonnes pensées s'envolent avec le yent qui emporte la tourmente et le danger. « Après tout, se diton, à quelque chose malheur est bon. Cette sanglante collision aura été Parrière-face de la Révolution du 4 sep-
UL GfiUT£ DE LA COMMUNE. 601
iembre, elle était inévitable. Un maréehal de France, dix généraux, cent vingt mille soldats, deux mille bouches à feu sont entrés en ligne, et il n'y a plus d'insurrection ; le Sphinx qui devait nous dévorer est tué, dès à présent nous pourrons reposer en paix. » Il s'endort dans son apathie de la veille, il oublie tout, excepté ce qu'il aurait dû par-dessus tout désapprendre. Nous oublions ce que fut la Commune de 1871, et nous sommes loin de comprendre ce que serait une révolution nouvelle faite à son image. Les leçons de Tenquôte, les crimes qui se sont déroulés devant les conseils de guerre ont moins préoccupé le public qu'un drame ou une comédie à sensation. Quel peuple sommes-nous donc sur le point de devenir?
Or,— pour continuer notre comparaison, — pendant l'orgie, les esclaves s'agitaient et la loi agraire s'élaborait à Rome ; en France et en Europe, les sociétés secrètes s'organisent, communiquent, fusionnent et forment un vaste réseau de conjurations qui menacent d'étouffer nos sociétés. Nous ne grossissons pas à plaisir les difficultés du combat. On sait que de tout temps, et particulièrement sous le règne de la Commune, ce qui distingua les entrepreneurs de réformes sociales fut une insigne lâcheté ; mais, ce qui. est bien de nature à effrayer, c'est la volonté bien arrêtée de détruire, et la généralisation de cette volonté.
Voici quelques mois prononcés par les radicaux dans les clubs qui ont précédé les élections de 1876.
A la séance de la rue Berthe (XVIII* arrondissement), le citoyen Clemenceau, candidat radical, a dit & son auditoire :
« Le clergé doit apprendre qu'il faut rendre à César ce qui est à César... et que tout est &^ César. »
Ce n'es.t pas au clergé, qui ne possède rien, que M^ Clemenceau adressait en réalité ce verset de l'évangile comniuneux, mais aux capitalistes et aux propriétaires.
Mais pour que tout soit rendu au peuple-^César, il faut briser la seule chose qui maintienne encore la justice parmi les hommes : la religion. C'est ce qu'a compris ^n électeur du XVII* arrondissement; excité par les calomnies de M. Loc-
T\^i HISTOTRR DE LA GOlfMUNE.
kroY c\>nlro k^ cMholinsinc, ce farouche partisan s*est écrié:
l> 1^4 i^lH c^^ndant devant celui-ci, prononcé par un Autiv tMtvUnir dan^ un^ réunion tenue rue Saint-^Antoine :
^ Il > a dt>Qi ^^n$ qui disent que l'heure des difficultés est (Kisstv ; 0 \>sl înoxacl : la lutte à outrance et implacable cornaHMu^H\t dans trois mois : il faut pour la soutenir des hommes dr ^^, *
Os <^\oitations« rapprochées d'autres faits très-graves que lo tunixt^raeuH^nt n'ignore sans doute pas, trahissent TexistciHY d*wno vasto ci^nspiration démagogique qui s'étend d'un Kmt de rKuro|H^ i Tautre^
Tout lo monde sait qu'il n'est pas en France une boui^de qui no soit )HdlutV de dévergondages parlés, pervertie par uu club anilii^ aux féitérations ouvrières de Paris. En Allenm,^ue> le ohamvlier de lempire porte la condescendance iusqu'À i^rlementer avec Tlnternationale : en Italie, les sociîibstes ctui^^ivssent ; A Genève, ils pontifient; à Londres, ils iv^ideut et ils intriguent* Partout ce pouvoir turbulent agit uu se ivser\e^ it>mme il la fait naguère pendant le siège dos Pinissiens> en vue d'éventualités ténébreuses ou déses- |H^iautt\^,
Nous avons sous les yeux une brochure où le docteur Beln^l u^enace TEuroj^e entière des coups de l'Internationale; mais c'est d'abord à la France qu'il accorde ses préféivuces. Kn voici quelques ()assages :
« Les êvéiw>ments de Paris ne sont qu'un combat d'avantposte,
« Nos ennemis nous croient accablés sous le poids des événements de Paris, Il importe peu de les détromper, mais ce qu'il faut bien persuader jtux travailleurs de touteb les nations, c'est que l'association n'a rien perdu de ses moyens d'action.
