‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 42 sur 178 · I. ORIGINES £T DÉBUTS · texte numérisé non relu

I. ORIGINES £T DÉBUTS

les iriunicipalités urbaines et & les assimiler à nos diverses

circonscriptions administratives. L'analogie qui eût été la

base de cette réforme n'aurait-elle pas été parfaite ? Estnre

qu'un canton n'est pas une union de communes? un

département une union de cantons ? la France une union de

départements. De cette manière on aurait pu, et on pourrait 1

encore, malgré les aflirmations contraires, détruire le mal I

qui se fait sentir dans les villes populeuses et qui dérive

d'une cause unique : le centralisme municipal '.

Ainsi, soit par principe, soit par dépit de se voir ravir une attribution qui appartenait & toutes les autres communes, Lyon excepté, soit par un sentiment de réaction contre certaines mesures reprochées au régime autoritaire, la majorité de la population parisienne en était venue & placer en tête de ses vœux politiques la restitution des droits électoraux * pour la composition de son Conseil municipal. Il était donc naturel qu'au lendemain d'une révolution qui ramenait la République, la pensée de reconstituer le municipe parisien fût accueillie avec empressement, et que ce simple mot : Commune, fût accepté comme un mot d'ordre, sans être autrement expliqué. II y eut, de la part des meneurs révolutionnaires du 18 mars, une grande habileté à H'inscrire sur leur drapeau et à se présenter aux yeux de la population comme les défenseurs d'un droit que les partis de l'opposition, sous l'empire, avaient réclamé avec tant d'énergie pendant vingt ans. En outre, comme l'extension des libertés locales figurait .dans tous les programmes politiques, les révolutionnaires parisiens adressèrent généreusement le plan de leur Commune libre aux principales villes des départements, où ils trouvèrent naturellement des adhésions et recrutèrent de nombreux auxiliaires.

Mais il y a loin des franchises municipales que revendiquent avec raison Paris et la province, aux souverainetés

1. Saitron pourquoi la ville de Londres, qui possède une population plus con* sidérableque celle de Paris, n'est jamais devenue un foyer révolutionnaire. C'est que les municipalités y sont fractionnées par paroisses ou quartiers, ce qui n'empêche nullement les intérêts généraux d'y être représentés par une iortede syndicat ou conseil générale

communales que rintelligence ne saurait comprendre, et la réalité souffrir. La Commune telle qu'elle existe partout ailleurs en Europe, n'est qu'une partie du grand Tout qui s'appelle la nation. Elle a droit à la liberté pour la gestion des intérêts matériels locaux, elle doit pouvoir choisir par l'élection ou des concours les agents auxquels est confiée la charge de ses intérêts. Ses attributions ne s'étendent pas au delà. La nation conserve souverainement le droit et le devoir de diriger l'organisation militaire et l'instruction publique, de fixer les impôts, de régler la législation et de prescrire toutes les mesures d'intérêt général. La Commune autonome, au contraire, brise le lien national et supprime la grande patrie. Aussi elle a été condamnée et presque flétrie par un écrivain qui jouit d'une notoriété révolutionnaire incontestable «.

Nous avons déjà fait connaître l'opinion de H. Mazzini sur l'insurrection du 18 mars : « Elle était tout imprégnée de matérialisme, et elle avait présenté un programme qui, s'il pouvait être adopté, ferait reculer la France aux temps du moyen âge, et lui enlèverait toute chance de résurrection, non point pendant des années, mais pour des siècles. »

M. Mazzini développe longuement les motifs de cet arrêt. — Politiquement, dit-il, le système aboutissait à l'anéantissement de la nation, qui deviendrait la proie de discordes multipliées à l'infini et serait livrée un jour à la conquête étrangère. Comment concevoir une ligue de trente-six mille communes, indépendantes et souveraines, divisées de sentiments et d'intérêts, inégales en étendue, en puissance et en richesse, fatsJement condamnées à mort par suite de leur isolement? La France, ainsi pulvérisée, perdrait la sainte notion de la nationalité, elle n'aurait plus aucune influence sur le progrès général de la civilisation, elle serait perdue pour le monde; il n'y aurait plus de France. Au point de vue social, on irait directement contre les tendances de l'esprit moderne en substituant l'individualisme au principe

1. The Commune in Paris, article publié à Londres par M. J. Mazzini. [Con^ temporary ReYiew,juin 1871 )

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