‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 19 sur 178 · I. ORIGINES ET DÉBUTS · texte numérisé non relu

I. ORIGINES ET DÉBUTS

quoi ne pas mourir de foim, de froid et de soif, et c'est tout au plus ; et cela seulement quand Touvrier est jeune. Car, du jour où il vieillit, le mattre trouvant qu'il n'a plus assez de vigueur pour la besogne, lui crie en lui montrant la porte : Va-iem.^ je ne vevx plus de toi. Et l'ouvrier en est réduit au dépôt de mendicité ou bien à aller crever s.ur un grabat d'hôpital, mais encore à la condition que son squelette appartiendra aux carabins et leur servira d'étude pour guérir les riches. »

Un des auditeurs s'étant hasardé à parler des caisses pour la vieillesse, des salles d'asile et des écoles gratuites pour l'enfant du pauvre, etc., il fut hué par la salle entière, et l'ancien sous-diacre put revenir à la charge : « Belle poussée que ce qu'on vient de vous dire, citoyens! Des cautères sur des jambes de bois! Jamais avec ces simagrées la situation du travailleur ne changerait. Mais il est conforme aux lois de la justice que cela change et cela va changer. A l'avenir, cène sera plus le travail qui sera l'humble serviteur du capital ; non, ce sera le capital qui deviendra l'esclave du travail. Autre conséquence : tous les outils dont l'ouvrier se sert appartiendront à l'ouvrier. Môme chose pour le local, même chose'pour la terre. »

Ces doctrines sont devenues, en quelque sorte, la charte delà Révolution du 18 mars. Jamais on n'a si eiTrontément nié le principe de la propriété; jamais on n'a dit plus souvent, surtout dans la région du pouvoir, que l'ouvrier était tout et que tout lui appartenait de plein droit. De telles harangues ne pouvaient que communiquer aux faubourgs le virus socialiste, et ce fut en effet ce qui arriva. La contagion faisait des progrès rapides quand parut l'ordonnance du général Yinoy; mais les clubs n'en subsistèrent pas moins. Le soir venu, on se réunissait en plein air, par groupes de deux cent cinquante ou de trois cents personnes. Sur les boulevards on recommandait le calme, on prêchait le travail qui seul était en état de nous aider & renaître ; mais à Belleville on n'entendait que ces paroles : « A bas les traîtres du 4 septembre, qui ont vendu la France à Bismark. » Le nom de M. Trochu était le plus honni. Un soir, une sorte

de géant, semblable à une outre gonflée d alcool, hissé sur une charrette sans ridelles, se déchaîna contre Me général qui, avec cinq cent mille hommes, seize forts, huit cents pièces d'artillerie, une enceinte imprenable et quatre cents barricades, n'avait pas trouvé le moyen de flanquer une tripotée aux Prussiens. « Est-ce que le dernier caporal venu n'aurait pas mieux fait cent fois? demandait-il. Eh bien ! ce n'est pas là le seul crime de Trochu. Après avoir tout fait pour que Paris capitule, et il a capitulé, ce moine déguisé en reître a menti impudemment. Rappelez-vous les paroles fameuses : le Gouverneur ne capitulera pas! non sans doute, puisqu'il cédait la place à un autre chargé de faire l'horrible besogne pour lui. Citoyens, ne pas battre l'ennemi et mentir cyniquement au peuple, n'estrce pas commettre un double crime? Vous autres, vous êtes le jury du peuple. Je vous soumets la question. Réfléchissez et dites si Trochu n'a pas mérité la morî. » A mort Trochu ! s'écria la foule. Du haut de son baquet, l'orateur réclama un vote que formulent mille mains en l'air. « Le général Trochu est condamné à mort par le peuple souverain, reprit l'accusateur inconnu, cette sentence sera signifiée au coupable. »

Aux Folies-Montmartre, un garde national monta sur la petite voiture d'un marchand des quatre saisons, et prononça un violent réquisitoire contre le gouvernement du

4 septembre. «Si ces J.... F n'étaient pas des coquins,

s'écriait-il, leur premier soin aurait été de fournir du pain, du travail et des garanties d'avenir aux citoyens qui ont soufl'ert des rigueurs du siège. Au lieu de ça, qu'a-t-on vu? un kilomètre de ruban rouge et des croix distribuées à profusion aux anciens petits-crevés. (Applaudissements.) Jamais on n'aura bariolé tant de boutonnières. Bonaparte se servait de ce moyen pour corrompre la nation; c'était son métier de corrompre. Trochu, Jules Favre et leurs assesseurs ont dépassé, sous ce rapport, l'ogrelet de Corse. (Rires.) Savezvous comment ils justifient cette averse de cordons? En disant que les aristocrates se sont bien battus à Cliûtillon, à Champigny et à Montretout; ils ont bien défendu le sol. Fort bien citoyens. Mais, entre nous, qu'y a-t-il de si éton-

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