IV
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le riJicme les vîecs oratoires et particulièrement le faux bel esprit des Espagnols. Ce précepte en action ou plutôt eii sèitife , iFrappait avec tant de justesse que l'Index romain craignit dé voir tes saillies du Jésuite porter atteinte à la dignité de la chaire. Les moines de tous les cbuvehts, les prélDiendiers dé toiis les rangs se coalisèrent contre un livre qui excitait de trop vives colères pour rie pas être l'expression d'un sentiment vrai. Le premier volume avait seul paru;let^ère de îsla* reçut ordre de cesset* un badinage dont la splrilùèllç causticité n'était pas sans danger. I^e Jésuite obéit; mais son oeuvre proscrite en Espagne fut recueillie à Londres, puis traduite en allemand et en anglais.
i^a ïlelgique, si féconde en savants et en controversislés, n'a produit qii'uri petit nombre d'orateurs, dont les trois plus distingués sont les Pères Jean Coster, Corneille Hazât^i et Henri Engelgrave. En Allemagne où, comme en Fraiice, la langue n'était pas eiicore formée, les Jésuites qui ont publié leurs discours les firent paraître en latin. Cuillaume Bécan , Adam Tanner, Mathias Paber et Gaspard Hirckmann suivirent cet exemple; mais Canisius, Jeari Gâris, l^héodore Dulman et Georges Scbérer ne s'astreignirent point à cet usage, qui ne répandait leur enseigneiiient que parmi les érudits. ils adoptèrent le langage vulgaire. Il n'était pas encore dégrossi; leurs discours portent donc l'empreinte de ce style moitié latin moitié tudesque. La pensée même se ressent de la torture qu'ils lui imprimèrent; cependant, le sacrifice national que les Jésuites faisaient à leur amour-
' On {jrava sur la lonibe du Père de Isia une <^|)ilap1ie qui fait bien ressortir ses diflérents {;rnres de laleul. Kllc csi ainsi conçue:
M In oraliouc Tullius, in liistoria Livius, In lyricis Pl ludirrii Horatius. ■
propre d'auteur vulgarisa rallemahd. Lé$ Pères Prantz Neumayer, Aloys Merz et Jacques Wurs ne tardèrent pais à s'élever ail rang des premiers prédicateurs. Jacques Wurs surtout, qui étudia, qui traduisit Bossuet, La Rue et Gicéri, déploya, dans ses discours, une éloquence tour à tour si mâle et si onctueuse , que ses compatriotes le comparent encore à Bourdaloue pour la solidité, à Massîllon pour Télégànce, à La Colombière pour la persuasion. Lès Pères Georges Porro et Georges Caldi en Hongrie, Stanislas Grodicz et Michel Ginckicwicz en Pologne se servirent de Tidiome vulgaire; mais dans ce dernier empire il avait paru deux hommes qui font époque. C'étaient les Pères Scarga et Casimir Sarbieski ; l'im mélhodique et chaleureux, loutre revêtant son style de couleurs plus brillantes, tout à la fois orateur et poète.
Ce fut encore un Jésuite qui, en France, créa l'éloquence sacrée. Jusqu'au Père Claude de Lingendes, ce royaurtie avait compté de puissants -orateurs, tels que les Pères Coton , Arnoux , Séguiran, Dinet, Suffren, Viger et Caussin ; mais Ijingendes eut l'art de coordonner se» plans, de disposer ses preuves, de ménager les transilions, de varier son style, et de donner à l'ensemble du discours la forme qui seule peut faire vivre les œuvres de l'esprit. Avant ce Jésuite, la France avait compté dans la Société de Jésus et dans le Clergé des homines brûlants d'éloquence ; « ils né furent pas orateurs, ainsi que le dit Cicéron ', mais des ouvriers exercés à une grande volubilité de langue. « Dans l'ardeur de leur mauvais goût, ils mêlèrent le sacré au profane, le trivial au sublime; Lingendes réforma ces abus, par le précepte et par
• Brutus, 18, 83.
