ORIGINES ET DÉBUTS
morables cahiers de 1789, la première Constituante glorifia ic droit de révolte dans la personne des gardes françaises, et le sanctionna en quittant elle-même Versailles. Depuis, nous avons fait quatorze révolutions , nous avons essayé de toutes choses : de la république, de l'empire, de là monarchie constitutionnelle ; sans cesse, nous recommençons nos essais. Et cependant de nos jours, sous nos yeux, dans trois des plus grands États du monde, ces trois mômes gouvernements, la monarchie constitutionnelle en Angleterre, l'empire en Russie, la république dans TAmérique du Nord, durent et prospèrent. Pour nous, infatigables dans notre manie de changement, nous acceptons le gouvernement que la première émeute nous impose, sans nous préoccuper de la perte plus ou moins grande de richesses, de sang, de dignité et d'honneur national qu'elle nous occasionne.
Cet esprit insurrectionnel est devenu comme le fond de notre tempérament; et malgré cela, chose singulière! nous avons la superstition du pouvoir, mais du pouvoir révolutionnaire. Nous attendons tout de ceux qui nous gouvernent; et dès que nous sommes* mécontents, nous voulons les changer. Or « toute révolution est propre à pervertir la génération qui l'accomplit. Ces brusques revirements de fortune, ces élévations et ces ruines inopinées, ce renversement des coutumes et des règles établies troublent les mœurs, déracinent le respect, excitent les convoitises et désorientent les consciences ^ » Et quand les révolutions se succèdent, sous prétexte de guérir le mal, elles ne font que Faccrottre dans la plus effrayante et la plus irréparable proportion. C'est ainsi que nous avons descendu le chemin' douloureux de la décadence, et que de crise en crise nous avons été amenés à la dernière, à la plus honteuse et à la plus incompréhensible de toutes, à l'insurrection du 18 mars.
Nous avons indiqué le caractère et le but dç cette dernière révolution ; il ne s'agissait plus, pour les hommes qui l'accomplirent, d'arriver au pouvoir, d'améliorer l'état social, pas môme d'en modifier les bases. Ce qu'ils voulaient,