‹ Histoire de la CommuneChapitre 136 sur 154 · Thiers, Enq., II, 14 sqq · texte numérisé non relu

Thiers, Enq., II, 14 sqq

coucher parmi eux les officiers surexcités par les journaux versaillais et le monde où ils vivaient, pour leur donner l'éducation morale voulue. Cet instrument, amoureusement poli par Thiers, solide, passif, on le mit aux mains de généraux, Mac-Mahon, Cissey, Ladmirault,Vinoy, Douay, Clinchant, Ducrot, qui, comme vaincus, acceptaient de prouver leur valeur même dans la guerre civile, comme bonapartistes, haïssaient la capitale républicaine, comme militaires, détestaient une population pleine de mépris pour leur incapacité et désireuse de remplacer les armées permanentes par des milices nationales *. De là, l'exécution immédiate des premiers prisonniers faits, de là celle de Duval, le meurtre de Flourens. Le décret communaliste sur les otages eut pour effet paradoxal d'arrêter les massacres. Mais ils devaient reprendre aussitôt après l'entrée des troupes à Paris, et non comme l'expression spontanée de la colère de soldats combattants, — la (( guerre des rues » dura 8 jours - — , mais comme l'application de l'ordre donné de fusiller les insurgés pris les armes à la main ^. Ils furent certainement voulus

1. Sur l'armée « froissée » et jalouse de la marine, cf. la déposition du colonel Lambert, Enq., Il, 244. On trouvera des éléments pour se représenter l'état d'esprit des officiers dans Guerre des Communeux de Paris, par un officier supérieur (Paris, 1871, in-18).

2. C. Pelleta-n, La Semaine de mai, 16-17 ; abbé ViDiEU, Hist, de la Commune, 462.

par les généraux bonapartistes et par Thiers, partisan de l'ordre à tout prix dans la nation passive ; on les continua délibérément. En effet, Paris aurait pu être pris en 24 heures, l'armée suivant les quais de la rive gauche ; il n'y aurait eu des engagements que du côté du ministère de la Marine, à Montmartre, à Ménilmontant*. Dans ce lent envahissement de Paris qui permit à la résistance de s'organiser, on fit huit ou dix fois plus de prisonniers qu'il n'y avait de combattants, on fusilla plus d'hommes qu'il n'y en avait derrière les barricades, tandis que l'armée perdait seulement 600 tués et 7.000 blessés ^. Opposer cette froideur haineuse des troupes versaillaises aux sursauts de colère des bataillons fédérés, n'est-ce pas déterminer de quel côté exista la préméditation^?

L'entrée des Versaillais ^ surprit Dom-

1. CoKBON, Enq.^ II, 621. Cf. dans ce sens l'avis d'historiens adverses : Lissagaray, M. Ducarap, Fiaux, A. Arnould. — De tous les généraux, Clinchant fut seul à conseiller cette tactique (Da Costa, o. c, III, 82).

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