‹ Histoire de la Compagnie de JesusChapitre 13 sur 22 · IV · texte numérisé non relu

IV

m HWTOIBfi

ymr^ faisons le nôtre. » A partit* dé ce jour, f jduis XIV ëembla entrer dans un/e vie motos féconde en scandales de famille.

Mx comineiijç^iyieiit d4 1670 la Père Ânnat, qui penéi^;^ iseize 9)prs (M chargé dé U direction spirituelle du U<^i^ l^êus^ que U yml\eme ne lui peraiettait plus d'offrir 4P priw0 des conseils q^i n'étaient pas toujoiu^ .écoutés : i) #b9o4ona9 la 4$bnt, et résolut de courir en simple r^Jîgietix. Uo autne J^siiite du Rouergue, le Père Jean Ferri^f • lui succéda, « Peut homme quant à la taille , dit Am^lpt de h Houssaye \ mais graud homme quant à )'e3prit9 if Ferrier arrivait dans de» circonstanûes difficil^^s. Ce n'était ni la maosuétude pleine de rudesse du Père Annat ni l'élégante doueem* dtâ Pière Tjachaise. Ferrier avait dies qMalitaé plus trancjiées. 11 savait qu'au ^iliep des égarements de àon oomr^ le Roi oonservak un profoqd iwsp^ct pO;V h Reli(pon : il osa lui en imposer un téi^igo^e soleaoel. « Plus d'mie fois , raconte Cim^Y dj^n^m» Mémoéré^^, au scandale du petit peuple, ^iai;s ^ ré4ifi<^'atio» di^s gens sages et éclairés » le roi a mieu^ aUué s'éloigner d;es sainte mystères , quoique la pplitiquç ^n murmurât, qîne de s'en épproeber indi^ gpemeot. ?>

Dan§ l'altentp d'un retaiîir pré^'u, le Jésuite , que ses foacjiiQns de icQpfesseul' de J^uis XIV appelaient au maniement des affaires religieuses^ s'occupa de la prospérité de rÊgiise et dejs intérêts du Clergé. Il aimait l'Institut de ;saint Ignace avec tout le dévouement d'un Jésuite; mais, s'il faut en croire Amelol de la Houssaye, qui a beaycoup connu ce P^^e,, ose n'était nî par des injustices ni par des favieurs qu'il prétendait le servir.

' Mémoires irAmelol tic la Houssaye, t. m, p. 290.

» Mémoires de l'ahhë de Clioisy («édition Peùtot), t. Lxxiil, p. J74.

« Souvent, raconte cet annaliste', je lui ai entendu dir^ à des Jésuites qui voulaient le faire entrer dans leurs querelles particulières pour être appuyés de son crédit, que le Roi ne l'avait pas fait son confesseur pour être Tavocat des méchantes causes. » Une paœille indépen^ dance de caractère , soutenue par une fermeté qui ne se démentit jamais, provoqua plus d'une plainte, Louis XIV s'étaii déchargé du soin des nominations ecclésiastiques sur un conseil de conscience dont le Père Auiiat faisait partie. Ferrier y fut appe^ au même titre; mais bientôt il ne se contenta pas de son suffrage isolé. Il écarta Fran* cois de Harlay, le nouvel archevêque de Paris. Il s'arrogea insensiblement, disent les adversaires de la Compagnie de Jésus, une autorité prépondérante, et il fut le canal de toutes les grâces , le promoteur de tous le$ choix.

C'était une espèce de ministère que Louis XIV avait créé. Il crut plus convenable de le confier à un prêtre qui ne pouvait rien désirer qu'à plusieurs prélats dont les familles ou les amis ne cesseraient jamais de solliciter tantôt pour eux, tantôt pour les autres. Ce droit attribué à un Jésuite de disposer des bénéfices et des évêchés devait susciter de nombreux mécoutentements* Ferrier xie s'en préoccupa point , et jusqu'à son dernier joar il fit des choix que Louis XIV ratifia ". ï^e 29 octobre 1674 le Père Ferrier mourut à la Maison Professe de Paris.

Le titre de confesseur du roi devenait un pc^te éwr

' Mémoires d'Amelot, t. m, p. 290.

' Durant sa deroière maladlei racontent Clioisy dans ses Mémoires, et Orous, daps V Histoire ecclésmstûfue de la cour de France, le Père Ferrier manda à l'ëvèque dé Marséillrr (Forbin de Janson), alors amba^sadear en Polagne, qn''â lui dDunqrt j'urcii^vêclié de Sens. Mais six jours apcès, il lui fit écrire (ju^il ne pouvait pas lui tenir parole, et que, se sentant prêt à paraître devant Dieu, il se croyait oblige, en conscitiice, de mettne sur ce siège an ^ycque.qtii fût en «état de résider. La veille de sa mort, il envoya au Roi la feuille des bénéfices vacants, remplie des uoms de ceux qu'il esiimaîl les plus dignes. Sa Majesté, dit-on, y fit peu de clnmgemen!«.

356 rUSTOIRE

lient. Il importait aux ambitieux cl avoir un h^mme selon leur cœur. Louis XIV demandait un prêtre juste et prudent à la Compagnie de Jésus; elle délibérait encore lorsque le maréchal de Villeroy fit accepter au monarque le Père Lachaise, dont il ne cessait de vanter la droiture, la douceur et la capacité. Ânnat et Ferrier avaient été amenés à se mêler des affaires de TÉglise : par une pente insensible le dernier s'en était rendu maître à peu près exclusif. Le confesseur, par sa position , se transformait en personnage politique, en homme qui dispense les grâces et qui tient la clef des faveurs. Le crédit que ces fonctions faisaient rejaillir sur un Jésuite s'appliquait à tout rOrdre , que chacun regardait comme solidaire des vertus ou des erreurs de ses membres. Son pouvoir était avoué; à notre sens, ce fut une faute. lia Société de saint Ignace dévia du principe posé par Aquaviva et surtout par son fondateur. Elle accepta un lourd fardeau , dont les Pères Auger, Coton , Lamormaini et Caussin auraient décliné la responsabilité. Ou la vit se charger par lun des siens de la distribution des bénéfices. C'était, bon gré, mal gré, se glisser par une porte entr' ouverte dans l'administration du temporel , dans le gouvernement des choses de ce monde ; et les Jésuites devaient rester en dehors de tous ces calculs. liCs nécessités du moment, la volonté de Louis XIV, ^ la confiance du Saint-Siège, le besoin de donner des garanties à Tépiscopat purent bien violenter une détermination qui brisait tout un passé de sacrifices; mais il ^^ n'eu reste pas moins acquis à l'histoire que le Père Ferrier et le Père Lachaise après lui furent chargés de i fonctions que la règle de leur Institut déclarait incompa- i tibles avec les quatre vœux. Il eût mieux valu pour les \ Jésuites ne jamais sortir du demi-jour dans lequel ils ,

s'étaient placés jusqu'alors que de venir proclamer leur autorité à la face du monde. Cette autorité ne faisait plus doute; elle se révélait par les services , par les travaux ,. par les martyres. Il ne fallait pas, pour évoquer de nouvelles i^ressions, la consacrer par un éclat officiel qui n'ajoutait rien à sa force réelle. On changeait ainsi ses conditions d'existence; on l'investissait d'une puissance à laquelle personne n'avait jamais songé; mais cette puissance renfermait une occasion prochaine de chute. Il importe donc d'étudier quel usage les confesseurs de Louis XIV firent du pouvoir que les événements leur accordèrent. ^

François de Lachaise, né dans le Forez le 25 août 1 624» était neveu du Père Coton , que l'amitié de Henri IV a rendu célèbre, et du Père d'Aix, renommé par sa science ainsi que par laustérité de ses .mœurs. Après avoir parcouru les carrières qui conduisent à la profes^ sion des quatre vœux, François de Lachaise fut élu Provincial de Lyon , puis nommé confesseur du souverain. Le maréchal de Villeroy et Camille de Villeroy, son frère , archevêque de Lyon, avaient eu la main heureuse pour la première fois. « Le Père I^achaise , dit Saint- Simon ', et dans sa bouche l'éloge d'un Jésuite ne sera point suspect, le Père Lachaise était un esprit médiocre, mais d'un bon caractère. Juste, droit, sensé, sage, doux et modéré, fort ennemi de la délation, de la violence , des éclats , il avait de l'honneur, de la probité , de Thu- . manité. On le trouvait toujours poli , modeste et trèsrespectueux. On lui rend ce témoignage qu'il était obligeant , juste , non vindicatif ni entreprenant , fort Jésuite, mais sans rage et servitude, les connaissant mieux qu'il ne le montrait, mais parmi eux comme l'un d'entre

