I. ORIGINES ET DÉBUTS
diateiuent, et que les élections pourraient avoir lieu le 3 avril. Enfin la nomination de Tamiral Saisset, conune commandant de la garde nationale, était confirmée.
C'était là évidemment tout ce que Ton pouvait demander, et H. Thiers allait à la limite extrême des concessions. Les maires et les adjoints n'en vinrent pas moins à Versailles le 23, et entrèrent dans une des tribunes de la Chambre, revêtus de leurs insignes. U y eut là, entre eux et les députés, une scène fâcheuse qui rappelait les plus mauvais jours de la Convention. Pour dissiper l'impression qu'elle avait produite sur la chambre, le président présenta l'incident comme le résultat d'une méprise, et M. Arnaud de l'Âriége proposa au nom des maires la résolution suivante :
« 1* L'Assemblée se mettra à l'avenir en conununication plus directe et plus intime avec les municipalités de Paris ; 2* elle autorisera les maires à prendre les mesures que les circonstances exigeront ; 3^ les élections de la garde nationale auront lieu avant le 2S mars, et l'élection du conseil municipal avant le 3 avril ; la condition du domicile sera réduite à six mois ; enfin, les maires et les adjoints procéderont aussi de l'élection. »
Comme le Gouvernement, l'Assemblée alla à l'extrême limite de ce qu'elle pouvait accorder, en prononçant à l'unanimité l'urgence de cette proposition. La situation de la France vis-à-vis de l'étranger ne motivait que trop cette ligne de conduite envers l'insurrection. Le mouvement de retraite des Allemands était arrêté, les négociations suspendues, et le crédit si paralysé qu'il devenait impossible de se procurer les sommes nécessaires pour payer les premiers termes de l'énorme contribution de guerre imposée par les vainqueurs. Le Comité, du reste, n'avait pas à s'en préoccuper. Le 23 mars, il faisait insérer à YOfficiel et publier en gros caractères, comme s'il se fût agi d'un triomphe pour lui, une dépêche adressée par le chef du quartier général prussien au commandant de Paris, et dans laquelle il l'informait que les troupes allemandes avaient reçu l'ordre de garder une attitude amicale, tant que les événements, dont Paris était le théâtre, ne prendraient pas un caractère hostile à l'égard de
l'armée de l'occupation. Mais tout ce qui avait conservé à Paris la fibre patriotique ne partagea pas la quiétude du Comité. Le 23 et le 24, la résistance s'accentua dans le quartier latin. Les élèves des diverses Écoles publièrent, eux aussi, une affiche dans laquelle on lisait : « La jeunesse des Écoles , assemblée dans Tamphi théâtre de l'École de médecine, considérant que le Comité central a porté atteinte au suffrage universel, déclare qu'elle fait cause commune avec les 'représentants et les maires de Paris, et qu'elle est prête à lutter avec eux par tous les moyens possibles contre ce Comité sans mandat populaire. »
Le 24 au soir, les étudiants se rendirent au Grand-Hôlcl et se mirent à la disposition de l'amiral Saisset qui les fit armer et caserner au troisième étage. C'est ce jour-là que parut la fameuse -adresse de Tamiral à la population de Paris : « Je m'empresse de porter à votre connaissance que, d'accord avec les députés de la Seine et les maires élus de Paris, nous avons obtenu du Gouvernement et de l'Assemblée nationale : r la reconnaissance complète de nos franchises municipales ; — 2« l'élection de tous les officiers de la garde nationale, y compris le général en chef; — 3" des modifications à la loi des échéances; — 4® un projet de loi sur les loyers, favorable aux locataires, jusques et y compris les loyers de 1200 francs. »
On a reproché à l'amiral l'étendue de ces concessions, mais les membres de l'Assemblée, qui tenaient ce langage facile sur les bancs- ou dans les couloirs de la Chambre, ne songeaient pas assez aux difficultés des circonstances, et oubliaient qu'au point de vue politique les maires seuls avaient les pleins pouvoirs de M. Thiers, et par conséquent la responsabilité. Peut-être — et c'est encore fort contestable — peut-être, l'amiral s'est-il trompé, mais il eut toujours des paroles énergiques pour repousser toute attache de parti. Le cœur brisé de la douleur d'avoir perdu son fils unique, il était venu simplement faire son devoir. En tous cas, la guerre entre habitants d'une même ville est chose assez affreuse pour qu'il soit excusable d'avoir tout tenté pour la prévenir.