Hanotaux, 0. c. I
Simon, avait lutté pour Tautonomie municipale de Paris, critiqué Targumentation du préfet de la Seine, qui assurait qu'on évoquait ainsi la Commune parisienne de 1793. Ces idées devaient s^imposer bien plus encore après un siège où la population active s'était rendu compte de la vérité de ses besoins solidaires, au moment où apparaissait une Chambre en majorité réactionnaire, que ses intérêts ne porteraient même pas, comme l'Empire, à favoriser la partie la plus remuante du prolétariat urbain. Hostile au programme coopérateur et libre-échangiste des grandes villes, cléricale, antirépublicaine, l'Assemblée était bien l'expression de l'inimitié des réacteurs contre les cités. Diverses mesures le soulignèrent : les négociations de Dupanloup , évéque d'Orléans, et du général Ducrot auprès des princes d'Orléans, les insultes contre Garibaldi, les pointes contre les radicaux du Gouvernement de la Défense, aboutissant, le 3 mars, à la démission de Gambetta, Tridon, Rochefort, Ranc, V. Hugo. L'Assemblée, réujiie seulement pour négocier la paix avec l'Allemagne*, affichait des prétentions de Constituante, montrait qu'elle n'acceptait la Répu-
1. Cf. l'article 2 de la convention d'armistice : « L'armistice ainsi conclu a pour but de permettre au Gouvernement de la Défense nationale de convoquer une as- «* semblée librement élue qui se prononcera sur la question de savoir si la guerre doit être continuée, ou à quelles conditions la paix doit être faite. »
blique que pour liquider la guerre, s'en tenait pour le surplus au pacte de Bordeaux. Elle agissait surtout avec une maladresse insigne contre Paris, meurtri et froissé, indigné de la paix Sicceptée. Le 20 mars, avait été voté, par 427 voix contre 154, malgré Minière et L. Blanc, le transfert de l'Assemblée à Versailles, proposé par les droitiers Giraud, Fresneau et de Belcastel. G^tt^^^giolitiquedeméfiance en même temps que d'intimidation^contre laquelle J. Ferry avait protesté énergiquement, en tant que maire de Paris *, aboutissait à laisser Paris agité, ballotté, sans gouvernement qui pût prévenir, aux deux sens du mot, ses volontés encore incertaines ; au milieu de mars 71, il ne restait dans la capitale que J. Favre, E. Picard, J. Ferry, tous impopulaires, le premier se vantant d'ignorer Paris '.
Aux monarchistes se joignaient, pour opérer au moins contre les républicains, 30 bonapartistes , dont de Fortou , Gavini , J. Murât, Pouyer-Quertier. Pour l'avenir, ils comptaient à la fois sur les tentatives sournoises de coup d'État de la part des généraux impérialistes, dont Bazaine, à Metz, avait été le prototype, et sur celle des prétendants napoléoniens, pour le moment impossibles dans la France ensanglantée. Mais du passé
1, Dans Hanotaux, o. c, I, 170, lettre du 5 mars.
2. Enq., II, 37. Cf. V de Meaux, Souv. polit., Paris, \'M, ia-8».
de leur parti surgissait un certain nombre de réalités qui dépassaient, en même temps que leur programme imprudent, l'horizon étroit des conservateurs et les conceptions politiques des radicaux.
Napoléon III, par sentimentalité autant que par politique, s'était toujours occupé des ouvriers, hostiles, en majorité, à la bourgeoisie républicaine qui avait fait les journées de juin 48. Au nombre de plus de 400.000 en 1860 \ les ouvriers de Paris étaient dans une condition sociale d'autant plus mauvaise à leurs yeux qu'une plus grande prospérité les entourait; ce que les bourgeois de la commission d'enquête appellent de la jalousie,, c'est-à-dire le sentiment des différences de classe, se développait tous les jours en eux. L'Empire essaya de canaliser cette force qui commençait à se manifester. Les ouvriers, à l'occasion de l'exposition de 1862, à Londres, où ils purent envoyer des délégués, réclamaient la liberté d'association, la journée de dix heures ^. Le 25 mai 1864, malgré l'opposition, au Corps législatif, des grands industriels conservateurs et de la gauche libérale, le gouvernement abolit l'interdic-