' Mémoires du duc de Saint-Simon, t. ix, p. 18 et 21.

eux. Le roi rapportait de )ui une réplique qiii fait p\us fl'horineur à Vnn qu'à l'autre : « Je lui reprocWa» «n jour, dit-il, qu*il était irop bon. Il me répoudit: — Ce ti'êst pas moi qui sais trop bon, mais c>st vbus qui êtes trop dur. » Il fut long-temps distributeur ^es bénéfices , et il faisait d asse^ bons choix. « I^e Père Lacbaise, ajoute Saint-Simon*, avait une figure noble et intéressante. Juste dans la décision des affaires, actif, priant, per* strasif , toujours occupé sans le paraître jamais , désintéresî^é en tout genre ; quoique fort attaché à sa fatnille, facile à revenir quand il avait été trompé et ardent' à réparer le mal que son erreur lui avait fait faire; d'ëil^ leùrg judicieux et précautionné , il iié fit jamais dé liial qu*â son corps défendant, hei ennemis mêmes des Jésuites furent forcés de lui rendre justice et d'avouer qite fc*étàit un hoinme de bien hohnêtemfent iié et très-digne de remplir sa place. «

Tel est le portrait que la plume satirique de Saint* Simon a tracé du Jésfrite. La louange y est circonscrite par ce sentitnerit d'égoïsme qui , chez TécHyaitt grand Seigneur; ne loi perniettait d'ainier et d'admirer que ce qttl tanàxï à ses pioches ôii à son rang , mais le bl&nrte y trouve des correctifs décelant une impartialité relative. Le Père Lachjalse, par la longue idfliience qu'il exerça suir Louis XIV, est devenu un personnage a» mibea lïlême des célébrités de tout genre qnt entouraient le' trône. Il a pris part aux événements de ee i*ègne, il en à conseillé , dirigé quelques-uns ; dn l'accusa d-'e» avoir inspiré plusieurs. Son iiom est si intimement lié à rhistoire du dix-septième siècle en France que des auteurs mal renseignés ou peu exacts ont voulu le mêler aux intrigues de la cour lors même qu'il rési-

' Ibidem.

OK LA GOMPÂGfllH DE JÉSUS. ' dM

dail à Lyou \ Ce ne fui qu'au cômmetie^me»! île V^n^ néf3 1675 que Lacbaiae entra en ionctiom. C'était no ée ce» bom«i#a que de» éfode^, que deâ goàu painbleft avaieiil p0ndi» ntodéré» «i do^ot le caractère aîast que \e t^mpéranaoAt Ae sa sèrikîént pas acdomniQdda de hi ni^ vaeîté 4e^ liittes religicHiaea ou pôlitiqnea. Sans afiabitieft personnelle » sans faste, il se résignait au poavlHa |Nir abéissaoi>e. Il avait pqiié à Féeole de» Jésttitas una piété sincère qnî n'excluait ni l'et^onen^aet si l;elte es»* pèce de sybarilîstne inteUfHitnel qn'nft l»9nheitp trop uttiforase GemmuBÎqne si Vite. Il aimait \0$ arts st ka geiis de lettres: repiralîen des sairanis était an de ses plus doux plaisirs ; et , par la beauté de sa pby^îdiiOBiia cemnie par l'élégance de ses «ftanières, ilaaoiblaiit fait panr tenir une plaee diatinguée aséme auprès dâ I.i9uis XIV.

Les premières années qui sàivirefit la (lomiaatiofi du Père Laebaise né furent signalées podr Tlnslitiit par aneun fait remarquable. Le confesaenr n'hait pas ao"' eore pris snr son' royal pénitent I'a|so^ndant dont vmé

' On lit dans le Dictionnaire historique et critique du protestant Igayle (article Annat, noie 0) la t-eëtiScâKiob Âef ^Ui à'ûûé é^edt coiicerohtft' té PèM La^Hài^. Béjk WXi « Une satire imprimée à Cologne en 1693, sows ce titre, liistoire du Père de Lachaifim Jésuite et confesseur du roi Louis ^tV, assure que ce Père ayaiit servi Beaucoup ï porter le Pape ^ ce que le Rb» toubaiCaS^ de Se Saimteté» àf^rêerintol^e le \% fféip^ corse, le cardinal Mazarin, en reconnaissance àfi ce service, lui fit mille care^seî, le recômiiiànda hfà ttéx^ et U et Adihéttre ffë sdA ii^ant dàbef |é colitèil de éMiêienè^, ék qui était proprement le rendre coadjutear du confes^ur; et Ton date ces faits des aiinees 166^ et 1665. C'est bien savoir rliisto'ire moderne X Ou est Thomme qui ne sacfte q^e ,kr capn^in^t IMazarin moiîrbt en 106 1^ QfÇk ajo^fe que le Père de liaei^i^ supplanta (en 1667) le Père Annat, en excusant les amours du Hoi pour La Valliére sur riâlîrmUd de ta naiàre , au fîe& qife le P^é Ànriai c^a^nait fous* 1^ jottVii ce prince là-dessus, et ne lui donnait point de repos. J'avoue que je ne comprends rien à une telle bardiesse, car il est de notoriëtë. publique que le Père Anna,t ne prit confié du la cour qu'en 1&7Q; qu'un Jésuite du Jtouerçue, nuaminé le Père ^errier, prit M» place, et que le Père de Lachaise n'y entra qu'après la mort du Père Ferrier. À quoi songent des gens qui publient des faussetés si grossières? et comment ne voient-ils pas qu'ils ruinent leur principal buti Est ars etiam muledicendU, disait Scatiger. Ceqx qui l'ignorent difFament dioibs Wu.r eaueni <^'iU ne témoignent l'euyie qu'ils ont de le diffaaier. »

bonté presque paternelle fit jouir Annat, et que Ferrier conserva par une rigueur procédant beaucoup plus du cloître que de la cour. Le plaisir avait provoqué le remords dans l'âme du roi ; mais ce remords n'éclatait que par intervalles, et liacbaise n'osait pas le sanctionner aux yeux de l'Église. Néanmoins, plein de prudence jusque dans ses scrupules, il Tabritait sous des raisons de santé dont l'insuffisance n'échappait à personne* « I^s fêtes de Pâques , raconte Saint-Simon , lui causaient des maladies de politique pendant l'attachement du Roi à madame de Montespan. Une fois entre autres il lui envoya le Père de Champs en sa place, qui bravement lui refusa l'absolution. »

Cependant le Père Lachaise s'était peu à peu emparé de la confiance du monarque. Versé dans la science des médailles *, il étudiait Thistoire avec lui sur ces monuments du passé ; et , au milieu de ces entretiens, il savait avec un art infini détacher le prince de la marquise de Montespan. Aux fêtes de Pâques 1680 il reprit T usage des Sacrements. A partir de ce jour, le crédit du Père Lachaise s'accrut avec autant de rapidité que celui de madame de Maintenon ; c'est aussi de cette époque que datent les questions religieuses transportées dans la politique. Louis XIV avait reçu de la nature un don d'autorité que PEspagne, l'Autriche et l'Angleterre, rivales de la France, s'étaient vues forcées de reconnaître. Tant de succès avaient si bien légitimé son orgueil que la nation se montra fière de l'accepter à son tour.

* La science numismatique doit au Père de Lachaise, selon la parole du savant de Boze, une çrande partie des progrès quelle a faits dans le dix-septième siècle. Vaillant lui a dédié son Histoire des rois de Syrie par médailles, et il déclare dans cet ouvrage qu'il en doit au Jésuite Tidée et la perfection. Le protestant Spon lui a aussi dédié la relation de ses voyages , et ce n'est pas au Père de la Compagnie de Jésus, mais à Térudit, qu'il paye ce tribut d'hommages (Voir l'éloge du Père Lachaise dans V Histoire de V Académie des inscriptions et belles lellres, dont il fut membre.)

