‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 80 sur 178 · ORIGINES ET DÉBUTS · texte numérisé non relu

ORIGINES ET DÉBUTS

prisonnier, fui éiu maire du XX* arrondissement; et le Gouvernement, qui eut la maladresse de faire annuler son élection « parce qu'un failli ne peut exercer de fonction publique », ne fit par cette mesure qu'augmenter sa popularité. Cet homme, quoique d'un caractère faible, a poussé si loin le fanatisme révolutionnaire, qu'il n'a pas hésité A ordonner les actes les plus violents et les plus horribles : ce sera lui qui présidera au massacre de l'archevêque de Paris. « Il est du reste à remarquer, dit M. Jules Glère, qu'il n'y a pas d'hommes plus cruels et plus impitoyables que les caractères faibles, quand ils sont dominés par cet esprit de parti qui fait taire chez eux tout sentiment, et étouffe dans leur cœur jusqu'aux impressions les plus irrésistibles et les plus naturelles, auxquelles cèdent cependant quelquefois les hommes les plus endurcis dans le crime. »

Alfred-Edouard Billioray. Ce n'est pas, conuoie on l'a écrit, le joueur de flûte si connu des Parisiens, mais bien un peintre d'un médiocre talent. Orateur des clubs de la rue Maison-Dieu et du théâtre Montparnasse, Billioray se trouva porté aux élections communales sur la liste du Comité central, dont il était membre, et bien que complètement inconnu jusqu'alors; c'est à ce titre qu'il dut son élection dans le quatorzième arrondissement.

Babick. Il était parfumeur et avait quelque peu étudié la médecine. II professait une religion inventée par M. de Toureil, le fusionisme, sorte de mysticisme composé de toutes les croyances.

Èmile^François Eudes. C'est une des figures les plus curieuses de la révolution du IS mars. Il avait fait autant de métiers que fiil Blas; il avait été successivement employé dans une maison de blanc, aide-pharmacien, correcteur d'imprimerie, apprenti journaliste. On avait fait de lui le signataire de la Liberté de penser ^ petit journal matérialiste qui paraissait, tous les samedis, au pays Latin. On se rappelle l'émeute qui eut lieu à la Villette, vers le milieu d'août 1870, quinze jours au plus avant le 4 septembre. Ce jourlà, un pompier, une femme et un enfant furent tués; Eudes, arrêté un fusil & la main, fut accusé du fait et condamné à

mort; il allait être exécuté, quand la révolution qui survint le délivra. Pendant le siège de Paris, il fut nommé chef de bataillon, vu ses premières prouesses, et collabora à la Patrie en dunger^ de Blanqui, avec Brideau et Cana. Au 31 octobre, Eudes fut naturellement de ceux qui envahirent l'Hôtel de ville. Privé de son grade et emprisonné à la suite de cette affaire, il fut bientôt relâché et acquitté, et il partit pour Bruxelles. Mais, le 19 mars, il était à Paris, se mettant à la disposition du Comité central, qui voulut utiliser son activité révolutionnaire, en faisant de ce courtaud de boutique un de ses premiers généraux.

Frcmçois Jourde, Ancien élève de l'école Turgot, il en était sorti pour entrer dans une maison de banque, où il s'habitua au maniement de grandes sommes d'argent, ce qui le prépara à ses nouvelles fonctions. Il est, avec Varlin, une des rares capacités que la révolution du 18 mars ait mises en lumière. Jourde possède un véritable talent oratoire qui lui permet de rendre les discussions financières accessiWes à tous les esprits.

Blanchet. Ce n'était point le nom du membre de la Commune élu dans le ¥• arrondissement ; il s'appelait Panilley et ressemblait à un chartreux en rupture de cloître. Il avait été secrétaire de commissaire de police & Lyon, novice dans un couvent de capucins à Brest et ensuite dans une maison du même ordre à Laroche, en Sçivoie. Revenu à Lyon, il y donna des leçons, fut traducteur interprète au palais de justice, entra de nouveau dans un commissariat, et, n'ayant pas obtenu un avancement qu'il avait demandé, donna sa démission, qui fut acceptée. C'est après ces événements qu'il vint à Paris. Ayant été condamné à six jours de prison pour banqueroute à Lyon, il avait changé de nom, afin de ne pas tomber sous le coup de la loi, qui interdit au faiHi de signer un article de journal.

Antoine-Magloire Brunel. Ancien sous-lieutenant de cavalerie, il exerçait les fonctions de commandant du 107» bataillon (\l* régiment de marche) de la garde nationale pendant le siège de Paris. Irrité de la capitulation, il essaya, avec le lieutenant-colonel Piazza, de soulever la garde na-

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