I. ORIGINES ET DÉBUTS
monter avec eux, par ordre d'un comité occulte qui prétend commander seul à une partie de la garde nationale, et méconnait ainsi J'autorité du gouvernement légal institué par le suffrage universel.
« Ces hommes, qui ont causé déjà tant de mal, que vous avez dispersés vous-mêmes, au 31 octobre, afCchent la prétention de vous défendre contre les Prussiens, qui n'ont fait que paraître dans vos murs, et dont ces désordres retardent le départ déûnitif; braquent des canons qui, s'ils faisaient feu, ne foudroieraient que vos maisons, vos enfants et vousmêmes ; enfin, compromettent la République au lieu de la défendre, car, s'il s'établissait dans l'opinion de la France que la République est la compagne nécessaire du désordre, la République serait perdue. Ne les .croyez pa&, et écoutez la vérité que nous vous disons en toute sincérité.»
Puis, venait un appel à la raison et au patriotisme de la population :
« Dans notre intérêt même, dans celui de notre cité comme dans celui de la France, le Gouvernement est résolu à agir. Les coupables qui ont prétendu instituer un Gouvernement à eux, vont être livrés à la justice régulière ; les canons dérobés à l'État vont être rétablis dans les arsenaux et, pour exécuter cet acte urgent de justice et de raison, le Gouvernement compte sur votre concours. Que les bons citoyens se séparent des mauvais, qu'ils aident à la force publique au lieu de lui résister ! Ils hâteront ainsi le retour de l'aisance dans la cité, et rendront service & la République elle-même que le désordre ruinerait dans l'opinion de la France. »
La proclamation se terminait par quelques paroles plus fermes qui semblaient indiquer qu'on se passerait au besoin du concours demandé :
a Parisiens, nous vous tenons ce langage parce que nous estimons votre bon sens, votre sagesse, votre patriotisme ; cet avertissement donné, vous nous approuverez de recourir à la force, car il faut & tout prix, et sans un jour de retard, que l'ordre, condition de votre bien-être, renaisse entier, immédiat, inaltérable. »
Cependant, on avait si peu de confiance dans la garde na-
tionale qu'on informa seulement trente chefs de bataillon, sur deux cent soixante, du mouvement projeté. Et comme le général d'Aurelles, qui les avait convoqués chez lui, la veille, & onze heures du soir, leur demandait si on pouvait compter sur leurs hommes, tous lui répondirent : « La garde nationale ne se battra pas contre la garde nationale. »
Le plan arrêté, le 17, en conseil des ministres, consistait à se porter sur les points stratégiques que les fédérés avaient transformés en véritables parcs d'artillerie, et à y arriver au moment où, par suite des fatigues de la nuit, les canons seraient le moins bien gardés. Vers deux heures du matin, Montmartre devait être cerné par un cordon de troupes. De ce côté, les opérations militaires seraient dirigées par les généraux Susbielle, Lecomte et Paturel. Le général Faron devait se porter sur la place de la mairie à Belleville ; le général Wolf occuperait celle de la Bastille; le général Henrion garderait la Cité et le général Bocher Tesplanade des Invalides. Quant -au général en chef Vinoy, il se réservait de sun-eiller l'ensemble des mouvements, sans se porter sur un point particulier.
Tout marcha bien d'abord. A l'heure fixée, les buttes avaient été entourées à leur base par des pelotons du 88« régiment de marche, qui devaient attendre et garder toutes les entrées des rues, des ruelles etdes rampes conduisant au sommet. A trois heures, le général Lecomte se met en mouvement avec deux colonnes d'infanterie, d'un effectif d'environ trois cent quarante hommes chacune, qui devaient arriver ensemble, l'une sur le plateau inférieur, l'autre sur le plateau supérieur, de façon à surprendre simultanément les postes préposés à la garde des canons.
L'opération habilement menée donna les résultats attendus. Quelques factionnaires de la garde nationale tirèrent un petit nombre de coups de fusils auxquels les tirailleurs ripostèrent, et ce fut tout. Avant que les postes des gardes nationaux eussent eu le temps de se mettre en défense, ils étaient entourés, les positions enlevées, les canons repris, et, capture bien autrement importante, on avait arrêté une douzaine d'individus délégués ou membres des. comités, et