‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 6 sur 178 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

l'internationale, tentatives insurrectionnelles du 31 octobre

et du 22 janvier, origine du comité central.

PARTICIPATION DE l'iNTERNATIONAL,^ AU DIX-HUIT MARS.

Commencements de llnternationale. — Son développement en 1862. — Force puissante de cette association. — Bien qu'elle pouvait fkire. — Ce qui Ta perdue. — Son pacte fondamental est adressé par les membres du bureau parisien au préfet de police et au ministre de Tintérieur. — Son organisation simple et savante. — Son prodigieux succès. — Immense danger que créait pour Tordre social européen une telle société. •— Complaisance extraordinaire que lui montre le gouvernement impérial. — La doctrine de TAssociation s'élabore dans les congrès. — Pourquoi Tlnternationale a clioisi notre pays pour faire l'application pratique de ses théories. — Réserve du parti so' cialiste de l'Association pendant toute la durée du premier siège de Paris. — Tentatives révolutionnaires du 31 octobre et du 22 janvier exclusivement imputables aux Jacobins. — Alliance de ces derniers avec les socialistes. — Apparition du Comité central et son intervention dans la situation. >- Rôle de l'Internationale à ce moment, et influence qu'elle exerce sur les décisions du Comité.

D'où venait cette mystérieuse association que l'Empire caressa d'abord pour l'étouiTer plus facilement ensuite? On a dit, et tout le monde l'a répété, que l'Internationale ne remonte pas, comme fondation, au delà de 1864. G*est une erreur, elle date de 1850. A cette époque, il y eut à Francfort, alors ville libre, un premier congrès. Nos révolutionnaires donnaient la main à ceux de TAllemagne.; il n'y avait mi sang ni défaites entre eux^ on les appelait des « commu«

k HISTOIRE DE LA COMMUNE.

nistes >. C'était une association internationale, tout à fait internationale, et il y avait des Français dans le haut conseil. Le programme, qu'ils développèrent alors, portait ces mots en tête : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous. » Le manifeste de ce parti communiste, imprimé en 1851, renferme exactement, presque mots pour mots, le programme et les points principaux de la politique de l'Internationale actuelle. Il est évident qu'elle est née des illusions- de juin 1848 et de décembre 1851, mais elle ne s'est développée que quatorze ans plus tard.

En 1862, lors de l'exposition universelle de Londres, des ouvriers français avaient été envoyés par leurs camarades en Angleterre, pour y étudier et comparer les diverses industries. C'est là, dans^des réunions entre Français et Anglais, que fut reprise l'idée d'une grande association de travailleurs.

Il ne s'agit d'abord, dans ces premiers entretiens, que de grèves et de coalitions. Les ouvriers, dont le salaire n'était plus réglé, comme autrefois, par la coutume ou par le tarif officiel, mais seulement par le rapport qui existe entre les bras et les capitaux cherchant de l'emploi, s'étaient dit déjà, surtout en Angleterre : Pourquoi ne pas nous coaliser pour fixer le taux de nos salaires et l'imposer à nos maîtres, en nous mettant en grève, s'ils refusent nos conditions? En conséquence, ces grèves s'étaieat multipliées de 1855 à 1862. Seulement, les ouvriers ne parvenaient pas à faire accepter leurs conditions, parce que les patrons, Teussent-ils voulu, ne pouvaient pas les subir. La raison en est simple : la facilité des échanges internationaux est si grande aujourd'hui, que le monde entier ne forme plus qu'un seul marché. II s'ensuit que le prix des marchandises doit être le même partout. Le fabricant ne peut donc augmenter le salaire sans augmenter le prix, ce qui l'empêcherait de vendre. De cette unité du marché commercial, il résultait qu'une grève locale ne pouvait jamais déterminer une hausse locale des salaires sans tuer l'industrie dans cette localité, et, par suite, sans enlever aux ouvriers le moyen même de subsister. Comment donc arriver au but qu'on poursuivait? L'es-

prit spéculatif des Français entrevit tout de suite, dans le mécanisme des Trades-UnionSj ou sociétés de résistance, que rassociaiion pouvait réunir, comme en un faisceau, les corporations ouvrières de tous les pays, et devenir le levier à l'aide duquel les travailleurs soulèveraient le monde.

