‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 83 sur 178 · ORIGINES £T DÉBUTS · texte numérisé non relu

ORIGINES £T DÉBUTS

d'esclaves sans maîtres. » Élu membre de la Commune, il en eût été nommé président, quoique prisonnier au château du Taureau;'«ans les protestations énergiques de Delescluze.

Charles Delescluze. Sorti du peuple, petit de taille, assez mal tourné, il n'avait rien de ce que Salluste exige chez un tribun pour remuer les multitudes. Le front était sans no* blesse, l'œil fixe, mais sans puissance de fascination. N'étant plus jeune, il montrait un visage fendillé de rides profondes et de ces zigzags étranges qui accusent, dit Balzac, les défaites de la vie intime. Sa bouche sans sourire laissait échapper une voix frémissante, toujours orageuse, et qui, par instants, faisait venir à l'esprit l'idée des grincements d'une porte de prison. Il avait le teint jaune comme Brutus. Mais comment aurait-il pu avoir un extérieur agréable, cet homme qui n'avait parcouru jusqu'à ce jour que des chemins remplis des plus rudes aspérités ? Sa vie n'avait été qu'un long et terrible combat : combat du journaliste et du conspirateur con* tre les gouvernements établis, contre la royauté, contre la république, contre l'empire; combat du proscrit contre la misère; combat du transporté politique contre des souffrances et des outrages partagés avec les forçats; combat du sectaire contre le Gouvernement de la Défense et le pouvoir sanctionné par l'Assemblée nationale. En novembre, au cœur de l'hiver, les membres de la Défense l'avaient fait jeter en prison; il en sortit & la suite d'une ordonnance de non-lieu, blessé au cœur, atteint d'une laryngite aigué, faisant sans cesse le total de ses souffrances passées ajoutées aux souffrances du jour. Il eût été un héros ou un saint, s'il eût oublié les dernières persécutions qu'il venait d'endurer! il aima mieux mettre le tout sur le compte de la société , aussi fut-il Tàme de la révolution du 18 mars. Digne descendant des fanatiques du seizième siècle, il fut un véritable sectaire, impassible, froid, sacrifiant tout à ses idées. Sa vie et la vie des autres n'étaient rien pour lui. Honnête homme de par sa conscience, mais Jacobin sinistre, il eût fait fusiller son père !

Félix PyaL C'était l'homme le plus connu de la Commune. Ancien auteur dramatique, journaliste, commissaire

général du Cher, représentant du peuple, proscrit, conspirateur, exilé de retour, nul ne s'est plus agité, n'a plus cherché à mettre sa personnalité en relief. S'il eût agi obscurément, sa tenue eût été celle d'un héros. Ceux qui Iç connaissent, comme Rochefort, pensentqu'il n'a jamais travaillé que pour le bénéfice de sa vanité. Peu d'hommes ont, du reste, été aussi bien reçus dans la vie. En 1831, à 21 ans, il débuta par une très-grande hardiesse pour le temps, par un drame en prose sur la vie intime des Romains, sujet que la tradition exigeait qu'on ne traitât qu'en vers. D'une page de Tacile, il avait tiré une tragédie familière, intitulée : tme Révolution d'autrefois ou les Romains chez eux. C'était la mort de Caligula, tué par Traséas et ayant Claude pour successeur. Venant juste après les journées de juillet, cette Révolution, exposée à l'Odéon devant un parterre d'étudiants, obtint une quadruple explosion de bravos, mais fut interdite, le lendemain, par ordonnance du préfet de police. Félix Pyat eut un nom fait en vingt-quatre heures. Les dons les plus précieux de la nature achevaient de lui ménager partout un bon accueil. Une figure harmonieuse, bien sculptée, de très-grands yeux, la bouche souriante, la parole sympathique, tel était rhomme. Jules Janin, qui l'avait pris en très-vive amitié, lui facilitait l'entrée dans les journaux et chez les 'libraires. Mais, quand le grand critique le vit, dans un autre drame, Ango (le corsaire de Dieppe, qui mettait le pied sur la gorge du vainqueur de Marignan), travestir ainsi la vérité historique, afin de faire de la prédication républicaine, il s'emporta contre son Éliacim d'autrefois. Foudroyé et furieux, Félix Pyat en voulut désormais & la critique et à la censure, qui prit texte d'Ango pour ressusciter. « En tout, dit M. Philibert Audebrand, il s'est posé comme un Prométhée au petit format, qui prend son orgueil blessé pour un crime social, et qui en accuse les dieux et les hommes*. » En 1848, il fut naturellement un de ceux qui étaient appelés & fonder la République et à la compromettre. Décrété d'accusation à la suite de la manifestation du 13 juin (Conservatoire des Arts-

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