SBdIAÉâAta

liouis XIV avait une telle foi en son pouvoir qu'il «e persuada que sa volonté devait partout faire règle. Il ne discutait pas avec lui-même le principe de sa puissance ; tous s'y soumirent sans réflexion.

Il se trouvait sur la chaire- de saint Pierre un Pontife que des prétentions peut-être mal définies poussaient dans une voie tout opposée à Louis XIV. Innocent XI , de la famille Odescalchi , avait été élu Pape le 2 1 septembre 1676. Tête alfière. intelligence active, quoique sans éducation première, et portant partout l'inflexibilité de sa vertu, le nouveau Pape était austère et pieux; mais il n'avait rien en lui qui pût justifier le mot de Machiavel : « L'univers appartient aux esprits froids ; » mot profond de patience, et qui semble avoir été dérobé à la politique de la cour de Rome dans les affaires terrestres. Attaché du fond des entrailles aux droits du Saint-Siège , Innocent XI les soutenait avec une âpreté de formes et une rigueur de procédés qui devaient vivement blesser les susceptibilités d'un prince à qui la France vouait une espèce de culte. Le Pape était, au dire d'Antoine Arnauld , un pilier qui n'avance ni ne recule. Louis XIV connaissait le caractère de ce souverain , dont il avait essayé de faire échouer l'élection. Fils respectueux de l'Église , mais inabordable sur les prérogatives de sa couronne , on eût dit qu'il n'épiait que roccasion de susciter une querelle. L'affaire de la Régale fut le prétexte qu'ils saisirent tous deux pour rouvrir au sein de la Catholicité des discussions de puissance que l'iutérêt de l'Église et du 'trône aurait dû condamner à l'oubli. Le droit de régale, invoqué par liOuis XIV, n'était rien en lui-même ; néanmoins il rendit au Parlement, devenu muet , le don de la parole ; il amena la convocation de la célèbre assemblée générale de 1682. A ce

3«tt HISTOIRK

tilre, il eut 9iir les affaires de TÉglise et de la Ck)m|Migiiie de Aé$\n une lAftiience que les éténemeots obteonsacrée.

Sous rancienne monarchie française, on «ppelait droîl de régale le pouvoir attribué au roi très-ehrétien de conlérer les bénéfices ecclésiastiques duranl la vaeaneQ du siégé épiseopal^ à qui en ap|>artena»t la coUalîon ordinaire, et de disposer de leui^s revenus dans Tinier^ vulle. L'origine de ce droit remontait , comme celle de tant d*autres, à des concessions faites par la recôonai»* sanee de la Chaire apostolique a«x prince» fondateur» de tes églises. Ce n'était qu'une exception : en 1673 IjDuîsXIV rétendit à tous les diocèses de France ;< il l'établit ((i'uiie manière uniforme, à ta réserve des siège» qui en étaient exempts à titre onéreux. L'orddniiàn<se s'adressirit particulièrement aux évéchés voisins des Alpes et des Pyrénées. La volonté du Roi étaàt absolue ; la plupart des évêques obéirisnt ; ceUx de Pa«Meni et d'Aleth résistèrent. Le Prélat qui siégeait à Pamiers était Caulet , l'un des plus cliauds partisans du Jansénisme. Il osa seul tenir lété à Louis XIV, et refusa l'entrée de s^ chapitre à deux préfères pourvus en régalé. Montpezât , archevêque de Tobleuse , annuité son ordonnaoee en^ qualité de métropolitain. Caulet interjette appel à Rome , où il espère que sa fermeté excitera le zèle dit Souverain Pontife pour les droits menacés de TEgltoe. Son temporel est saisi ; Caulet ne se laisse pas intimider. Il excommunie ceux que le Roi investit de bénéfices par le principe de la régale. Le Chapitre de Pamiers , qui ^ toujours vécu ert désaccord avec son Evêque , priend fait et causé eu sa faveur; et, lorsque, en 1680, Caulet mourut, il hissa ses Chanoines encore plus ardenis que lui [iour défendre les immunités ecclésiastiques. Les Ké-^

DE LA (;OMK*GmB l>E JÉSUS. '3«3

{[iiliatés et ks ai)li-Rég«Uiles élurent, chacun de son cèté, des yicftire9-f]éH^àux ctipiftilaire». 11 éckia <Krt aéditious dm* celte jMg; bientôt ht ^sestion ire s'agita phis k Paariiera, naU à Rome et à Paris, «ittre le Souverain Pontife et IjduiJ XIV.

Ddns l6 mmiféste que, au momeitt de la destriiciion de l'Ordre de Jésus , Pombal adresse aux Êvêqàet As PQrtufjiai ions le nom do roi dont >I eat le ministre ^ àti Ht : « Lea Jésuites intriguèrent suurdemeiit pflnr indi»piwer le Bbi Irès-rtMétifen contre le Pape, semer la diécoFde ei^tre le Scirerdoee et l'Empire el mettre la confu' sidli et le tr^ifbte dans l'Église ainsi que dans l'État. Ils répssirelit en effet : on vit s'élever reS affli^eaotM coatdstation» sur )a régale^ qni cbi^rinèrent te Mcin»rque] bosleversèrent leCléiifé, affligèrent Home^ firent ^iloaref U Pontife et Iressailtlr de joie les Jésuites. Ces bons Pères fnreat atteints et contalneus de »'êlre te«8 liguée contre le Saint-SIége. >•

IjBS Jésuites ici ne sont pkis aeeusés d'Ultrantoiita-i nismé ; ils tendent à ébranle!- là Châtre apoatoltqiie , Amtt ils ont fait vœii d'être les pins fermes soutient. Examtneofl quelle fol leur conduite a» milieu de ces conflits. Innocent XI avait cbat^e de défendre 1^ droits de ofaaque église ctdelesveriger d'une iajiiste oppre^oii : 11 éltût W conservateur i^ des {privilège» eccléaia8U(}ue« et de ta jiiri<^ction établie. Un Étêque s'adr^teait »u Sàialf Siège pour obtenir justice; le Saint-Siège devait-il « pour sauvegavdei' la royaniéi sacriSer W dignité de l'é-* pisGopttt t»i>t énijer ? Caulét était partisan des docb-ine de Jaasénius: Inooceiil Xt crut que l'etreur du Prêta l'engageait doilbibnient dans cette querelle disciplinaire Il reçut soo appel , et , au lieu de se présenter comm ffiéikteur entre les deux partis , U se conflua at-bih-i

366 IlISTOIRB

suprême du différend. Left Prélats de France, Letellier, arehevêque de Reims, à leur tête, proclamaient le droit de régale inaliénable et imprescriptible; ils prétendaient que sur ce point les rois très-cfarétiens ne devaient pas déférence à là discipline de l'Église. La sagesse seule pouvait concilier des opinions si divergentes. Innocent XI ne consentit pas à rester dans les bornes qu elle lui prescrivait. Sans se rendre compte de la dispositipn des esprits en France, il adressa au Roi, à TArchevêque de Toulouse et au Chapitre de Pamiers des brefs où la forme du langage ne sert même point de passe-port à la rudesse de la pensée. Ces brefs, datés du i'' janvier 1681, avaient quelque chose de si étrange , lorsqu'on les rapprochait de la mansuétude et du style paternel de la Cour Romaine, que le 3 1 mars, sur la requête du procureur-général, le Parlement en ordonna la suppression. Le premier président, Achille de Hàrlay, ne se contenta pas de cet arrêt. Soit pour donner au Pape le temps de la réflexion, soit pour exciter davantage ses ressentiments, il déclara que ces lettres comminatoires n'émanaient point du Saint-Siège , mais qu'elles paraissaient être l'œuvre d'esprits brouillons ayant intérêt à s^ner la discorde entre le Vatican et les Tuileries.

Ce doute complaisant ou calculé fut un outrage aux yeux d'Innocent XI. Afin de régulariser sa position dans un débat où il protégeait les immunités de quelques églises contre les empiétements du temporel , il ordonna à Charles de Noyelle, vicaire-général de l'Institut des Jésuites, de communiquer officiellement les brefs aux Provinciaux de France ainsi que de Toulouse, en même temps d'enjoindre à tous les Pères de la Compagnie de rendre publics ces actes de sa volonté, comme d'en cerr tifier l'authenticité. C'était, dans de plus larges propor-

DK LA COMPAGNIK DE JÉSUS. 365

lions, la méiue affaire que celle dont Venise fut le théâtre en 1606. Ije Pape en appelait à Tobéissance de la Compagnie , il lui demandait de se sacrifier pour soutenir sa querelle ; mais, aux termes des lois existantes, la République s'était n^ise dans un tort évident. L'interdit prononcé avait donc tous les caractères de légalité. A Venise encore les bulles ou brefs pouvaient être admis sans le consentement du Pregadi ; la seule publication les rendait obligatoires. Il n'en était pas de même dans le royaume de France pour les actes pontificaux qui , en dehors du dogme , ne s'attachaient qu'à la discipline. Ces derniers n'obtenaient force de loi que par l'enregistrement des cours souveraines ou après avoir été reçus avec une certaine solennité.

