L'iMorier
poi' la vérilé , par lo devoir et par la vertu. La force el la violence lui furent complètement étrangères. Pendant des siècles entici*s son travail s'accomplit sans qu'elle eût recours À la force ni à la violence. Et lorsque le christianisme accepta le concours des pouvoirs de la terre, ce ne fut qu'après les avoir sul^jugués pai* Tasceudant de vérité et de beauté morale (jui était en lui, et que la persécution rendait plus manifeste encore. Les vertus chrétiennes furent les seules messagères qui annoncèrent au monde le rétablissement de la dignité humaine ; messagères de paix et de justice, toutes resplenilissantes de la liberté morale de Thonmie, toutes péntHrées du re^îpect de soi et des autres, toutes rayonnantes d'amour. On vil alors le front du serviteur se relever vers celui du maître, non plus pour lui porter l'injure et le déli, mais pour lui envoyer le rayonnement du salut fraternel, i|ui dès lors dut accompagner toutes les relations des houunes entre eux, tous les rapports d'autorité et d'obéissance; et le maître, reconnaissant son frère dans cet épanouissement de la fraternité sur la figure d'un de ses semblables, lui renvoya son amour, son respect.
ie christianisme n'a pas dégénéré, ce qu'il a fait autrefois il le peut encore aujourd'hui, mais à quelles conditions ? Il faut le recpnnaltre franchement.
Lorsque, dans la première partie de ce livre, nous recherchions les causes du 18 mars, nous avons signalé tout d'abord les instincts révolutionnaires de la nation. Ce tempérament insurrectionnel qui e^t la source de tous nos maux, coiument le modifier? C'est eu rétablissant (jans.les dmcs le sentûnent que revendiquent pour eux tous les partis dès qu'ils sont arrivés au pouvoir: le respect.
Le respect! c'est là un des éléments les plus essentiels de Tordre public. On ne saurait le contester sérieusement : chacun comprend quel doit être le sort d'un gouvernement
pas. Mais ce respect si nécessaire, qu'est-il? Quelles en sont les conditions? Sur quoi repose-t-il ? Le respect n'est pas Tétonnement, l'admiration, la crainte. Ces sentiments, non plus que la force, la puissance, le talent, le génie lui- même ne suffisent pas pour l'inspirer ou l'imposer. Le respect est un mouvement de l'àme qui nous porte à nous incliner, non pas devant une excellence, une supériorité quelconque, mais devant l'excellence, la supériorité reconnues du droit, du vrai, du bien. Pour obtenir notre soumission, il faut que l'autorité nous apparaisse environnée de cette triple auréole, et notre respect sera d'autant plus complet, d'autant plus profond que le droit, le vrai, le bien resplendiront chez elle du plus vif éclat.
Mais comment lui assurer ce rayonnement nécessaire? C'est en ne séparant pas l'idée de Tautorité, de celle de Dieu, son principe et sa source. Si on ne voit que l'homme, comme il n'est pas toujours respectable, le respect ne tarde pas à devenir chose bien rare. Et qui ne conçoit, qui ne sent les conséquences fatales de celte absence? Si la famille avait Dieu pour fondement, aurait-elle si peu de paix et de cohésion, la discipline si peu de vigueur? Le commandement serait-il si hésitant, l'obéissance si incertaine, tout si faible et si chancelant, si on revenait aux grandes traditions de l'Église sur l'Autorité? Non, ce n'est pas impunément qu'on essaye de repousser Celui en qui les sociétés comme les individus ont l'être, le mouvement et la vie.
Nous avons indiqué une autre cause de nos malheurs, ce sont les vices de l'enseignement, et par ce mot nous n'avons pas entendu parler seulement de l'enseignement de l'école, mais aussi de celui de l'histoire, de la presse périodique, des théâtres. Nous avons vu quel mal nous ont fait ces écrivains voués à une détestable propagande par légèreté d'abord, puis par envie et par haine; nous avons pu mesurer surtout les efTcts de cette littérature sataniquc tombant des planr ches d'un théâtre sur. des populations ignorantes et nerveuses comme la nôtre.
La conclusion naturelle de cette étude, c'est que l'histoire, la presse et la littérature, qui ont contribué à un si haut
degré à développer le mal qai bous mine, doiveni nécessairement se recoastiluer pour concourir & notre régénération. Il faut qu'il n'y ait plus de confusion possible exAre les idées saines, libérales, chrétiennes qui représentent la civilisation par la liberté et la justice, et les idées fausses, antisociales et impies qui représentent le retour & la barbarie par l'arbitraire, la violence et l'athéisme.
