Cf. sa lettre aux journaux, 30 mars
subsistent de rares éléments réguliers*.
Brunel occupe la caserne du Prince-Eugène et descend vers l'Hôtel-de- Ville où se dirigent Pindy et Ranvier ; l'Imprimerie nationale est occupée, la caserne Napoléon livrée par les lignards au cri de « Vive la République ! », l'Hôtel-de-Ville, cerné à 7 heures et demie, abandonné à 10 heures par le maire de Paris, Jules Ferry^ occupé vers 11 heures par Brunel, qui fait hisser le drapeau rouge au faite. La rue de Rivoli se hérisse de barricades, d'ailleurs peu sérieuses. A la place Vendôme, Bergeret, Arnold, Varlin conduisent les bataillons de Montmartre et des Batignolles, qui occupent le Ministère de la Justice, la Place de Paris et TÉtat-Major de la garde. Puis une vingtaine des membres du Comité central, délaissant l'école de la rue Basfroi, se réunissent à l'Hôtel-de-Ville ; ils hésitent sur la conduite à tenir, pleins de scrupules légalitaires ; sur les instances d'Edouard Moreau, un blanquiste, ils finissent par convenir de garder le poste conquis, mais le temps seulement de faire les élections, et, en attendant, ils nomment Lullier, un instant
1. Dans sa retraite, commencée sans ordres écrits, Vinoy oublia trois régiments, six batteries et les canonnières (Le Flô, Enq., II, 84-85). Il en aurait encore moins emmené si Lullier avait songé à fermer les portes. Lullier trahissait-il déjà ?
2. Voy. ses dramatiques dépêches, minute par minute, dans Enq., II, 65-72.
lucide, commandant de la garde nationale*. C'est alors que, vers 2 heures du malin, se présente, à l'Hôtel-de-Ville, le colonel Langlois avec le même titre, manifestant ainsi les intentions d'un groupe politique qui s'était organisé dans la soirée du 18, le parti des maires. Dès 3 heures de l'après-midi, Bonvalet, maire du iii% et Tolain, adjoint du xi', avaient réuni à la mairie du ii® un certain nombre de maires et de députés de Paris, pour examiner la situation, un peu plus grave seulement, à leurs yeux, qu'avant le 30 octobre ou le 21 janvier. Puis à la mairie du I*'", après le départ de Thiers, vers 6 heures, avait eu lieu une seconde réunion : là, ils eurent Tidée de demander la désignation d'E. Adam, jadis ardent contre les insurgés dejuin, comme préfet de police, comme général en ( hef de la garde nationale le colonel Langlois, député nuageux qui avait fait partie de l'Internationale, de Dorian comme maire de Paris, les élections municipales immédiates, et le maintien de la garde nationale, espérant ainsi satisfaire tous les partis. Tirard, Méline, Tolain, Hérisson, Yacherot, Peyrat vinrent apporter cette solution à J. Favre, qui refusa d'entrer en composition avec la garde nationale : « On ne traite pas avec des assassins. »
1. Lullier, auteur de la réoccupation du Mout-Valérien par les Versaillais, fut arrêté le 23 mars, s'évada le 5 avril, fut repris une nouvelle fois, puis s'évadii encore (cf. Mes cachots).
Alors les maires reviennent à la mairie du Louvre, où J. Mahias, secrétaire de la mairie centrale, évacuée par J. Ferry, vient les prier d'occuper l'Hôtel-de -Ville ; une délégation s'y dirige ; mais le Comité central s'en est rendu maître, il annonce qu'il assume l'ordre et lance une patrouille à la poursuite de J. Ferry qui, réfugié à la mairie du i®% s'enfuit par une porte dérobée. Vers minuit et demi, les maires apprennent par Labiche, secrétaire de l'Intérieur, que presque toutes leurs propositions ont été acceptées par ce qui reste du gouvernement réuni rue Abbatucci. Langlois, accompagné des députés Cournet et Lockroy, part pour l'Hôtel-de-Ville : il' annonce sa nomination ; on lui répond que la garde nationale veut nommer elle-même ses chefs, et il se retire, revient auprès des maires et, général sans armée, renonce aux fonctions qu'il ne peut remplir.
C'est ainsi qu'au matin du 19 mars Paris se trouvait sans gouvernement, sans maire central, sans commandant de la garde nationale ; la seule autorité régulière qui subsistât, c'était celle des maires d'arrondissement, mais autorité sans cohésion et sans force effective*. Par la faute même de Thiers, qui essaya de justifier, le 21 mars, devant l'Assemblée de son «formidable échec ^ », le Comité central,
1. 14 hommes seulement par bataillon étaient venus à la mairie du Louvre (J. Ferry, Enq., II, 72).