Texeinple. Il fraya la route à Bossaet, à Bonrdalone, à Massillon. Chose singulière pourtant, ce fut en latin que le Jésuite donna des modèles à la chaire française. Lingendes ne trouvait pas Tidiome national assez pur pour développer sa pensée ; il craignait peut-être de succomber, comme ses devanciers, à l'attrait de ce vieux style si diapré et si abondant. Il voulut exposer les vérités évangéliques avec jprécision , user sobrement des ressorts de terreur et de tendresse que la chaire mettait à sa disposition. Il eut Tinsigne honneur d'être tout à la fois ]c dernier des orateurs latins et le premier des prédicateurs français. Lingendes avait exposé les règles du beau , le Père Texier les adopta; il devint pour Bossuet ainsi que pour Bourdaloue une mine où ces deux génies puisèrent plu» d une fois. Le pieux La Colombière, l'ami de Patru, Jacques Giroust, Martin PaUu, formés à l'école nouvelle, se montrèrent dignes de prêcher, même à côté de Bourdaloue, leur confrère dans la Société de Jésus.
Par la sagesse de ses idées, par la fécondité de ses plans, qui ne se ressemblent jamais, Bourdaloue eut le mérite de l'orateur ', que Quintilien compare à Thabilelé du général dirigeant une armée. Sa logique nerveuse ne laisse place ni aux sophismes ni aux paradoxes; il possède l'art de fonder nos devoirs sur nos intérêts, le secret de faire tourner les détails des mœurs et des passions en preuves de son sujet, l'abondance du génie qui ne permet pas d'imaginer quelque chose au delà de ses discours. Il est simple et noble, touchant et terrible; il réunit, il combine tous les contrastes, et Bossuet a pu dire de lui': « Cet homme-là sera éternellement notre
• Iit^lit , lil). II.
* Kl'Hjti l'c B'Minlnlouc^ psi. \c premier prf'Kiileiil île Lanioignoil.
maître en tout. » Éloge sublime, qui dispense de tous les autres.
Bourdaloue avait créé une école; les Pères Claude de La Rue , Honoré Gaillard, Timoléon Cheminais de Montaigu, Guillaume Segaud, Daubenton, d'Orléans, de La Pesse , Cathalan et Bretonneau la continuèrent. L'intervalle est immense entre eux ; les uns , comme La Rue , poussent au plus haut degré le charme et le naturel de la diction; les autres, ainsi que Cheminais et Segaud, ont la douceur et l'énergie en partage. Ces soldats de la parole sous Bourdaloue en devinrent les rois après sa mort; mais, ainsi que toutes les choses humaines, ce genre de littérature, parvenu à son apogée, n'avait plus qu'à descendre. Les Jésuites adoucirent sa chute; et, sous le règne de Louis XV, le Père Claude Frey de Neuville jette un beau reflet de gloire sur la chaire. Ce n'est déjà plus cette sobriété de pensées, cet éclat contenu, qui fait de Bourdaloue le maître des maîtres. L'emphase a succédé à la simplicité; les néologismes apparaissent à la place des idées , et les prédicateurs sacrifiant à la maladie de leur siècle, oublient, comme tous les rhéteurs de l'Académie, l'ingénieuse recommandation de Quintilien disant ' : « Les orateurs doivent regarder les mots d'une langue comme des pièces de monnaie dont il ne faut pas se charger, lorsque le peuple ne les reçoit point. » Neuville ne fut pas exempt de ce système, qui appauvrit au lieu d'enrichir; il ne sut pas assez, à l'exemple de Cicéron ", que« la commisération doit être de peu de durée, car rien ne sèche plus promptement que les larmes. » TiC Jésuite était le messager des tristes nouvelles, le consolateur des grandes infortunes. Cette expansion de ten-
' Instit.^ lil). III.
'^ (Jicero, Ad Hereninm, lib. il, 31.
cire charité que les familles en deuil sollicitaient comme un allégement à leurs douleurs, a donné à ses sermons une teinte déclamatoire, qui se rapproche beaucoup plus de l'amplification de Thomas que de la magriiBcence de Bourdaloue, Mais si le faux goût du rhéteur apparaît de temps à autre dans le Père Neuville» ce défaut inhérent à son siècle est racheté par des effets d'éloquence, par des élans de profonde sensibilité. Autour de lui se groupent Dufay, Pérusseau, Griffet, Le Chapelain, BuUonde, Cuny, Richard, Dessauret, Joseph Perrin, Lenfant et Beauregard, qui, dans une ère de décadence, surent avec Beauvais, évêque de Sénez, et l'abbé Maury, raviver l'éloquence sacrée. Le Père François Hunnold, en Allemagne, tentait et réalisait la même entreprise.
