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IV

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hoffer et Masdeu, Coiiti et Trigault, Intorcetta el Douciii, Magalbanes et L^comte, les deux I^fitau et Tournemine , Melcbior Ipclioffer et Haiden , Pilgram et Gérard, Yillotta et l^bbe ont rendu , chacun dans la sphère de w^ idé(9«, d'utilss services à Téttide d^a faits. Ainsi , le Pèv^ AU^mâv^ Witbi^iffit par ^$ rischerobes sur les Dyptique^^ 4^ lÀéQe ef; de Bourses, forçait les savants 4 d'occMpar sérieusement des débris de l'antiquité chré^ tienne. I^a Père tiupi reconstituait Tépigraphique en pu^ hliant son ppuscpl^ sur Y Ilpitaphium Sevena ma/ri%fris. An n^omPfit où tous ces Jésuites semblent ^e partager le cbamp encore mal défriché de l'histoire » d'autres Pères d^ r)n$titi}( entreprennent dans les Pays-Bas une œuvre de patiente investigation qui doit illuminer les temps les plus reculés du Christianisiiae.

Au cQmrnpncement du dix-septième siècle» il se trouvçiit à Utrecht nn Jésuite npmmé Héribert Resweyde. Il sait que les traditions epclésiastiques sont défigurées par des récits sans autorité, et q^'à l'aide de ces fables, le Protestantisme accuse VÉglise d'erreur et de mensonge. Il conçoit le dessein d'abattre arbre par arbre qctte forêt enchantée de la légende ^i chère à nos ancêtres, et d'élever sur ses débris une coMecUon des vies de tous les saints, mois par mais, jour par jour* II prépare le plan de ce gig£|Mtesque ouvrage ; sans antre appui que sa volonté, il va le mettre à exécution, lorsqu'il meurt le 5 octobre 1629. Celte idée, dont la source remonte au Père Canisiii;s, avait souri à Bellarmln et aux chefs de TOrdre. Jean Bolland reçoit mission de poursuivre les travaux commencés par Rosweyde : eii i643,

' f.cs Dyptiiiucs sont des rcjj^islrcs ou l'o|i couservait chez le« anciens |e$ ooins des coiisuUy des iua{p9!rats et des {jjf^néraux. Paiis les é(>lises primitiv.çi, cet wi^Qft s'était maiiilcDii.

le Ji^snîte publie à Anvers les deux premiers volumes des j4cta ^anctorum; mais, quelle que fût l'instruction de BoUand, la main d^un seul ne pouvait réunir et com« puiser tant de matériaux; il fallait une génération sans cesse renaissante d'bagiograpbes aussi persévérante que lui pour assurer le succès de l'entreprise. T>a Compagnie de Jésus en évoqua ; les Pères Godefroi Henschen et Daniel Papebroeck se présentèrent. Ces trois bommes, d'une érudition qui toucbe au génie, donnèrent naissance à l'agrégation de savants connus sous le nom de Bollandûtes, Ils appartiennent tous à la Compagnie de Jésus, et les prodiges qu'ils ont accomplis sont incalculables. Les volumeô des Acta sa/notorum se succédèrent avec rapidité. La mort des fondateurs ne mit point d'pl> slacle à la réalisation de leurs promesses; car, dans les Pères Janning, Baërt, Pinius, Cuper, Boscb, Stilting, Suysk, Périer, Stick, SoUer, Limpenus, de Bye, Gbesqiitère et Hubens, ils rencontrèrent des liéritiers de leur science, u Tels furent, dit Gacbard, arcbiviste du royaume de Belgique ' dans, son Mémoire sur les Bollandistes , tels furent l'économie et Tordre qui présidèrent à l'association Bollandienne, que , sans autres ressources que le produit de la vente de leurs ouvrages, la pension payée par la cour impériale et les libéralités du Père Papebroeck et de quelques autres personnes, parmi lesquelles on compte les évéques de Smet de Gand , et van Susteren de Bruges, les Jésuites bagiograpbes étaient parvenus, à l'époque de l'extinction de leur Ordre, à amasser un capital de i36,ooo fl. B. qui, placé en rentes, leur donnait un revenu annuel de g,i33 fl., revenu que le débit des j4cta scmctorum augmentait, année commune, de

* Mémoire sur les EiolLtndish^s et leurs travaux. In à la commission royale dMiiiloirc le 3 avril 1835.

:>.,4oo fl. Par la suppression de leur Ordre, ajoute rarchiviste belye, tous leui-s capitaux et leurs propriétés furent dévolus au fisc royal. ^

Cette association de Jésuites, au sein même de la Compagnie, s'étendait par tout Tunivers. Les hagiographes des provinces belges correspondaient avec les hagiographes , avec les érudits de l'Institut de lioyola, dispersés sur le globe. Chacun apportait aux BoUandistes le fruit de ses recherches; c'est ainsi que ce répertoire si nécessaire à l'Église et aux annales du monde , a pu être continué. Il n'a pas sufH aux Jésuites de créer une Encyclopédie chrétienne y dont Ticibnitz a plus d'une fois fait l'éloge; elle leur inspira Tidée et l'art de reconnaître les diplômes authentiques. C'est à eux , disent les Mémoires de Gœttingen \ que Ton est redevable de la diplomatique comme science.

Pour accélérer les progrés de l'histoire, il se rencontra quelques Jésuites dévoués à des études moins retentissantes, mais aussi utiles. Les uns s'adonnèrent à la numismatique, comme, les Pères fiachaise, Chamillard , Weilbamer, Chifflet, Paul Xavier, Lempereur, Etienne Souciet, Frœclich, Khell, Bonanni, Oderic, Benedetti et Ëckel, le législateur de la science des médailles. Les autres, à l'exemple des Pères Campian, Jacques Malebrancbe, Taffin, Petau, Briet, Théophile Raynaud et Calini, se plongèrent dans la chronologie ou dans les antiquités. Quelques-uns rétablirent, à force d'érudition, la géographie ancienne; ils la comparèrent à la moderne, et les noms des Pères Marquette, Villotte, Sicard et Brévedent ne sont pas encore oubliés. On en voyait qui, dans un intérêt religieux et terrestre, marchaient même dans le dernier siècle sur les traces du

• Gallezer, Mémoires de Gœtlingeft.

Père Cornélius à Lapide et des Hébraïsants que la Société a fournis. Mayr, Télève de Bellarmin, Giraudeau et Haselbauer travaillaient sur la langue primitive comme pour ne laisser en friche aucune partie de l'héritage de leurs devanciers dans l'Ordre.

Le chaos se faisait partout, dans l'histoire mutilée des conciles ainsi que dans l'histoire des peuples; partout il surgit des Jésuites qui le débrouillèrent. Us poursuivaient l'erreur sous toutes les formes; ils la saisissaient dans les synodes, dans les légendes, dans les médailles, dans la chronologie; d'autres la découvrirent dans le droit canon : ils se créèrent jurisconsultes. A force d'investigations^ ils parvinrent à reconstituer le droit ecclésiastique et les décrétâtes. Les Pères Paul Layman, Pierre Alagona , Benoit de Saxo , Ferdinand Herbestein en donnèrent la clef. Henri Pirfaing, Christophe Schorrer, François Bardi, Jean Riccioli, Paul Léon et Frédéric Spée \ développèrent, dans- plusieurs ouvrages encore estimés des canonistes, les antiquités et le droit des nations. Plus tard, dans le dix-huitième siècle, et comme si les Jésuites de tous les pays tenaient à réaliser incessamment l'éloge que dom Lobineau faisait d'eux, ils continuèrent avec l'ardeur des premiers jours la tâche commencée. « Il n'y a point d'Ordre dans l'Église, dit le célèbre Bénédictin ^, qui ait produit ou ait donné plus d'écrivains en tout genre de. littérature. Leurs maisons de Paris en ont donné un grand nombre, soit théologiens , soit philosophes, historiens, poètes, grammairiens et autres. »

Il fallait se rendre digne du suffrage d'un pareil rival. Les Pères Mathias Lineck, Ignace Schvrartz, Horace Ste-

* Dans la première partie de sa ThéodiceCy Leibnitz, parlant de ce Jésuite, dit que « c*est un excellent homme , dont la mémoire doit être précieuse aux paiies et aux n savants. »

* Histoire de la ville de Paris, liv. xxi, n* 85, t. ii, p. 1 102.

