‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 21 sur 178 · I. ORIGINES ET DÉBUTS · texte numérisé non relu

I. ORIGINES ET DÉBUTS

fort, Malon et Tridon (de la Côte-d'Or). Leur exemple fut bientôt suivi par Victor Hugo, Félix Pyat, Deléscluze, Razoua, Cournet etMillière. La montagne se dégarnissait; il devint bientôt évident aux yeux de tous que la tempête allait éclater.

Quelles étaient de part et d'autre les forces des combattants? Le noyau déjà insufflsant de troupes armées, que la capitulation avait permis de garder dans Paris, était encore diminué par la nécessité où Ton se trouvait d'occuper les forts du Sud, abandonnés par les Prussiens. On y envoya la brigade Daudel, composée des meilleurs réginients de la b'gne, le 113« et le 114«. Le 119* dut se rendre & Versailles qui venait enfin d'être évacué par les Prussiens ; et, tandis que le petit nombre de soldats ayant conservé leurs armes était insuffisant pour garantir l'ordre à Paris, plus de cent mille hommes désarmés couraient les rues du matin au soir, en proie à toutes les tentations du désordre. On les voyait partout mêlés à la populace, paraître au club, aux réunions, à la suite de parents, d'amis, de connaissances faites au cabaret.

Pour enlever à Tinsurrection ces trop dangereuses recrues, le général Vinoy, dès qu'il put leur faire distribuer quelques jours de vivres, les rangea en trois colonnes et les fit conduire à Orléans, à Chartres et à Ëvreux. Mais il dut prendre aux secteurs les généraux et les officiers qu'il plaça à leur tête, et il acheva ainsi de désorganiser ces centres militaires qui auraient certainement permis d'opposer plus de résistance à l'insurrection.

Elle aussi se préparait activement au combat. Le nombre des engins de guerre, dont elle pouvait disposer, était réellement formidable. En voici le détail, d'après des documents certains : Aux buttes Montmartre, il y avait 91 pièces nouveau modèle; 76 mitrailleuses et 4 pièces de 12. Aux buttes Chaumont, on ne comptait pas moins de 52 pièces, modèle

ancien et nouveau, dont 2 obusiers. A la Chapelle, se trouvaient 12 canons et 8 mitrailleuses; à Clichy, 10 bouches à feu; à Beileville, 16 mitrailleuses et 6 pièces transformées; à Ménilmontant, 22 mitrailleuses, 8 pièces de 12 et 6 pièces de 7. Enfln, la salle dite de la Marseillaise renfermait 31 pièces ancien modèle, calibre de 12 et de 16, provenant des remparts, et la place des Vosges, 12 mitrailleuses et 18 pièces de canon.

Le l5 mars, une réunion de la fédération de la garde nationale eut lieu au Wauxhall. Deux cent quinze bataillons y étaient représentés par des délégués. Le Comité central y rendit compte de ses actes et se fit investir de pleins pouvoirs. 11 se mit aussitôt à Toeuvre en cherchant à ôter toute influence aux chefs de bataillon qu'il savait en désaccord avec lui. Des émissaires furent envoyés aux principales villes de la province pour y fomenter des troubles, au moment même où Paris devait engager la lutte. En môme temps, on vit accourir des aventuriers de toutes les nationalités, aux costumes bizarres, aux allures suspectes, recrues stipendiées de toutes les révolutions, messagers sinistres de tous les bouleversements. Et toutes ces menées se faisaient au grand jour, avec la publicité la plus entière, en face de ministres aussi impuissants à réprimer qu'inhabiles à prévoir.

Temporiser n'était plus possible. Précédant l'Assemblée nationale qui commençait à quitter Bordeaux pour s'installer à Versailles, le Gouvernement vint faire à Paris une halte indispensable; c'était le 15 mars. A peine arrivé, M. Thiers et tous ses ministres avisèrent au moyen de supprimer, sans plus de retard, ce nouveau montAventin,et comme autrefois Menénius Agrippa, ils essayèrent sinon dés apologues, du moins des pourparlers avec ceux qui détenaient les canons : quelques-uns voulaient les rendre, d'autres s'y refusaient, et ceux-là l'emportaient toujours au dernier moment.

On a déjà vu la tentative échouer deux fois à Montmartre, malgré les promesses de M. Clemenceau; le même fait se reproduisit, le 16 mars, à la place Royale, mais cette fois par la faute du Gouvernement.

Lorsque antérieurement il avait été question de rendre

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