Il y avait des Jésuites à Pamiers, à Toulouse, à Paris et à Rome, sur les différents points où la question s'agitait. A Pamiers et à Toulouse , ils se tenaient dans la neutralité : cette question leur étant étrangère dans le principe. Ils continuèrent à entretenir de bonnes relations avec les régalistes, frappés par l'interdit papal, comme avec les anti- régalistes, que les ordonnances royales dépouillaient de leurs biens*, et que l'Arche* vêque métropolitain avait excommuniés. Les Jésuites s^étaient placés sur la réserve; ils n'écrivaient, ils ne parlaient ni pour ni contre la régale. Le Père Maim* bourg seul justifia avec véhémence la prérogative du Roi. Son ouvrage sur un sujet aussi délicat contraignait la Société de Jésus à prendre parti. Le Général de l'Ordre exigea, en 1680, le renvoi inimédiat du Père; Ijouis XIV s'y opposa. Cependant Ma imbourg, compre-

* Dans an mémoire manuscrit envoyé à Rome par les Jésuites de Pamiers , il est dit que Caulel vivait familièrement avec les Pères de la Compagnie, et qu'après la HMrt de ce prélat» ils s'absUm'ent de toute discussion avec le chapitre.

366 niSTOIllK

nant que son adhésion aux doctrines professées par les Bégaltstes serait une cause d'embarras pour ses frères, sollicita lui-même sa retraite de l'Institut, et en 1681 le Roi y consentit.

Par la confiance que le Souverain Pontife leur témoignait, les Jésuites se trouvaient placés dans uae situation embarrassante. Leur Général était chaîné do faire passer les brefs en France ^ et les Provinciaux recevaient ordre de les publier comme véritablement émaaé:^ du Saint^ége. Noyelle s'acquitta de la mission doot Innocent XI Tinvestissait. Il fallait braver les lois du royaume et la colère de Lduis XiV ou encourir les reproches- du Pape. Les lettres étaient parvenues à leur adresse; mais les adversaires de la Compagnie, unis aux anti^égalistes , en firent tant de brait, peutnêtre les Jésuites eux^-mémes s'arrai^gèrent-41s si bien que les Parlenaeots de Paris et de 'roiokKise furent iafoionés des précautions prises par Innocent XL Ces deux cours judiciaires citèrent à leur barre les supérieurs ainsi mis ei^ pause, et le 20 juin le Pèi^ de Verliii^mont , recteur de la Maison Professe, f^t interrogé pai* le premier présidfiot de Novion. L'âvocatigénéral, Denis Talon, exposa la gravité de l'affaire et les datigers que la mesure adaptée par Le Saint-Siège ferait naître dans TEglise gtillicane. Le Parlement félicita les Jésuites u de ce qu'oa ne surprenait pas plus leur sagesse qu'on ne corrompait leur fidélité , » et il défendit de publier les brefs v«mis. de Rome.

Dans les registres du Parlement de Toulouse, à la date du 7 juillet i68f, les explications fournies par les Jésuites jettent une plus vive lumière sur le conflit. « Ce jour-là, y est-il dit, les getis du Roi sont entrés en la grand'chambd'e , et en leur présence mandé venir le

P. Sartre , supérieur de la Maison Professe ; le P. Durand , recteur du Collège ; le P. Germain , recteur du Noviciat des Jésuites , et le P. liacoste , procureur de la province. M. le premier président leur a dit: La cour, étant informée que votre Provincial de Toulouse devoît avoir reçu , de même que celui de Paris , un prétendu bref du Pape qui lui avoit été envoyé par votre Général avec ordre de le rendre public, vous a mandés pour, après un éclaircissement plus entier de ce que votre Ciompagoie a su de cette affaire , pourvoir à ce qu'elle jugera devoir être fait pour le service du Roi et de sou État dans une cause si importante. C'est dans ce dessein que la cour vous a fait avertir de vous rendre ici pour être informée au vrai de ce qui s'est passé sur cette affaire par le récit véritable que vous lui ferez de tout ce qui a été mandé et ordonné par votre Général. En quoi la cour ne doute point que vous ne témoigniez le même zèle et la même fidélité pour le service du Roi que votre Compagnie a fait paroître en cette occasion et en toute autre. »

Afin de ne pas engager l'autorité trop avant, les deux pixivinciaux s'étaient abstenus de comparaître. Le Père de Verthamont avait répondu à Paris, le Père Sartre porta la parole à Toulouse. Il déclara « que leur provincial n'avoit reçu aucun bref du Pape qui lui fût adressé ou à quelque autre de la Compagnie, mais qu'il avoit seulement reçu un paquet de Rome , dans lequel étoit une lettre de leur général du 23 avril dernier, avec une copie en langue italienne, non signée, d'un ordre que l'assesseur de l'Inquisition lai avoit remis de la part du Pape, qui lui commandoit d'envoyer au provincial de Toulouse une copie en forme authentique du bref de Sa Sainteté du i" janvier de l'année présente, touchant

les arands-vicaires établis dans le diocèse de Pamiers, le siège vacant, avec ordre de le contimuniquer aux Jésuilesde Toulouse et de Pamiers; et une autre copie de ce bref au provincial de Paris, leur ordonnant à tous de reconnoître ce bref et de le déclarer véritable. »>

Le Jésuite n'allait pas plus loin dans sa déclaration ; il y proclamait en même temps son respect filial pour le Saint-Siège et son inébranlable fidélité envers le Roi. «Et, après l'arrêt prononcé, relate la délibération de la cour, M ledit Père Sartre ayant mis lesdites pièces sur le bureau, M. le premier président a dit aux Jésuites: ti La cour est satisfaite de votre soumission , » et ensuite les gens du Roi et eux se sont retirés. »

Innocent XI avait placé les Jésuites français dans Talternative de désobéir au Saint Siège et à leur général, ou de violer la jurisprudence de leur pays sur des matières qui n'intéressaient point la Foi. Us ne balancèrent pas; au risque de faire éclater Tindignation du Pape, ce qui arriva en effet, ils voulurent se montrer tels qu'ils étaient. Cet acte de respect envers les lois du royaume avait pour eux une gravilé qui n'échappa à personne, et, en 1761, lorsque Louis XV consulta les Évêques français pour savoir si l'obéissance des Jésuites à leur général n'entraînait point quelque danger, l'Assemblée générale du Clergé rappela le fait que nous racontons, et elle ajouta * : « Ce seul trait prouve, mieux que tous les raisonnements, que tous les Jésuites sont persuadés que l'obéissance à leur général, telle qu'elle est prescrite par leurs Constitutions, ne les oblige point dans tout ce qui pourroit être ordonné de contraire à la soumission et à la fidélité qu'ils doivent à leurs souverains. >'

« Procès-verbaux des assemblées généraUs du clergé de Firtnce, t. viii , 2« partie. (Pièces justiHcative», n° 1, p. 349.) '