MO HISTOIRB

phanucci, Weith Piohler et Xavier Zech se mirent à IVeuvre. Le champ était vaste; leur érudition sut y recueillir d'abondantes moissons. Lineck composa son traité De Legibus; Schvi^artz, ses InêtUuêioneê juris unirversalù naturœ et gentium, et ses Collegia, que le génie de l'histoire semble avoir inspiré. Stephanucci, l'ami, le confesseur du fameux cardinal Albani et dti Cardinal d'York, le dernier des Stuarts, publia les DisserioHone» ca/nonieœ; il écrivit son Synodus Tusoulana à la même place où Cicéron avait dicté ses Tu^oulanes. Sur d'autres points, la jurisprudence évoquait de nouveaux Jésuites pour expliquer ses mystères. Les Pères Jean Lascarts , Domitiique Murriel^ Joseph d'Alberg, Adam Huth^ Ferdinand K rimer, Jacques Weistner^ François Schmalzgrueber, Schmidt^ Weinter et FrançoisHle«^les Widman composaient des ouvrages qui, comme XAppùraîUÈ eriidUiofiis ad Jurisprudentiam du Père Joseph Biner firetit faire un pas de géant à la science d^ droit. Dans ces in-folio , qui ont coûté tant de redherches à leurs auteurs ) sans doute il y a des lacunes, des longueurs ^ une critique dont toutes les propositions ne sont pas pleinement justifiées* C'est la destinée des hommes qui portent la lumière dans les ténèbres faites autour d eux. Les Jésuites n'échappèrent point é^ cette loi commune^ qui atteignit les Bénédictins de Saint-Maor eux-mêmes. Ils dégrossissaient, ils taillaient les piei^res de rédifice que d'autres devaient avoir l'honneur d'é)e« ver. Ils en furent les infatigables ouvriers, ne réclamant pour eux aucune auréole des gloires humaines, et se contentant jusqu'à la mort de travailler dans leur chère solitude; ils ont obtçnu tout ce qu'ils désiraient et au delà. Leurs investigations, la manière habituellement lucide dont ils les pvésafttaieat , offrirent un nouveau

DE LA COMI^AGNIU DK JÉSUS. 91 1

cljamp à V'â\\i\e pefspiaaciré des crndits. Ou s'rmp»ira de leurs j^ystèmes, de letirs Innovations, de Intf plnn. On disposa toat cela ddris Ufi ordre plu» médiodiqtte ; lô monument é'tieheva, et deux qui en avaient posék base furent dUbliéd.

Ainsi que tous les véritables savants, là Société de Jééus s'inquiétait fort peu que Ton fit remonter à sa source la gloire d'une idée , pourvu que l'Idée triomphât. La Société ne dénonçait même pas ses plagiaires; elle les acceptait comme instrument» ; elle marchait avec eux, parce que, avant tout, elle tenait à éclairer. Les jurisconsultes de la Compagnie furent mît à contribution ainsi que ses historiens et ses lexicographes; elle ne se plaignit jamais. L'Ordre de Jésus n'était pas institué pour moissonner d<*s louanges, mais pour faire germer des idées; il ne dévia point de sa mission. Il avait de valeureox soldats et parfois (Thabiles capitaines ^^ gflgés sur les champs de bataille de h science; dans le même moment, il produisait d'autres écrivains, f.cs études profanes ne sont pas pour eux Une occupalion essentielle, elles ne viennent que sur le second plan; encore, pour qu'elles soient cultivées, faut-il qu'elles présentent un moyen terrestre d'obtenir un but cbrétîeri. IjCS mathématiques étaient de ce nombre; les 3é^ suites les trouvèrent peu ou mal enseignées.

Le génie des sciences exactes étouffait , parce que la théologie tenait encore le sceptre dans les Universités, et que les arts, la guerre et l'Industrie ne les regardaient pas comme des guides indispensables. Sans Joute, si les Jésuites ne s'étaient pas offerts pour frayer la route, la route ne s'en fût pas moins ouverte ; mais ils l'ont rendue plits facile à leur siècle : ils l'élargirent , ils en reculèrent les bornes, A quelque degré de perfection qu'elles

aient été conduites, il ne faut pas pousser l'ingratitude jusqu'à oublier leur point de départ et les savants qui leur donnèrent Fimpulsion. Le Père Christophe Clavius, dès le seizième siècle, s'y livra avec une infatigable ar* deur. Les mathématiques étaient ensevelies sous les ténèbres, elles sommeillaient. Glavius,en traduisant, en commentant Euclide, devint l'oracle de ses contemporains. 11 leur révéla la sphère de Théodpsios , celle de Jean de Sacrobosco et l'astrolabe; il leur enseigna la gnomonique et la composition des instruments. C'est une de ces gloires ignorées que les progrès de l'art ont fait déchoir, mais qui ne doit pas perdre le prix de ses travaux. Clavius , le réformateur du calendrier, forma des élèves de sa Compagnie qui propagèrent ses doctrines : Mathieu Ricci , dans le céleste Empire ; Grégoire de Saint- Vincent en Europe, Charles Malapert et Mario Bottino continuèrent son oeuvre. Les Pères de La Faille et Paul Guldin assignèrent le centre de gravité des différentes parties du cercle et des ellipses. Guldin, né à Saint-Gall en 1X77, était issu de parents hérétiques, il entra chez les Jésuites en qualité de coadjuteur temporel. Mais ce jeune homme, sans éducation première, possédait l'instinct de la géométrie. Ija Compagnie développa cet instinct; bientôt, dans les chaires de mathématiques de Rome et de Vienne, le Père Guldin put résoudre les plus difficiles problèmes de Kepler et faire l'application du centre de gravité à la mesure des figures produites par circonvolution. Guldin se mettait en contact intellectuel avec Kepler; le Père Lallouère eut en France le même honneur avec Pascal. « Pascal, dit Leibnitz, trouva quelques vérités profondes en ce temps-là sur la cycloïdjB. Il les proposa par manière de problème; mais M. Wallis en Angleterre , le Père Lallouère en

France , et quelques autres encore parvinrent à les résoudre, w

Un Jésuite , disciple de Clavius , le Père Grégoire de Saint-Vincent, né. à Bruges en i584, efface par Tétendue de ses connaissances mathématiques tous ceux qui l'ont précédé. Il a été le favori de l'empereur Ferdinand II et de Philippe IV d'Espagne , le maître de don Juan d'Autriche. « Il a, dit Andrès ', semé ses ouvrages d'un nombre inconcevable de vérités nouvelles, de vues profondes, de recherches étendues, de principes fé-. conds, de méthodes générales. » Selon Leibnitz, ce Jésuite, si connu par ses Theoremata mathematicay ainsi qne par son Opiis geometricum quadraturœ circuli, forme , avec Descartes et Fermât , le triumvirat de la géométrie. Il s'était posé une question insoluble; comme tous les savants, il s'y attacha par les difficultés même. Sarassa et Aynscom, ses élèves, défendent sa théorie de la quadrature du cercle, tandis qu'un autre Jésuite, Vincent de Ijéotaud , la combat. Les Pères Nicolas et Jacques Krésa le Morave analysent les principes de la trigonométrie; Thomas Geva , Laurent Béraud et Frédéric Sanvitali jettent sur les mathématiques de nouvelles lumières.

Toutes ces grandeurs s'éclipsent devant un nom que la postérité distingue encore. Le Père Vincent Riccati, fils du marquis Jacques Riccati, dont le talent est honoré mémo de nos jours, devint, en Italie, le créateur de lalgèbrc transcendante. Son traité du Calcul intégral n'a pas été surpassé; Riccati est toujours clair, toujours exact. Quand il invente de nouvelles méthodes, de nouveaux théorèmes, ces méthodes et ces théorèmes trouvent à l'instant

leur adaptation. Riccati donnait l'élan; sur tous les

* Andrès, t. iv, p. 161.

Siu H»tuine

points de t^Kurope, la Compaguie de Jésus lui répondit en mettant en ligne des mathématiciens tels que .lettti Téreoce, Pierre Bourdin, Oswatd Krugier, Joseph Zafagosse, Jean I^utz^ André Arzet, HxM*aoe Bargtindio, Charles Pajot , Jean Oaraocioli « Antoine Dticlos , f idilU d'Hautecourt) Jean Junglingk, Georges Merbtirg, Hetifi Niderudoff, Baptiste Rigolini, Stanislas Widrai, Frflti^ çois Ballinger et Jacques Dumas ^ le maître de Lalande, de Bossut et de Montucla, l'historien des mathéma^ tiques.

