‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 84 sur 178 · ORIGINES ET DÉBUTS · texte numérisé non relu

ORIGINES ET DÉBUTS

ct-Métiers), il quitta la France, et résida tantôt en Prusse, tantôt à Londres. L'âge, au lieu de corriger ses instincts, comme cela arrive d'ordinaire, n'a fait que les aigrir; Félix Pyat est.devenu ultra-socialiste. M^is celui qui prendrait au sérieux ses proclamations révolutionnaires, ses solennelles adjurations et ses malédictions romantiques, se tromperait singulièrement. Tous ses actes soi-disant politiques ne sont quedes inspirations, des préoccupations, des ressouvenirs de mélodrame : soit qu'il parle, soit qu'il écrive, soit qu'il agisse, le démagogue Pyat transporte au théâtre. Comédien émérite, il connaît mieux que personne l^s tours et les détours de la scène politique ; il en a étudié toutes les trappes, — les trappes surtout, si commodes quand le dénoûment s'accélère et que besoin est de disparaître rapidement. — Il sait par expérience que, s'il y a du mérite à faire ses entrées au bon moment, il faut plus de talent encore pour réussir ses sorties. Au reste, nul ne se farde et ne se grime plus habilement que lui. Il joue, d'ordinaire, les traîtres, mais,* à l'occasion, il fait très-bien les Géronte, les Cassandre, voire les Sganarelle ou les Scapin. Ce matamore cassant et farouche n'est, en vérité, qu'un fantoche gonflé de vent. Il a trouvé, dans le grand drame révolutionnaire de 1793, un canevas à sa convenance ; il se l'est, pour ainsi dire, approprié, croyant habile de ressusciter cette grande époque, de l'ajuster à sa taille et de se créer un rôle dans sa parodie sinistre. Il nous a révélé, lui-même, le personnage qu'il a eu la prétention de remettre en scène : « Je suis l'ami du peuple, du peuple en danger. Je n'ai d'autre intérêt que son salut. Je n'ai pas Ténergie de Marat, et je n'aurai certes paâ l'honneur de sa mort; mais j'ai sa vigilance, et je dis à ce peuple : « Ma foi « est démocratie ; ma loi. République; mon titre, fran- «chise; ma vie, exil; mon but, ta vie. »

Auguste Vermorel, Il était une des notoriétés de la presse démocratique. Sa vie politique, qui datait de ces dix dernières années, a été l'une des plus agitées et des plus malheureuses ; il y perdit une modeste aisance et y gagna de nombreux procès, d'interminables emprisonnements. On ne se serait pas attendu & le voir figurer longtemps, lui homme

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d'esprit, plein d'affabilité et de douceur, dans cette Comroune, d'où Ranc s'est bien vite retiré, tandis que Vermorel est resté, jusqu'au dernier jour, solidaire par sa présence de celte assemblée, dont il a presque constamment blàmè les folies et les cruautés. C'est là, pour tous ceux qui lont connu, une énigme, dont on ne peut trouver 1 explication flue dans son caractère ambitieux et dans son désir de montrer aux révolutionnaires, qui avaient douté de son honnêteté politique, la fausseté de leurs attaques.

Raoul Rigault. C'est le personnage qui a le plus caractérisé le mouvement communal, puisqu'il est demeuré en place du 18 mars au 23 mai, toujours armé du même pouvoir. Socialement parlant, c'était un fils chassé par son père et dont son père même redoutait la cruauté pour sçn propre compte. Intellectuellement, ce n'était pas un incapable, wmme on l'a écrit : il avait fait de brillantes études au collé'-e de Versailles. Quant au physique, c'était un jeune homme petit de taille, à la barbe noire et épaisse, au regard inquisiteur, voilé par un lorgnon qu'il ne quittait jamais. Il avait la monomanie de ce qu'il a été, un Tristan l'Ermite de la basse démagogie. Fruit sec de toutes les écoles, Rigault avait puisé dans des déconvenues d'examens ce sentiment d'envie qui le portait à tout détruire. Mais, pour se prémunir contre le danger d'un radicalisme insensé, il aimait à faire de la police, deux sentiments qui l'absorbaient tout entier. Ami et disciple de Blanqui, on prétend qu'il tenait ces goûts étranges du Mazzini français. Il porU cet esprit au journal la Critique, et passa le temps qu'il pouvait ravir aux brasseries, pour lesquelles il eut toujours une prédilection marquée, à pérorer dans les réunions publiques. Il se fit une certaine popularité dans celle du Pré-aux-Clercs, où il attaqua Jésus-Christ et la religion, en des termes qui lui valurent une forte condamnation pour outrage à la morale publique et à la religion. [Sa tenue devant le tribunal fut pleine d'arrogance, et, quand l'avocat impérial réclama pour lui l'indulgence que méritait son jeune âge, Rigault se leva et répondit : « Monsieur l'avocat général, messieurs les juges, je ne veux pas de votre indulgence, le jour où nous serons

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