Dès le milieu du dix-huitième siècle . la chaire avait beaucoup perdu de son prestige; et le Cardinal de Fleury mandait, le 9 février 1740» au Cardinal de Tencin : « Il est fâcheux que les Jésuites baissetit de crédit, parce qu'il faut convenir qu'il n'y a presque qu'eux qui défendent l'Église, et qu'ils sont les seuls prédicateurs qui nous restent. « Ainsi, un contemporain des grandeurs de Louis XIV, le premier ministre du royaume , sentait s'affaisser sous lui tous les éléments de puissance; il voyait dégénérer la monarchie, attaquer le Catholicisme, et il proclamait que, dans cet abaissement des pouvoirs, les Jésuites seuls restaient debout pour combattre par l'enseignement et par la parole.
Les travaux intellectuels que l'Institut voua au triomphe de la Religion viennent d'être esquissés; nous n'avons cependant pas tout dit; il y a une foule de noms honorés par l'Église ou par l'école qui échappent à nos récits, car il est difficile de reconstruire tout ce glorieux passé et d'assigner à chacun la place qu'il doit occuper
DE LA COMl*AGNIE DE JESUS. 295
dans l'estime publique. Mais, en dehors de ces ouvrages destinés au dogme, à la morale, à toutes les questions religieuses, d'autres Jésuites cherchèrent à rendre à la littérature, aux sciences et aux beaux-arts le lustre ancien que tant de révolutions leur avaient enlevé. Ils se firent historiens, jurisconsultes, astrçnomes, mathématiciens, poètes, voyageurs et artistes, comme ils étaient devenus controversistes oq orateurs, açcètes ou théologiens, lis fouillèrent dans les archivçs çncore ignorées des nation^. Ils remontèrent à Torigine des peuples et des lois; ils se livrèrent à Fétude dç la chronologie et de, la géographie. Ils ont spécialement marqué leur passage dans rhistoire par des livres servant en.core d.e modèles au^ annalistes qui ne les surpassent pas.
Les Jésuites, ainsi cme cela devait être, ont commencé par faire l'histoire de lepr Ordre. Ils se constituèrent les biographe» ou les panégyristes des hommes apostoliques, des Saints ou des Martyrs que la Compagnie enfantait. « Voltaire , disait Montesquieu, ne sera jamais un bon historien -, il écrit trop pour son co^yent. « La même sentence peut s'appliquer aux Jésuites racontant la vie de leurs frères. C'est une pieuse vénération qui déborde en style a4miratif , et qui accepte sans discussion le merveilleux que l'Eglise seule a le dfoît d'imposer aux croyances. Ils vivaient dans un siècle de prodiges; ils en voyaient s'accomplif en Europe et au delà des mers. Us avaient cette puissance de la Foi qui transporte les montagnes; ils écrivirent sous cette impression. Les uns Sje passionnaient pour un de cos Missionnaires qui entraîna les tribus sauvages , qui les domina par l'ascendant de sa vertu , et qui mourut par elles et pour elles; les autres s'efforçaient, dans leurs méditations, de raconter les événements qui agitèrent l'existence
d'Ignace de Loyola et de ses premiers disciples. Us combattaient avec Lefèvre ; ils dissertaient avec Laynès et Salmeron ; ils honoraient les vertus angéliques de Louis de Gonzague et de Stanislas de Kostka. De cet enthousiasme qu'ils communiquèrent à leurs Novices il est né une multitude de livres qui ont pu charmer la piété , mais dont la lecture n'offre à l'esprit qu'une longue série d'éloges et de détails intimes.
