I. ORIGINES ET DÉBUTS
suivit la découverte du complot, on aura la série complète des auteurs du 18 mars. Mais Topinion publique, absorbée alors par la question politique, fit peu d'attention à ces ouvriers obscurs ; personne ne prévoyait que bientôt ils effrayeraient le monde par les plus exécrables forfaits.
Après le 4 septembre, les socialistes de l'Internationale ne prirent que très-peu de part aux manifestations révolutionnaires ainsi qu'aux tentatives du 31 octobre et du 22 janvier. Ils se tenaient sur la réserve, ne voulant ni s'épuiser contre le pouvoir en escarmouches inutiles, ni s'emparer niaisement de l'Hôtel de ville, tout juste pour avoir la honte d'ouvrir à l'ennemi les portes de Paris affamé.
Il n'en fut pas ainsi du parti jacobin de l'Association. 11 n'avait vu dans le siège qu'un moyen d'armer la révolution, de se faire nourrir et payer pour remplir un devoir, devenu illusoire par la résolution bien arrêtée de ne pas se battre, si ce n'est contre le gouvernement de la Défense, toutes les fois qu'il parlait d'arrangement. C'est une remarque qu'on a faite avant nous : chacune des tentatives de bouleversement qui mirent Paris et la France dans un péril suprême, durant cette odieuse guerre de 1870-71, correspondit à une tentative de conciliation. Les dates et les événements le témoignent assez.
Le 31 octobre au matin, le gouvernement annonçait le retour de M. Thiers qui, en grand patriote, venait de parcourir l'Europe pour l'intéresser aux désastres de la France. Il communiquait en même temps la proposition faite aux belligérants par quatre grandes puissances neutres*, d'un armistice qui devait avoir pour objet la convocation d'une
1. L'Angleterre, la Rassie^ l'Âulriche et l'Italie. C'est à la suite de Taudience qae donna à M. Thiers le prince Gorstchakof, et durant laquelle notre illustre homme d*£tat plaida de la manière la plus attendrissante la cause de la France, qae fut résolue cette proposition.
assemblée nationale, et pour conditions, le ravitaillement proportionné à sa durée et l'élection de l'assemblée par le peuple tout entier. Aussitôt, et malgré une forte averse, des compagnies de la garde nationale, sans armes, bravant la pluie, arrivent et se massent devant la grande porte de l'Hôtel de ville, voisine de la rue de Rivoli. Us sont porteurs d'un écriteau sur lequel on lit :
Pas (TarmisHcef Vive la République!
Résistance à mort !
Vers une heure et demie, la foule qui entre sous la voûte, trouve à droite et à gauche les mobiles rangés en bon ordre. Sur les marches conduisant à la cour d'honneur se tient le général Trochu qui veut parler; il est hué. Dans la salle du conseil envahie les maires et adjoints finissaient de formuler cette décision où se reflète leur émoi, et qui est une concession à l'émeute : « Pas d'armistice ! le citoyen Dorian est nommé président du gouvernement provisoire de la défense nationale. Les élections de la Commune auront lieu dans les quarante-huit heures. »
Ce gouvernement provisoire se compose de sept membres : MM. Dorian, Louis Blanc, Félix Pyat, Victor Hugo, Blanqui, Gustave Flourens, D.elescluze.
La confusion est bientôt effroyable. On se bouscule, on se presse, il y a môme des hommes qui se promènent sur les pupitres des conseillers municipaux et les défoncent. Tout le monde crie, gesticule. Dans chaque grande salle de l'Hôtel de ville se produisaient des scènes analogues. On y faisait un gouvernement dont on jetait la liste au peuple par les croisées, et sur toutes figuraient invariablement les noms des meneurs : Flourens, Blanqui, Delescluze, Félix Pyat, à la tête desquels on voit toujours l'ubiquiste M. Dorian comme président. Partout est proclamé :
!• La déchéance du gouvernement de la Défense, déclaré traître à la patrie.
2<' La levée en masse et le refus de tout armistice.
d^'L'établissementimmédiatdelaCommunerévolutionnaire.