ORIGINES ET DÉBUTS
aa pouvoir, nous ne vous en accorderons pas. » On rit de cette boutade, comme de ses menaces, qu'il ne réalisa que trop librement, de faire couper des milliers de têtes, quand il serait chef du Gouvernement. Au 4 septembre, Rigault n'eut qu'une préoccupation, ce fut de courir à la Préfecture de police mettre la main sur les dossiers et prendre la place de Tancien chef de la police politique sous Tempire. Mais le Gouvernement de la Défense ne jugea pas prudent de l'y maintenir. Il rentra alors dans la vie privée et se fit élire chef d'un bataillon, qu'il ne commanda jamais. Au 31 octobre, il tenta, mais en vain, de s'emparer de la Préfecture. Plus heureux au 18 mars, il s'y installa et montra ce dont il était capable. On vit alors cet insensé, qui n'avait de respect pour rien et qui se plaisait à assouvir ses goûts autoritaires et sanguinaires, commencer par attenter à la liberté individuelle et finir par commettre les plus lâches assassinats. Ce qu'il y a de plus horrible, c'est que Rigault n'avait aucune conviction, et qu'il commettait froidement ces actions infâmes pour s'amuser et occuper ses loisirs. Un soir, au café Soufflot, tout en choquant son verre avec ses amis, il dit tout haut et en riant que, pour régénérer révolutionnairement la France, il fallait un bouquet de trois cent mille têtes coupées à déposer aux pieds de la statue de la Liberté ! II paraît que cette sorte de madrigal fut le mot de la soirée.
Jules Ferré. Il était d'une taille à peu près minuscule, et il avait la figure presque couverte d'une barbe et de favoris, d'où émergeaient deux verres de binocles abritant deux prunelles du noir le plus foncé. Il s'était révélé lors de la manifestation Baudin. Au milieu du recueillement des assistants, on entendit tout à coup pousser des cris de << Vive la République! la Convention aux Tuileries! la Raison à Notre- Dame! » et l'on vit que l'auteur de ces intempestives déclamations c'était le nain Ferré, juché sur un monument voisin de la tombe. On le retrouva depuis dans les réunions publiques, où il récolta plus de jours de condamnations que d'applaudissements. Ses discours n'étaient que des appels à la violence pour la restauration des institutions de 93: l'injure y surabondait toujours. Lors du procès de Blois, il ne voulut
ni défenseur, ni témoins à décharge. Il insulta les ténnoins qui se présentèrent et essaya de se défendra lui-môme, mais avec un tel luxe d'injures qu'on fut obligé. de lui retirer la parole et môme de le faire sortir de la salle des séances. Cet ôtre vipérin, qui, à l'exemple de Marat, dont il avait fait son modèle, avait parfois des accès de rage épileptique, qui le syncopaient, dit, après son acquittement prononcé faute de preuves, une phrase sinistre, à laquelle on ne fît pas attention, mais qui devait ôtre tristement prophétique. Ses amis Tentouraient et le félicitaient : « Us m'ont acquitté, leur cria Ferré; quand nous serons les plus forts, nous les fusillerons. » Cette parole est authentique, et on sait s'il Ta tenue,
Protot. Révolutionnaire de la veille, il avait passé sa jeunesse à conspirer et à défendre les conspirateurs. Sa renommée a commencé avec le procès de Mégy, arrêté pour le meurtre d'un agent. Chargé par lui du soin de le défendre, il eut à subir à ce propos une arrestation arbitraire, contre laquelle protesta le barreau de Paris, et Protot relâché prononça devant la haute cour de Blois la défense de Mégy. Au lendemain du 4 septembre, il fut élu chef de bataillon et se distingua comme un des plus ardents adversaires du Gouvernement de la Défense nationale. Envoyé à la Commune par le XI« arrondissement, nommé presque à l'unanimité délégué à la justice, Protot présentera plusieurs projets de décrets entre autres la cruelle loi des otages et le jury d'accusation. Il votera constamment les mesures révolutionnaires proposées à la Commune, dont il se montrera un des membres les plus radicaux. Protot est d'un tempérament froid, d'une nature concentrée ; il a étudié la révolution dans laquelle il se jeta par raison plus que par sentiment. Il est du reste un des rares hommes instruits qui aient fait partie de ce gouvernement d'incapables et d'énergumènes.
Jules Vallès. Sa vie est si complexe, si multiple, si désordonnée qu'on a peine à le suivre dans toutes ses courses et qu'on parvient difBcilement à noter les travaux qu'il a entrepris, puis laissés un moment et repris ensuite, sans les achever la plupart du temps. Jules Vallès a passé sa jeunesse