Il faut avant tout débarrasser l'esprit du peuple des préjugés dans lesquels ses flatteurs Fentretiennent. Il faut recommencer notre histoire; et, au lieu de voir de parti pris tout le mal dans le passé et tout le progrès dans le présent, nous devons rechercher ce qu'il y avait d'utile et de bon dans les institutions d'autrefois. II faut apprendre & la dassc inférieure que le moyen &ge, tant méprisé, avait une organisation plus vraie, plus vivace, plus solide qu'on ne le croit généralement. A travers un grand nombre d'abus que nous sommes loin de méconnaître, il faut lui montrer les paysans des communes organisant eux-mêmes leurs jurys, leurs taxes, leurs impôts, et ayant parfois en face de Ii^irs seigneurs des allures indépendantes qu'aucun de nous n'oserait prendre, aigourd'hui, vis-à-vis de la bureaucratie européenne.
N'oubliez pas surtout, vous qui tenez une plume, que tous les hommes à peu près savent lire et que fort peu sont en état de juger ce qu'ils lisent. Nul ne peut se défendre contre un livre. Dans la classe moyenne des esprits, chacun se laisse former en peu de temps, parfois en quelques jours, à l'image du journal qu'il reçoit. Ce qui est écrit est écrit; ce qui est imprimé, gouverne. Les masses sont absolument écrasées et broyées aujourd'hui par l'irrésistible puissance de la presse quotidienne. Les esprits les plus cultivés euxmêmes ne savent pas assez se défendre : on a vu de grandes intelligences trompées par les écrits les plus absurdes. Qui peut, sous l'énorme et croissante quantité de matières imprimées, conserver l'attention, lalucidité, la liberté, le mouvement propre? L'esprit parmi nous est perdu, sa hberté individuelle est détruite, l'individu pensant demeure absorbé dans la masse. En présence de cette force nouvelle, lapréoc-
cupation exclusive de tout écrivain, de tout journaliste, doit être, il faut se le rappeler sans cesse, le respect absolu du vrai, Tamour de la concorde. .
Cette parole enlrainaiile qui retentit partout, que Técho répète, ces pages enflammées que le vent de la publicité disperse, qui excitent la défiance, soufflent Timpiété, que ne vont-elles plutôt, douces et pénétrantes, calmer les esprits et faire régner la justice? Pourquoi jeter dans les cœurs la haine d'un adversaire plutôt que Tamour de la France, le dévouement à une cause particulière plutôt que le dévouement à la patrie ? Pourquoi faire naître la soif de la domination plutôt que le désir de la concorde? Pourquoi creuser des abimes au lieu de les combler, élever des barrières au lieu de les abattre? Plutôt que de tenir dans notre main le glaive qui divise, pourquoi ne pas la tendre à tous, cette main, afin d'y réunir celles de nos concitoyens ? C'est Tamour qui féconde, tandis que la haine dévore. La puissance désunie est un fer aigu dirigé contre celui qui le tient ; devant l'ennemi, ce n'est qu'une arme brisée aux mains de la faiblesse.
Gardons^nous aussi d'idéaliser sous les mots charmants de fantaisie, de vie indépendante et d'art libre, ces désordres de mœurs et de cerveaux, ces passions malsaines qui ont jeté hors de leurs voies et perdu sans retour plus d'un talent que la nature avait créé, comme Pyat et Courbet, pour faire des vaudevilles ou des paysages, et non des révolutions. Songeons que les classes laborieuses n'ont guère que deux enseignements : les églises et le théâtre. L'église les entretient de leurs devoirs, le théâtre ne Ips occupe que de leurs plaisirs. Il n'y a p6int à s'étonner si bientôt elles désertent les leçons de Tune, pour les amusements faciles de l'autre; mais il faut se plaindre qu'on livre ainsi à des doctrines empoisonnées, dès-intelligences vives, curieuses, ouvertes par leur faiblesse même à tous les systèmes du vice. Ne souffrons plus que l'art dramatique roule sur la pente fatale de la décadence et de la démoralisation. L'heure est venue d'organiser çnfln, de toutes parts, une croisade contre la dépravation morale où semble se complaire le
f :2 mSTOîRE I>B LA GOXMUXE.
