‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 41 sur 178 · I. ORIGINES ET DÉBUTS · texte numérisé non relu

I. ORIGINES ET DÉBUTS

Commune surprise qn flagrant délit de complicité avec Finyasion, mais ils ne sont pas une explication suffisante de la forme communale adoptée par l'insurrection.

Il est certain que si le Comité de la garde nationale était parvenu à renverser l'Assemblée des représentants de la France, il eût, malgré les suggestions de la Prusse, fait une révolution sur l'ancien modèle : il eût dicté ses lois d'une frontière à l'autre, et se serait soucié fort peu des franchises municipales des départements. 11 proclama Paris libi;e ne pouvant pas le proclamer dictateur; n'ayant pas à sa disposition le télégraphe pour réformer le pays, il fit de nécessité vertu, et déclara qu'il n'avait jamais songé à dépasser le mur d'enceinte. Il se rabattit un moment 4sur la fédération des villes, le meurtre abominable du préfet de Saint-Ëlienne, contre lequel il ne protesta pas, lui ayant donné quelque espoir; mais il se vit bientôt obligé d'y re- . Doncer. Chaque défaite nouvelle ranimait son enthousiasme pour l'idée fédérative et les franchises municipales qui signifiaient, selon lui, le droit pour le conseil élu de faire à Paris, et de Paris, absolument ce qu'il voudrait. Forcé de reconnaître que la Salente, qu'il comptait édifier à sa guise, s'arrêtait aux fortifications, il protesta qu'il n'avait jamais eu d'autre pensée, et que c'était la plus belle chose du monde. C'est ainsi que la Commune montagnarde des vieux Jacobins se transforma sous l'influence des événements, et éleva son échec complet en France & la hauteur d'un principe.

Mais il faut bien le remarquer, ce ne fut que le 19 avril, c'est-à-dire après une série non Interrompue d'insuccès, que l'insurrection expliqua à la France le sens de ce mot : Commune, en publiant le programme suivant, qui peut être considéré comme le document le plus important qui soit sorti de ses presses :

« La Commune a le devoir d'affirmer et de déterminer les aspirations et les vœux de la population de Paris, de préciser le caractère du mouvement du 18 mars, incompris, inconnu et calomnié par les hommes politiques qui siègent à Versailles.

78 HISTOIRE DE LA COMliUNE.

« Celle fois encore Paris travaille et souffre pour la France entière, dont il prépare, par ses combats et ses sacrifîcesi la régénération intellectuelle, morale, administrative 'et économique, la gloire et la prospérité. — Que demande-t-il? La reconnaissance et la consolidation de la République, seule forme de gouvernement compatible avec les droits du peuple et le développement régulier et libre de la société. — L'autonomie absolue de la Commune étendue à toutes les localités de la France et assurant à chacune l'intégralité de ses clroits, et à tout Français le plein exercice de ses facultés et de ses aptitudes comme homme, citoyen et travailleur. — L^autonomie de la" Commune n'aura pour limites que le droit d'autonomie égal pour toutes les autres communes adhérentes au contrat, dont l'association doit assurer l'unité française.

« Les droits inhérents à la Commune sont: le vote du budget communal, recettes et- dépenses, la fixation et la répartition de l'impôt, la direction des services locaux, l'organisation de la magistrature, de la police intérieure et de l'enseignement, l'administration des biens appartenant à la Commune. — Le choix par l'élection ou le concours, avec la responsabilité et le droit permanent de* contrôle et de révocation, -r des magistrats, des fonctionnaires communaux de tous ordres. — La garantie absolue de la liberté individuelle, de la liberté de. conscience et de la liberté du travail. — L'intervention permanente des citoyens dans les affaires communales par la libre manifestation de leUrs idées, la libre défense de leurs intérêts, garanties données à ces manifestations par la Commune, seule chargée de surveiller et d'assurer le libre? et juste exercice du droit de réunion et de publicité. — L'organisation de la défense urbaine et de la garde nationale, qui élit ses chefs et veille seule au maintien de l'ordre dans la cité.

« Paris ne veut rien de plus à litre de garanties locales, à condition bien entendu, de retrouver dans la grande administration centrale, délégation des conmiunes fédérées, la réalisation et la pratique des mômes principe.8.