Galilée , diseiple dés Jésuites , avait vu ia cour de Rome douter de la réalité de ses découvertes. î^e savant avait été aocusé dans ses systèmes; deux Jésuites ita-^ liens ^ Ricoioli et Grimaldi, confirment par des expé^ rienises irréfutables la vérité de ses enseignements. Astronomes, physiciens et géomètres , ils étudient la cbtitef des corps» Rie cioU embrasse, dans un ouvrage, fruit d'tiiîe vaste értldition, Tastrotlomie ancienne et nouvelle; Il trace les règles de l'hydrographie ; il découvre et liomnie les taches de la luné ; Orimaldl , de concert avec lui , augmenté de cinq cent ciliq étoiles le catalogue de Kepler. Seul il se livre à de profondes études sur la dlf^ fraction de la lumière et sur les couleurs, et le traité De lumme et^otoribus iridig fournira à Newton les principes fondamentaux de son optique. Le Père Griniftldt combat le premier soft hypothèse de rémission, et c'est ce Jésuite qui le premier encore ouvrira aux physicleits la voie du système des ondulations, qui , selon Pineau *, a fait une révolution 'dans la ihéorie de la lumière.

Le Père Gaston Pardies, le correspondant et l'ami de Newton, mourut, jeune encore, atteint d'une maladie contagieuse que sa charité lui fit contracter dans les ca-

' Physique élémentaire^ par Pineau.

DE LA COAlFAOnie DE JÉSUS. 315

bâtions de Bicétre. Celle moft enleva aux sdiehces un homme qui leur était dévoué; mais Pardies s'est survécu dans ses ÈlémmU$de fféoméirù. C6 qui dontle surtout à son nom lUie véritable gloire ^ c^est qu'il a osé appliquer les méthodes modernes de la géométrie sublime et de la mécanique à la manœuvre et à la conduite des vaisseauK* Les progrès de l'art ont fait renoneer à ce mode; quelque grands qu'ils soient ^ il ne serait pas juste d'oublier celui qui ^ en détermitiant la dérive d'un mn vire par les lois de lsi mécanique^ contribua puissamment à ouvrir de nouvelles routes à la science nautique» Par« dies Se rendait, utile aux marins en les initiant à des mystères jusqu'alors tocô^mprébensibles. Le Père Paul L'Hoste ^ professeur de mathématiques à l'Étole royale de Toulon et, pour ainsi dire^ le frère de mer des ami^ raux d'Estrées et Tourville , mit à prt>fic n^n expériene# pouf populariser l'art du navigateur. Ses Traûéè dé la a&nê$rueéim dM taineaum el des ë^uiipnà nûmië$, son Recueil ta» mm^ématiqueê he^ plus néffssstMtes à tm o^ /hier sont des oHivres qui, pendant plus d^uii ^ède/ sei^vtrent ^ formel^ les marins de Fmnce ^ d*Ang)éterre et de ifollande. Lee Itères Foumier et Desehales tra* veiH^i^nl sur l'hydrographie et siir la navigatkm dé^ mot|trée pat? principes. Le' Père Jean^laeques du Oha*' teliard consacra trente«trois années de sa vie à instruina les jeunes gardes de la marine royale, et û cotupeea ponr e^x un Recueil des triMêés de fnatkénuêêiqiéës, Dee Jésuites enseignaient la tfaéoiîe et la pratique de la merj un autre » Charles Borgo ^ expliqua l'Art de la /brêi^oa^ îim et de la défi^ae des places,

Nicolas Zuchi, le prédicateur du sacré Palai»^ était un Jéaaile éloquent et un mathématicien illustre. Ses observations astronomiques et ses dissertations sur le vide ,

316 HISTOIRfi

les perfectioDoements qu'il a don&és au télescope lui ont créé un nom que Cassini a grandi. Ce Père avait acquis une telle célébrité que c'est à lui que plusieurs sa« vants attribuent l'invention des télescopes catoptriques; d'autres , et c'est la majorité , en accordent la gloire à l'Anglais Gregory. Il n'est pas le seul Père qui se soit distingué dans les sciences physico - mathématiques. Adam Tanner, Scott, Scbeiner, Kéri, Maugold, Kilian, Confalonieri , Lecchi , Renault et Antoine Rivoire ne se montrèrent pas indignes de l'héritage des Zuchi et des Kircher. Tous ils eurent une pierre à apporter à l'édifice que la science élevait; car déjà en 1622 le Père Schœnberger, dans sa DemonsPratio et constructio novorum horlogiorum, découvrait les cadrans solaires à réfraction , et le Père Eusèbe Nieremberg constatait le premier le Caracière des édentées.

Il fallait arracher ses secrets à la nature : les Pères Gaspard Schott, Fabri , Lana , Cabéo , Gusmao , Bosco vich et Kircher parurent. Athanase Kircher ou Kirker, c'est le savant dans son universalité. Il a touché à tout , il a tout approfondi. Les sciences exactes, la physique, les mathématiques , les langues , les hiéroglyphes, l'histoire, la musique, les antiquités, tout lui appartient. Il jette sur chaque branche des" connaissances humaines un jour aussi brillant qu'inattendu; il embrasse un espace dont L'imagination elle«méme ne saisit pas le te^me , et il le remplit. Kircher n'était pas seulement un homme spéculatif qui , du fond de son laboratoire , coordonne des problèmes ; il a besoin de s'expliquer les causes et les effets des éruptions du Vésuve; il se fait descendre dans le volcan. Il cherche un point d'unité dans les nations; il invente l'écriture universelle , que chacun peut lire dans sa langue. Kircher donne la solution de sa théorie

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en latin, en ilalien, en français, en espagnol et en aile* mand. Le vocabulaire qu'il a créé se compose d'environ seize cents mots ; il exprime par des signes convenus les formes variables des noms et des verbes. Sa sténographie est plus ingénieuse que celle de Jean Trithème , et elle a servi de base au Manuel interprète de correspondance. Le Jésuite s'est emparé de la renommée avec tant d'autorité que les rois , que les princes protestants se font un honneur de lui fournir les sommes nécessaires pour ses expériences. Il est à Rome : tous ces monarques lui adressent les raretés antiques ou naturelles qu'ils peuvent réunir; il coirespond avec eux, ainsi qu'avec les grandes intelligences de l'Europe. Au milieu de tant de soins le Jésuite trouve encore des heures pour composer trente-deux ouvrages. Rircher s'est égaré quelquefois; il a soutenu des erreurs qui lui étaient propres et d'autres que son siècle avait adoptées. Ceux qui exploitèrent les théories de ce Jésuite, les savants modernes qui lui ont emprunté ses découvertes ou les matériaux de ses sys* tèmes essaient d'obscurcir sa renommée. Ils ne disent pas avec Pline * : « Il est de la probité et de Thonneur de rendre une sorte d'hommage à ceux dont on a tiré quelque secours ou quelque lumière , et c'est une extrême petitesse d'esprit d^aimer mieux être surpris honteusement dans le larcin que d'avouer ingénument sa dette. »

Gaspard Schott, lui , n'a pas songé à creuser si avant que Kircher. Il a créé les résultats amusants , les découvertes qui peuvent charmer les loisirs du monde. C'est dans sa Physica ciiriosa , dans ses Mirabilia naturœ et artis que se manifeste l'origine des écritures cachées , de la palingéuésie des plantes , de la marche

> Prœf. Hîst. nat.

sur les eaux, de» têteâ parlantes, les premières idées de la machine pneumatique ainsi que de l'instruction des sourds et muets. On croirait que rien ne doit i*ester étranger aux Jésuites et qu'ils sont appelés à ppoduire la plupart des merveilles dont les siècles suivants a'enricbiront. Ijc Père Barthélémy de Onsmao esC au Brésil ; il a un génie pénétrant, une imagination audacieuse, et il aime à étudier la natore des choses. Un jour il aper> çoit un corps léger, sphérique et concave , peat*étre une coquille d'œuf ou une écorce sèche de citron , s'é* levant pei| à peu et flottant dans les airs. Ce phénomène frappe son esprit toujonrs tendu. Il en cherche l'expli* cation : il essaie lui-même de renouveler cette expé-* rience. Elle ne réussira qu'avec une machine présentant sous^le moindre poids possible la phis grande snrfoce à l'atmosphère. Il combine plusieurs moyens, enfin il fabrique le premier aérostat. C'était un ballon de toile , qui réalisa complètement sa pensée. Le Jésuite part pour Lisbonne ; il a saisi la^ portée de sa découverte : il offre de s'élancer dans les airs avec son aérostat, liais Gusmao froissait trop vivement les idées reçues pour ne pas évoquer des contradicteurs de bonne foi. L'inquisition portugaise s'effraie de cette innovation; le Jésuite , pour la rassurer, propose d'enlever di| même coup le Saint-Office et le Grand-Inquisiteur. Cette rail-* lerie de savant était un outrage. Le peuple de Lisbonne evoît que le Père Gusmao est possédé du démon; les Inquisiteurs voient de la magie là on il n'y a qu'une henreuse connaissance des lois de la gravitation. Gusmao est traduit au tribunal du Saint-^Office ; comme Galilée , il y parut avec assurance. Il maintint que son invention n'était contraire à ancun dogme , à aucun précepte de l'Église. Le Jésuite fut néanmoins condamné au cachot ;

mais les Pères de TlastiLut i>arvinreiit à le faire évader, et Gusmao, toujours oon vaincu, se retira en Espagne, QÙ il mourut en 1734-