n Loin de là, il faut que tous sachent que si, dans ce premier engagement contre le capital et les restes de tous les vieux partis coalisés contre eux, les travailleurs ont pu soutenir deux mois de lutte, embarrassés qu'ils étaient par les républicains formalisteSi ils sont sortis du combat plus unis,
ni; CHUTE DE LÀ COMIfUNE. 603
plus Termes et surtout plus ardents, car ils ont tous une insulte A venger. »
De toutes parts, en Italie et en Allemagne, se forment des associations qui ont pour objet Témancipation du prolétariat. Leurs statuts nient Dieu, Tétat social, la morale, Taulorité de la famille et les sentiments humains, avec un cynisme moins affecté, il est vrai, que celui de Vermesch et de la Commune de Paris; mais si Ton veut en connaître l'esprit, que Ton observe le parti ouvrier socialiste qui se fonde maintenant en Allemagne sur des bases formidables. Il doit avoir son siège à Hamboqrg. Ses membres seront dispersés sur toute la surface de l'empire, dans les villes d'Altona, de Hambourg, de Berlin, de Brunswick, de Hanovre, de Cologne, de Bielefeld, de Breslau, de Francfort, de Magdebourg, de Chemnitz, de Nuremberg, d'Augsbourg, de Gœppingem, de Borneim. La fonction de ces autorités socialistes sera de servir d'intermédiaire entre la masse des adhérents et le comité directeur. Ils auront, en outre, la charge de surveiller l'exécution des mesures prises en congrès, et de préparer les matières à des congrès nouveaux. Mais la force du parti socialiste ne s'est pas manifestée au congrès de Gotha, uniquement par ce déploiement de forces et cette forte organisation.
Voici le programme qui a été le fruit des débats du congrès; le caractère de ses espérances n'échappera à personne.
« I. — Le travail est la source de toute richesse et de toute civilisation ; et comme le travail fructueux pour tous n'est possible que pour la société, le produit total du travail appartient & la société, c'est-à-dire à tous ses membres, sur la base do l'obligation universelle du travail, d'après un droit égal, ou à. chacun d'après ses besoins raisonnables. Dans la société actuelle, les moyens de travail sont le monopole de la classe des capitalistes ; la dépendance de la classe ouvrière, qui en résulte, est la cause de la misère etde l'esclavtige sous toutes ses formes. L'affranchissement du travail exige que les moyens de travail deviennent le bien commun de la société; il exige aussi la réglementation coopérative de tout,
lo travail avec rapplication au bien commun et réquitable rêparlilion du produit. L'affranchissement du travail doit ^trc l'œuvre de la classe ouvrière, à l'égard de laquelle toutes les autres classes ne sont qu'une masse réactionnaire.
« lU — Partant de ces principes, le parti ouvrier socialiste d'Allemagne poursuit, pai' tous les moyens légaux, l'organisation socialiste de la sociélé, la disparition de la dure loi des salaires par l'abolition du système du salariat, la suppression de Texploilalion du salariat sous toutes ses formes, de toute inégalité sociale et politique. Le parti ouvrier socialiste d'Allemagne demande, pour préparer la solution de la question socialiste, la création d'associations productrices pour l'industrie et l'agriculture, dans des proportions telles que l'organisation socialiste de tout le travail puisse en sortir. »
Il y a, on le voit, une grande différence entre les précédentes revendications et celles de l'année 1876. Le communisme s'efforce de se dissimuler, mais son caractère international ressort clairement.
L*émotion que cette manifestation de la pensée socialiste a produite dans les régions officielles de Berlin a été profonde. Les journaux officieux se sont particulièrement effrayés de l'organisation matérielle du parti. La Gazette de la Croix est allée jus(|u*à dire que les délégués du comité central, dans les dix-huit villes que nous avons citées, seront des « autorités socialistes », en face des autorités gouvernementales.
Encore une fois, & quoi aboutira cette coalilion de haines et d'appétits, qui, comme une noire marée de barbarie commence & couvrir le sol de Saint-Pétersbourg à Madrid? Nous ne craignons pas de nous tromper en affirmant hautement qu'elle se manifesterait par de nouveaux crimes, si quelque acte violent, si une guerre extérieure ou une révolution intérieure ouvrait la lice aux passions déchaînées. L'incertitude dont semble entouré le problème social est une cause persistante de profonde agitation pour les classes laborieuses, un thème de déclamations commode aux am-
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bilieux, un sujet de trouble et de souffrance pour les ignorants et les esprits faibles.
' Mais que les ouvriers le sachent bien, jamais guerre sociale ne supprimera la propriété ; elle ne fera que la déplacer au profit d'autres possesseurs, avec des inconvénients analogues : des gens s'enrichiront qui étaient pauvres, des familles périront qui étaient florissantes; les lois de l'équité, du travail, de Téconomie, des droits individuels, tout ce qui fait l'honneur, la force et la richesse de l'humanité, seront encore une fois violées; la scélératesse humaine s'étalera de nouveau, cynique, atroce; on reverra peut-être les calamiteuses hécatombes de la Commune, ses effroyables folies de meurtre et de carneige, ses rouges embrasements où le sang se mêlera aux flammes, et l'éclair des armes à la colère des cieux; mais la situation de l'ouvrier n'en sera pas changée : il n'a jamais rien gagné aux révolutions, qu'elles soient politiques ou sociales.
Un écrivain remarquable par la vigueur de sa logique et la netteté de son langage, M. Emile de Girardin, le constate en ces termes :
« En 1789, qu'a gagné l'ouvrier à ce que le gouvernement de la France devînt le gouvernement de la rue? Les souffrances de l'ouvrier furent-elles jamais plus grandes et plus longues qu'à cette époque?
