IV
tout brouiller. » Ce fut celte pensée qui présida à la révocation.
Des mesures sévères avaient été adoptées , à partir de i^àilnée 1661, poiir restreindre l'édit de Nantes. La Réforme était sapée dans ses fondements ; et , au moment où t^assemblée générale du Clergé se réunit pour proclamer le^ libertés aé TËglise gallicane, il ne restait plus que Tombre des concessions arrachées à tlenrl ÎV; car^ dans ses Mémoires d'État ^ le chancelier (]!hiverny, qui a rédigé Tédity déclare que' u peu à peu l'autorité du Iloi l'a fait recevoir partout, à la honte et confusion de cet Ëtat. » Les (Calvinistes habiles se soumettaient à TDnité; d'autres, prévoyant des calamités prochaines, ne voulaietit pas s'y voir exposés : ils revenaient au vieux culte tantôt par ambition, tantôt par crainte, tantôt par désir de plaire au Roi ; mais ces retours dans le giron de TËglise, quel qu'en fût le prétexte, affaiblissaient le parti , et ne produisaient à la seconde génération que des Catholiques. Avec le prestige de puissance dont Louis XtV était armé, il eût élé sage de laisser au temps et à PËglise le soin d'assoupir les derniers ferments de discorde religieuse. Le monarque était assez fort pour ne pas tourner contre ses sujets hérétiques les odieux décrets qui à l'extérieur déshonoraient le Protestantisme, lies princes et les peuples séparés de la cornnlunion romaine avaient donné un exemple de persécutioh : le droit de représailles était naturel. liOuis XIV néanmoins eût agi avec plus de prudence s'il se fût contenté de surveiller les Dévoyés et d'encourager le Clergé et les Jésuites dans les missions entreprises pour répandre la lumière. Tous les esprits éclairés, toutes les familles ayant quelque avenir ou quelque fortune
• Mémoires ((État de Chiverny, p. 316, édition de li>36.
revenaient , par conviction ou par calcul , à la Foi de leurs ancêtres. Les Jésuites avaient imprimé ce mouvement, il fallait le seconder avec adresse, et ne pas fournir un motif de révolte ou de plainte à des populations que le fanatisme pouvait rendre dangereuses.
Jusqu'en 1 682 , le plan tracé par les Pères de la Compagnie de Jésus avait réussi; Louis XIV l'appliqua aux Protestants de Sirasbourg, il obtint le même succès; mais alors le chancelier Le Tellier et Louvois, son fil», s'emparèrent de ce succès pour porter le dernier coup aux Huguenots, et l'annulation de l'édit de Nantes fut décidée en principe.
T^a ville de Strasbourg était enfin acquise au royaume; l'Hérésie y dominait et l'évêque, François de Furstem* berg, ainsi que son chapitre, s'étaient vus forcés de chercher un refuge à Molsheim. Louis XIV prit possession de cette nouvelle clef de la France; son premier soin fut d'y créer un séminaire et un collège; il en confia la direction aux Jésuites. Le 8 juillet 1 682, TÉvêque et le grand chapitre s'engagèrent par contrat a pourvoir à la subsistance de douze Pères de la Compagnie, et, au nom de la Société dont il était membre, Jean Dez * accepta ces conditions. Les Jésuites procédèrent à Strasbourg par la douceur et par la tolérance. Sur les pas des Pères Dez etScheffmacher,qui connaissaient les mœurs, les préventions et la franchise de leurs compatriotes, ils se mirent d'abord à évangéliser le peuple des campagnes. Une grande partie de l'Alsace était protestante, des Jésui-
' Ce Père Oez est le même qui apporta en Fraucç ta bulle d*escommunicatioa contre Louis XIV. Il fut, eu 168è> clioisi par te ftoi pour accompagner le Dauphin et le duc du Maine dans la campagne que couronna la prise de Pliilisbouri;, de Mankefoi et (le Trêves. Quand il fallut se séparer, le Dauphin dit au Jésuite : « Je ne sais, mod Père, si vous êtes content de moi autant que je Te suis de vous ; mais si je fkis encore une carapag^ne, je n'aurai pas d'autre confesseur que vous. »