Ce n'est pas là de l'histoire ; car l'histoire vit d'impartialité : elle peut provoquer l'admiration , elle n'a pas le droit d'admirer elle-même. Nous ne rangeons donc pas ces biographes au nombre des auteurs vraiment sérieux; mais ce n'est pas par ces travaux, pour ainsi dire d'intérieur, que l'Ordre de Jésus a conquis au soleil des études historiques la place qui ne lui fut jamais disputée. Il s'est trouvé parmi ses Pères des hommes qui , même en recueillant les événements auxquels l'Institut prit part, surent s'armer d'une judicieuse critique. Orlandini, Sacchiniy Jouvency, Cordara, Possinus, Franco et Bartoli sont en réalité les historiens de la Compagnie. Tous , à l'exception de Bartoli , composèrent leurs annales en latin. Ils se servaient de la langue ecclésiastique , qui , en France même , jusqu'après le président de Thou , a été universelle. Ainsi que ce grand écrivain, ils ne surent pas se restreindre. Leur intelligence embrassait un vaste horizon : leur plume essaya de tout rendre , de tout exprimer. Ils n'ont ni l'énergique concision de Tacite ni l'élégante rapidité de Tite-Live; ils semblent se rapprocher davantage de Thucydide; mais leur œuvre, si précieuse par la multiplicité des faits, pèche par l'ensemble. Elle se noie, comme celle d'Auguste de Thou, dans l'insignifiance des détails. Cependant, à part ce vice de structure , on y voit surj^ir de beaux
récits, de fortes pensées, des caractères vigoureusement accusés. Bartoli , qui s'est fait l'historiographe d'Ignace de Loyola, qui s'est dévoué, comme Orlandlni et Sacchini, à tracer les annales de la Société de Jésus, s'est placé dans un autre ordre d'idées. Ses devanciers ou ses successeurs écrivaient pour le monde savant ; lui, avec son génie italien , avec sa sève qui ne s épuise jamais , a popularisé ses ouvrages. Ce n*est plus la gravité du maître qui raconte, qui disserte et qui instruit sans prétention. En lisant Bartoli on serait tenté de croire que sa plume s'est changée en pinceau. Tout est portrait , tout est tableau pour lui. Sa vive imagination se complaît dans les narrations qu'il présente. Son style s'anime ; il est pompeux , il surabonde de richesses , il ne tarit jamais. C'est l'improvisateur dans toute sa fougue , mais rimprovisateur que le talent a mûri, et qui, sûr de lui-même , ne fatigue jamais le lecteur. Jouvency est plus disert 5 surtout il n'a pas la rapidité de Bartoli ; il connaît mieux les hommes , il ne les peint pas avec autant de coloris.
La Société de Jésus avait ses historiographes ; elle en fournit à toutes les nations. Pallavicini écrit en italien sa belle Histoire du Concile de Trente; Mariana donne à l'Espagne l'œuvre qui l'élève au niveau des maîtres de l'antiquité. Ce n'est pas cependant par V Histoire d*Espagne qu'il a conquis sa plus éclatante renommée. Son pays le salue encore comme le Tlte-Live de la Péninsule; l'Europe a fait passer dans sa littérature cet ouvrage fécond en beautés. Néanmoins le souvenir de Mariana se perpétue par iin autre livre qui offrit plus de prise sur la Compagnie de Jésus. Le Père Jean Mariana avait été chv^isi par Philippe II pour apprendre à l'infant d'Espagne les devoirs des princes. Dans ce but il publia son
traité intitulé : De Rege et Régis institutione. Lç Jéçuite s'adressait à un roi dont le nom est presque devenu le synonyme de despote ; et ce souverain absolu approuvait, il faisait chaque jour lire à l'héritier prjésomptif cje ses couronnes les théories de régicide que 1 ame classiquement républicaine de Mariana exposait avec une audacieuse éloquence. Ces leçons d'histoire, évoquées par un Jésuite sous les voûtes même de l'Elscurial , forment un contraste si' étrange que, pour indiquer la différence des époques et des opinions , nous croyons devoir en citer un passage. Mariana s'exprime ainsi * :
«Mais, direz-vous, que deviendra le respect envei-s
* M Qui autem reverenlia erga principes (sine qua quid est imperium?) constabit, si fiicrit populis persuasum fas esse suj^ditis principum peocata judicare ? Veris asftpe aut assimilatis causis Reipublicae tranquillitas, qua nihil est pra^stantius , turbabitiir, oinnesque calamitates sedittone facia incurrent, parte {Mpuli in partem armata .. Qiiae mala qui non existimabit esse omni ratione vitanda, ferreus sit commun! aliorum hominum sensu defectus. Sic disputant qui tyranni partes tuentur. Populi patroni non pauçiora neque minora praesidisi habent.