Avant lui un autre Jésuite , François Iiana-Terzi , né à Brasii^ia le i3 décembre i63i» avait, dans son Prodronw di alcune invenztone nuove et daps le Magisterium m€^ turœ et ariùf trouvé par d'autres moyens le secret des aérc^tate. Ce génie singulier, qui a enseigné la transmutation des métaux, qui a même cru indiquer une voie sûre pour arriver à la pierre pbilosophale , ne s'est pas arrêté à ces erreurs de la science. Au chapitre vi dii Prodromo , il décrit la barque volante qu'il a rêvée : il la suspend à qu^itre globes composés de lames métalliques ^ il montre de quelle manière on pompera l'air pour rendre ces globes plus légers qu'un égal volume d'air atmosphérique. Lana , par la force de ses calculs, était parveifU à découvrir l'aérostat; mais la pauvreté à laquelle le condamnaient ses vœux de Jésuite ne lui permit pas , et c'est lui qui l'avoue , de, tenter Té-^ preuve dontLeibnitz doutait dans son Hypothens pkysioa nof&a. Le ballon resta à l'état de projet jusqu'à Gusmao, qui , sans avoir lu l'ouvrage de Lana , en conçut l'idée , conime plus tard Montgolfier l'appliquera par une nouvelle inspiration. I^e Père I^ana était un homme d'ini-^ tiative, un de ces esprits qui devancent leur siècle, C'est lui qui inventa le semoir doqt en 1733 TuU se donna pour le créateur ' ; c'est lui qui , cent ans avant labbé dé rÉpée et Sicard , enseigna la manière d'apprendre à écrire et même à parler aux sourds-muets de naissance; lui qui organisa les cbiffrjes mystérieux par lesquels les aveugles- nés pouvaient correspondre entre eux et se

■ AlfjaroUi, au tome X de s«8 Œuvres, f«il la description de c« semoir, aujourd'lini en usage dan$ toute l'Ëurqpe.

mettre en rapport avec les hommes qui se serviraient des mêmes caractères. Lana poussa plus loin ses- investigations, il pressentit les merveilles que la science était appelée à réaliser. Par un prodige d'intuition ^ il révéla, du fond de sa cellule, la route qu'il fallait prendre pour y arriver.

La physique avait ses martyrs dans la Compagnie de Jésus ; la minéralogie y vit croître ses érudits. Le Père Bernard Cési composa les Trésors de philosophie natu^ relie. Lés Pères Martin Gzuctivany, Boym , de Bèze , Bonanni , Joseph Acosta , Thomas Gouye , membre de l'Académie des sciences, et Ltienne Souciet propagèrent par leurs écrits et par leurs leçons les connaissances mathématiques. I/Institut de Loyola possédait des savants de toute espèce ; il forma dans son sein des peintres , des sculpteurs et des architectes. Le Père Jacques Courtois peignit des batailles , André Pozzo chercha les règles de la perspective. Daniel Seghers \ Joseph Valeriauo, Pierre Lalri , Castiglioiie , Dandini et le Frère Attiret furent des artistes célèbres dans un temps où la peinture était à son plus haut point de perfection. Le Père Fiammieri devint sculpteur; François de Raut, Edmond Massé et lus frères Matlange se révélèrent architectes. IjC Père de Venlavon , les coadjuteurs Paulus et Thibault se distinguèrent dans l'horlogerie. Les frères du Breuil et Bourgoing travaillèrent sur la perspective; Erasme Marotta devint un musicien célèbre; Christophe Malter se distingua par ses connaissances médicales.

Les Jésuites n'ont pas encore parcouru le cercle de toutes les sciences. Ij'astronomie leur offrait un moyen

* I^ Père Seghers dlait si cslimë, que Fréilërlc-Henri, prince d'Orange, lui fil un présent digne d'un prince cl d'un ariisle. H lui donna une palette et des pinceaux en or, qui en 1762 se conservaient encore au collège des Jésuites d'Anvers.

de rendre de nouveaux services à la civilisalion ^ ils le saisirent. Us devinrent astronomes comme ils étaient controversistes et historiens. Les premiers qui parurent dans cette carrière, où tout restait à Tétat de doute, où la réalité elle-même prenait les apparences de Terreur, furent les Pères Clavius , Alexandre de Angelis , Jean Voell et Odon M aléotius. Ils jetèrent l^s fondements de ces études dont le Père Georges Scheiner fut l'oracle. Scheiner observa les taches du soleil long-temps avant Galilée; mais, par respect pour les préjugés contemporains et par déférence pour ses supérieui^, il se contenta de communiquer son secret au savant Welser*. Quand le Jésuite, plus libre et plus hardi par l'éclat de sa renommée , revendiqua sa découverte , Welser eut la probité de la confirmer ; et , au témoignage du baron Christiern de Wolff , les ouvrages du Père Scheiner sur cette matière furent autant de chefs-d'œuvre. Le Père Christophe Grimberger publiait sa Prospectiva nova cœlestù, u livre remarquable , dit Lalande % en ce qu'il contient la première idée des projections centrales , c'est-à-dire la projection de la sphère sur un plan qui la touche en un point , l'œil étant au centre. » Tandis que les^Pères d'Aleni, Charles Spinola, Bressani et Ruggi se livraient dans le Japon et dans l'Asie à des observations astronomiques, ffx que les Missionnaires chinois, comme nous le raconterons au chapitre spécial des Missions, faisaient faire de rapides progrès à la science, François Aguilon, Joseph Blancani, Michel TVIourgues, Georges Schonberger, Albert Curtz, Etienne Moro, Hugon Sempilius, Pierre Robinet , Jean Lévrechron , Emmanuel Diaz et

* lAis lettres du Père Scheiner sont intitulées : Ad Felserum de macutis solaribus epistolœ.

' Bibliographie asti-onomit/ue, p. 157.

lY. 21

322 HÎSTblhË

lirtrace Gt*b§èi, rantagbhiste de Gîililëe, fécondâîent l'âstrondiiiie el régula lisaient ^on enseignement. Le Père Eifchinardi; daris sbri observatbîre du Collège ftortiaih ; dëvâfaçaiît Càssiriî pbdf la dëcbiii^erte de la meri^étllëiisb bbtiiête dfe 1 668; D'dUtbes JéâUiles , répandus Stih les Meï% la âîgnâlêPent; ils éH calculèrëiit là riarche Ibrs iHêntë qu'elle étSit fericbre ighbréë en Etirojië.

