I. ORIGINES ET DEBUTS
ment improvisé du 4 septembre, amoindrir celui-ci et le dominer. L'assemblée populaire devait ôire chargée de la conduite de la guerre : A elle de décréter la fameuse levée en masse, de remplacer les généraux, de frapper les absents, de rationner et réquisitionner sans merci les assiégés, d'écraser les anciens partis, de déclarer la lutte à outrance. Cest bien là ce que demandaient tous les jours les Blanqui et les Delescluze, ce qui faisait le fond de toutes les harangues de Belleville et de Montmartre, ce qui faillit réussir au 31 octobre. Il n'était pas même question de la fédération républicaine et de la belle invention de Paris libre, c'est-àdire isolé; on s'en tenait à la vieille théorie jacobine du salut public, et on comptait bien l'imposer à la province par des apôtres en écharpe rouge.
Après le 18 mars, tout changea : la Commune ne fut plus que la consécration de l'idée fédérative poussée à l'extrême. Contradiction étrange ! les montagnards professèrent le girondisme, les unitaires farouches devinrent séparatistes, et ne parlèrent plus que des franchises de Paris. On a dit que cette idée de l'isolement absolu était due à l'imagination du citoyen Assi, qui fut le grand inspirateur du mouvement à ses débuts, et serait un partisan enthousiaste des républiques italiennes au moyen âge. Le livre, où M. Edgard Quinet a retracé leur histoire, aurait été sa lecture favorite, et aurait fait de lui au dix-neuvième siècle une sorte de Florentin au quatorzième; mais le rêve de ce maniaque a une autre origine.
Au mois d'août 1870, on imprimait à Leipzig un écrit dont voici le titre : Aux habitante de la France^ particulièrement auœ habitants de VA hace^ de la Lorraine et de la Bourgogne : un mot d'éclaircissement pour amener la paix. Nous y lisons : « La France a trop souvent sacrifié sa liberté à ses dominateurs dans Paris. Il est donc à souhaiter que le peuple français ait soin de ne plus recommencer. Pour cela, il est à désirer que les départements de France se constituent en une république intérieure, indépendante de Paris, s'unissant, toujours indépendamment de Paris, selon les bassins de Is Seine, de la Loîre, de la Gironde et
du Rhôno, avec un conseil provinciale » Il est vraisemblable que Técrivain de Leipzig exprimait ce vœu, alors de si extravagante apparence, sous l'influence de la Prusse; mais les meneurs, quoique inspirés par cette Puissance, avalent un tout autre mobile.
Nous nous rappelons bien le subside, relativement important, envoyé sous Tempire aux grévistes du Creuzot par M. de Bismark. Nous avons noté aussi les signes dHntelligence échangés entre Saint-Denis et l'Hôtel de ville, les étranges paroles de M. de Bismark, reconnaissant à la tribune du parlement « un grain de bon sens » dans la révolution parisienne, la facilité avec laquelle les membres de l'Internationale se jetaient à la face certaines cpithètes, lorsqu'ils avaient des démêlés. Ces indices épars, si l'on parvenait à les compléter, conduiraient peut-être', par des ramifications ténébreuses, à quelque horrible rencontre de la
1. La pièce est en allemand ; elle porte.cette date : Leipzig, le 18 août 1870^ et cette signature : Heînrich Dietz.
2. M. Philibert Audebrand dans son Histoire intime de la Révolution du dixhuit mart est beaucoup plus affirmatif. Mais il ne connaissait pas encore la dé* position de H. Thiers sur les négociations qui durent Être engagées avec les Prussiens et sur le rôle que ces derniers ont joué pendant la Commune :
« Il n*est pas vrai, comme on Ta prétendu^ que j'eusse beaucoup de difficultés avec le Gouvernement prussien à propos de la Commune, et qu'il eût pour elle la moindre prédilection. Il y eut seulement quelques dépêches désagréables échangées à ce sujet avec M. de Bismark.
« La Commune qui joignait à la prétention d'un patriotisme implacable celle d*étre en faveur auprès de la Prusse, avait répandu le bruit de ses relations amicales avec les généraux prussiens. Des écrivains imprudents en avaient tiré des suppositions offensantes pour le cabinet de Berlin, et tout à fait calomnieuses.
« M. de Bismark, avec beaucoup de raison, démentait ces bruits, se plaignait de ce que nous ne les démentions pas nous-mêmes, en quoi il avait tort; il offrit publiquement des secours contre la Commune, secours que évidemment nous ne pouvions pas accepter. 11 nous pressait lui-même d'en finir, et à cet égard joignait ses impatiences à celles d'un certain nombre de députés qui auraient voulu substituer leurs idées aux nôtres sans connaître la situation et les difficultés, m
Cette déclaration du chef du pouvoir exécutif se ressent certainement de l'occupation allemande et du traité signé avec M. de Bismark, mais il n*en est pas moins vrai, comme le fait observer avec beaucoup de justesse M. Thiers, que « malgré ces démêlés, malgré le traité qui limitait à 40000 hommes l'armée de Paris , M. de Bismark consentit i une augmentation qui fut d'abord de 100 000 hommes, puis de 130000. » Il nous en fournit lui-même les moyens en nous renvoyant un nombre assez considérable de nos prisonniers dont il avût suspendu le retour par suite des contestations survenues.