‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 31 sur 178 · I. ORIGINES BT DÉBUTS · texte numérisé non relu

I. ORIGINES BT DÉBUTS

Yoilâ OÙ conduisent les passions en temps de guerre civile, et ce qui a pu arriver dans ce Paris qui n*avait connu durant cinq mois que les viriles et généreuses émotions de la lutte contre un ennemi étranger. Quant & ceux qui ont accompli l'œuvre sinistre, ils ne se sont pas doutés qu'ils marquaient à jamais cette insurrection, dont ils étaient les obscurs instruments, d^^une tache indélébile.

Cette dramatique exécution fut comme le prologue de riiorrible tragédie qui, commencée par une échauffourée sanglante, devait finir par une révolte ouverte contre la loi et la négation de la souveraineté populaire personnifiée dans l'Assemblée. Dès ce moment, Paris présente un spectacle indescriptible. Toute la partie haute de la ville iMontmartre,^ Belleville, BatignoUes, là Villette, la Bastille, les Buttes- Chaumont, Clichy, Ménilmontant, est en ébullition; partout retentit le son du tocsin et de la générale, et Témeute gagne sans opposition les quartiers les plus paisibles et les moins

populeux.

Un œil superficiel se méprendrait à ce chaos; mais une tactique y préside. Il s'agit de jeter l'affolement dans la ville et de s'emparer de positions parfaitement désignées à l'avance par les membres du Comité central. Ceux-ci ne dévient pas de leur plan. Favorisés par un désarroi qui gagne promptement les commandants de la force régulière et le Gouvernement lui-même, ils n'hésitent pas, quoique obscurs, & se rendre maîtres de toutes les administrations.

Un chef audacieux, Charles Lullier, ancien lieutenant de vaisseau, honteusement chassé de la marine, est mis à la tête de toutes les forces disponibles de la garde nationale, avec mission de prendre, le plus rapidement possible et par tous les moyens qu'il jugerait convenables, possession de Paris. Lullier a raconté lui-même ses faits et gestes dans une lettre, écrite de*la Conciergerie, le 28 mars. Parti avec

douze gardes nationaux et trois ordonnances seulement du siégo du Comité central, rue de Barroy n"" il, il rallie sur sa route les bataillons épars de la garde nationale qu'il rencontre, et occupe successivement la place Vendôme, les Tuileries et la Préfecture de jpolice. Il ne s'y trouvait pas une sentinelle. Plus ils avançaient sur d'autres points, plus les Montmartrois étaient émerveillés : partout même absence de baïonnettes. Dans la journée, en eflet, le général Vinoy avait traversé la Seine avec son état-major et toutes les troupes placées sous ses ordres, pour s'installer sur la rive gauche. Cette résolution du commandant en chef de l'armée de Paris ne s'explique que trop facilement p^r les dispositions manifestes des soldats qui, partout où l'occasion s'en présentait, témoignaient d'un parfait accord de sentiments avec les perturbateurs. Il était impossible de compter ^ur eux pour l'œuvre de répression, et, en les y employant, on risquait peutr^tre qu'ils n'allassent grossir avec leurs armes et leurs munitions les rangs des émeutiers.

Pour obéira la tradition de toutes les secousses politiques, on courut en même temps à l'Hôtel de ville. M. Jules Ferry avait sollicité l'honneur de le défendre; il s'était préparé à la résistance.' Mais à dix heures, le général Vinoy- envoyait l'ordre d'évacuer, et M. Jules Ferry télégraphiait- cette dernière dépêche :

« Les troupes ont évacué l'Hôtel de ville, tous les gens de service sont partis. Je sors le dernier. Les insurgés ont fait une barricade derrière l'Hôtel de ville et arrivent en même temps sur la place en tirant des coups de feu. »

Quelques instants après, au moment où les vainqueurs se reposaient à table des fatigues de la journée, en contemplant les magnificences rassemblées autrefois dans ce palais par lé baron Haussmann, le citoyen Assi, le grand inspirateur du mouvement et, pour cette raison, le président de cet étrange sanhédrin, fit cette remarque : « Nous n'avons eu qu'à nous présenter sur la place de Grève pour voir s'ouvrir les portes de l'Hôtel de Ville. »

Que devint pendant la nuit du 18 au 19 mars ce grand et bel édiQce, déjà souillé de tant d'ordures, au 31 octobre?

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