Aux yeux des prêtres, qui ne se mêlaient point à ces débats, les brefs de Rome étaient comme non avenus, puisqu'ils n'avaient pas été publiés en forme canonique, et que même on ne les connaissait que par des récits exagérés. Les Jésuites seuls les avaient lus ; ils se conformèrent néanmoins à l'exemple des autres Instituts religieux; on les vit prêcher et administrer les sacrements, comme si rien d'extraordinaire ne s'était passé. Les curés du diocèse de Pamiers adressèrent au Pape des plaintes débordant d'amertume ; ils accusèrent les Pères d'enfreindre ses ordres. Les Jésuites , connaissant les difficultés de leur position, se défendirent avec habileté; ils prouvèrent que, dans l'intérêt de l'Église et de la France , il eût été impossible d'agir autrement. Us étaient pressés des deux côtés : ici par le Saint-Siège , là par l'autorité civile; ils se tirèrent de ce double embarras en ne flattant aucune passion et en essayant de rester dans le droit. Une lettre du Père Espaignac, recteur du collège de Pamiers,* écrite à Rome le 18 décembre 1681, révèle leur perplexité :

tf Hier matin y mande Espaignac , M. notre gouverneur m'envoya quérir pour me lire lui-même la minute ou la copie d'une espèce de supplique que les curés du diocèse adressent à Sa Sainteté. Us s'y plaignent beaucoup des violences qu'on exerce ici contre eux; ils y déclament fort contre M. Dandaure, subdélégué par monseigneur l'Archevêque de Toulouse, pour être son vicaire-général en ce diocèse; et, par une fausseté insigne et niialicieuse, ils y disent que c'est par le conseil des Jésuites de cette ville que M. Dandaure en agit ainsi. Je puis protester à Votre Révérence, et par vous au révérend Père général et au Père assistant, qu'il n'est rien déplus faux que cette supposition, car ce vicaire- IV. 24

370 niSTOIll£

(jénéral ne nous consulte ici ni de près ni de loin. »

Innocent ^I était, nous l'avons dit, intraitable sur les droite du Saint-Siège ; il ne transigeait ni avec ses devoirs ni avec ses préventions. A quelques années d'intervalle , le Roi avait, à deux reprises, saisi le patrimoine de l'Eglise et porté la main sur le comtat d'Avignon. Ainsi que les rois ses ancêtres et Louis XV son successeur, ainsi que les rois de Naples s'emparant de la principauté de Bénévent, lorsqu'une discussion s élevait entre ces princes et la cour de Rome , Louis, en agissant de la sorte, espérait amener le Pape à souscrire à des vœux ou à des projets qu'il ne pouvait approuver. Cette spoliation momentanée était un défi et une contrainte ; elle n'intimida point le Pontife. Louis XIV allait faire proclamer par le Clergé de France qu'il ne tenait sa couronne que de Dieu et de son épée. Le Pape était déshérité du privilège chimérique de déposer les monarques et de transmettre leurs Etats à d'autres. Par une ineonséquence au moins étrange, le Qoi se rendait arbitrairement maître du territoire ecclésiastique ; et il refusait à un Pape, souverain comme lui, la prérogative qu'il s'attribuait. Innocent XI ne consentit point à laisser outrager en sa personne la dignité pontificale; dans un accès d'irritation, peut être justifiée, il fulmina un bref d'excommunication contre Louis XIV.

Il fallait le faire passer à Paris; Innocent s'adresse à un Jésuite français alors à Rome; ce Jésuite était le Père Dez. Il s'en chargea, car, dans sa pensée, il importait de donner au Pape le temps de la réflexion ; ce que Dez prévoyait se réalisa. Innocent lui avait signifié l'ordre de publier le bref d'excommunication aussitôt après son retour à Paris: le Jésuite se garda bien d'obtempérer à une injonction qui, dans l'état des affaires, pouvait

rompre à tout jamais TUnité. Il garda le secret sur l'acte dont il était dépositaire. Les Pères qui en eurept connaissance écrivirent en toute hâte à leur général, pour demander l'anéantissement de ce décret, que le Pontife semblait condamner lui-même à Tobscurité, puisqu'il ne le faisait pas promulguer en la forme obligée. Le Saint-Père frappa son œuvre de nujlité; il reconnut enfin que les Jésuites avaient sagement agi, et cette excommunication, dont la trace même est perdue à Bome, n'eut aucun retentissement; elle ne servit qu'à démontrer la prudence des enfants de Loyola.

Gomme il arrive toujours dans de semblables discussions, les esprits s'aigrirent, les têtes les plus calmes s'échauffèrent, et quarante prélats, unis au Parlement, demandèrent au Roi de convoquer un synode national ou une assemblée générale du Clergé. Ils disaient * : «liC Pape nous a poussés, il s'en repentira ! » Au témoignage de Fénelon, ils ne s'arrêtèrent pas à une menace seulement temporelle. « La plupart des Evêques, affirme le grand écrivain % se précipitaient, d'un mouvement aveugle, du côté où le monarque inclinait; et l'on ne doit pas s'en étonner. Ils ne connaissaient que le Roi seul, de qui ils tenaient leur dignité, leur autorité, leurs richesses; tandis que, dans letat des choses, ils pensaient n'avoir rien à espérer, rien à redouter du Siège apostolique. Ils voyaient toute la discipline entre les mains du Roi, et on les entendait répéter souvent que, même en matière de dogme, soit pour établir, soit pour condamner, il fallait étudier l.e vent de la cour. Il y avait pourtant encore quelques pieux prél^ats qui juraient affermi

' Nouveaux op^scules de Tabbé Fleury, p. 142.

> Memoriale saiKtissimo Domino nostro ctam legendum, (T. Xit^ p. 601 des Œuvres de Fénelon.)

clans la voie droite la plupart des autres, si la masse n'eût été entraînée par des chefs corrompus dans leurs sentiments. »

I^ gravité de ces paroles de Fénelon explique bien les passions qui agitaient le haut Clergé; mais, en présence des événements et des hommes, en face surtout de Louis XIV, qui tenait beaucoup plus à la Foi catholique qu'à ses idées de domination, ces paroles nous semblent exagérées. Il régnait une certaine fermentation dans les cœurs; Innocent XI avait mécontenté le Roi et froissé lesÉvêques par son inflexibilité de principes; cependant trop de liens attachaient l'Église de France à la Chaire Apostolique, pour qu'une dispute, plutôt dans les mots que dans les choses, vînt briser cette Unité, que Charlemagne et saint I^uis, que François I" et Henri IV avaient si glorieusement proclamée. Le Parlement luiniônie, toujours esclave de ses préjugés contre Rome, n'aurait pas accédé à cette séparation violente. Bossuet, l'oracle de l*Église gallicane, connaissait le fond de la pensée royale; il fut chargé par le Prince de jeter Taulorité de son génie à la traverse des espérances coupabits. Le 9 novembre 1681, l'assemblée générale du Clergé s'ouvrit par le discours de l'évêque de Meaiix. Quelques prélats , afin de complaire à l'irritation dont lis supposaient que Louis XIV était animé, s'occupaient lie faire une manifestation contre le Saint-Siège; Bossuet, dans des paroles que la religion , l'histoire et l'éloquence ont consacrées, s'écriait:

« Qu elle est grande l'Église Romaine, soutenant toutes les Eglises, portant le fardeau de tous ceux qui souffrent, entretenant l'unité, confirmant la Foi, liant et déliant les pécheurs, ouvrant et fermant le ciel! Qu'elle est grande, encore une fois, lorsque, pleine de l'autorité de

saint Pierre, de tous les apôtres, de tous les concilcà, elle eu exécute , avec autant de force que de discrétion , les salutaires décrets! Sainte Église romaine, mère des églises et de tous les fidèles, Église choisie de Dieu pour unir ses enfants dans la même Foi et dans la même charité; nous tiendrons toujours à ton unité par le fond de nos entrailles. Si je t'oublie, Église romaine, puisseje m oublier moi-même ! Que ma langue se sèche et demeure immobile dans ma bouche , si lu n'es pas toujours la première dans mon souvenir, si je ne te mets pas au commencement de mes cantiques de réjouissance ! })

Ce n'était pas ainsi que la France pouvait préluder au schisme, et Louis XIV, qui avait autorisé une aussi sublime expression de dévouement au siège de saint Pierre, ne songeait pas à s'écarter de la ligne de, ses devoirs. Le Pape le blessait dans les droits de sa couronne; il voulut, par une résistance calculée, effrayer Innocent XI, et lui donner une preuve de sa puissance.

Les prélats s étaient assemblés pour discuter à fond le droit de régale. Le 19 mars 1682, ils adoptèrent la Déclaration des quatre articles.