C'est ainsi que, de conciliabules en conciliabules, on en TÎDt à décider la création d'une Société internationale de travailleurs^ dont le but était d'empêcher les ouvriers de se faire concurrence entre eux, de les rendre tous solidaires des grèves, en quelque pays qu'elles éclatassent, de rendre les grèves générales si cela était nécessaire dans l'intérêt de la caase. Il y avait une force puissante dans cette suppression, pour les classes ouvrières, de toute barrière entre les peuples; et si la nouvelle association avait su attendre la consécration du temps, sans lequel rien ne se fait de stable ni de définitif, nul doute qu'elle eût occupé une place remarquable dans l'évolution politique et sociale de l'Europe ac« tuelle.

Au point de vue économique, elle pouvait solidariser toutes les caisses de résistance des classes ouvrières des différents pays, et intervenir dans les questions de salaire avec une force irrésistible. Au point de vue social, cette étude permanente par une classe des remèdes à présenter à ses maux, cette enquête constante, par les intéressés eux-mêmes, de leur situation matérielle et morale, eût apporté un puissant secours & la science, réduite à puiser dans les ridicules enquêtes administratives et dans les travaux dus à des efforts isolés. Au. point de vue politique, la fédération des classes ouvrières de tous les pays était une protestation grandiose contre le militarisme armant les nations les unes contre les autres. C'est ce qui a séduit un certain nombre d'esprits élevés. Hais elle se trompa quand elle inséra dans son programme ces mots : Affranchissement des travailleurs par 'les travailleurs eux-mêmes. Ennemie des castes, elle créa une caste nouvelle qu'elle prétendit isoler de la société, et c'est ce qui la perdit et devint l'origine du plus épouvantable cataclysme.

Le pacte fondamental de l'Association fut rédigé en an-

glais, par trois ouvriers anglais : Odgcr, Cremer et Wecler. Peu après, il franchissait le détroit, et, le 8 janvier, les niembres du bureau parisien, ouvert rue des Gravilliers n» 44, en adressaient des exemplaires au préfet de police et au ministère de rintérieur.

Ces statuts donnaient à la Société une organisation qui nous fournit la clef de Tinstitution fédérale de la garde nationale, au 18 mars. Le Comité central, presque entièrement composé de membres de l'Internationale, n'eut qu'à appliquer aux bataillons armés les règlements de l'Association Il importe donc de les faire connaître.

La direction suprême est confiée à un conseil- ou comité directeur, peu nombreux, composé d'ouvriers des différentes nations. 11 doit entretenir des relations avec les associations ouvrières de tous les pays qui adhèrent à l'Internationale. A la- base de l'Association, on trouve la section que l'on a souvent comparée à la Commune, et qui est le pivot sur lequel roule le système. Il y a deux sortes de sections : les unes formées par les membres ayant adhéré individuellement à l'Internationale, et groupés sans distinctions de métiers par localités ; les autres formées par les associations ouvrières existantes, ou dont on a provoqué la formation. Certaines sections, par suite des accointances particulières, restent isolées ; mais, d'ordinaire, les sections d'une même région se relient en une seule fédération^ qui sert d'intermédiaire entre la section et le comité directeur. Quoique le principe de l'Internationale soit l'annulation des nationalités, cependant la force même des choses a amené à embrasser toutes les fédérations d'un même pays sous le nom de" branches. Les membres de chaque section choisissent entre eux des délégués chargés de les représenter, les uns au conseil fédéral, les autres au congrès, parlement universel des classes ouvrières, placé au-dessus de tous les rouages. Le congrès, à son tour, élit les membres du conseil général ; d'où il résulte que l'Association est toujours administrée par un gouvernement issu d'une élection à deux degrés. Le congrès se rassemble tous les ans, et décide souverainement des questions relatives à l'organisation de l'As-

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