‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 39 sur 178 · T. ORIGINES ET DÉBUTS · texte numérisé non relu

T. ORIGINES ET DÉBUTS

qne lui donnent la centralisation et le budget de l'État. » C'est pour cela que la lulle s'est poursuivie avec tant d'énergie, de patience, d'ardeur opiniâtre, de vigueur passionnée. C'était une guerre d'intérêt encore plus que de religion; c'était le combat du désordre contre l'ordre, de l'individualisme contre l'autorité.

Telles sont les théories insensées, les programmes menteurs, au nom desquels s'est faite l'insurrection du 18 mars, et dont la réalisation ferait reculer l'humanité de plusieurs siècles. Le monde connaît ces idées depuis qu'il existe. Elles ont toujours surgi au milieu des grandes crises de l'humanité, en Orient et en Occident, chez les anciens comme chez les modernes*. Elles s'épanouirent en Egypte, au troisième et au quatrième siècles, concurremment avec l'école philosophique d'Alexandrie. Il y avait au moyen âge en France, dans le seizième siècle en Allemagne, dans le dix-septième en Ai^leterre, des hommes qui pensaient et voulaient agir comme les socialistes de nos jours. Des volumes ont été composés sur tous les problèmes sociaux. Utopistes, philosophes et penseurs de tous les pays ont eu la prétention de les résoudre. Ce qui est nouveau, ce n'est donc pas le socialisme contemporain, mais la forme qu'il a revêtue en 1871.

Pour rendre possibles ces réformes radicales, les chefs du mouvement jugèrent l'autorité communale nécessaire, fatale, parce qu'avec elle seule ils croyaient pouvoir procéder à Torganisation positive et expérimentale exigée par le socialisme moderne; parce qu'avec elle seule, ils s'imaginaient pouvoir créer l'ordre de choses résultant de la communion

des idées et de l'union des volontés ouvrières. Ils pensaient que si le peuple n'est pas souverain et maître chez lui, dans sa cité, il lui est impossible d'obtenir aucune des satisfactions auxquelles il aspire depuis si longtemps; que si les hommes politiques continuent & le gouverner, il lui faudra

subir encore les fatalités économiques qui V écrasent ^ et di- ^■•- visent en plusieurs classes des citoyens qui sont faits pour viiyre

en associés.

L'insurrection du 18 mars eut donc un caractère local, à la différence des autres révolutions, qui ont toujours pris en France un caractère central et national ; elle voulut être et s'appeler la Conimune. Ce mot cabalistique était du reste admirablement choisi en raison de son ambiguïté même, pour devenir le symbole d'une coalition dans laquelle on devait d'autant mieux s'entendre, qu'on s'expliquerait moins. La Commune, en effet, représente une idée de liberté municipale toujours populaire, comme toutes les libertés, d'autant plus populaire que Paris sortait d'une -autocratie de près de vingt ans. La Commune! cela exhalait un parfum qui rappelait Cbaumette et Marat, et qui ravissait tous ceux, et ils sont nombreux, qui n'ont lu qu'un seul livre : la Révolution, et qui l'ont mal lu. La Commune, enfin, est dérivée de la même source que communauté, communisme. Le mot seul exprimait et réalisait une coalition.

Cette codition était cependant toute autre chose que la Commune mise en avant, pendant le siège, par le parti ^ révolutionnaire. La Commune, réclamée alors avec tant de passion, était tout simplement la fameuse Commune insurrectionnelle de 1793, qui faisait la loi à la Convention, poussait aux mesures violentes et jouait le rôle de pouvoir exécutif du club des Jacobins ; elle était l'un des ressorts les plus énergiques de la centralisation despotique, qui prétendait sauver la République une et indivisible par une dictais ture sanglante. Les franchises municipales, dont on a fait

tant de bruit depuis lors, n'avaient point de place sur son programme, puisqu'elle tenait sa force de la confusion de toutes les attributions, et qu'elle voulait être un corps politique pour la France entière, dictant ses volontés à la représentation nationale, et la forçant au besoin à se mutiler ellemême. C'est bien une Commune- semblable que réclamaient les clubs et les journaux extrêmes, pendant le siège; ils voulaient la faire nommer directement par le suffrage universel de Paris, pour opposer un pouvoir élu au Gouverne-

Page 1