thrAtre. Il faut que la scène TraDcaise rederîeooe œ qu'elle éUit au temps de Racine, une grande école de mœurs, de j»atriuti>me et de ^»irnére«x senlîments: il Taul qu'elle se mo:;lre Je nouveau fine, délicate, digne d'un peuple renommé par sa courtoisie et son litre de fils atné de lIBglise. Alors Dieu rëjrnera sur l'esprit de la France. Dieu î ce cri de salut nlmplique nullement rindifiërence pour les intérêts terrestres : bien loin de là, il consacre tous les droits légitimes, et oOre encore pour le problème social, une solution que nulle éoule ne fKMit résoudre en dehors de lui. Nous allons le démontrer.
Dans le beau li^Te qu'il a publié, en 1869, sur les associations ouvrière-, M. le comte de Paris s'exprime ainsi : « 11 y a quarante-quatre ans que Touvrier anglais jouit de la liberté de se coaliser, de disposer de son travail comme de sa marchandise, comme le producteur de ses produits. Aujourd'hui l'armée des travailleurs enrôlés sous les bannières des Trade-Umons peut rivaliser avec celle des grands Etats du continent, car elle se compose de plus de huit cent mille volontaires. !Même parmi ses adversaires, personne ne se flatte de la dissoudre : il fiaudrait pour cela revenir violemment en arrière, jusqu'aux lois qui consacraient le servage des classes ouvrières. Il faut donc compter 'avec Jine Torce aussi nombreuse et aussi bien organisée; et l'intérêt de toutes les classes veut qu'on lui persuade de déposer les armes, en lui montrant qu'elle peut ti'ouver un meilleur emploi de sa puissance que dans les luttes stériles qu'elle a engagées jusqu'à présent. »
Nous partageons l'opinion sagement libérale de M. le comte de Paris; mais quand on considère jusqu'à quel point les cœurs des soldats de celte armée sont ulcérés, quels trésors de haine ils peuvent contenir, à quelles extrémités ces hommes peu instruits et passionnés se sont laissé naguère emporter, il faut avouer que sans le christianisme la conversion qu'il s'agit d'opérer n'est pas des plus faciles. L'économie sociale, pas plus que les lois politiques, ne peut se séparer de la religion et de la morale. C'est ce qui explique l'inutilité de tous les efforts tentés çn dehors de Tin-
fluence chrétienne pour arriver à la pacification de ce grand conflit : les rapports du capital et du travail.
Les uns, comme avant 1848, Saint-Simon, Fourier, Cabet, choqués des irrégularités individuelles qui résultent de la rémunération prélevée par le capital, laquelle ne se subdivise qu'entre un nombre relativement restreint de co-partageants, réclament une distribution générale ou par masse. Mais supposons la liquidation sociale, autrement dit un partage brutal du revenu de la France, aussitôt l'immense survaleur créée par la circulation ou le commerce s'évanouit. La circulation n'est pas quelque chose d'impersonnel et de palpable, pouvant se prêter à une division matérielle. La circulation est le résultat du jeu absolument libre et spontané des activités individuelles qui ne peuvent recevoir l'impulsion que d'elles-mêmes.
Une liquidation sociale n'atirait de prise que sur les produits en nature. Or, la production totale, agricole, et industrielle delà France, autrement dit son revenu en nature, n'excède pas sensiblement, d'après les statistiques, une valeur annuelle de sept milliards. Eu égard à la population un tel dividende est singulièrement modique. Sept milliards, également divisés en trente-huit millions d'habitants, donneraient poui: chacun, et par jour, environ cinquante centimes. Le plus infime salaire est fort au-dessus de ce chiffre misérable. Ajoutons que celte chétive distribution s'amoindrirait inévitiiblement. L'économie de la circulation se trouvant désorganisée, le capital étant atteint dans sa disponibilité, dans la spontanéité de ses mouvements, la production matérielle serait elle-même atteinte et réduite dans une incalculable proportion. La liquidation socialiste appliquée au revenu aurait pour résultat de tarir les sources nourricières de la production, et n'aboutirait qu'à l'égalité devant la détresse.
