‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 16 sur 178 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ATTITUDE DE LA POPULATION PARISIENNE ET DU OOUVERNEVENT EN FACE DE CES MENÉES INSURRECTIONNELLES. FORCES RESPECTIVES DES COMBATTANTS.

NouTeau péril : Entrée imprévue et séjour des Prussiens dans la capitale. — La fédération républicaine organise des groupes qu'elle dissipe bientôt. — Incident relatif aux armées et aux canons. — Sa baute gravité. ~ Les casons sont rassemblés au Cours-la-Reine et sur un mot d'ordre venu du Gomité central dirigés triompbalement sur Montmartre. — Plaisanteries et alarmes des Parisiens. — Quiétude du gouvernement. — Il recule encore devant rémeute. — Les maires de Paris représentants de la Seine reviennent à leur poste. <— M. Clemenceau négocie auprès du Comité central la restitution des canons. — Inutilité de ses démarches. — L'Assemblée décide qu'elle quittera Bordeaux pour se rendre à Versailles. — Ce vote est exploité par la presse démagogique et les orateurs des réunions publiques. -** Six journaux sont supprimés par ordre du Gouverneur de Paris^ et les réunions interdites. — Ce qui se disait dans les clubs à la veille du 18 mars. — D'autres causes ajoutée» aux fautes du pouvoir empêchent la population parisienne de se mettre en campagne. — Patriotique appel de M. Tbiers à tous les partis. — Démission de plusieurs députés de l'extrême gauche. — Forces respectives des combattants. — M. Thiers à ÎParis. — Il se décide à employer la force.

Ces menées socialistes étaient pour la capitale un bien grave sujet de préoccupation, mais il en surgissait un autre d'une nature plus inquiétante encore. On venait d'apprendre que, contrairement à rengagement pris, les Prussiens entreraient à Paris, le 3 mars, et y séjourneraient environ trois jours pour humilier la fiëre cité, uniquement vaincue par la faim.

Pour conjurer le péril qui pouvait naître d'un incident si imprévu, le gouvernement s'efforçait soit d'empêcher le roi

Guillaume de donner suite à son projet, soit du moins d'en atténuer la portée, en localisant l'occupation sur la lisière d un seul quartier. D'un autre côté, une proclamation aux habitants <le Paris fut envoyée de Bordeaux. Elle était signée de MM. Thiers et Jules Favre, et contresignée par M. Picard. On y faisait appel au patriotisme et à la sagesse des citoyens. On insistait surtout sur le danger qui pouvait résulter d'un obstacle opposé à la marche de l'ennemi, et cela en un langage des plus touchants et tout à fait conforme à la grandeur de nos infortunes.

a Si cette convention n'était pas respectée, disait la proclamation, l'armistice serait rompu : l'ennemi, déjà maître des forts, occuperait de vive force la cité tout entière; vos propriétés, vos chefs-d'œuvre, vos- monuments, garantis aujourd'hui par la convention, cesseraient de l'être. Ce malheur atteindrait toute la France. Les affreux ravages de la guerre, qui n'ont pas encore dépassé la Loire, s'étendraient jusqu'aux Pyrénées. II est donc absolument vrai de dire qu'il s'agit du salut de Paris et de la France. N'imitez pas la faute de ceux qui n'ont pas voulu nous croire, lorsqu'il y a huit ifnois nous les adjurions de ne pas entreprendre une guerre qui devait être si funeste. »

Quelques heures à peine avant le moment présumé , M. Ernest Picard renouvelait ces recommandations par une seconde affiche, où il articulait un fait qui atténuait un peu notre honte. « Les négociateurs allemands, disait-il, avaient proposé de renoncer à toute entrée dans Paris, si l'importante place de Belfort leur était concédée définitivement. Il leur a été répondu que sî Paris pouvait être consolé dans sa souffrance, c'était par la pensée que cette souffrance valait au pays la restitution d'un de ses boulevards tant de fois et naguère encore illustré par la résistance de nos soldats. »

Le paragraphe relatif à la place de Belfort, et surtout l'attitude des journaux, qui prirent l'engagement^ de ne point paraître pendant tout le temps que durerait l'occupation, contribuèrent à calmer les esprits. La population protesta contre la présence de l'étranger par la marque d'un éclatant dédain. Les commerçants tinrent leurs boutiques et leurs

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