Chaque année semblé hiËrqùéë dans là Gonipdgnîe de Jëstis par quelque grand travail. Ici fcë sbtit Antoine Piniëdlsi ; Jérôme Tarterbil ; Jean Richâud ; Rokâuski , Fbntaney, Bonfa, Hauckè et Aridrë Tàcqnet, qui étiidiètil là marblife dos astres ; là Claude Millet Dfeschales dëinontre que la réfractibh de là Idmîëfë ë^t une Condition essehtielle à la prbdubtldn des cbiHeur^ dans Tarc-eii-fcîel ainëi qtië déng les î^ërres; puissante découverte qui âëi-iira 3e hàsè à là thëoriiî de NëiVton. Plu^ loîH les Pëi'ë^ Tisdelbti et Ijecomte bbseKërit les éclipses dëg satbllîtës; Jsiëqitës Krë^ai, « homme universel, » selon LalàHdë', AHtoirie Laval, Cotnbés, fàîllaridiër, Castel, Oaiibil , Koeglëi',' Slaviî?ëëk et Jb^eph Rbgèr Bosco vie h Sbhtlëhhëht avec hbfariehl- le fahg <Jile l'Institut de Jésus à BKs dans les sëiehces ëiâcties. Èdscbvich est la liiriilëbë de ces tibiivëlles génératibiis. Admirateur de Netrtbh; il ëH riiôdiifiie, il ëri reformé les Idées, afin de Jëîf affrânfcbir des bbjecdonS qui èmbêlrrassent leur màrôhe. Gek hé èuffit pas au Jésuite ; il fadt qu'il trace aiix nëwtoiiibnS modernes !e.^ règles de leur foi astronoirii^ue : V AttrtictM côHsiifërêe cônifUe loi ûniverèelle paraît. C'était le bréviaire du ssivant. Les Pères tbarles Ben^erfùti à Rdrttë • Paul Makb et Ctarlcî^ Scberfer à Vienne , Léopold Birvald à Gratz , Horwath à Tirnau , adoptent et popularisent cëtië doctrine, tout à la fois

• Ihh'ein, i). 333.

DK LA COMPAGNlb DE JÉSUS. 323

sîmple et positive. Le Jésuile Boscovich élait en relation avec d'Alembert et Conaorcet ; là Société royalç de; Londres Tappelait dans son sein; les monarques de l'Euiope rhoiioraient de leur affection; il dirigeait l'Obr servatbire de Milan. Néanmoins, au milieu de ces trâvaux et de ces illustres ainitiés, Boscovich composa soïi beau poème astronomique : De Solïs ac Lunœ Defectihus\

Sûr d'autres points Tinfluence de la àociéte de Jésus se faisait également sentir. MelcHiôr de la firiga , André Meyer, Philippe Sinionelli, Barthélémy Maire, Ri voire, Maximilien Hell, Weiss, Béraud , Stepling , Hallerstein, de Rocha , Pilgram, Hugoii Chatellain, Gésaire Anman et Bullinger se font les apôtres de la science/ L'Europe comptait à peine dans ses capitales quelques ohservatoires : les Jésuites, vers le milieu du dix-septième siècle, s'avouent la nécessité de consacrer à l'astronomie des édifices spéciaux. Ils s'instituent les propagateurs de cette idée : ils créent des machines d'optique, ils intéressent les rois et les princes à ces monuments, qui bientôt sont en voie d'exécution. A Wurzboure:, le Père François ïïuberti préside lui-même à la construction de son observatoire ; à Vienne , le Père Hell obtient de l'impératrice Marie -Thérèse que celui du Collège Académique sera agrandi à ses frais ; Charles-Théodore , électeur de Bavière, offre aux Pères Mayet* et Metzger Lédificé que, sur leurs instances, il a fondé dans là ville de Mànheim; le Père Këri en élève un à Tirnau, en Hongrie; les Pères Stepling et Retz sacrifient leur foriune à celui de Prague; lé collège des Jésuites crée l'observatoire de Gratz;

' Le nom de ce Jésuite était si célèbre que, même pendant la révolution française, il fut permis à Lalande de faire publiquement son éloge dans le Journal des savants (février 1792).

à Vilna , ce sont les Pères Lebrowski et Poczobut qui donnent le signal : Pallavicini bâtit celui de Milan sur les dessins de Boscovich et aux frais de la Compagnie de Jésus; les Pères Ximenès à Florence, Belgardo à Parme, Panigay à Venise, Cavalli à Brescia, Asclépi à Rome, Piazzi à Palerme, Carboni et Copasse à Lisbonne, Laval et Pézenas à Marseille, Bonfa dans la vieille cité pontificale d'Avignon , se livrent aux mêmes projets , ils réalisent les mêmes établissements, u A Lyon , dit Montucla*, les Jésuites avaient fait pratiquer dans leur magnifique collège un observatoire dans une situation des plus avantageuses. Il avait été fondé et construit par les soins du Père de Saint-Bonnet. Il fut remplacé par le Père Rabuel, savant commentateur de la Géométrie de Descartes, auquel succéda le Père Duclos et enfin le Père Béraud, physicien ingénieux, excellent géomètre et observateur zélé et industrieux. Je suis cbarmé, ajoute l'historien des mathématiques qui publia son ouvrage pendant la révolution française, de jeter ici quelques fleurs sur la tombe de ce savant et respectable Jésuite, qui m'a mis en quelque sorte entre les mains le premier livre de géométrie , de même qu'aux citoyens Lalande et Bossut. >^

Comme les associations à qui l'uniformité de principes et de vues donne l'uniformité d'action, les Jésuites, quoique souvent séparés par tout le diamètre de la terre, quoique inconnus les uns aux autres, correspondaient entre eux de chaque point du globe. Épars dans l'univers, ils signalaient les phénomènes de la nature; ils en transmettaient la description à leurs frères d'Europe; ce récit, fait sur les lieux, devenait autorité dans les académies. Ija fécondante activité des Mission-

* HiêUnre des fnadiématiffuês, t. iv, p. 3t7.

naires ne laissait rien passer sans observation; tout était pour eux matière à enseignement, car, au fond de ces empires labourés paç leur apostolat, ils rencontraient partout des vestiges de culte ou d'histoire, des monuments oubliés, des arts nouveaux et des plantes que la médecine allait utiliser. Sur ce terrain, le plus vaste quaucune agrégation d'hommes ait jamais vu se déployer à ses yeux , ils marchèrent , depuis leur origine jusqu'à leur chute , avec une persévérance qui ne s'accorda pas un seul jour de repos. Ils avaient des savantç qui, dans les grands centres européens, fertilisaient la pensée humaine en propageant l'idée religieuse. Ils en eurent d'autres qui, épars sur les mers, qui, disséminés sur tous les continents, se rattachèrent à leur patrie par le souvenir d'un bienfait pu par la conquête d'une science. Ces Missionnaires n'étaient pas seulement des apôtres annonçant aux peuples du vieux monde et aux tribus sauvages du nouveau. le Dieu mort sur la croix pour le salut de tous. Leur œuvre de civilisation ne s'est pas arrêtée là. Le Christianisme était leur but principal ; mais le Christianisme embrasse tout; on les vit donc se mêler à tout.

Le 2 1 avril 1 6 1 8, le Jésuite Pierre Paëz accompagnait l'empereur d'Ethiopie dans le royaume de Gojam. L'armée était campée sur le territoire de Sacala, « près d'une petite montagne qui ne parait pas fort haute, parce que celles qui l'environnent le sont beaucoup plus, ainsi s'exprime le Père Paëz lui-même dans sa Relation de la découverte des sources du Nil, J'allai et parcourus des yeux assez attentivement tout ce qui était autour de moi. J'aperçus deux fontaines rondes, dont l'une pouvait avoir quatre palmes de diamètre. Je ne puis exprimer quelle fut ma joie en considérant ce que Cyrus ,

ce que Gambyse , ce qu'Alexandre , ce que Jules-César avaient désiré si ardewinient e\ si inutilement de savoir. Ces fontaines pe r^gofgent jamais, parce que V^a^i, aya^^ une sor|e de pente, ^'échappe avec impétuosité au piec^ de la montagnei. Les paysçms dlu voisiqage p'ass^xrèrent que, comme l'anpée ^yait été extrêmement sèc^e., la montagne avait ^remblé , ^t quelqviefois elle s'agite avec tant de violence, qu'on ne peut y aller sans danger, w

C'était l£| source du Nil. L'empereur ^'Ethippie et les. habitants du Gojau^ n'avaient y^ dans ces phéripmèr^^s dç la najure q\ie des choses ordinaires; Iç Père ç^çaya de sonder 1^^ mystère qui se ^^évélcjU- H suivit l'eau dflj^s toutes ces dircQ^ip^s, i| tr^yersçi ^es rpchcre d'où elle Retombe ep écume et en fumée, puis il arriva à constater la naissance du fleuve roi*. En iiio, Mai^i^el Rpn^^^, Supérieur des laissions de VOrénoqne, se ^net pendaip^^ nevif V^o'^s à eu étudier le. cours. Il sait ^e quelle fltilité es^ pour l'apostolat et po^r le, çoniiperce la connaissance de to^ les fleuves; ^1 s'e^fprce de c'en ren^rç C9mpte. Après de lo^g^es f^t^gups, il arrive à trouver le point de jonction entre l'Oréqoque et le H^^^gnp^. 4^ant ce Jlésuite espagnqlj, le Père .Jacques Marga^^e, d|ans l'A^nérique septentr^oir^ale, donnait cet exemple d'investig.ation qu'adoptaient les Missionnaires ^e, l'Amériqiiç ïpaéridippale. Eu 1673, il part du laç ]\Iichigan ^yec quelques rameurs;, il se cli,^ige vers le s^d. ]^\ n'a que de vagues indications fournies par des s^uyag.es, mais, il comprend que l'embouchure du IV^ississipi pç (^oil; pas être éloignée : il îa cherche, il la trouve dan§

