L'empire et la révolution, ^utIA. le vicomte de Meaux
c'était le renverser : « La vieille société est mauvaise, déclaraient-ils sur tous les tons; il faut la détruire. » En 1789, on agissait au nom des intérêts moraux ; ici, il n'est question que d'appétits. Comment, de politique qu'elle était d'abord, la question est-elle devenue sociale? et dans cet ordre d'idées, comment avons-nous pu descendre si bas?
Nos pères ont eu raison d'introduire des réformes, devenues indispensables, dans l'ordre politique et légal; mais ils se sont trompés, en méconnaissant que toute autorité vient de Dieu. Il n'y a pas de société possible sans le frein d'une autorité morale; et rautorité morale, nous ne pouvons la concevoir et la maintenir qu'avec l'autorité divine. Si vous enlevez au peuple ses croyances, si vous le laissez seul avec ses passions, en présence d'un pouvoir qui n'a plus pour lui que la force, n'arrive-t-il pas un jour où cette force fait défaut, aux heures des plus terribles cataclysmes?
La haine du christianisme, et, par suite, comme on vient de le voir, la destruction de toute autorité, la négation de tout frein moral, le droit égal de tous aux biens et aux jouissances de ce monde, voilà l'un des signes et des résultats de la Révolution française.
M. Jules Favre en signale justement un autre, dans son intéressant ouvrage. Simple réeit^ : « Le grand mouvement de 89 a fait l'unité politique, administrative, judiciaire. Jusqu'ici, il n'a rien changé au fonctionnement social. J'ai tort : il l'a aggravé : le tiers État, en se rapprochant de la noblesse, ne lui a point enlevé ses prétentions et ses préjugés, et lui-même il a oublié son origine; il s'est accoutumé à se considérer comme seul digne du pouvoir, et il s'ingénie à le conserver; au lieu de se confondre avec la nation, il a voulu se retrancher dans un camp privilégié. S'y maintenir est sa première préoccupation, et il pense de bonde foi que tout serait perdu s'il était débordé. Il veut sincèrement le bien public, mais il ne le croit possible qu'à la condition de tenir les classes laborieuses en tutelle. De là un système de législation, de gouvernement, de finances, absorbant toute