Faite dans un moment où les passions de quelques prélats étaient surexcitées contre Rome, cette déclaration de liberté allait traîner la servitude après elle. I^e 22 mars, il fut enjoint à tous les corps enseignants, à tous les Instituts religieux , d'avoir à signer et à professer ces quatre articles, avec défense de mettre au jour des opinions contraires. «Plusieurs docteurs de Sorbonne, dit le continuateur de Mézeray*, furent exilés, pour n'avoir point voulu déférer à un ordre si violent, sans égard à leur âge, à leur caractère, à leur profession et

I ^brégé chronologique de Chistçùre de Fianc-\ t. xiil) p. 495 >

aux raisons qu'ils pouvaient avoir de ne pas le faire. L'évêqué d'Arras fut même disgracié, pour avoir fait connaître que les quatre propositions n'étaient pas toutes soutenables. » Dans une lettre de Nicole à Arnauld *, la même répugnance de la Sorbonne se manifeste. L'auteur des Essais de morale rend compte de la manière dont les docteurs de TUniversité accueillirent l'édit du Roi, et il ajoute : " MM. de Sorbonne ont disputé la gloire du silence aux religieux de la Trappe; jamais il ny en eut de pareil. » Puis, le Janséniste continue : « Si les quatre articles sont des vérités, comme je le crois, ils les pouvaient recevoir un peu moins silencie^isement ; et si c'ér talent des erreurs, comme beaucoup de cette assemblée le croyaient peut-être, je ne sais ce que c'est que ces serments qu'ils ont faits de soutenir la vérité aux dépens de leur vie. C'est un docteur qui m'a écrit ces détails. II était du nombre des infaillibilitants. »

lies Jésuites étaient à peu près les seuls maîtres de réducation en France; on les regardait comme les sentinelles avancées du Catholicisme, et ils se faisaient gloire d'être attachés d'une manière spéciale à la Chaire Apos tolique; néanmoins, il ne paraît pas que Louis XIV ait exigé d'eux une adhésion formelle aux actes de 1682. Les Jésuites venaient de rendre à la France et au Roi un service signalé dans l'affaire des brefs et de l'excommunication; on croit qu'il les dispensa de signer les quatre articles. L'on raconte même que le Père Lachaîse refusa de ratifier cette exception, sous prétexte que les Jésuites étaient aussi bons Français que les autres prêtres du royaume. Louis XIV, ajoute-t-on, maintint la dis- |)eûse en leur faveur.

Qu'y a-t-il de vrai ou de faux dans cette tradition ?

> Lettre de Nicole. EsàaU de morale^ l. viii, 1* partie, p. 91.

^^^r^^^sa

DE LA CO^lPAGNlK DE JÉSUÎ5. 575

cela nous semble Impossible à déterminer. îjes ouvrages qui t^aitent de la Déclaration de 1682, les mémoires du temps et les archives du Gésu n'offrent aucune trace d'engagement pris par la Compagnie pour professer les quatre articles. Tout ce qu'on peut conclure des lettres du Père Lachaise au général de Ttnstitut, c'est que les Jésuites y auraient adhéré si on leur eri eût fait une loi. Lorsquen 1761, le duc de Ghôîseul et les Parlements exigèrent d'eux une soumission officielle à l'acte de l'Assemblée générale du Clergé, les Jésuites obéirent, eii renouvelant les déclarations déjà données par eux en 1626, 1713 et lySy. l/adhésion de 1761, dont nous discuterons en soii temps la valeur et la portée, accepte ce qui a été décidé en 1682 , mais elle ne dit point que les Jésuites souscrivirent aux doctriiies enlises à cette époque. C*eût été pourtant l'occasion la plus naturelle de le rappeler.

Les quatre articles n'ont jamais été condamnés comme doctrine hérétique. Les Papes , et Innocent XI luimême, se sont abstenus de jugement décisif et solennel; cependant, â diverses reprises, le Saiht-Siége cassd et annula la Déclaration de 1682. Alexandre Vllleii 1691, Clément XI le 3 1 août 1706 et Pie VI en 179^ ont condamtié les quatre propositions, surtout cotnme acte du Clergé de France, prescrivant d'enseigner telle doctrine et répirouvant la doctrine contraire, qui est la plus généf*alement reçue dans l'Église. C'était de la part du Clergé de France réuni, non en Concile, mais eu simple Assemblée, s'arroger les droits du Pape et de l'Eglise universelle.

Louis XIV, par des motifs pleins de prévoyance politique, avait désiré que les Jésuites restassent neutres dans les débats ecclésiastiques qui agitaient la France.

376 mSTOIR£

Il ne prétendait pas rompre avec le Saînt-Siége, ni même se brouiller trop ouvertement avec Innocent XI; Jes Itères de l'Institut lui servaient d'intermédiaires, il les garda comme ses futurs conciliateurs. La Déclaration du Clergé fut un coup violent pour la Catholicité et pour le Souverain Pontife. Il le reçut, ainsi qu'à Rome on accepte tout, avec dignité, avec confiance; caria, on sait mieux qu'ailleurs que les passions des hommes roulent toujours dans le même cercle, et qu'elles ne peuvent jamais prévaloir contre la Pierre sur laquelle Dieu a bâti son Église. De longues discussions s'élevèrent pour défendre ou pour attaquer les décrets de l'Assemblée du Clergé; Innocent XI et Louis XIV eurent leurs théologiens et leurs jurisconsultes. Les difficultés de la pQsition dans laquelle les Jésuites se trouvaient engagés à Paris et à Rome, devaient leur susciter des embarras auprès du Saint-Siège. La fermeté de Louis XIV était aussi inébranlable que celle d'Innocent XI. On accusa les Pères de l'Institut d'exciter le Roi de France et de le pousser aux extrêmes; on espérait ainsi aigrir les ressentiments du Pontife, et Tainener, par un moment d'irritation, à dissoudre la Société dans le Royaume Très-Chrétien. On dit que le Pape menaça de frapper ce grand coup * ; mais alors Louis XI V et le Parlement

* Innocent XI a été et est encore un très-grand Pape aux yeux des adversaires de la Compagrnie de Jésus, par la seule raison qu*il voulut détruire cet Ordre religieux. On a oublié ses longs démêlés avec la France, pour ne se souvenir que de sa colère d'un jour contre les Jésuites, et Ton cite comme une gloire de son pontificat la défense qu'il fit à la Société de recevoir des novices. I^ témoignage de cette prc^ibitioo, qui ne laissait aux disciples de saint Ignace qu'une existence précaire, on s'appuie sur la déclaration suivante: «Inhibendnm estPatri generali totique Societati ne in posternm lecipiantnovicios, neque admittant ad vota, sive simplicia, sive solemnia, sub pœna nullitatis aliisque arbilrio Sanclissimi, donec cum effectu pareant et paruisse probaverint decretis et ordinationibus circa superius dictas missiones emanalis. «

Ceux qui se sont autorisés de cette déclaration ignoraient sans doute le style et les usages de la chancellerie romaine, car il est évident que le Souverain Pontife, parlant un son nom, n'a pu se servir de ces locutions : Inhibendutn est iub pœnâ nullitatis ^iiis'

intervinrent; ils prirent les Jésuites sous la protection de leur équité. La Compagnie avait été blessée au service de la France ; nous verrons plus tard le gouvernement de Louis XV et les Parlementaires se faire un argument de cette blessure, pour frapper au cœur Flnstitut de Loyola. Ce fut de l'injustice et de la lâcheté; on ne prit pas le temps de raisonner avec ses haines, et, en France, l'on fit un grief aux Jésuites d'avoir été trop Français.

Des deux côtés il y avait animosité; les choses n'en restèrent pas là. La cour de Rome refusa d'accorder l'institution canonique aux évêques nommés par le Roi; ce fut pour tâcher de mettre fin à ces conflits que le Père Lachaise adressa, le 23 mars 1686, la dépêche suivante au Général de la Compagnie de Jésus :

« Mon très-révérend Père , j'ai reçu la lettre du 1 5 de janvier, que Votre Paternité m'a fait l'honneur de m'écrire, et j'y ay veu avec d'autant plus de joye ce qu'elle me marque des sentiments de tendresse et de recpnnoissance que le Souverain Pontife témoigne pour la personne du Roi, que personne ne sait mieux que moy jusqu'à quel point Sa Majesté les mérite, non-seulement par les choses admirables qu'elle fait pour la religion, qui passent de beaucoup tout ce qu'on peut vous en mander et ce qu'on peut dire, mais beaucoup plus par le zèle pur et sincère pour la vraye Foy et pour le salut des âmes avec lequel il les fait, préférant à tous ses intérêts ceux de Dieu et du Christianisme. Je suis sûr que, si Sa Sainteté voyoit cela dans sa source, elle n'en de-

que arbitrio sanctissimi. Dans un décret émané de son plein pouvoir, le Pape ne dit jamais: « il faut défendre, » niais« nous défendons; » il ne se désigne pas aussi sous le titre de Sa Sainteté. Cet acte fut fait dans la Congrégation de la Propagande, où alors les Jésuites trouvaient des antagonistes nés au contact des affaires de France. II est daté de 1684, fut restreint dès 1685 à Tltalie, et abrogé entièrement Tannée sui- \apte par Innocent XI lui-même.