Si nous suivions maintenant la chimère de la liquidation dans l'hypothèse de son application au capital môme, au capital sous toutes les formes et tant mobilier que foncier, qui
1. SaiDt-Sifflon, Fourier songeaient à appliquer révolutionnairemeht le communisme à la société française, tandis que Cabet prétendait le réaliser en dehors de toute compression sur la société^ mais leur but était le môme.
conslilue le fonds de la richesse du pays, .nous verrions que là aussi un immense appauvrissement des riches, des pauvres eux-mômes, et de TÉtat tout le premier serait Finfaillibte ri^sultai de ces revendications insensées *.
L'orfjranisation du travail, telle que l'entend M. Louis Blanc, n'est pas d'une plus facile application. La concurrence est à SOS yeux la cause de tous les maux, la source de tous les vices ; il faut se hdter de la faire cesser partout. Plus de concurrence entre des fitbricants, ou des commerçants acharnés h produire ou à vendre chacun à meilleur marché que ses* voisins; plus de concurrence entre les ouvriers, s'efforçant de se supplanter les uns les autres dans le même atelier, en réduisant tour à tour le prix de leur travail. Place à l'atelier social où se rend toute l'humanité, sans rivalité, sans jalousie; où tous les travailleurs, quelles ((ue soient leur besogne ou leur fonction, reçoivent le même salaire ; où l'homme de talent est l'égal de l'incapable, où le génie et l'idiotisme vont dcpdir, où les gendarmés et les juges, regardés jusqu'à présent comme nécessaires diras toutes les sociétés pour prévenir ou pour réprimer les dé^ lils et les crimes, sont remplacés par un écriteau poiiant cette inscription : « Le paresseux est un voleur. » C'est un sjstèmc complet, admirable. Il faudrait seulement, p<Hir pouvoir rappliquer, changer profondément la nature morale de riiommc.
D'autres économistes plus sages, comme M. de Molinarî, ont entrevu un élément de solution dans leis Trad^-Unioris, et les sociétés de résistance qui seront amenées un jour, par la force môme des choses, à devenir des intermédiaires entre les ouvriers et les patrons. Mais les partilsans de ce syèMme ne sont eux aussi que des utopistes ' lotsque , ne tenant compte que des réalités matérielles, ils ne s'occupent nullement des faits de Tordre moral qui sont de nature à troubler leurs combinaisons scientifiques.
Ils veulent transformer les Trade-nmions et les sôeiêUsiUe
1. Voir, dans la Revue des Deux Mondes (1872), le remarquable travail de U. le duc d'Ayen sur cette matière
m. CHUTE DE LA COMMUNE. 615
résistance en des espèces d'associations coopératives de marc/iandages. D'après eux, les hommes placés k la tête de cette association, se tenant au courant de l'état de l'oiTre et de la demande dans tous les grands centres manufacturiers, nonseulement de leurs pays respectifs, mais encore des pays voisins, connaissant la situation véritable du marché dans toute l'Europe, pourraient d'unepart démontrer aux sociétaires que telles ou telles de leurs prétentions se trouvent & un moment donné injustes ou impossibles à satisfaire ; ils auraient de l'autre à leur indiquer dans quelles villes la marchandise qu'ils ont à offrir, c'est-à-dire leur travail, est rare, et par conséquent en hausse, dans quelles autres elle est surabondante, et par conséquent en baisse. Ces associations pourraient encore traiter directement avec l'industriel, aujourd'hui réduit & s'arranger avec des individus isolés qui peuvent tomber malades ou bien lui manquer de parole ; tandis que, gr&ce à l'engagement pris par une société, on pourra compter, pendant toute la durée de l'engagement, sur l'approvisionnement du travail qui est nécessaire 4 l'entrepreneur, ou sur l'exécution de l'ouvrage à faire, à un prix qu'il connaîtra d'avance.
Ainsi, sécurité pour l'approvisionnement du travail, garanties pour l'exécution, simplification de la comptabilité, économie sur le personnel, réduction du capital circulant, sans parler de la disparition de toutes les occasions de conflits que les systèmes des rapports directs et individuels font nattre^incessamment entre le personnel dirigeant d'une manufacture et les ouvriers : tels seraient, aux yeux de ces derniers utopistes, les avantages que les unions, faisant pleinement offlce d'intermédiaires du commerce, du ti*avail, procureraient aux entrepreneurs d'industrie qui consomment celte marchandise.