- Vos0ien> dans son Dictionnaire géographique, confirme les paroles du Jésuite. A l'articTe Mt, nous lisons : « le Pèt-e Pierre Paiëz est le premier Européen qui en aît dipcouvcrk la soi;rc«, au mois d'avrij, 1619. "

DB LA COMPAGINI^: DE JÉSUS. ^21f

Iç golfe mexicain. I^argaUe» ai^ ipilieu de $e$ exploratjpas^av^jt entendu les peuplades des bprd$ d^ Mj^sisj^^pi parler çj^ U grande iq^r qcpidentale qui s^pparai^ait ^^ rftmqptaqt le fleuve, aprçs avair suivi le cpur^ dVp^ aq^re rivière. T^a. trs|di^qi| de cp fait s^'ét^it çquserv^a p^rmi le^ pnfm^Js ^ç, Lflyftla; \]^ Vav^iwt çQffiTnuniquée ^Vi t^Pffvprqpçaen^ français pu ^éRipntra^t |ps «v^ut^e« pqUtiq^es de çptte dépquyertp pjar 4?& ççiéiupire^ qi^i existent encore; ils d^inf^q^aie^t qu'qa les ^lU à même d'p.uvr^f. ^^^e nquyelle fpqte %^ pqmflfiprw. \^ France ^^ Lqflis i^V n'^Quta pas ces ^yirr (^\e l^^^a ^ un Angi^W rhonufiuf 4^ Teutçepri^.

P au^rçs Jé^if jtçs fi^arçl^eqt ^ de p|^$ dif^piles ppuq^^tes. ^1 y ^ a qui pvép^fept ^a 4éçq^YeFte de XQ^é^Q^ , dq«| i^n navire aiuéricaiu v^pudra, eq 1 79 1 , sal^ef les riy^ fjpftiles du nom de Coloria. Le P^re Charles A^bauel paf | \ç, 8 aq^t i^ji ppflr f^^yçir à ses çqiflpfjtriote^ u^ ç^e- ^qin ver3 ^21 baie 4'Biw<lsqn. Lçs Apglftis, fqw4P^isse^^t par, n^çr de^ a^D^çs et des i^unitiqi^s au2^ peupla^çs yotUiue^ du Ca^^dsj; ^S; eutre^ie^po^^^ ainsi, Isj gjuerre çofltï'^ tfl n^étropqjçu Tajqn, iutçw^ant §^éxs^ de Ifij çoj^on^q, yeut savoir le pqint sur Içquel débarquent ^e^ tfa%[v^£^l^ b,rir. t£(nnique^. Vhf^ ^ç. h,^it cents liepf^ de d^sejçt^ iijftprE^tiç^bles l'eft ^^p^faienn \\ fall^^l a^qqtçî* 4'ima^ç^\^ çh^es 4'es(u p\ ^'ong^ej. ^^n^ 4ç? régiflfts ^pcoq^^^ç^, L^

tW^a^^v.^ ^t?^ ^ Pçri^W^ftT «\î« te§ qfftçi^s |çs pj^ç ^^t, terminés s'étaient vus forcés d'y renoncer à trois reprises différentes. Talon ne se décourage pas comme eux; les . §p]dats^ a P.^çm plus ^'^Yftulwçr dansi le;^ u^rai^ deT^dftW: sac; en désespoir de cause, il y lance un Jésuite; le Père Albanel part avec M. de Satnt-Stmon et six sauvages. Au bqm d'iw ap, il rç^viçut 4 Québçç, après avoir quyçr^ a^v^x Français une vote sûre pour arriver à la baie d'Hudson.

328 IlISTOmE

Ainsi , toujours guidés par la même pensée , les Jésuites posaient les premiers jalons des explorations scientifiques aux quatre points cardinaux de l'Amérique septentrionale. Le Père Biard, dans sa naïve relation de i6i49 décrivait les côtes orientales du Canada; en 1626, le Père Charles Lallemant faisait connaître les régions voisines de Québec. En 1678, le Père Marquette ouvrait la route au midi et le Père Albanel au nord. De longues années, de sanglantes révolutions ont passé sur tous ces pays. Les projets des hommes ont été brisés ou anéantis comme les fortunes individuelles, et voilà qu'en i844 un Jésuite, le Père Pierre de Smet', poussé par le désir d'évangéliser les sauvages, pénètre dans les Montagnes Rocheuses, remonte jusqu'à leurs sources le Mississipi et le Missouri, puis réalise à lui tout seul les désirs et les espérances des anciens de l'Institut.

Dans leurs excursions religieuses, ils n'étaient pas seulement Missionnaires, ils avaient toujours présent à leurs coeurs le souvenir de la patrie absente, et, avec une sollicitude que les peuples oublient si vite, ils s'occupaient de faire tourner leurs voyages au profit de l'humanité, des arts européens et de la richesse nationale. IjCs uns devinaient les qualités fébrifuges du quinquina, et ils le faisaient passer en Europe , d'où il se répandit dans tout le monde*; ils recueillaient chez les Tartares la graine derbubarbe, et ils naturalisaient en Europe cette plante

t Voyage et séjour chet les peuples des Montagnes Rocheuses. (Matines, 1844.) > La première personne d'Europe guérie de la fièvre par le quinquina fut la comtesse de Ghinchon, vice-reine du Pérou. Les Jésuites connaissaient déjà les propriétés de cette poudre des Hérès ; ils en firent passer à leurs frères d'Espagne. Le Père , depuis cardinal Juan de Lugo, la porta k Rome; le Père Annat, en France, où elle sauva la vie à Louis XIV, au même moment que d'autres Jésuites Tintroduisaient en Chine, pour délivrer Tempereur Kang*Hi d'une fièvre pernicieuse. Le quinquina a été longtemps connu en Espagne sons le nom de poudre de la comUsse, à Rome sous celui de poudre du cardinal de Lugo, En France et en Angleterre on l'appela poudre des /«• suites.

précieuse. Dans les forêts de la Guyaue et de l'Amérique ils découvraient et livraient au commerce la gomme élastique, la vanille, le baume de copabu. Le Père Lafitau transplantait du Canada en France le ginseng, dont le Père Jartoux analysait les propriétés. D'autres Jésuites se signalaient dans le Céleste Empire. L un rapportait à sa patrie le coq et la poule d'Inde, l'autre le marronnier.

Du fond de l'Orient, ils songeaient à développer l'industrie nationale; ils faisaient passer en France les premières notions sur la manière de fabriquer le maroquin et de teindre les cotons en rouge. Dans l'Inde , où il vivait avec les naturels, un Jésuite se prit à examiner attentivement les procédés et les mordants pour l'impression des toiles peintes; ce fut un nouveau patrimoine qu'il légua aux manufactures de son pays. L'Europe était tributaire de la Chine pour la porcelaine. Le Père Xavier d'Entrecolles fixa durant plus d'une année son séjour à King-te-Tcbing , province de King-Si, dans la seule ville où travaillent ces ingénieux artistes. Avec ses néophytes, ouvriers eux-mêmes, il étudie le mélange des terres, leur fabrication, la forme des- fours, les dessins. Il réunit des échantillons de kaolin et de pétuntse, dont l'habile fusion constitue la porcelaine. Il saisit les procédés de cuisson et de vernis, et il adresse ses descriptions au Gouvernement français , qui a su si magnifiquement en tirer parti.

