I. ORIGINES ET DÉBUTS
nant là-dedans? Ils défendaient les châteaux où ils sont nés, les parcs où ils se promènent, les bois où ils chassent, les étangs où ils pochent. Par contre, objectent-ils, nous, prolélaires, nous ne nous levions pas avec le même empressement; nous nous réservions pour défendre la République. — Que voulez-vous? on défend ce qu'on a et ce qu'on aime; la République, c'est notre patrimoine, à nous ; elle nous tient lieu de ch4teaux, de parcs, d'étangs et de forêts, et nous jetterons à bas par tous les moyens possibles et impossibles ceux qui voudraient nous Tenlever. » (Applaudissements frénétiques.) L'orateur concluait en disant : « Mais il faut que les indignes payent le prix de leur trahison. Je demande que le peuple condamne à mort Trochu, Jules Favre et le fanfaron Ducrot, qui devait ne revenir que mort ou victorieux, et qui a la honte de se montrer publiquement vivant et vaincu. » En ce moment, comme & Belleville, toutes les mains se levèrent : La sentence de mort était prononcée. Ces faits, rapportés dans Paris, y alarmaient chaque jour davantage ceux qui tiennent à de grands intérêts. Mais certaines causes, à ajouter aux fautes du pouvoir, contribuaient à faire qu'on ne se mît que froidement en campagne. Entre autres griefs, on critiquait partout le projet de loi deM.Dufaure sur les échéances. Par l'article 5 de ce projet de loi, on fixait irrévocablement l'échéance de tous les effets de commerce, échus du 13 août 1870, au 12 mars 1871 : à sept mois, date pour date. C'était là une décision désastreuse pour des négociants que l'arrêt complet des affaires, pendant de longs mois, avait mis dans l'Impossibilité de faire honneur à leur signature. « Que nous importe l'émeute, disaient les petits commerçants, puisque nous voilà ruinés et sans une rallonge qui puisse nous aider I »
Pendant que ces choses se passaient à Paris, M. Thiers s'efforçait de concilier des antipathies que nul n'a jamais pu fondre, si cen'estdans le creuset de l'opposition. Il s'adressait
& tous les partis, mais de préférence aux républicains, les conjurant de l'aider dans le difficile labeur de la reconstruction politique et sociale de la France. Quoique sa vie, ses œuvres, son passé, son nom, sa fortune, ses alliances eussent appartenu à la monarchie constitutionnelle, l'intérêt du payç était le seul mobile auquel il obéissait en ce moment; il n'avait en vue que de refaire la France, à l'aide de l'expédient gouvernemental qu'on s'était donné, le 4 septembre.
« Quant à moi, disait-il, je jure devant mion pays et devant l'histoire de ne tromper aucun de vous, de ne préparer aucune solution constitutionnelle à votre insu ; ce serait une sorte de trahison. Je vous le dis à tous, monarchistes, républicains, ni les uns ni les autres vous ne serez tronipés I Nous ne nous occuperons que de réorganiser le pays. Si nous sortions de cette tâche, nous nous diviserions, et vous aussi. Cependant qu'il me soit permis de dire aux hommes qui ont donné leur vie à la République : Soyez justes; — la réorganisation de la France se fera avec la forme républicaine. — Tous les actes émanés du Gouvernement s'accomplissent au nom de la République. Je suis dépositaire du pouvoir exécutif de la République. En un mot, si la réorganisation se fait, ce sera au profit de la République. La République est dans vos mains ; elle sera le prix de votre sagesse, et pas d'autre chose. »
Il y avait quelque chose de touchant à voir cet homme illustre, arrivé au sommet de la vie où, comme dit Sénèque, l'on n'a plus rien à espérer, faire montre de tant de dévouement. Pendant cette guerre, que seul il a désapprouvée, il avait eu l'attitude d'un grand patriote auprès des princes de l'Europe dont il sollicitait la médiation pour la France vaincue et agonisante. A l'heure présente, ce sont^les élus de la démocratie parisienne qu'il supplie d'épargner à la patrie de nouveaux désastres, en repoussant toute solidarité, môme involontaire, avec les meneurs des faubourgs. Tout le monde applaudit ce langage, mais cela n'empêcha pas trois membres de l'extrême gauche de donner leur démission, sous prétexte de protester contre les tendances trop réactionnaires des ruraux; c'étaient MM. Henri Roche-