» Ab omni merooria, consideramus, .in ma(][na laude fuisse quicumque tyrannos nerimere aggressi sunt. Quid enim Tbrasybuli nomen gloria ad cœlum evexit, nisi çfavi trigenta tyrannorum dominatu patriam libérasse? Quid Harmodium et Aristogitonem dicam? Quid utrumque Brutum? Quorum laus gratissima memoria posteritatis inçlusa, et publica auctoritate testata est. Muiti in Domitium ISeronem conapirarunt, conatu infelici, sine reprebensione tamen, ac polius cum laude omnium saeculorum. Sic Gains Chereae copjuratione periit, monstrnm horrendnm et grave; Domitianus, Stepbani; Caracalla, Mariialis ferro occubuit. Praetoriani Heliogabalum neremeruiit, prodigium et dedecus imperii, ipsiusmet sanguine expiatum piaculum. Quorum audfciam quis unquam vituperavit, ac non potius summis laudibus dignam duxit? Ft est communis sensus quasi quaedam naturae vox mentibus nostris inditaf auribus insonans lex qua a turpi lionestum secernimus.
» An dissimulandum judices?An non potius )audes, si quis viia: suae periculo publicam incoluinitatem redimet?... Matrem carissimam aut uxorem si in conspectu vexari videaSi neque saccurras cum possis, crudelis sis, ignayiseque et impiétatis rej^rehensionem incurras : patriam, cui amplius quam parentibus debemus, vexandain, exagilandam pro libidine tyranno reltnquas! Apage tantum nefas, tantaque ignavia. Si vita, si laus, si fortune periclitandae sint, patriam tamen periculo, patriam exitio liberabimus.
»Mi»eram plane vitam (tyranni) cujus ea conditio est, ut qui occident, in magna tum gratia, tum laude futurus sit! Hoc omne genus pestiferum et exitiale ex liominum communilaie exterminare gloriosum est. Enim vero membra quaedam secantitr, si putiida sunt, ne r^iquum corpus Ihficiant. Sic ista, in hominis specie, besliae immanitas a republica lanquam a corpore amoveri débet, ferroque exscindi. Timeat videlicet necesse est, qui terret : neque major sit terror incussus quam metus susceptus. •• Joannis Marianœ t- S. J. De Hffje et reffis institulione libri très ( lib. I, p. 56, 64).
Içs princps — s^ns lequel il p'y ^ p}n8 d'^pipire possible — si l'op persuade aux peuples qu'il e$t pendis dp .. lirer vengeajice des criqies de ceux qui le^ ppi^yernçrjf ? On ne manquera pas alors de prétextes , tapfôt yjrais » tantôt faux , ppur troubler la trai^quill^té de |'f tat , ciç bien précieux sur Içquel fieji ne doit l'emporter. Dp 1^ naîtra la sédition ^ entraînant à sa suite toutes sqptes de calamités lorsqu'une partie* é^ix peuple s'arn^era coqtrç l'autre. Penser qu on ne doit pas faire toijs ses effprtis pqur éloigner de si gr£>nds mai^x , c'est ce qui i^'appartient qu'à une ânxe de fer, à yqe âme dépouillée de lou3 septiments d'humanjté. Voilà .cpipn)ieî:ft raisonne|i|: peux qni plaident la cause des tyrans ; ma^s les défenseurs du peuple leur opposent 4es moyens qui ne cèclent ni en nombre ni en forge aifx premiers.
" Q^Rs jtpus les temps , disent-ils , nous vpypps q« pp a con?i):)lé d'éloges ceux qui opt attenté à la vje des tyrans ; caf* quelle action glQrjeuse a élevé jijsqu au çfjel le nopi de T'brasyl^ule, si ce n'est d'avoir délivré sa palrijB de |a cruelle dpn^ination de trente f:yf*aps? Que dirai-jje d'Harmo^Jius et d' Aristogiton ? que dirai-jç des deux Brutus , dont la gloire n'est pas seulement renfermé© (Jaiis le spuyenir de la postérité, mais se trpijve n^èm^ atj^stée par j'autprité pgibliqup ? Plusieurs conspirèrent contre la vie de Pomitius Néron, à la vérit|é sans succès, mais sans aypir néannioins encpurp de blâme , et plutôt avec l'éloge .de tpus les siècles, p'e^t }a conjuration de Chéréas qui fit périr Gains (Galigula), ce monstre horrible et insuppprtable; p'est celle d'Etienne qui enleva Domitien; c'est l,e fer de Martial qui trancha le fil des jours de Garacalla ; les • prétoriens massacrèrent Héliogabale , ce X prodige 4'hopreur, l'opprobre (Je l'empire. Ils lui firent expier ses forfaits dans son propre sang. Eh ! qui a ja-
mais condamné leur hardiesse, ou plutôt qui ne Fa pas déclarée digne de toutes sortes de louanges? Tel est en effet le jugement que nous dicte le sens commun , qui est , comme la voix de la nature parlant à nos âmes , une loi qui retentit à nos oreilles , et nous apprend à discerner ce qui est honnête de ce qui ne l'est pas.
