‹ Histoire de la Commune de Paris en 1871Chapitre 92 sur 178 · ORIGINES ET DÉBUTS · texte numérisé non relu

ORIGINES ET DÉBUTS

nous dispenser de rappeler les faits, ainsi que les torts oui incombent à chacun, sans en excepter même l'Assemblée nationale.

De quelque mauvais œil qu'elle eût vu les préliminaires de paix, la ville se taisait cependant. La certitude d'entrevoir un terme à ses maux la poussait à reprendre de jour en jour ses allures, ses mœurs, son insouciance et tout son train de vie d'autrefois. On rouvrait les usines, on recrépissait les maisons ébréchées par les obus. Maison redemandait des théâtres, on cherchait à reprendre les belles toilettes ; c'était à peu près ce qui s'était passé au 9 thermidor, quand on s'efforçait d'oublier de 1 ongues souffrances.

A ce moment, parut une loi qui ajournait. les échéances de tous les effets de conunerce. L'Assemblée nationale, la plus honnête assurément qui ait jamais représenté la France, mais aussi la plus timide, se proposait de calmer les esprils et de soulager momentanément les souffrances. Ce fut justement le contraire qui arriva. Le siège de Paris avait troublé profondément les relations commerciales et industrielles. Tous les débouchés étaient fermés, toutes les industries paralysées, la production et la vente forcément interrompus; et cela dans un centre industriel et commercial de l'importance de Paris ! Un délai pour les échéances était donc une excellente et indispensable mesure, mais l'Assemblée l'accorda beaucoup trop court. En fixant le 12 mars, elle plaça une grande partie des habitants de Paris en présence d'une faillite inévitable et d'une ruine complète. La plupart des commerçants, qui étaient par intérêt comme par habitude des hommes d'ordre, ne songèrent pas à faire remonter la responsabilité de la loi à l'empire, qui déjà, avant le 4 septembre, avait touché au droit commun. Les uns, sans se rendre compte de la situation, se détachèrent d'un Gouvernement qui ne les sauvait pas du déshonneur; les autres se laissèrent dévoyer aux idéea les plus étranges.

La question des loyers intéressait encore davantage la classe ouvrière et la masse de la garde nationale. La solde des trente sous par jour, les cantines, les secours de tout genre accordés aux femmes et aux enfants, avaient suffi

jusqu'ici aux ouvriers et leur suffisaient encore pour vivre médiocrement, mais ils ne payaient et ils n'avaient payé aucun terme de loyer. Us voyaient maintenant avec terreur approcher Técliéance d'une dette accumulée , et ils auraient voulu que l'Assemblée éloignât la menace qui pesait sur eux. Placé entre la ruine et la révolution sociale, on acceptait les promesses de la Commune, espéranl^ y trouver l'occasion d'échapper au déshonneur.

Grâce & ces diverses circonstances, le mouvement insurrectionnel se développa de plus en plus. En vain, le Gouvernement essaya de l'arrêter en fermant les clubs, comme nous l'avons vu, et en frappant six journaux qui exploitaient le mécontentement public, et poussaient ouvertement à la guerre civile; l'agitation ne fit que s'accroître.

En face de cette tourmente qui menaçait de tout emporter, un seul pouvoir était encore intact et respecté, c'était celui des maires. En d'autres mains et légalement exercé, il aurait pu sauver la situation ; il ne fit que l'aggraver et préparer les esprits au dénoûment fatal.

On sait qu'après le 31 octobre, les municipalités furent soumises au suffrage universel. Dans quelques arrondissements, les choix furent très-bons, mais non pas dans tous, et sous prétexte de conciliation, les électeurs choisirent trop souvent les adjoints parmi les hommes les plus avancés. Certes, il serait injuste de méconnaître le dévoûment que montrèrent la plupart des magistrats municipaux de Paris et la part importante qu'ils prirent à la défense. Us créèrent des bataillons de garde nationale, les armèrent, les habillèrent, les firent vivre. Us nourrirent, chauffèrent, éclairèrent la population parisienne, et, pendant la période du boiTlbardement, ils logèrent ceux qui n'avafentplus de domicile. Mais cette administration irrégulière, qui réunissait et confondait dans les maires tous les pouvoirs, contribua encore & égarer les esprits et prépara les événements du 18 mars. Les réunions de l'Hôtel de Ville, où, sous la présidence du maire de Paris, prenaient place tous les magistrats municipaux, et où se discutaient les questions économiques et même politiques , présentèrent souvent un caractère d'as*

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semblée révolutionnaire. On aurait dit une image anticipée de la Commune.

Telles fuçent les' causes matérielles et immédiates du 18 mars. Mais, pour qu'elles aient produit une aussi épou- J

vantable catastrophe, il faut qu'elles aient trouvé un milieu tout préparé. Un peuple ne tombe pas tout à coup du faîte des grandeurs à un tel degré de décadence. Si la France a subi les horreurs de la Commune, c'est parce qu'elle était arrivée à un état de prostration morale qui avait pour cause prochaine l'accouplement du régime impérial et d'un certain socialisme.

Au conunencement de décembre 1852, la France, fatiguée de provisoire et d'incertitude, avait une soif ardente de repos et de conservation ; elle ne voulait pas abdiquer cependant les aspirations révolutionnaires qu'elle couve et caresse depuis près d'un siècle. Or, l'empire réunissait et conciliait à ses yeux le pouvoir matériel et la révolte morale, et il répondait ainsi à la fois aux intérêts des conservateurs comme aux instincts révolutionnaires du pays. Le coup d'Étal, qui aurait dû faire réfléchir ces empiriques à courte vue, était un acte de violence qui leur parut excusable, parce que cette fois il venait d'en haut. Ils ne comprirent pas que le Gouvernement, en renversant la constitution au nom du suffrage universel, ouvrait une brèche par laquelle la démagogie ne pouvait manquer de passer tôt ou tard. Le nouveau régime le sentit si bien qu'il se préoccupa de son vice d'origine ; au lieu de s'appuyer sur les grands intérêts qui Tavaient porté au pouvoir, il ne leur donna jamais qu'une satisfaction incomplète. Il les alarmait sur un point quand il les rassurait sur un autre, et semblait garder toujours comme en réserve le spectre rouge de la démagogie. A la fois autoritaire et révolutionnaire, il fut amené par le double caractère de sa politique à favoriser l'abaissement des hautes classes et la corruption des classes inférieures; pour les dominer plus sûre-

i?^ e:!ST'-l?s de la commune.

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Ce UKil de l\Vi:îv»:nèr^ïîion eACt^ssi\e des ou\riers dans la oapilale s est sincuiièremeiil accru depuis \ingt ans, mais il remonte plus haut. En IS^è, les travaux giganles4)ues des

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