Mais outre les différences énormes qui séparent le travail des autres marchandises, lesquelles n'ont ni individualité, ni passions, ni préjugés, ni haines de caste, ni affections de famille ou de patrie, la grande difficulté, qui a empêché jusqu'ici le succès de presque toutes les associations de production, se reproduira dans celle que nous venons d'étudier
et dans toutes les autres qu'on tentera d'établir. C'est de la jalousie que sont nées les théories de VégaUté des salaires et de l'équivalence des fonctions. GrAce aux déclamations socialistes, et en particulier au détestable et fatal pamphlet de VOrgantsation du iravail^ de H. Louis Blanc, les ouvriers sont maintenant très-enclins à regarder d'un œil d'envie et même de haine, l'habileté, l'intelligence, la science. Ce qui les irrite par-dessus tout, c'est la nécessité de se livrer à un travail manuel et plus continu, et moins bien rémunéré que le travail intellectuel du patron et de ses principaux collaborateurs. Or, cette comparaison continuera à se faire, aussi bien quand l'ouvrier sera sous les ordres d'un contre-maître nommé par l'Association, que lorsqu'il travaillera sous la direction immédiate de chefs choisis par le patron. Il faut donc, pour que l'Association change la face du monde économique, que ses membres comprennent d'un côté la néces> site de reconnaître les droits de chaque individualité, et de l'autre les devoirs de la fraternité.
Justice et charité : C'est là tout le problème social.
Après avoir étudié les différents systèmes qui se sont efforcés de le résoudre, nous avons acquis la conviction (]u'on ne pourra y parvenir qu'en établissant des corporations, non pas telles qu'elles existaient avant 1789, avec les entraves qui gênaient le développement du travail individuel, du commerce et des échanges, mais en retrouvant dans une autre organisation, sans aucun des inconvénients de la corporation, l'avantage qu'elle présentait : celui de jie pas laisser l'ouvrier dans un isolement absolu et da lui créer une famille industrielle, auprès de laquelle il trouvera toujours appui et protection.
Cet avantage est si précieux que M. Corbon nous apfvend, dans un livre qui mérite d'être beaucoup lu et beaucoup cité, que le souvenir des CorporationB^ détruites par la Révolution française, est cher aux classes ouvrières qui les regrettent encore.
« Dès 1791, dit-il, ce regret s'exprimait sous forme d'une coalition générale de tous les corps de métier. Les masses laborieuses voyaient déjà les inconvénients du laisser-faire,
m. CHUTE DE LA COMMUNE. 617
tandis que la classe des entrepreneurs profitait des bienfaits du nouveau système. Le temps n'a point changé sensiblement les opinions des deux classes.
« En ce qui regarde les masses laborieuses, le regret d'une constitution qui avait à leurs yeux un caractère pro^ tecteur, ne veut pas dire toutefois que la corporation rftvée par eux serait de tout point organisée comme l'était Tancienne.
« Quoi qu'il en soit, de tous les systèmes tendant à orga-^ niser le travail, celui qui donnerait une existence légale à la corporation serait celui qui répondrait le mieux au sentiment des ouvriers ; et j'ajoute que là où cette institution est le plus vivement désirée, le plus hautement demandée, se trouvent précisément les travailleurs dont Tintelligence est le plus exercée, et qui sont les plus ardents partisans du progrès démocratique*. »
Ce qui confirme l'assertion de M. Corbon, c'est l'importance de cette autre forme plus mystérieuse de l'Association, qui était probablement antérieure aux corporations et qui leur a survécu : nous voulons parler du compagnonnage. La seule pensée qu'ils ne sont pas isolés, doiMie aux Compagnons une force dont manquent les ouvriers qui nq se sentent unis entre eux par aucun lien : les rédacteurs de Y Atelier nous le disent expressément:
« Il y a chez tous les ouvriers qui possèdent une organi^ sation, si imparfaite qu'elle soitj un sentiment de conviction de leur supériorité morale sur leurs frères isolés par Ter goïsme, divisés par l'intérêt mal entendue » ;
Partout où l'on trouve le compagnonnage, l'ouvrier est habile, même s'il n'est pas compagnon ; le travail est relativement bien fait, et le salaire est plus élevé qu^ailleurs; ea outre, l'ouvrier est généralement sain de corps et de cœur. Au contraire, partout où le compagnoniiage ne pénètre pas, l'ouvrage est plus mal exécuté, et le. travailleur reste à un niveau qu'il dépasse toujours là où l'esprit de corps a conservé son ancienne force.