» Pensez-vous qu'il faille dissimuler les excès de la tyrannie , et qu'on ne doive pas plutôt des louanges à celui qui procurerait le salut de sa patrie au risque de ses propres jours ? Qu'on outrage à vos yeux une mère chérie ou votre épouse ; si vous négligez de les secourir, en ayant le pouvoir, n'êtes-vous pas un barbare, ou même ne vous reprochera-t-on pas à bon droit d'être une âme lâche et dénaturée ? Comment donc pouvezvous souffrir qu'un tyran opprime votre patrie, à laquelle vous devez beaucoup plus qu'à vos proches , et qu'il la bouleverse au gré de son caprice et de sa cruauté? Loin de nous un pareil crime et une lâcheté si grande! Oui, s'il le faut, nous exposerons notre vie, notre honneur, nos biens , pour le salut de cette chère patrie ; nous nous sacrifierons tout entiers pour la délivrer *.
» En vérité, la vie d'un tyran est bien misérable! vie' si peu assurée que celui qui pourra le tuer doit s'attendre à la faveur et aux applaudissements du monde. Il est glorieux en effet d'exterminer cette race d'hommes pernicieux et funestes à la société j car, de même qu'on coupe un membre gangrené de peur qu'il n'infecte le reste du corps, ainsi Ton doit rétrancher du corps de la
République cette bête féroce couverte des apparences
' Ici Mariaoa établit la distinction célèbre entre le tyran d^usurpation et le tyran de possession. La question a été traitée au chapitre de la Ligue, dans le deuxième volume de celte histoire. Nous n'avons pas à y revenir; nous ne cherchons maintenant qu'à faire romprendre rtioqucuie luJtbbede ce laleut.
DE Là compagnie DE JÉSUS. 301
de rhumanité. Qu'il tremble donc , l'homme qui règne par la crainte ! et que la terreur qu'il reçoit ne le cède point à celle qu'il imprime ! »
Tandis que Mariana donnait aux rois ces terribles leçons, qui pèseront éternellement sur sa mémoire comme une accusation de régicide, d'autres Jésuites se plongeaient dans l'étude des temps passés ou narraient les événements contemporains. Pierre Mafféi, l'ami de Grégoire XIII et de Philippe II d'Espagne, composait son Histoire des Indes , dont le début a quelque chose de sublime ; Famien.Strada racontait dans un latin aussi beau que celui de Mariana les Guerres des Pays-Bas depuis la mort de Gharles-Quint; Horace Turselini publiait son Abrégé de r histoire universelle jusqu'en 1 698. C'est l'origine du Discours sur l'histoire universelle de Bossuet; le Jésuite qui avait conçu cette pensée ne put pas la féconder ; les éléments de chronologie et de critique lui manquèrent. Son œuvre attendait une main plus exercée : Bossuet l'accomplit. Le Père Jean de Machault réfutait le président de Thou ; mais son livre , plein de curieuses remarques, n'est souvent qu'une virulente satire , et ce n'est pas ainsi que la vérité doit se manifester.
A partir de cette époque , les Jésuites semblent s'adonner avec plus de ferveur aux études historiques. Le Père Gabriel Daniel écrit se» Histoire de France et celle de la Milice française , fruit de l'érudition , de la conscience et du talent. Daniel ne cherche pas à arranger les faits à la convenance d'une utopie ou dun système; il n'en a qu'un , c'est d'être toujours clair, toujours judicieux, toujours modéré. Il ne prête pas à l'histoire ces vives couleurs empruntées au roman; il ne demande pas à l'imagination de soutenir sa marche à travers les
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événciliènts; il a le calitie de Id Vérité et de l'etacthude. D'Avrigny, dans ses Méihoif'es chronologiques et dôgnihtiques et dans son autre travail pour sêf^vtr â l'Histoire universelle de l'Europe depuis t6ob jusqu'en 1716, possède tontes les qualités de Daniel; mais il n'a pas su se garder de quelques traits satiriques. D'Avrigny ^t Frdiiçais, il ffe montré souvent avec trop de partialité.
