‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 52 sur 178 · CoQciiiabttles de THÔtel de ville — 22 mars, p. 6 el · texte numérisé non relu

CoQciiiabttles de THÔtel de ville — 22 mars, p. 6 el

hostiles, croisèrent la baïonnette et se mirent en défense, comme s'ils craignaient que les gens qu'ils voyaient devant eux désarmés n'eussent des armes cachées. Les modérés parlementaient et cherchaient à leur faire comprendre qu'ils occupaient indûment un arrondissement qui n'était pas le leur, a Laissez-nous libres chez nous, disaient-ils, et nous n'irons pas vous inquiéter chez vous. Vive la liberté pour tous! Vive la République! » Ces paroles semblaient ébranler quelques-uns des fédérés, mais la plupart conservaient une attitude farouche. Derrière eux se trouvait un capitaine fort exalté qui brandissait son sabre. Le tambour exécutait des roulements qui ressemblaient à ceux qui précèdent les sommations.

L'amiral Saisset marchait à la tête de la colonne, espérant par l'annonce officielle des concessions faites par Versailles, ramener les esprits aux sentiments de l'ordre. Mais il avait à peine prononcé quelques paroles que plusieurs coups de feu éclatèrent. Alors s'accomplit un acte d'hé* roïsme que nous ne pouvons nous empêcher de rapporter: nous vîmes le courageux: citoyen qui portait le drapeau tricolore couvrir l'amiral de son corps, en criant : « Si vous voulez tuer quelqu'un, tuez-moi! » La foule ne bougea pas. Mais d'autres coups de feu partirent de l'extrémité, puis de tous les rangs indistinctement, et frappèrent au hasard ceux qui étaient devant, amis et ennemis. C'est alors seulement que la manifestation battit en retraite. Les gardes s'étaient presque tous repliés en tirant; l'un d'eux s'enfuit jusque dans la ruetlu Marché-Saint-Honoré, où il fut berné par les femmes du quartier et finalement laissé pour mort. Les ofliciers, quelques hommes de sang-froid, seuls, restés au milieu de la chaussée, essayèrent de faire cesser le feu. Un jeune homme revint, tenant le drapeau de la manifestation, la flèche brisée. Deux ou trois gardes seulement accueillirent par des vivats ce triste trophée. Les rues étaient jonchées de corps tués ou blessés. Sept personnes avaient été mortellement frappées dans la rue des Capucines ; dans la rue de la Paix, un soldat de la ligne, qui tenait le drapeau, était tombé à côté d'un vieillard qui avait eu la tête fracassée, et

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