‹ Histoire de la CommuneChapitre 16 sur 154 · Enq., II · texte numérisé non relu

Enq., II

tendait à opérer la liquidation sociale par le libre jeu des associations fédérées*.

Ainsi ces écoles se raccordaient par un -7 point aux mutuellistes de Tlnternationale, aux proudhoniens de la bourgeoisie radicale, fréquentés, à l'époque héroïque de l'opposition, dans les prisons politiques et sur la terre d'exiL Mais leurs adhérents étaient les plus propres, à la fin de la guerre, à revendiquer contre les ruraux de l'Assemblée les droits du travail et de la libre pensée, à exiger une politique de décentralisation et de suffrage universel, bien plus que les républicains, plus divisés qu'eux, déconsidérés par la défaite et dépourvus de tout programme social.

Les révolutionnaire^ agirent dans une société politiquement décomposée, où des ferments de dissolution travaillaient accidentellement. Qu'on se figure en effet la population parisienne après cinq mois de siège* : la fièvre obsidionale avait exaspéré des esprits que n'occupait plus le train-train journalier de la vie boutiquière ; on avait plus bu d'alcool que mangé de pain : la chute des illusions patriotiques avait égalé

1. TcHERNoPF, 0. c, 498-499, 509 ; J. Simon, Souv. du 4 sept., 263-264.

2. Les meilleures descriptions sont celles de J. Ferry et de Le FlÔ {Enq., Il, 60, 82).

leur folle envolée. Les petits commerçants étaient talonnés par les échéances, dont les délais, augmentés par le Gouvernement de la Défense, restés insuffisants, avaient été réduits par l'Assemblée ; ils étaient ruinés par l'arrêt des transactions commerciales dans la ville abandonnée par les classes riches : la faillite les menaçait tous. Avec eux, les petits rentiers, les ouvriers avaient à envisager la question des loyers qui se posait âprement devant l'esprit de tous ceux que la province n'avait pas recueillis ou qui n'avaient pas de réserves*. Les ouvriers, en particulier, habitués déjà au jour le jour, ne touchaient pas de salaires et n'espéraient pas de travail avant longtemps; un décret du 15 février avait restreint aux seuls gardes nationaux qui justifieraient du défaut de travail l'allocation de 1 fr. 50 par jour : cette solde était pour la plupart le pain journalier, et ils ne pouvaient dès lors songer à quitter l'uniforme nécessaire à leur vie. La petite et la moyenne bourgeoisie, « ce tiers-état renouvelé de 89 »^ sans programme politique et social, annulée en quelque sorte par l'Empire, qui s'était contenté de satisfaire son instinct d'égoïste prospérité, restait désemparée, et,

1. Sur les défauts de la loi sur les loyers, cf. Dauban, Le fond de la soc. sous la Com., p, 68.

2. J. Ferry à Gambetta, 9 janv. 1871, Rev. de Paris, 1^' déc. 1904. Sur l'état d'esprit de lîJ petite bourgeoisie, cf. F. Maillard, Public, de la rue, n"* 102, 113, 114, 162, 228 (très éloquent), 339, 341, 342, 403.

le gouvernement siégeant à Tours, à Bordeaux, à Versailles, se déshabituait des modes normaux d'administration.

Or la guerre avait à ce moment même fait apparaître des modes nouveaux, qui semblaient concrétiser les conceptions fédéralistes et municipalistes des décentralisateurs*. Avant le siège, les maires et adjoints n'étaient que des magistrats de l'état civil ; pendant le siège, ils durent distribuer des secours, organiser des cantines, des boucheries municipales, armer, équiper, habiller, loger, nourrir, chauffer les gardes nationaux, intervenir de toute façon dans la vie économique, sans doute ralentie, mais tout de même compliquée de la grande ville. La population finit par se reposer sur les municipalités pour tout ce qui regardait sa subsistance. Mais l'œuvre eût été impossible sans accord entre les municipalités^. Très tôt, J. Ferry, maire de Paris, organisa des réunions de maires et d'adjoints ; il y en eut également au ministère de l'Intérieur ^ Ainsi, par la force des choses, s'organisa à Pari^

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