Les historiens sont toujours expo<iés au contre-coup de Topinion. Daniel, qui avait légué à la France un véhidique l'écit de ses exploita , de stes calamités et de ses hibeUrs anciënttes, fut sévèrement jugé par ceUx qui aiment à faire de l'histoire Ife piédestal de leurs passions oii de \eiiH Idées. Lfes utis ont dit que les Jésuites , que le Père Daniel principalement , n'avaient jamais porté le flamoeau de là philosophie sur les événements , et qu'ils tié voyaient partoUt (Jiiè des armées, dés rois, des priUces et le Clergé. î^es autres se plaigriirent de ce que les Jésuites n'étaient pas descendus dans la huit des prëteudus droite imprescrîptihles de la tiation, et ils incriminèlrent ces auteurs , parce que , comme eux , ils ne torturaient (ids fe réalité au gré de leUrS systèmes. Les Pères Daniel, fioUgeaht, Loilgueval, Brumoy et Berthier n'ont point procédé ainsi. Us n'eurent que lambition d être véridiquës : ils parlèrent de ce qui existait, et non pas de leurs rêves bu de leurs espérances. L'œuvre était assez ardue par elle-même : ils se crurent dispensés d'y ihtroduire corimie élément le préjugé du jour ou Topiriion dominante. On ne demande pas à l'historien des tableaux de toiïventlon , dès théories philosophiques , constitutionnelles, nationales, socialistes ou humanitaires; mais des événements, de judicieuses et sobres réflexions, des portraits sagenrent touchés, une appréciation impartiale de§ caractères, des mœurs et des affaires. Daniel et ses
imitateurs furent dans le vrai : ce éera toujours le plus bel éloge décerné à l'hislorieh. Après beaucoup dé révolutiôlis, Ifeùr œuvre survit > tandis que Toubli a dévoré d'&iitres buvbages qui brlUèrèilt d'un plus vif ëclat.
Deux Jésuites élevaient à la France un thonumènt; lih autre Père de la même coitipàgnie , Jacques Longuèvâl , fconsacra sa vie à en créer un encore plus difficile : il jeta les fondements de V Histoire de T Église gallicane. Il mourut à la peiiie; mais il avait si bien coriihaencé ^ue d'autres Jésuites, les Pères Fontaney, Bruihdy et Berthier, vinrent les uns après les autres apporter à cet iitimense travail le tribut de leurs veilles. Longiieval avait laissé les premiers volumes , ses successeurs poursuivirent l'histoire avec lé inême sagesse. Ils retraçaient dafas utt Style nerveux et limpide les combats, les gloires et les vertus de la France cléricale. Veï-s le tnême temps le Père Xdvier de Charlevoix publiait V Histoire des Chrétientés nouvelles que les Jésuites conquéraient à la Croix. Le Japon, le Paraguay, l'île de Saint-Domingue et le Canada trouvèrent en lui le Tacite de leurs superstitions païennes et de leur dévoilement chrétien. François Catrou donnait son Histoire générale de V empire du Mogol , et avec le Père houille il s'occupa de celle du peuple romain. Le Père Borgîa Keti racontait Y Histoire des Empereurs d'Orient^ depuis Constantin jusqu'à la chute du Bas-Empire. L'œuvre achevée, il passait à V Histoire des Empereurs ottomans , et le Père Nicolas Schmidt se faisait son continuateur.
Jean-Baptiste du Halde réalisa pour la Chine ce que Charlevoix avait tenté pour d'autres peuples : il composa sa Description historique, géographique et physique de V empire de la Chine et de la Tarta/rie chinoise, étonnant édifice devant lequel s'inclinent encore les savants.
