I. ORIGINES ÇT DÉBUTS
escadron de chasseurs. Le flot de gardes nationaux, de peuple et de soldats gagnés à Témeute s'avance, menaçant de tout submerger. La foule se pousse, à étouffer, sur les trottoirs et à l'entrée de la rue Rochechouart. Le général se présente et est accueilli par des cris hostiles. 11 ordonne alors aux chasseurs de charger. Ceux-ci hésitent et rentrent trois fois leurs sabres au fourreau. Leur capitaine s'élance bravement en avant, ses hommes le suivent. Mais les fusils de la garde nationale s'abaissent, des coups de feu retentissent, rofBcier tombe, ainsi qu'un capitaine de la garde républicaine. Le général Paturel reçoit une blessure au visage, deux aides de camp et quelques soldats sont atteints. Plusieurs chevaux, lancés au galop, se heurtant contre le trottoir, roulent à terre avec leurs cavaliers.
Dans ce désordre indescriptible, et profitant d'un moment d'indécision de la garde nationale, le général Susbielle, qui juge la lutte impossible, se retire avec ses troupes du côté du boulevard Glichy. Le coup était manqué, en effet.
La tentative faite aux buttes Chaumont n'avait aussi qu'imparfaitement réussi. On avait occupé ces hauteurs sans difficulté, mais on n'avait pu mettre la main sur les membres du Comité central, qu'on aurait dû arrêter avant tout, pour paralyser l'émeute. Le redoutable Comité, prévenu des recherches doot il était l'objet, avait passé la nuit en permanence. Dès cinq heures du matin, il avait fait tirer le canon des buttes Chaumont, pour avertir ses adhérents et leur donner le signal de la résistance.
A peine sut-on sur toute l'étendue des buttes que" l'armée avait pactisé avec l'émeute, que les groupes s'animèrent peu à peu. « Ils vont revenir I s'écria une voix; protégeons nos canons, faisons des barricades I » Aussitôt on se mit à dépaver, à creuser, à couper, de façon à intercepter toutes les issues. Il y eut, au bout de deux heures, une trentaine de retranchements s'étendant depuis le boulevard Rochechouart jusqu'au nouveau collège Chaptal, tout près du chemin de fer de BatignoUes. Toute cette agitation ne suffit bientôt plus à la fureur populaire : on ne criait plus : A bas Vinoyf A bas Thiers! mais bien : A mort Vinoyf A mort le petit
Thiers! L'hyène était déchaînée, il lui fallait une proie à dévorer. Deux soldats, reconnus pour être des anciens ^sergents de ville, furent assommés de coups de crosse, lacérés, épilés, insultés et salis, surtout par des femmes, et laissés pour morts au coin de la rue des Rosiers. Près de la rue Houdon, un capitaine d'artillerie, rien que pour avoir fait un geste avec son sabre, reçut dans la poitrine une blessure mortelle. Et la foule criait toujours : A mort le petit Thiers!
Les amis de cet homme d'État venaient à lui. « Convoquez donc la gardé nationale, » disaient-ils. — Hais le chef du pouvoir exécutif hochait la tête et répondait tristement : <c On a battu le rappel trois fois, cette nuit, et elle n'est pas venue. » Cependant il fit rédiger par M. Picard et afficher, vers midi, une nouvelle proclamation.
ce Le Gouvernement, disait le ministre, vous appelle à défendre votre cité, vos foyers, vos familles, vos propriétés. Quelques hommes égarés, se mettant au-dessus des lois, n'obéissant qu'à des chefs occultes, dirigent contre Paris les canons qui avaient été soustraits aux Prussiens. Us résistent par la force à la garde nationale et à l'armée. Voulez-vous le souffrir ? Voulez-vous, sous les yeux de l'étranger prêt à profiter de nos discordes, abandonner Paris à la sédition ? Si vous ne l'étouffez pas dans son germe, c'en est fait de la République et peut-être de la France. Vous avez leur sort entre vos mains. Le gouvernement a voulu que vos armes vous fussent laissées. Saisissez-les avec résolution. »
Mais les cent cinquante mille citoyens qui, au 31 octobre et au 22 janvier, avaient fait leur devoir ne s'émurent pas, ils demeurèrent spectateurs inactifs des événements, qui menaçaient pourtant d'une manière bien grave leurs intérêts les plus chers. Soit aveuglement, soit insouciance; chez certains, un sentiment moins avouable encore; ils devaient bientôt se repentir, trop tard, hélas ! de leur regrettable abstention.
M. Thiers, jugeant alors la situation en homme d'État, et avec l'expérience de nos révolutions, fut d'avis que le Gouvernement et l'armée devaient quitter Paris pour se rendre à Versailles. Le général Vinoy et le ministre de la guerre partagèrent presque seuls l'avis du chef du pouvoir exécutif :