« En juillet 1830 , grâce à des négociations nouées avec la Russie, la France était sur le point de rentrer dans ses limites tracées par le cours du Rhin; elle venait de se distinguer par un brillant fait d'armes : celui de la prise d'Alger; l'industrie et le commerce étaient prospères, il n'y avait donc aucune raison pour que l'ouvrier « descendît dans la « rue » et vhit jeter le poids de ses pavés dans les balances de la Chambre des députés, à l'occasion de l'interprétation douteuse d'un article 14 de la Charte de 1815. C'était affaire à vider entre les ministres du cabinet Polignac et les élus du cens électoral.
•t Qu'a gagné Touvrier à ce que le roi Louis-Philippe I" s'emparât de la couronne du roi Charles X?
« Cela a-t-il empêché qu'en juin 1832 l'ouvrier fût mitraillé au clottre Saiot-Merri, et que Paris fût mis en étal de siège?
« Cela a-t-il empêché que les 9, 10, 11, 12, 13 et 14 avril 1834, l'ouvrier fût noyé à Lyon, pendant six jours, dans des tlots de sang; massacré à Paris, rue Transnonain, et nonseulement à Lyon et & Paris, mais encore à Marseille, à Grenoble, à Saint-Étienne ?
ce Qu'a gagné la France à ce changement de règne? Sous le ministère de M. Guizot, à l'expiration de Tannée 1847, que restait-il de la liberté de la presse, de la liberté de réunion et d'association conquises, en 1830 par l'ouvrier, les armes à la main et au péril de sa vie ?
a En février 1848, il y avait deux ans que des élections générales avaient intégralement renouvelé la chambre des députés. Jamais, de mémoire de gouvernement constitutionnel, ministère n'avait eu une majorité plus compacte, plus « satisfaite ».
« Sur une question controversée de banquets , l'ouvrier quitte son atelier et descend dans la rue, « au cri de : Vive la réforme^ » comme en juillet 1830 il y était descendu au cri de : Vive la Charte!
oc Le roi Louis-Philippe ne monte pas à cheval, mais il monte en flacre et se sauve en Angleterre.
« Un gouvernement provisoire est proclamé, est institué à l'Hôtel de ville. Plus ce gouvernement , à la tête duquel sont Louis Blanc, Lamartine, Ledru^Rollin , fabrique journellement de décrets, et plus il semble qu'il grossit et fait monter le flot de la misère.
« Cette misère, l'ouvrier la subit héroïquement. Il y a de lui ce mot célèbre : « Nous mettons trois mois de misère au « crédit de la République I »
« La question des ateliers nationaux fait sortir l'ouvrier de sa résignation. Attroupements. Barricades. Journl^es de juin 1848. État de siège. Transportations en masse. Suppression de journaux. Suspension du droit de réunion. N'eût-il
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pas mieax valu, même pour lui et pour sa famille, que le 24 juin l'ouvrier « ne descendit pas dans la rue ' »?
Ce que M. de Girardin a dit des révolutions politiques au point de vue de Tinlérêt ouvrier, on peut Taffirmer, à plus forte raison, des révolutions sociales.
C'est un fait élucidé par l'histoire aussi bien que par la science économique et la politique pure : toutes les rèvo* lutions soi-disant sociales n'ont abouti qu'à un grand et épouvantable néant. Entasser dans les ossuaires des quantités effrayantes de cendres humaines, dévaster plus ou moins profondément des contrées fertiles, déplacer sans cesse la civilisation : tel fut toujours leur unique résultat.
Pour ne parler qqe d'une période déterminera laquelle nous avons comparé la nôtre, dans la lutte du prolétariat italien contre le patriciat romain, depuis Sempronius Gracchus jusqu'à Catilina, un million d'hommes furent égorgés, les institutions ébranlées, les caractères avilis, et les mœurs singulièrement altérées. Des sacrifices humains marquèrent même les funérailles de Marins. Et malgré tous ces torrents de sang, ces monstruosités conçues et souffertes, ces immolations et ces lâchetés inouïes, la condition du prolétaire italiote au temps de César était tout à fait celle d'un homme de même caste au temps de Licinius, le tyrannique auteur des lois exclusivistes. Pourquoi? sinon parce que la lumière et la vertu n'étaient d'aucun xôté, pas plus chez les opprimés que chez les oppresseurs, et ni les uns ni les autres ne pouvaient ressaisir la notion perdue du droit véritable. 11 n'était donc pas réservé à la grandeur des passions de réintégrer dans le monde le principe de la dignité humaine par la réaction de l'esprit d'indépendance contre Tesprit de domination.
Seule, la révolution religieuse opérée par le christianisme a amélioré les rapports sociaux et modifié les notions du droit individuel, parce qu'avant d'agir sur les lois elle a agi sur les mœurs. Elle s'est présentée avec tous les caractères de cette puissance de Tàme agissant sur le monde extérieur