‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 50 sur 178 · I. ORIGINES ET DÉBUTS · texte numérisé non relu

I. ORIGINES ET DÉBUTS

borna à lui dire : « Faites tout ce que vous pourrez, au moyen de- votre popularité, pour tâcher de conjurer les horreurs de la guerre civile, je n'ai pas d'instructions à vous donner; les maires de Paris ont mes pleins pouvoirs.» Dès son arrivée, l'amiral expédia aux bataillons de Passy Tordre de venir, dans la nuit, le joindre à son hôtel de la rue de Ponthieu. Il se proposait d'occuper le palais de Tlndustric, rÉlysée et le ministère de l'intérieur qu'il savait mal gardés. Il conservait ainsi le cours de la Seine et assurait ses communications avec Versailles; mais les bataillons de Passy, très-déterminés à se défendre chez eux, montrèrent fort peu d'empressement à sortir de leur arrondissement. Adoptant alors une nouvelle combinaison, l'amiral se rendit à la gare Saint-Lazare, où il se maintenait en relation avec Versailles, et en cas de besoin s'assurait un moyen de retraite. Mais le Gouvernement, absorbé par. la nécessité de reconstituer l'armée, ne put lui donner les

troupes de soutien nécessaires pour garder la ligne de chemin de fer et le poste des« BatignoUes. Forcé d'abandonner ce second plan, l'amiral s'établit au Grand-Hôtel pour se rapprocher du centre où se trouvaient les bataillons les plus fidèles, et reprendre avec leur concours la place Vendôme. Mais 1&, comme à la gare Saint-Lazare, comme à la rue de Ponthieu, il ne parvint pas à grouper des forces suffisantes. Le plus grand nombre des officiers de la garde nationale refusaient, il est vrai, de suivre le Comité central, mais ne se mettaient pas franchement à la disposition de l'amiral pour marcher contre l'émeute.

Pendant ce temps, l'Assemblée nationale, réunie à Versailles depuis la veille, adoptait une proclamation au peuple et à l'armée. Le rédacteur, M. Vitet, répondant aux préoccupations les plus vives de tous les honnêtes gens, leur disait dans ce noble et ferme langage dont il avait le secret : « Ne craignez pas de nous ces faiblesses morales qui aggraver raient le mal en pactisant avec les coupables. Nous vous conserverons intact le dépôt que vous nous avez commis pour sauver, organiser, constituer le pays, le gi'and efc tutélaire principe de la souveraineté nationale. » Vainement,

MM. Tirard et Clemenceau poussèrent TAssemblée dans la voie des concessions, et firent les plus grands efforts pour obtenir le vote immédiat de la loi municipale qu'ils avaient proposée. L'Assemblée se borna, et c'était tout ce que sa dignité lui permettait de faire, à adopter à l'unanimité l'ordre du jour suivant : « L'Assemblée nationale, résolue, d'accord avec le pouvoir exécutif, à reconstituer, dans le plus bref délai possible, les administrations municipales des départements et de Paris sur la base des conseils élus, passe à l'ordre du jour. »

Le soir même de cette séance, l'une des plus mémorables de la session, M. Tirard rendit compte aux maires et aux députés de Paris, réunis sous la présidence de M. Yautrain, de ce qui s'était passé à Versailles, et, après cette communication, la réunion municipale délégua MM. Lockroy et Clemenceau à l'Hôtel de ville pour inviter le Comité central à ne pas faire procéder aux élections. Mais le Comité, qui sentait sa force, accueillit mal les délégués et ne leur donna aucune réponse.

Cependant, la courageuse protestation de la presse, la résistance des maires et de la plupart des députés de la Seine avaient réveillé les hommes d'ordre. Ils commençaient à sortir de la torpeur des premiers jours.

Le 21 mars, par l'initiative d'un courageux citoyen, le tailleur Bonno, se forma sur le boulevard des Capucines une première manifestation qui attira l'attention du Comité ^ Viard demanda énergîquement qu'on fît cesser toutes ces excitations, et Lullier, dont l'énergie ou plutôt la folie furieuse commençait à se révéler, fut chargé du maintien de l'ordre. En môme temps, le Jourtial officiel tonnait contre « les groupes de vingt cinq à cent |)ersonnes, gesticulant et gênant la circulation sur les boulevards, et leurs orateurs

]. Conciliabules de l'Hôtel de ville —21 mars, p. 6.

Page 1