Avec quelques autres Jésuites cet homme , si profondément érudit , se constituait l'éditeur des Lettreg édifiantes. Il pouvait, il devait peut-être, dans l'intérêt de la Religion et de la science, ne pas se détourner de ses occupations. A l'exemple de tous les écrivains, il avait, sans aucun doute, une jalouse affection pour ses études privilégiées; il y renonça, afin de classer cette correspondance qui, venue de tous les points du globe , allait éclairer le monde sur des peuples dont les mœurs n'étaient pas plus connues que le langage. Du Halde se fit le modeste éditeur de ce répertoire , dans lequel des Missionnaires tels que Laynès, Tachard, Bouchet, de Bourzes, Fontancy, Sicard, Parennin et Gaubil, absorbés parles soins de l'apostolat, initiaient l'Europe à leurs découvertes. C'était de l'histoire prise dans le vif, de la science jetée sans prétention, sans espoir même que les faits racontés pourraient un jour être offerts à la publicité. Il y a de ces letf res qui sont adressées aux Pçres de la Compagnie, d'autres à des savants. Le Frère Attiret se trouve, lui, en correspondance familière avec le duc d'Orléans.
Les Lettres édifiantes et curieuses eurent , comme tons les livres de durée, leurs enthousiastes et leurs dépréciateurs; elles ont survécu à ces deux sentiments opposés, parce qu'elles peignaient des mœurs réelles et des souffrances plus réelles encore. A côté de Charlevoix et du Père Du Halde, Joseph d'Orléans* rappelle
' On lit dans un Mémoire historique sur le Berrj; par M. de Bengy-Piiy vallée, l'anecdoie suivante.
« l.c fameux Père d'Orléans, Jésnile, nd à Bourges en 1641, sortait de ceUe maison, qui ciail une des phis considérables et des pins d'slingnces de la ])rovincc. On raconlc que le Père d'Orléans s'élant trouvé avec le duc d'Orléans, frère de Louis XIV, ce prince lui dit en riant : a Nous porlons le même nom, nous pourrions bien élue parents, car probablement vous descendez de quelques bâtards de la maison de France, n Le l>ou Père Jésnile lui répondit modestement : « Monsei([Tueur, je n'ai pas
des malheurs qui eurent plus de retentissement en Europe. Il dévoile les révolutions d'Angleterre et d'Espagne, Il peint à grands traits les désastres que le fanatisme protestant enfanta. Louis Laguille , l'un des négociateurs secrets du congrès de Bade, évoque \ Histoire de V Alsace anciemte et moderne; Hyacinthe Bougeant, diplomate consommé, et que le prince Eugène admirera, analyse , dans son Histoire du Traité de Westphalie , les règles des négociateurs ' et les devoirs des généraux d'armée. Henri Griffet réunit les matériaux pour servir au règne de Louis XIII, et ce Jésuite reste l'historiographe d'une époque dont il n'a songé qu'à ïître l'archiviste. Le Père Joseph-Isaac Berruyer seul fait tache sur cet ensemble. Son Histoire du peuple de Dieu fut une heureuse conception; mais, en dehors des erreurs que sa Compagnie, que la Sorbonne, que le Saint-Siège condamnèrent , que l'auteur lui-même désavoua et qui ont disparu dans de nouvelles éditions, cet ouvrage péchait sous plus d'un rapport. La surabondance poétique et les excès d'imagination y contrastent d une si bizarre manière %vec la sublimité et la concision de la Bible, que l'esprit tour à tour brillant et facile de Berruyer a succombé dans la lutte.
Ces labeurs historiques ne sont pas les seuls; la Société de Jésus a d'autres écrivains à mettre en ligne : d'Acosta et Maimbourg, le Hongrois Georges Fray et le Mexicain Clavigero, annalistes de leur patrie; Bouliours et Boleslas Balbin, Duchesne et de Mailla, Dobriz-
l'honneur de vous appartenir. La maison d'Orlëans dont je sors portait le nom d'Orlé.ins trois cents ans avant qu'aucun prince de la maison royale eût pris le nom d'Orléans, a et ce qu'il disait était vrai. »
■ « Un homme qui a passé honorablement par les affaires, un ancien ministre des relations extérieures, mettait devant moi au premier rang des lectures nécessaires à .uu diplomate, Y Histoire dur traité de Westphalie^ du Jésuite Boujjeant. » {Associations reliijieuseSf par M. Charles Lenormant, membre de l'Institut de France, p. 42.)