378 IIISTOIRE

meurcroit pas à de simples désirs de liiy faire plaisir ny à des démonstrations stériles de sa tendresse paternelle, et que rien ne pourroit Tempt^^cher de lui en donner des marques qui fissent honneur à Sa Sainteté mesme , et qui édifîeroîent toute TEs^jUse. Votre Paternité seait et aura reconnu, en plusieurs occasions, mon attachement paitlculier pour le Saint-Siège et mon extrême vénération pour le Pontife qui l'occupe aujourd'hui, et j'ose dire que si mes vœux et mes gémissements continuels avoient été écoutez, et si mes péchés n'avoîent rendu mes soins inutiles, il en auroit lui-même esté persuadé par les preuves les plus agréables (ju'il eût pu en recevoir; mais ma douleur est d'autant plus grande de voir toutes mes bonnrs intentions frustrées de leur attente, que ce qui en assure le succès, semble si peu capable de pouvoir former dans le cœur tendre et zélé de Sa Sainteté des obstacles au bonheur de tonte la Chrétienté; car, mon frès-révérend Père, pour ce qui regarde la Régale, je ne puis assez admirer par quel artifice on a pu en faire une grande affaire à Sa Sainteté, puisqu'en trois ans de temps elle n'a produit au Roy lar nomination de plus de deux petits canonicats; en sorte qu'il n'y a pas ici un homme de bien qui puisse comprendre que Sa Sainteté ne prist pas plaisir à sacrifier un si petit intérêt au bien de l'Église, et aux grands et solides avantages qu'elle trouveroit de la satisfaction de Sa Majesté; car Dieu me préserve de croire que Sa Sainteté ne puisse , sans péchés, dispenser d'un règlement si peu important comme Votre Paternité me l'insinue. A l'égard des Évêques nommés auxquels Sa Sainteté refuse des bulles, je puis protester à Votre Paternité que ce sont les meilleurs sujets du royaume, et pour leur piété et pour leur capacité, C'est, moa très-révérend Père, ce que je puis

DE L\ COMPAGNIE DE JÉSUS. 3l9

répondre de plus précis et de plus certain sur ces deux points de la lettre de Votre Paternité. »

Cette dépêché ne produisit pas l'effet attendu. Le Pape s'opinîâtrait à maintenir ses droits pontificaux : Lachaise se montra plus pressant, et dans une autre lettre de la même année nous lisons : u Pour ce qui est de ceux qui ont été nommés aux évêchés à qui Sa Sainteté refuse des bulles , il est certain qu'on ne pouvoît en aucune manière résoudre Sa Majesté à révoquer ces nominations. Elle regarde comme la fonction la plus importante de son règne de ne donner que de dignes Prélats aux églises de son Royaume, et elle a fait choix de ceux-ci parce qu'ils avoient le plus de mérite , de verlu et de capacité. Aussi ne semble-t-il pas que Sa Sainteté ait tout à fait le ^sujet que vous semblez croire de' refuser d'accorder des bulles à ces messieurs, et il faut pour cela qu'on lui ait caché la manière dont les choses se sont passées; car il est constant que, ceux du second ordre n'ayant point eu de vofx délibérafive dans cette assemblée dont se plaint Sa Sainteté , ils n'ont pu avoir part à aucune des délibérations qui s'y sont faites ni des résolutions qui s'y sont prises , et qu'ils n'y ont signé que comme témoins de ce qui s'y est passé et comme on y fait signer aux officiers même laïques dans ces sortes de rencontres. De manière que , comme on ne peut pas dire que ces décisions soient des sentiments dont ils aient fait profession eu signant, suivant la coutume , les actes de cette assemblée , Sa Sainteté , étant informée de ce fait , peut sans doute, sans intéresser nullement sa conscience ni commettre le moins du monde son autorité, cesser ce refus de bulles,, si préjudiciable à la Religion^ et qui tient vingt-trois églises dans une si longue et si déplorable viduité. «

Innocent XI resta inébranlable, et, dit le Protestant Schœli *, « Louis XIV fit une expérience qui s'est renouvelée de nos jours : il apprit que tout le pouvoir des princes échoue contre la persévérance des Papes quand elle est fondée sur la justice. » A la mort d'Innocent , en 1689, il y avait trente diocèses dépourvus de premiers pasteurs. Les Ëvêques nommés comprirent les susceptibilités de ce Pontife , dont liOuis XIV lui-même honorait la vertu : ils résolurent de donner satisfaction au Saint-Siège, u Le Roi , dont la fermeté était fatiguée , le permit. Chacun d'eux, raconte Voltaire*, écrivit séparément qu'il était douloureusement affligé des procédés de l'assemblée ; chacun d'eux déclare dans sa lettre qu'il ne reçoit point comme décidé ce qu'on y a décidé, ni comme ordonné ce qu'on y a ordonné. Innocent XII (Pignatelii), plus conciliant qu'Odescalchi , se contenta de cette démarche. »

Dans la situation des choses et avec un roi tel que Louis XIV, il était difficile d'en exiger une qui fût plus décisive en faveur de la Chaire de saint Pierre. La réflexion avait fait naître des doutes sur la légalité ecclésiastique de la déclaration de 1682. IjCS Jansénistes s'en étaient emparés , comme toute opposition s'empare du principe ou du fait qui peut devenir une arme entre ses mains; ils en outraient les conséquences. En mêlant le nom de Jésuite à celui d'Ultramontain , ils espéraient battre ainsi en brèche le pouvoir du Pape , dont TÉglisc de France n'avait jamais songé à affaiblir la suprématie. Ils attaquaient tout afin de tout envenimer. liouis XIV

' Cours d'histoire des Etats européens, t. xxviii, p. 106.

* Œuvres complètes de Voltaire. Siècle de Louis Xiy, t. xxi, p. 306. Voici le teilc même de la lettre : « U n*a pas été dans notre intention de rien-jd^crëter^ et tout çç qu'on a pu croire être on décret ne doit pas être regardé copinie tel, »

s'aperçut que ce n'étaient point les anciennes doctrines de l'Église gallicane qui étaient menacées, mais l'ordre social et la Foi universelle. Le Jansénisme , en décriant Tautorité pontificale et en essayant de souffler au cœur du peuple la défiance contre les Jésuites , comptait , à Taide des articles de 1682 , mettre en suspicion le Saint- Siège et amener peu à peu les esprits à une rupture avec Rome , rupture qui finirait par la création d'une Église nationale. Ouvrir le schisme dans l'Unité, c'est donner aux révolutions politiques droit de suzeraineté dans l'Etat ; Louis XIV pensa qu'il valait mieux reculer que de se placer sur un abime sans fond. Il était roi dans toute la sublime acception du mot, roi surtout sachant faire respecter l'inviolabilité de sa couronne; mais, audessus de ses obligations comme prince, il avait des devoirs religieux à remplir. Il s'honorait d'être catholique; et, en s'adressant au Pape le i4 septembre 1693, il ne craignit pas d'en offrir un gage éclatant.

tt Je suis bien aise , mande-t-il à Innocent XII , de faire savoir à Votre Sainteté que j'ai donné les ordres nécessaires pour que les choses contenues dans mon édit du 22 mars 1682, touchant la déclaration faite par le Clergé de France, à quoi les conjonctures passées m'avoient obligé , ne soient pas observées. »

Mise en regard des aveux faits par Bossuet ainsi que par les Évêques nommés , cette dépèche réduisait à une lettre morte la déclaration de 1682 en tout ce qu'elle innovait ou prescrivait d'enseigner contre le pouvoir spirituel. L'assemblée générale du Clergé avait, par entraînement ou par colère, adopté des mesures qui attentaient à la liberté des consciences. Le Roi et les Prélats renonçaient virluellement aux points ecclésiastiques de la déclaration : ces points tombèrent dans le domaine

a82 HISTOIRE

des faclieiix , des avocats * et de quelques pivtrcs pour qui le bruit et Fintrigue sont un besoin. " Celte lettre , dit judicieusement une des gloires de la magistrature française % fut le sceau de raccommodement entre la cour de Borne et le Clergé de France, et le Roi remplit rengagement qu'elle contenait. »