Jusqu'à ce jour, la Compagnie de Jésus semble avoir beaucoup plus vécu sur la réputation de ses poètes, de ses historiens et de ses hommes de lettres que sur celle de ses théologiens et de ses savants. Le monde connaissait les uns, il n'avait jamais entendu prononcer le nom des autres qu'à travers un nuage d'ennui scientifique. Les

330 HISTOme

poètes et les littérateurs servirent à faire an^nistier tons ces doctes personnages. Le monde s'avoua qu'ils pourraient bien être de profonds controv^rsistes, degran^ç mathématiciens, pa^'ce que Boqhours était un hpmri^e' aimable, et que Lemoyne, Rapin, Vanière et un grand nombre d'autres Jésuites rivalisaient d'enthousiasme ou de grâce lyrique avec les chefs de Técple du dîx-§eptième siècle. Le profane servit de passeport au sacré. On aimait ces écrivains diserts, dont Içs ouvrages plçjns d'élégance étaient accueillis partout ; on admira sur pa-^ rôle les maîtres dont ils s'honoraient d'être les disciples, et ou fit df s Jésuites plutôt une société de lettrés qu'uq institut de religieux. IaB. poésie et la littérature proprement dites, ne sont pourtant et ne devaient être en réalité qu'une exception. Ce n'était pas dans le but de former des versificateurs et des académiciens que saint Ignace avait fondé sa Compagnie. Pour s'abandonner aux exaltations et aux rêveries, pour épier, dans la nature ou dans le cœur humain* les accents de pitié, de terreur ou d'amour qui constituent le poète, il fai^t pouvoir se livrer en toute sécurité à ses joies, à ses tristesses, au repos ou au travail. La première çon-^ dition de l'existence claustrale s'oppose à cette capricieuse liberté. Le Jésuite a un cercle d'ocçupatiojp^ to'^ lui est impossible de franchir: il vit dans la prière et dans l'étude, dans l'exercice des devoirs sacerdotaux ou dans les voyages apostoliques. Le temps lui manquei donc pour accpn^plir les œuvres que son ima^^ination voit passer en sonee, et s'il est poète, ce ne sera que dans les années de la ieuuesse ou au milieu des soins du professorat.

Beaucoup d'entre eux cependant trouvèrer^t moyei^ de jeter sur leur Ordre un nouveau reflet de aloire. Ils

cleyinrent célèbres h tçur tepops per^u; ils fit^nt ^e$ ver» poiif se r^ppspr d'études plus graves, pour exciter pa|\ leur exçmple |es élèves à l'amour de? belles-lettfes. Qe^

yers Qflt acquit à Içjav ^9VS W^ W"^PrtalU^ sur Jagw^llç personne p'ayai|; cofiipté.

^^e la^iq était 1^ Uqgue de prédilection des savants çt des collèges; ce; fv^\ en latin qp^ la plppe^rt écrivirent- Frusiç, T\\^çi, Perpifliep, ]\Iaffçi, pressqjes, Beupi, ^çc cet, ^ailjan, Hq^sçl^iuç, Ficbe.t, Cc^ussjn, Qaluzzi et ^\' chetqmet furent Ipsi pren^^e.^^ qui se distinguèrent dans la ppésie e^ dans \d^vX oratoirç. Il nq faut point chçrçlicr daps leuv§ œuyresi ]ç$ t^i^tç^s ou jftyçvx mouve^ients 4^ çp^^r quet la jalousiq, ]a^ ^laiqe. o^ \^ |p|0.nt^ei^r fpnt paitrç sur la lyre^ D|6piû§ ïJomère, ^amour a été Iç mobile, àé terminant de. ^oi^te ppésie.; Içs Jésuites spnt> par devq^r, condamnés à ne jamais ç;mplpypr ce levier. Ils ne pçuyeflt puise^* le s^ije^ de leur§ çbants quç ida^^ ^^ or^fp c^'^défs i^or£\les ç^^ agfesteç peu favorable;ç à l'çlan ^^s passions qui vivent ^e félicités factices et dç douleurs réelles. Us n o^t pas la resso^irce d'én^quvpir par ]|a pçinture des Yoli\p^é$ ou dçs tpurments qui agitent l'homme ; la satire elle-mê.me çst ipte^rdite à leur ç\\si^ ritç. Il faiu^ qu'iU se résignent au gçnre descriptif, ett si . WÇ ç,pigramp[^e tomb^ de lei^rs lèvres, cette épigr^u^me, passée ^u cçeuset de l'amour du prpch^^p , sç rédq^ra ^ quelques aptit^ièçes ??mç fiel, ^ une ppiécbançeté qi^i ^e ble^er^H ipème pas la vanité ^ plus ombrageuse-

^ poésie fut dp^c pQur les Jésuites pliUt^f un pa§§ft: feiQp^ qu'u^pie occupation; ilç lui demandèrept d'ianqceints plaisir^, jamais de fortes émotions. Néanmoius, d^us ce cadrer si restreint , il sç trouva des Pèreçi qui , comipe fruçis , sureut conquérir une ^e.lle place;. C^sîpiir Sarbiewski composa o\f. retoucha les hymnes ^n

Bréviaire Ronidin; il eut avant Santeuil le lyrisme catholique , et Grotius dit du Jésuite polonais * qu'il marcha à côté d'Horace , et que parfois même il le surpassa. Jacques Balde eut dans l'Allemagne, sa patrie, le même honneur. Comme Sarbiewski, il possède à un haut degré le désordre de l'enthousiasme et le rhythme latin. C'est du génie enfoui dans les langues mortes , mais du génie que ses contemporains saluèrent avec des cris d'admiration. Le plus célèbre des ouvrages du Père Balde est Urante victorieuse ou le Combat de rame contre les cinq sens , et à une époque littéraire, en 1660, ce poème obtint les honneurs d une quintuple impression.- Le Père Vincart publiait alors ses héroïdes sacrées, Jean de Bussières son poème de Sca/nderberg et sa Rhéa dé-livrée , tableaux incomplets où la pureté du style ne répond pas toujours aux magnificences de la pensée. Balduin Cabillarius, Gualfreducci, Stephoni, Charles Papin, Antoine Milliet, Bauhusius, Werpœs, Pulcharelli, Pimenta de Santarem, Benci et Gilbert Jouin, surnommé par son siècle l'Anacréon chrétien , ont tous laissé des chants pieux , de saintes élégies ou des poèmes dont la Vierge est presque le seul objet.

Les Pères Charles de La Rue et Gabriel Cossart continuaient en France ces gloires littéraires de la Société de Jésus. La Rue célébra en beaux vers latins les conquêtes de Louis XIV, que le grand Corneille, son ami , traduisit en beaux vers français. La Rue , vivant dans une atmosphère d'éloquence et de poésie , se distingua dans plus d'un genre. Il fut orateur élégant et auteur tragique plein d'élévation ; il fit des tragédies latines , il en composa même dans sa langue maternelle; et Lysimachus ainsi que Sylla ne sont pas encore sans mérite. La

* Horatium assecutus est, imo aliquando superavit.

forme était beaucoup pour lui. Esprit délicat, il aimait la simplicité et Tharmonie; il fut le modèle de la plupart de ses contemporains dans la Société de Jésus. Tandis que le Père Thomas Strozzi , à Naples , chantait la Manière de faire le chocolat et discourait sur la liberté dont les républiques sont si jalouses, tandis que le Père Laurent Lebrun faisait son Virgile et son Ovide chrétien^ René Rapin * publiait son chef-d'œuvre des Jardins, Delille en a paraphrasé les descriptions; il lui emprunta des détails pleins de charme et de sensibilité. Commire n'a pas cette imagination riante ni la hardiesse qui décèle l'inspiration ; son vers est pur ; néanmoins il se ressent un peu de la brusquerie de son caractère. Il sait être simple à force d'art; mais souvent il dépasse le but. Commire , dans un discours de Arte para/ndœ fa/mœ , jette un coup d'œil sur les manœuvres littéraires de son temps; et, sans le vouloir peut-être, il est prophète pour tous les siècles". Rapin a chanté les jardins, Vanière célèbre la maison rustique. Son Prœdium rusticum^ a quelque chose de naïf, d'harmonieusement agreste, et l'on comprend que la campagne a été les amours du Jé-

< Santeaily dont rorif^iDalilé de caractère a peut-être contribué k rehausser la çloire, avait parié deux cents livres tournois avec Duperrier qu*il faisait mieux les vers que lui. Ils composèrent un poème et prièrent Ménage de décider quel était le meilleur. Ménage s'ctant récusé, ils choisirent le Père Rapin pour juge. Après avoir lu les deux pièces de vers, le Jésuite rencontra Santeuil et Duperrier sur le parvis de leur église des Victorins ; il leur dit que des hommes raisonnables et chrétiens devaient rougir de montrer tant de vanité, et qu'il fallait qu'ils Fussent bien riclies pour engager vingt pistoles sur de semblables bagatelles. Puis s'approchan t du tronc de Téglise de Saint- Victor : * Les pauvres, ajouta-l-il, profiteront de l'inutilité de vos disputes et du superflu de votre bien. »

La poésie, on le voit, n'était pour un poète célèbre de la (compagnie de Jésus qu'une bagatelle.

