ORIGINES ET DÉBUTS
farouches qui ont fait litière de tout sentiment et de toute • croyance.
Léo MeiUety Rtwul Urbain et Gustave Lefrançais. Après s'être livrés quelque temps & l'enseignement, ils s'étaient jetés à corps perdu dans le mouvement des réunions populaires et s'y étaient fait connaître par l'extrême violence de leur langage.
Henry Champy^ oqvrier ciseleur ; Emile Clément^ cordonnier; Chartes Gérardin^ ancien comptable; Charles Ledroyt, ouvrier déjà âgé ; Martelet^ peintre de décors ; Oslyriy employé ; Emile OtKie/, peintre sur porcelaine ; Descamp j mouleur en fonte; Chardon^ ouvrier chaudronnier. Us étaient bien peu GQnnus et bien peu dignes de l'être. Leur incapacité absolue, leur nullité radicale rendent tout examen de leur personnalité hnpossible, et en tout cas inutile.
A la Commune, la plupart des hommes de ces trois groupes n'en formèrent qu'un seul, celui des socialistes. Ils avaient un programme arrêté : ils ne voulaient pas comme les politiques la domination, mais la destruction de la société. Toutefois, ayant pour principe de sacrifler l'intérêt personnel à l'intérêt général, ils furent réduits à s'associer aux Blanquistes. Avec eux arrivent donc nécessairement :
Blanqui, La mort de Mgr. Darboy a remis plus vivante et plus sombre cette figure dans l'imagination publique. C'est pour Blanqui que Mgr Darboy est mort, sans racheter assurément par la vertu de ce sacrifice la cruelle personnalité du conspirateur monomane, depuis longtemps d'ailleurs condamné à mort. On sait, et nous le verrons plus loin, que la vie et la liberté de l'archevêque de Paris, incarcéré à Mazas par les communeux, répondaient de la vie et de la liberté de Blanqui, détenu dans les prisons du Lot par le Gouvernement. Toilà la balance de la révolution, c'est-à-dire l'inégalité la plus cynique mettant, sous prétexte d'égalité, Blanqui dans un plateau, l'archevêque dans l'autre.— Depuis le déclin du carbonarisme jusqu'à la dernière explosion communiste, Blanqui, libre ou en prison (et il a été prisonnier vingt-huit ans), n'a cessé de troubler le sommeil du pays et de tous ses gouvernements» soit en personne, soit par insufflation.
Homme d'action souterraine, incessante, persévérante, il s'efforce depuis tantôt quarante ans d'enlacer la société dans une immense conspiration populaire, rattachant patiemment les fils qui viennent à se briser, nouant et reformant les mailles rompues. Ce qu'il veut, c'est la révolution sociale, c'est le renversement de la pyramide, la base prenant la place du sommet; c'est l'avènement de la classe ouvrière au pouvoir, la suprématie du travail sur le capital, la domination des membres sur l'estomac, c'est l'aristocratie des ouvriers qui doit remplacer l'aristocratie des bourgeois, comme elle a remplacé elle-même, en 89 et en 1830, l'aristocratie des nobles. Révolution imprévoyante, bouleversement inique, et que cependant il a failli réaliser ; car, sans exagérer l'influence et la populq.* rite de Blanqui, on ne peut nier que l'effroyable tempête qui a menacé d'engloutir Paris n'ait été amenée par lui et déchaînée par ses adeptes. Pendant la période du siège, il dépopularisa dans les faubourgs le Gouvernement du 4 septembre, en lui reprochant journellement sa faiblesse, satimidite, ses incertitudes, ses allures réactionnaires, sa déOance à l'égard du peuple; il prépara ainsi, avec Félix Pyat,les tentatives communeuses du 31 octobre et du 22 janvier. Ces mouvements ayant échoué, et les pouvoirs assumés par les hommes de la Défense nationale ayant été ratifiés par un plébiscite parisien, Blanqui écrivit, dans la Patrie en danger du 5 novembre, ces lignes, où la colère et la menace percent sous l'ironie : « La démagogie est désarmée. La Bourse et la sacristie sont maîtresses. On va les voir à l'œuvre. Pays fini à moins d'un retour qui le délivre de ces deux pestes. » Et dans le numéro du 7 novembre : « Six semaines de résistance avaient inspiré l'admiration, un seul jour nous précipite dans le mépris universel. « A partir.de ce moment, Blanqui ne prend plus la peine de cacher son programme socialiste; il le formule nettement, énergiquement : « La société française n'est pas la nation française, écrit-il le 25 novembre. Ne confondons pas deux êtres distincts et ennemis. La société, c'est le capital, la nation, c'est le travail. Le maître et l'esclave. — On répète souvent : Pourquoi cette division antagoniste de deux choses inséparables? — Inséparables, en effet. Point