Les ciioses restèrent donc en Tétat où elles étaient avant 1682. I^a déclaration, répudiée individuellement par la majorité de rassemblée et par TiOuis XIV, ne fut plus qu'un prétexte à de dangereuses nouveautés. Elle sera toujours un levier dont le Jansénisme et à sa suite les esprits ambitieux d'incrédulité ou de troubles, les prêtres amants dé scandales, se serviront, en dehors des Gallicans sincères , pour miner l'Eglise et renverser les pouvoirs établis. Ce n'est pas de la théologie que nous faisons ici, mais de Thistoire. Nous n'argumentons pas sur l'infaillibilité du Pape et sur les droits impossibles de Rome au temporel des princes. Ces questions , qui n'en sont plus pour les hommes de religion et de itionarchie, ne nous regardent que dans leurs rapports avec les événements et les caractères. Partout nous voyons les principes faussés de l'Eglise gallicane devenir une armure pour les schismes naissants; partout elles nous apparaissent comme le bouclier derrière lequel s'abritent des passions turbulentes ou des vanités égoïstes , qui ti'ont pas dit leur dernier mot. Nous n'examinons point la force canonique des actes de 1682; nous constatons

' L'abbé Frayssinous, évéque d'Hermopolis, s'exprime ainsi dans son ouvrage des ferais principes de l'Église gallicane, p. 43 :

« Je dirai sans doute qu'on ne doit chercher hos libertés ni dans des factum d'avo* cals, plus jurisconsultes que théologiens, ni dans des maximes sans fondement solide, qa'on peut nier avec la même facilit<$ qu*oii les «fifirme, ni dans une jurisprudence qui tendait autrefois à tout envahir, et qui ne faisait que donuer des chaînes au ministère ecclésiastique. >»

' Œuvres de d'Aguesseau, t. ziil.

bi: l\ COMPAGNIE DE JESUS. 383

lin fait. Ce fait , vrai sous Louis XIV, vrai au conimeucément de la révolution française , se réalise encore de nos jours.

Taudis que l'assemblée générale du Clergé cherchait à venger l'omnipotence de Louis XIV, devant laquelle le Pape Innocent XI n'humiliait pas la tiare, ce prince, laissant de côté les querelles intestines, s'efforçait de ramçner les Hérétiques dans le sein de l'Unité. La paix de Nimègue l'avait montré l'arbitre des destinées de l'Europe: il crut que, afin d'éterniser son pouvoir et sa dynastie , 11 ne fallait en France qu'une seule Foi, qu'un seul Culte, comme il n'y avait qu'un seul Roi. Le Père Lachaise le faisait triompher de ses passions ainsi qu'alors il triomphait de ses ennemis par Catinat, Vendôme, Luxembourg, Noailles et Boufflers. Louis XIV était calholique : comme pour effacer le souvenir des chicanes de discipline suscitées à Innocent XI , le Roi songea à réaliser un projet que la Religion et la politique lui .avaient inspiré. Les Sectaires devenaient pour lui un continuel sujet de défiailce. « Mon grandpère, disait-il, aimait les Calvinistes, mon père les craignait; moi, je ne les aime ni ne les craint; » Dans son gouvernement intérieur, il leur avait prouvé que le temps des concessions était à jamais passé. Le Protestantisme se montrait envahissant , de même que toutes les sectes et tous les partis beaucoup plus fidèles* à leurs haines qu'à leurs principes. Richeheu avait démantelé leurs places fortes; mais les privilèges et les temples que l'édit de Nantes leur accordait subsistaient encore. Les Dévoyés regardaient cet édit comme une œuvre de salut , comme une loi que le souverain n'oserait jamais violer. Dans des prévisions d'avenir, Grotlus, quoique Hérétique lui-même , ne craignait pas,

38â HISTOIRE

dès l'année i645, de résoudre cette question, et il disait ' : « Que ceux qui adoptent le nom de Réformés se souviennent que ces édits ne sont point des traités d'alliance, mais des déclarations des Rois, qui les ont portées en vue du bien public, et qui les révoqueront si le bien public l'exige. » Cette décision du savant jurisconsulte n effraya point les Sectaires, ils se croyaient redoutables par leur nombre , par leur esprit remuant , par l'appui qu'ils tiraient de tous les royaumes livrés à l'erreur; et , avec Papire Masson , ils ne se prenaient pas à maudire le jour où leur Hérésiarque était né pour le malheur de la patrie '.

On les vit se faire partout une arme de Tintolérance , et, comme Sainte-Aldegonde, Tun de leurs chefs les plus fervents, le mandait* à Théodore de Bèze le lo janvier i566, « trouver fort. étrange qu'il y eût encore des hommes si tendres de cœur qui mettent en dispule si le magistrat doit mettre la main à punir par extérieure et corporelle punition et amendes Tinsolence commise au service de Dieu et de la Foi. « Partout ils s'étaient emparés du pouvoir; à Genève comme en Hongrie, dans le Béarn ainsi qu'en Bohême, en Saxe et en Suède, dans les Cantons helvétiques et en Autriche , dans les Pays- Bas et en France, ils prirent à la lettre le conseil de Flaccus Illyricus, le centuriateur de Magdebourg : u Ils 'ravagèrent, suivant srs paroles \ les églises, et épouvantèrent les princes par la crainte des séditions plutôt

» Rivetiani Àpologet. pro schîsmati'f etc., p. 22.

* On lit dans ]e* Éloges de Papire Masson, p. 455 : « Hivc de vita Calvini scribimus ncqne amici neqiie ininiici , quem si labcm et perniciem Galiiae dixero, nihii mentiar. Atque utinam aut nuiiquam nadis essct aul in pnerilià morluus; tanlum enfm malorum intulit in patriam, ul cunuJ)ula ejus merito delestari atque odisse debeas. »

^ yiiUitlotef p. 10.

4 Flaccus Illyricus vociferabatur potius vasliiatem Faciendam in templis et principes seditionem metu terrendos^quiiin liuea taltem vestis aduii(tatiir.(iV#e/cA. Adam, in f^it. philos., p. 195.)

que de souffrir un seul surplis. » Incessamment en guerre avec les diverses sectes qui se détachaient de THérésie, on apercevait tous les partis, le luthérien, le socinienje calviniste, l'anabaptiste, le quaker, l'anglican, le puritain , le gomariste et l'arminien , se réunir dans une étonnante communauté de pensées lorsqu'il fallait attaquer l'Église ou saper vm trône. Ici on proscrivait les Catholiques pour le seul fait de leur religion, là ils ne pouvaient pas posséder; leurs enfants étaient de droit Luthériens. Le Sectaire que la conviction ramenait à la Foi de ses aïeux se voyait à jamais banni de sa patrie et dépouillé de ses propriétés. De pareilles lois existent encore en Suède et en Danemark. On les mitigé quelquefois dans la pratique ; mais à cette époque elles se trouvaient dans toute leur vigueur. En Angleterre et en Irlande la persécution contre les Papistes , que l'acte du Test venait de sanctionner, était le plus monstrueux des outrages fait à la tolérance et à la liberté. Louis XIV, avec sa profonde connaissance des hommes et des affaires , avec son merveilleux instinct du pouvoir, observait THérésie dans ses diverses phases. Bossuet , le vainqueur de Claude et de Jurieu, Tinitiait, par V Histoire des variations y aux tendances désorganisatrices du Calvinisme. Les Jésuites, qui le combattaient depuis leur naissance , qui l'avaient rencontré sur tant de champs de bataille, corroborèrent par leurs entretiens ou par leurs ouvrages la répulsion que le Roi manifestait. Les orages du passé servaient de leçon au présent et à l'avenir. Chacun savait avec Grotius * que « partout où les disciples de Calvin étaient devenus dominants ils avaient bouleversé les gouvernements. L'esprit du Calvinisme, ajoute le savant Hollandais , est de tout remuer et de

' Grotliis, in Animad. R'vetii\ op. 1, 4, p. 6i9.

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