Jules Vallès : Les Réfractaires
des rédacteurs de journaux qui paraissent une fois, tous les déclassés des carrières Iil)érales ; vous avez l'état-major de ce pouvoir occulte, de cette société moitié secrète, moitié publique, politico-sociale qui, établie en France sous la protection de l'empereur et des princes de sa famille, avait acquis bientôt assez de force pour repousser tout appui. C'étaient les chefs de l'Internationale : il ne s'agissait pas pour eux d'ôter, comme dans les précédentes insurrections, le pouvoir aux uns pour le donner aux autres. La société était tout simplement cojidamnée dans ses institutions, dans son existence ; on lui demandait de disparaître corps et biens pour faire place à un ordre nouveau.
Voilà les causes directes de l'insurrection. Nous avons d'abord indiqué les circonstances qui en furent les causes accidentelles; il est temps maintenant de rechercher les causes morales et primitives. Elles sont exactement les mêmes que celles qui ont amené les désastres de l'invasion. On ne peut le contester aujourd'hui : les capitulations de Paris, de Metz et de Sedan se tiennent par un lien étroit. Oui, si la France a été vaincue, si elle a subi les douleurs de la guerre allemande et de la Commune de Paris, c'est qu'elle était tombée dans un état de défaillance morale qui a sans doute pour cause prochaine le régime impérial, mais dont il faut, pour être juste et vrai, chercher plus haut l'origine.
On a, avec raison, reproché à l'empire le coup d'État qui fut son vice originel, et la perverse influence qu'il exerça sur l'esprit public, par l'apologie qu'il en fit faire. Mais il faut remonter à quatre-vingts ans, pour trouver dans la société française le point de départ de cette erreur politique, qui fut si largement exploitée le 2 décembre 1851, et qui consiste à accepter le désordre et l'insurrection conune moyens de progrès social. Au lieu de se borner à réaliser, par le seul fait de la loi, les réformes inscrites dans les mé-