I. OniGlNES ET DEBUTS
fécond de Tassociation. L'égalité elle-même serait profondément atteinte, car les supériorités naturelles ou factices se maintiendraient ou s'établiraient plus aisément dans l'étroit périmètre de chaque commune. Sous le rapport économique, la production et la consommation seraient embarrassées par les entraves que les intérêts ou les caprices locaux apporteraient au mouvement des échanges. Bref, le programme considéré dans son ensemble « est rétrograde, immoral, contraire au bien de l'humanité. » La nation qui consentirait à l'accepter commettrait un suicide. Telle es la conclusion de M. Mazzini.
Si l'on tenlQ d'échapper à cette conséquence de quarante mille souverainetés, en bornant la fédération à une ligue des villes en dehors des campagnes, on ne fait que tomber d'absurdités en absurdités, d'impossibilités en impossibilités. Comment régulariser au point de vue politique, au point de vue économique, au point de vue législatif, au point de vue administratif , cette sécession d'un nouveau genre entre les villes et les campagnes, entre l'industrie et l'agriculture?
Si Ton creuse encore davantage la matière, on verra qu'il y a encore plus loin des libertés municipales à la Commune telle que la rêvaient les adeptes, et qui serait devenue, après une période très-courte de transition, la Commune propriélaire. La Commune propriétaire! c'est la destruction de toute propriété individuelle, de toute initiative individuelle. Dans cet absurde système, l'hérédité étant abolie, tous les biens, tous les capitaux des habitants d'une commune appartiennent à la commune elle-même, dont les chefs municipaux, c'està-dire les tyrans, distribuent à leurs serfs, travailleurs associés ou non, l'obole destinée à leurs besoins et à ceux de leur famille.
Il sufQt de réfléchir un instant à ce système social pour comprendre qu'il tend à reproduire la féodalité tant décriée, ces anciens jours où l'on était attachée la glèbe; qu*il renouvelle, en les aggravant, tous les abus renversés par la révolution de 1789. 11 ne peut même dans son application, — si toutefois il est applicable, — qu'encourager la paresse et détruire toute émulation. Quel tableau présenterait une société
fédéralement organisée de la sorte, et privée par ses maîtres de toute consolation religieuse (car les adeptes suppriment tous les cultes}, condamnée peut-être même dans leur pensée dominatrice à voir briser les liens de la famille? La Commune propriétaire! c'est la barbarie, c'est un couvent du nwyen âge sans la foi !
Certes, rinfirmité humaine est grande, l'esprit de rhomme est aussi bien incomplet; mais qui se serait attendu à voir à la fin du dix-neuvième siècle présenter cette prétendue invention comme un progrès, ce retour sous un autre nom à un passé qu'on s'est tant glorifié d'avoir détruit? Et voilà les belles conceptions qu'on a voulu substituera cette grande unité française où se fondent sans s'effacer tant de diversités puissantes, à tout ce qui est notre civilisation, à tout ce qui est notre force, à tout ce qui est notre gloire, à tout ce «qui est la France !
Sans admettre explicitement les dernières conséquences de ce système communal, des hommes, séduits par le côté libéral du fédéralisme, objectent, le croirait-on ? l'exemple des Gaulois qu'unissaient seulement de libres amitiés. Sans les suivre jusque-là, nous nous rappellerons seulement que cette fédération permit la conquête romaine. Ils citent encore l'Union américaine et la Confédération helvétique. Mais ces deux républiques se sont formées par l'agrégation d'États préexistants, et on les voit dans leur développement historique resserrer de plus en plus le lien fédéral, tendre de plus en. plus à l'unité. L'union française se formerait par la décomposition de l'unité nationale! et, sous l'action du principe qui l'aurait enfantée, elle tendrait invinciblement à se dissoudre de plus en plus. Autant vaudrait se joindre aux communeux pour réaliser immédiatement leur idéal de république universelle.
On ne peut toutefois condamner d'une manière absolue le régime fédéral, il a été une nécessité historique pour certains peuples; mais dans notre pays il n'engendrerait que des périls et des divisions éternelles. Ce qu'il faut à la France, c'est la décentralisation, c'est-à-dire le retour à une organisation de la commune, du canton et du département, ou de