‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 55 sur 178 · I. ORIGINES ET DÉBUTS · texte numérisé non relu

I. ORIGINES ET DÉBUTS

FiO même jour, le Comité qui ne pouvait refuser de telles conditions, mais qui ne voulait à aucun prix s'entendre avec 1q Gouvernement, envoya deux délégués à la mairie du deuxième arrondissement , avec mission d'accepter les propositions faites par l'amiral, mais aussi de maintenir les élections au 26 mars. II savait bien que cette date, trop rapprochée, ne permettait pas aux maires de faire des élections sérieuses, et qu'ils la repousseraient; c'est en effet ce qui arriva.. Ce fut un tort. Le seul compromis légitime eût été de prendre au mot le Comité central, en permettant sous toutes réserves les élections dont il s'était engagé à respecter l'arrêt, quel qu'il fût. Il n'était pas question pour le pouvoir légal de prendre un engagement semblable ; il ne se fût pas obligé à reconnaître un conseil municipal irrégulièrement élu : il n'eût fait que laisser à la population honnête de Paris un moyen pratique de manifester ses sentiments. Ce parti fut la dernière mais trop tardive ressource des maires et des députés, la veille même des élections, lorsqu'ils eurent perdu tout espoir d'en obtenir l'ajournement.

Le Comité central, qui ne pouvait procéder au vote qu'après avoir brisé ou vu céder toute résistance, déclare aussitôt les négociations rompues et confie le pouvoir militaire à Brunel, Duvaji et Eudes auxquels il confère le titre de généraux, en attendant l'arrivée de Garibaldi acclamé comme général en chef. On a dit que son opiniâtreté à refuser tout projet d'arrangement provenait des surexcitations soufflées par M. de Bismark et de l'argent sem^par des mains bonapartistes. Ce bruit ne fut-il qu'une rumeur forgée par les partis? Nous l'ignorons, . mais ces causes souterraines, en supposant même leur existence, n'influèrent -pas sérieusement sur le refus du Comité. Il résista aux prières des hommes qui paraissaient se rapprocher le plus de ses idées et aux concessions si étendues du pouvoir, uniquement, nous l'avons dit, afin de réaliser Forgie sociale que ses membres ^ rêvaient depuis si longtemps. M. Thiers, avait bien vu juste dans ce jeu, mais avant de tout oser, il fallait tout reconstituer.

Les nouveaux généraux publièrent sur-le-champ une pro-

clamalion qui annonçait clairement rouverture de la guerre civile : « Tout ce qui n'est pas avec nous, disaient-ils, est contre nous ! » Et pour envenimer encore la situation déjà si tendue par le refus des maires, ils attaquent, vers deux heures, la mairie du premier arrondissement (celle du Louvre), à la tête de quatre bataillons fédérés et de quatre pièfces d'artillerie. Brunel se présente comme délégué du Comité central ; il veut d'abord qu'on lui remette la mairie, et sur le refus du maire, M. Méline, appelé en toute bâte, il exige que les élections de la commune soient fixées au 26; le tout, sous menace de bombardement. MM. Méline et Adam étaient hors d'état de lutter contre les forces du Comité central ; ils demandèrent à MM. Dubail et Schœlcher, l'autorisation de traiter. M. Dubail, en sa qualité de membre de la commission de permanence à la réunion des maires» M. SchœlcBer comme colonel de l'artillerie de la garde nationale, les autorisèrent à accorder, pour éviter l'effusion du sang, les élections au 3 avril, ce qui était, d'ailleurs, accepté par le Gouvernement. Mais le Comité refusa aux maires cet ajournement, môme à si court délai, et ils furent obligés d'accepter la date du 30 mars. Une transaction fut signée entre eux et les citoyens Brunel et Protot. On ajourna les questions de détail à une nouvelle réunion, qui aurait lieu le soir, à neuf heures, et dans laquelle les membres du Comité viendraient s'aboucher avec les maires.

Le Comité central sent que le terrain glisse sous ses pas. Il comprend que si l'Assemblée nationale accorde à Paris l'élection' d'un conseil municipal , il n'aura plus de raison d'être, et que la population lui échappera. Il s'empresse de désavouer ses agents et d'exiger une concession entière ou le combat immédiat. Les délégués qu'il chargea de cette triste mission étaient Bouvier et Arnold. Ils ne se présentèrent qu'assez tard, dans la nuit, à la mairie du deuxième arrondissement, et déclarèrent tout d'abord que Brunel et Protot n'avaient pas qualité pour traiter et que les élections resteraient fixées au 26, parce que telle était la volonté du Comité central.

La réunion, bien que très-divisée au fond, refusa de rêve-

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