Le dernier Officiel de la Commune est du 24 mai
3. Tous ces incendies soulèvent des inconnues de touespèce. C. Pelletan {Le Comité central..., 162-166) n'est pas loin de croire à une sorte de suggestion des insurgés par les bonapartistes, car, tandis que ces insurgés prolétaires ne font rien contre les quartiers riches, que ces insurgés anticléricaux ne touchent pas, sauf de rares exceptions, aux églises, ils détruisent les édifices qui pouvaient être les plus gênants, par les papiers qu'ils contenaient, pour l'Empire : Cour des Comptes, Conseil d'Etat, Finances, maison de P. Mérimée. On sait que l'incendie de l'Hôtel-de-Ville a récemment donné lieu à une polémique violente entre G. Da Costa et Pindy.
il n'y a plus que des tueries par groupe, ou isolées, comme celle de R. Rigault, exécuté rue Gay-Lussac.
Au XI®, pourtant, Delescluze essaie un dernier effort. Le vieux quartier révolutionnaire Saint-Antoine prépare la défense, organise des barricades à la Bastille, au boulevard Voltaire, au faubourg du Temple ; Brunel, Yarlin, Frankel collaborent à ces préparatifs, tandis que Ranvier met des canons sur les Buttes-Ghaumont, que Wroblewski repousse quatre fois les Yersaillais de la Butte-aux-Cailles. Aux massacres des Yersaillais, Ferré, qui représente la Sûreté générale, veut répondre par un grand coup. Déjà la veille, R. Rigault, voulant venger son ami Sapia, mort à ses côtés dans la fusillade du 22 janvier ordonnée par Ghaudey *, avait fait exécuter celui-ci, avec des gendarmes pris le 18 mars, à Sainte-Pélagie. Genton, vieux blanquiste ardent, propose d'exécuter 6 otages pris parmi les détenus transférés de Mazas à la Roquette : il désigne l'archevêque Darboy, que Thiers avait refusé d'échanger avec Blanqui^ le président Bonjean, les jésuites Allard, Glerc, Ducoudray, le financier Jecker, remplacé au dernier moment par
1 Da Costa, o. c, II, 91-120.
2. Il est hors de doute que Thiers a refusé l'échange, sachant tout ce que son refus comportait de dangers pour Darboy. Il a agi avec un machiavélisme extraordinaire à l'égard de l'abbé Lagarde, le pusillanime envoyé de Darboy. Voy, entre autres, Lissagaray, o. c, 234-236.
Deguerry, curé de la Madeleine* ; un peloton de volontaires se forme, commandé par Sicard, et couche les six otages. « Quelle guerre, quelle guerre ! » s'écria Delescluze en apprenant, le soir, cette nouvelle ^
Le 25, tout l'effort des Versaillais porta sur la Butte-aux-Cailles, couverte d*obus par les batteries du Panthéon, du Trocadéro, de Montmartre, des forts d'Issy et de Montrouge évacués par les fédérés. Le x[ii° se remplit de troupes ; les fédérés donnent aux détenus de la prison de l'avenue d Italie l'ordre de filer, en se vengeant de leur défaite sur les Gobelins, qu'ils incendient, sur les Dominicains d'Arcueil, ramenés par la garnison de Bicêtre, et dont cinq, plus deux employés, tombent sous leurs balles. Wroblewski abandonne sa position, au moment d'être cerné.
On désespéra ; les 22 membres du Comité central et de la Commune assemblés à la mairie du xi*, acceptèrent la prétendue proposition du ministre des États-Unis, Washburne, offrant la médiation de la Prusse ^ ; mais les fédérés refusèrent le passage à Vermorel, Vaillant et Delescluze, chargés d'ac-
1. Jecker fut cependant exécuté le 26, sur l'ordre de Genton, d'après M. Duca.mp, sur l'ordre d'un jeune blanquiste, d'après Da Costa {o. c, III, 152).
2. Sur l'exécution des otages, cf. toute la 4* partie de Da Costa, o. c, I, 387 sq.
3. On peut constater beaucoup d'obscurités dans toute cette prétendue négociation. Wasiiburne était l'ami de Darboy, et la Prusse collabora à la répression.
compagner à Vincennes le secrétaire américain.Vermorel et Delescluze décidèrent alors de mourir*. Il n'y avait plus de chefs, presque plus de soldats ; Wroblewski prenait le chassepot de fédéré. Ce qui resta lutta surtout derrière la barricade du Château d'Eau, avec Vermorel, Theisz, Jaclard, Lisbonne, Johannard, tous socialistes et blanquistes dissidents ; c'est là que Vermorel tomba, grièvement blessé ; c'est là que Delescluze vint chercher stoïquement la mort ^ On dut abandonner la position dans la nuit pour se réfugier à Belleville. Mais on recule tout le 26, non sans lutter jusqu'à la fin; les morts obscures sous la pluie, dans la boue, ne sont pas moins héroïques que les morts illustres, comme celle de Millière, exécuté sur les ordres du capitaine Garcin, sur leâ marches du Panthéon \ La Bastille occupée, c'est le xx® qui sert d'asile aux derniers fédérés, ralliés par Ranvier ^ et Passedouet, et protégés par l'incendie dés docks de la Villette, qui a suivi celui du Grenier d'abondance ; la rage de ces presque vaincus, de ces prochains condamnés à mort explique l'exécution, cité Vincennes, dans la rue Haxo, de 50 détenus
1. Voy. la lettre stoïque de Delescluze à sa sœur, publiée par Lissagaray, o. c, 362.