« Mais à la faveur de son autonomie et profitant de sa

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liberté d'action, Paris se réserve d'opérer comme il rentendra, chez lui, les réformes administratives et économiques que réclame -sa population, de créer des institutions propres à développer et à propager l'instruction, la production, l'échange et le crédit, à universaliser le pouvoir et la propriété suivant lés nécessités du moment, le vœu des intéressés et les données fournies par Texpérience.

« La révolution communale, commencée par l'irritation populaire du 18 mars, inaugure une ère nouvelle de politique expérimentale, positive, scientifique. C'est la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme, du fonctionnarisme, de l'exploitation, de l'agiotage, des privilèges, des monopoles, auxquels le prolétariat doit son servage, la patrie ses malheurs et ses désastres.

« C'est à la France à désarmer Versailles par la manifestation de son irrésistible volonté. Appelée à bénéficier de nos conquêtes, qu'elle se déclare solidaire de nos efforts, qu'elle soit notre alliée dans ce combat qui ne peut finir que par le triomphe de l'idée communale ou par la ruine de Paris.

«Quant à nous, citoyens de Paris, nous avons la mission d'accomplir la révolution moderne la plus large et la plus féconde de celles qui ont illuminé l'histoire. » •

Le trait saillant de ce programme, qui a été élaboré et discuté comme un papier d'État, c'est la description de la Gonunune; de la Commune autonome^ selon la formule des doctrinaires de l'Hôtel de ville. Après tpus les malheurs que nous avions subis, la réalisation de cette utopie était le dernier qui nous menaçAt. Mais tout peuple possède en lui un instinct de conservation nationale qui lui sert de guide mystérieux, obscur et invisible, dans les grandes crises de son existence. Yoilà pourquoi la nation française, qui a tant besoin de force et d'unité, d'homogénéité pour reprendre son rang dans le monde, ne voulut pas consentir à se diviser elfe-même, à se morceler de gaieté de cœur en douze ou quinze Ëtats disparates, à se mettre pour ainsi dire en lambeaux, en face de la race allemande qui la contemplait et qui, elle, se soumet & toutes les exigences du despotisme plutôt que de ne pas s'assurer le bienfait énorme de Tunité.

Toutefois, on ne peut s'enipôcher de reconnaître que les institutions communales sont à la liberté ce que les écoles primaires sont à la science : elles la mettent à la portée du peuple, elles lui en font aimer Timage paisible et l'habituent à s'en servir. Sans institutions communales, une nation peut se donner un gouvernement libre, mais elle n'a pas l'esprit de la liberté. Des passions passagères, des intérêts d'un moment, le hasard des circonstances peuvent lui donner les formes extérieures de l'indépendance, mais le despotisme refoulé dans l'intérieur du corps social reparaît tôt ou tard à la surface *.

C'est en méconnaissant pour la France ce qu'il y a de vrai daiïs cette idée de la Commune, c'est surtout en voulant faire de la capitale une Commune qui fût encore moins libre que les autres, que les divers pouvoirs ont fourni l'idée qui a tout brouillé .et tout confondu. Le contrôle de l'État est devenu si minutieux, la tutelle qu'il exerce sur l'administration des communes est si odieuse, que les maires se sont jetés à corps perdu dans la politique, et quelle politique ! On n'a pas compris que le maire ne pouvait être à la fois l'agent du Gouvernement et le premier magistrat de la commune, et que cette déplorable confusion était la cause de tous les conflits qui éclatent entre les municipalités et les préfets. Pour ce qui est de Paris, on a cru qu'il devait être d'autant moins communal qu'il était plus gouvernemental. On lui a ôté du côté de la liberté tout ce qu'on lui donnait du côté de la souveraineté. Personne n'osait plus faire de Paris une vraie commune, une commune naturelle, parce qu'on ne savait comment résoudre le double problème qui se présente dans cette ville comme dans tous les grjands centres de population : le bon ordre et la liberté communale. Les hommes d'État n'ont pas vu qu'il n'y avait qu'à fractionner

l. A. de Toc([ueville. De la démocraiie en Amérique.

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