I. ORIGINES ET DÉBUTS
Flourens apparaît ici, comme il Ta fait dans les autres salons : il est Tàme du mouvement grâce à l'appui du bataillon de Belleville qu'il commande et qui occupe les abords et les cours de l'Hôtel de ville. L'arrivée de Rochefort, qui ne pouvait manquer à cette fête, met le comble au tumulte. Il monte sur une table qui sert de tribune et essaye de parler; les uns l'applaudissent, un plus grand nombre le couvrent de huées ; il renonce à la lutte.
Yers trois heures et demie, le général Trochu se montre en uniforme à l'entrée de la salle des délibérations du gouvernement. La foule l'entoure en criant: « A bas les Trochu !.... A bas les incapables!... Qu'as-tu fait au Bourget? A bas Trochu ! » La porte de la galerie au buste se ferme derrière lui, le peuple s'y jette et s'écrie : « Ils ne sortiront plus 1 » En effet, ce salon splendide, où grouille une multitude hideuse, se transforme aussitôt en salle de jugement, et devient le théâtre des scènes les plus violentes. Les cris, les menaces se croisent. Les sièges de la table du centre sont pris de vive force, et ceux qui les occupent interpellent avec vivacité MM. Jules Favre, Garnier-Pagès, Jules Simon, Jules Ferry, Trochu qui sont assis autour : « La déchéance ! la déchéance I » crie-t-on de tous parts. En vain M. Jules Favre veut prendre la parole, des cris confus couvrent sa voix. M. Garnier-Pagès, affreusement pâle, s'efforce de répondre à la motion de Maurice Joly, Lefrançois et Yermorel qui padent tous à la fois de la Commune et des élections, a Assez, assez, hurlet-on!.... Faites-le donc rentrer dans son faux-col !....» s'écrie un gamin placé à cheval sui: un des magnifiques candélabres d'angle.
C'en est fait du gouvernement du 4 septembre, quand survient un coup de théâtre. Vers neuf heures du soir, le 106* bataillon, clairon en tête, se fait ouvrir les portes de l'Hôtel de ville et monte droit aux appartements. Il ne reste plus, à l'entrée des ofliciers dans la salle, que des tirailleurs du corps Tibaldi qui sont désarmés et renvoyés chez eux aux éclats de rire des gardes du 106». L'auteur de ce merveilleux dénoûment était M. Picard, qui, ayant pu s'échapper adroitement de l'Hôtel de ville, avait fait battre la générale, con^
voqué des bataillons et pris Tusurpalion dans un filet, au moment même où ses agents appelaient les électeurs au scrutin pour Télection d'une commune ^
Nous ne pouvons rapporter les alertes, les échauffburées secondaires provoquées à tout propos pour agiter l'opinion et fatiguer la garde nationale à bout de force et de sacrifices, et nous arrivons tout de suite à la journée du 23 janvier, qui fut le pendant du 31 octobre avec des cadavres en plus.
Gustave Flourens, persistant à se dire major de la garde nationale et à porter les insignes de colonel, avait été arrêté avec une poignée de Bellevillois, à la suite de manifestations destinées à insurger la troupe. Mais, dans la nuit du 21 au 22 janvier, il fut délivré par une bande de sacripants. Composée à ce moment de cent cinquante individus tout au plus, cette troupe se grossit sans cesse, en roulant dans les rues au son du tambour, et en emmenant triomphalement Flourens et les autres qu'elle a délivrés. Elle descend aussitôt le faubourg Saint-Antoine et monte la rue de la Roquette pour aller s'emparer de la mairie de Belleville. Pendant cette manœuvre, les meneurs ordinaires de l'insurrection prêchent en plein vent l'avènement inévitable cette fois de la Commune. Dans l'après-midi, quand ils croient l'opinion suffisamment préparée, trois ou quatre cents émeutiers arrivent sur la place de l'Hôtel de ville par la rue de Rivoli et la rue du Temple et font retentir les cris de : « Vive la Commune ! A bas les Bretons ! » Après des agitations de plus en plus menaçantes, ils essayent d'ébranler la grille. Par la porte de gauche, dite porte des bureaux, sortent trois officiers : MM. Yabre, de Legge commandant du 3« bataillon du Finistère, et r adjudant-major Bernard, du môme bataillon, qui demandent aux émeutiers ce qu'ils viennent faire. Ils ont à peine dit quelques mots qu'un coup de fusil est tiré des rangs de l'énieute. M. Bernard est frappé de trois balles et tombe sur le trottoir. Alors, les fenêtres de tous les étages s'ouvrent précipitamment, les mobiles paraissent et cou-
1. L'affiche était signée de MM. DoriaD, V. Schœlcher, Etienne Ârago, Cb. Floquet, Ch. Hérisson, Henry Brisson et Clamageran.