' On lit dans un passage ce curieux tableau , qui sera vrai tant qu'il y aura des gens de lettres : « Exercent quasi quaedam monopolia famse et societates laudum laudant muluô ut laudentur, fœnore gloriam dant et accipiunt, caeleris omnibus obtrectant. t

3 Quand le Père Vanière vint à Paris, Louis XIV fit frap|M!r une médaille d'or en son honneur. La République de Venise, en 1774, rendit le même hommage au Père Vincent Riccati, l'un des plus célèbres mathématiciens de Ja Société de Jésus.

S3a HISTOIRE

suite. Etienne Sanadori ressuscite, à l'exemple de ses maîtres, les beautés de Virgile et d'Horace. Poète comme eux , il trouve toujours au bout de sa pensée l'expression la plus vraie, le bbythme le plus nombreux. A leur suite le Père Augustin Sbiiciet, avec ses poèmes sur V AgHcàlture et téà Comètes ^ Bt'ulnby avec ceux des Passions et de îaP'eiTerie, Reihier Garsurghi, La Santé, Jacques de la Baune, Charles d'Aquîno, Buffler, Frédéric Sanvitall, Grozief, Jérôme Lagbmarstlli et Josepli Desbillbns; te demiet des Borilaitis, digne rival d'Ésope et de Phèdre, maititinretit dans l'Ordre de Jésus \h prééthinetice que tant d'agréable^ oïlvl'ages liiî avaient conquise.

Ces homhies qui, avec Sailteuil, fofrfieiit un des faisceaux de la glotihè du siècle de Loilis XIV, ont conservé, jusqu'à nos joiiri, tille réfititatîon éclatante; on lëà honore jnême ({uànd on he les lit plus. Ils éureht cette sobriété de \à hiiise sans laquelle lès œiivrés âe l'esprit tiè peuvent dspirèr S un durable succès. Les poètes latins de là Gonlpagiiife n'avaient risqué qîië des témé-^ rites approuvées |)ar le goût ; tlti autre Jésuite , Pierre Ijeraoyne, se livra à tous les dérèglements de l'imagination. Ce n'est plus à la langue des anciens qu'il demande le mot dont sa pensée a besoin, Lemôyne veut chantef- Saint Louis dans l'idiome national. La langue subissait alors sa révolution; elle était privée de la naïveté àe Marot; elle ne s'élevait pas encore avec Corneille; elle se trouvait dans ces époques de transition si funestes au talent. Lemoyne était un écrivain à la verve impétueuse, mais qui ne sut jamais soumettre au frein ses puissatites facultés. Il aurait créé l'excès, si l'excès n'eût pas régné avatit lui. Il fut tour à tour sublirne bu ridicule , éloquent ou barbare; il développa un tel luxe d'iitiagies que sôu-

DE LA COUPAGNIE m JÉSUS. S35

vent, des hauteurs de la poésie, il tombe tout à t'ou|> dans la tiîvîalité des mélaphores. rieinoyne était dl(rnc d'uii meilleur sort; il possédait le moiivemeat épique, ce féii continu qui alimente les passions. Avec tant de ressoiirces dans le cœur, il cliancela comme un homme ivre, parce qu'il se ht une loi de mépriser. toutes les convenances et de ne savoir jamais être simple ou magnifique à propos '. Dans rliistoîre littéraire de la France, Il ne sera jamais que le trait d'union qui rattache à Ronsard et à Du feartas les poètes du dix-neuvième siècle.

Les .lésuites qui, comme le père Lemoyne, s'occupèrent après lui de poésie française, ont répudié l'héritage des paroles de six pieds qu'il leur avait légué; ils furent plus corrects, plus classiques que lui; pourtant ils n'eurent pas sa verve entraînante et son exubérance de génie. Les Pères Porée, du Cerceau, Vionnet', Kervillars et une muhitude d'autres dont les vers, bons ou médiocres, sont condamnés à l'oubli , se firent une réputation de

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bon goût et d'élégance. La poésie ne fut pour eux qu'un accessoire, ils ny brillèrent que par distraction; mais dans un autre genre ils déployèrent de grandes ressources de diction. L'éloquence profane , celle surtout du panégyrique et de l'oraison funèbre, les place sous un nouveau jour. Ils appliquèrent le précepte et l'exemple ; les harangues des Pères Albert Koialowicz, Alexandre Macchi, Louis Juglar, Antoine Viger, César Romain, Pierre Rouvière, Wading, Petiot, Thomas Politien, Cools, Metsch, Guilhem, Sala, Rumer, Aschendorf, Michel de Saint-Roman, Lejay et Gossart, qui furent les maîtres, les contemporains ou les héritiers de Rourdaloue et de La Rue, ont laissé dans ce genre académique des éloges qui disparaissent avant même le souvenir du mort dont ils devaient immortaliser la mémoire.

Il n'y a pas une branche de littérature honnête à laquelle on ne soit forcé de mêler le nom d'un Jésuite. Avec le Père Martin du Cygne, ils recherchent les sources de l'éloquence et ils apprécient les comiques latins. Avec Brumoy, ils ont traduit ou analysé le Théâtre des Grecs, afin de donner aux tragiques de tous les siècles des modèles de noble simplicité. Joseph de Tournemine est, dans leur Dictionnaire de Trévoux ^ l'oracle des savants et de la critique. Jouvency trace les règles du goût; Xavier Bettinelli adresse à Voltaire ses belles X«ftres sur Virgile. Poète et rhéteur italien, il a moins d'enthousiasme que de jugement; il ne procède pas par le génie, mais par l'esprit. Le Père Bouhours, son devancier, eut, comme lui, la grâce du style; comme lui aussi, il sut découvrir avec trop de perspicacité les négligences échappées aux grands écrivains. Chiude Menestrier, c'est l'ingénieux architecte de la Compagnie de Jésus, le maître dans la science du blason, des tour-

DOIS et du décorateur. Jean-Baptiste Blanchard, par son École des Mœurs y se fait le moraliste de tous les âges ; au même moment , les Pères Berthier et Zaccaria deviennent en France et en Italie les chefs littéraires de la réaction religieuse contre les incrédules du dix-huitième siècle. La Compagnie qui va succomber se voit encore à la tête d'une phalange sacrée , dont nous raconterons plus tard les travaux , et qui , commençant à Tiraboschi, à Feller, à François de Ligny et aux deux Guérin du Rocher, trouvera de dignes héritiers dans le Jésuite cardinal Angelo Mai, qui à découvert le traité de Gicéron de Republica, dans les Pères Rosaven, Perrone, Maccarthy, Ravignan, Finetti, Montemayor, VanHeke, Secchi, Vico, Pianciani, Arthur Martin et Gabier.

Dans un ouvrage publié à Lisbonne en i83o, sous le titre de : les Jésuites et les Lettres, un écrivain portugais, .Joseph de Macedo,se demande : Si tous les livres qui furent composés sur les sciences en général et sur chacune d'elles en particulier venaient à périr et qu'il ne restât que ceux dout les Jésuites sont auteurs, sapercevrait-onde quelque vide dans la république si étendue des lettres? A cette question, Macedo répond d'une manière négative, et il développe les motifs de son sentiment. G'est de l'exagération ; nous n'en voulons ni dans la louange ni dans le blâme. Autant que l'insuffisance de nps forces l'a permis, nous avons essayé d'indiquer la portée et le caractère des labeurs intellectuels de la Société de Jésus. Nous n'avons pas eu la prétention de faire un tableau , mais une simple esquisse, afin de réunir dans un même cadre les services rendus aux lettres et les bienfaits prodigués à l'humanité. Ge cadre aurait pu s'élargir démesurément, car nous n'avons pas tout dit, et sur les hommes et sur les IV. 22

m HISTOIRE

écrits. Il servira néanmoins à démontrer que dans tous les temps, que sous tous les climats, les Jésuites furept les apôtres de la science iiumaine , comme ils étaient les propagateurs de la foi divine. Us ont rempli d^os le monde une double mission aussi glorieuse que difficile. Par l'enseignement et par les idées de toute nature qu'ils jetèrent dans la circulation ^ ils ont, sans aucun doute, atteint le but religieux qu'ils se proposaient. lia fin de cette histoire nous appi^endra s'ils n'ont point dépassé l'autre.

DE LA COMPAGNIK DE JÉStJS. 339

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