tes allemands lui furent envoyés comme messagers de paix et de salut. Le Père Dez, profond théologien, ouvrit des conférences, il publia des livres dont la réunion à rÉglise romaine formait toujours le sujet. II fallait convaincre les esprits et gagner les cœurs, Dez et Scheff mâcher ne reculèrent devant aucune difficulté. Les Sectaires reconnaissaient pour chefs Pistorius et Stachs. Le Jésuite les amène à convenir de leurs erreurs, ils abjurent l'Hérésie dans la vieille cathédrale de Strasbourg, où ils l'ont si souvent préchée. Ulric Obrecht est, par sa science et par sa veitu , une des lumière^ du Protestantisme; Pélisson et Bossuet, avec qui il a souvent conféré de vive voix ou par écrit, l'ont à peine ébranlé: le Père Dez tente cette conquête, qui en décidera beaucoup d'autres, et, en 1684, Obrecht part pourMeaux.il vient, dans un juste sentiment d'admiration-, renoncer à THérésie entre les mains de Bossuet lui-même. Le nouveau Catholique voulut donner des gages de sa foi à l'Église et aux Jésuites; il traduisit les œuvres de controverse du Père Dez, et il seconda activement l'impulsion catholique.
Dans VÉtat présenté à la diète de Ratùbonne après la paiw de Ryswicky on trouve le nom de toutes les cités, de tous les villages de l'Alsace où les Jésuites portèrent le germe de la vraie Foi : en se rendant compte des obstacles qu'ils eurent à vaincre, on s'étonne du zèle et de la patience qu'il fallut déployer pour arriver à un pareil résultat. Us ne s'adressaient pas en effet à des hommes qu'une instruction première préparait à recevoir la vérité; ils avaient à faire pénétrer dans les cœurs des idées que les populations s'étaient habituées à regarder comme de superstitieuses croyances. Cependant ils ne désespérèrent point de leur cause. En quelques années, ils surent
si merveilleusement disposer ces natures grossières, ils reçurent tant d'abjurations publiques ou secrètes que le nombre des Catholiques surpassa même leur attente. Les fruits abondants qu'ils recueillaient persuadèrent à Louis XIV et à ses conseillers que rien n'était plus facile que d'obtenir partout de semblables triomphes. Les Jésuites avaient réussi en Alsace par des voies de douceur et d équité; on crut que le Protestantisme, qui cédait au raisonnement, s'empresserait de se rendre à la menace. Le vieux chancelier détestait les Dévoyés ; son» fils, le terrible ministre de Louis XIV, ne les aimait pas, parce qu'il croyait que Colbert, son rival dans la confiance du Roi, était leur protecteur. Un grand nombre d'Évéques pensaient qu'il importait au repos futur de l'Église d'en finir avec une secte qui, sous huit monarques, avait toujours semé le trouble dans l'État. Le Parlement lui-même et l'Université de Paris s'associaient à ces vœux; l'affaire fut soumise au conseil.
Une femme plus vieille que Louis XIV, âgée de quarante-sept ans, "mais pleine de discrétion, d'esprit et d'ambitieuse amabilité, acquérait sur son caractère une influence irrésistible.C'était madame de Maintenon, dont tous les écrivains ont plutôt fait la satire que l'histoire. Cette femme, que la misère avait poussée àunir sa jeune destinée à celle de Scarron, le burlesque poète du dixseptième siècle, séduisit le Roi par ses vertus, comme -La Vallière, Montespan et Fontanges l'avaient séduit par leur beauté. Après la mort de la reine Marie d'Espagne^ il osa descendre de son trône pour y faire asseoir secrètement une de ses sujettes. La position qu*il allait créer à la marquise de Maintenon parut si exceptionnelle au Père f ^a Chaise, qu*il essaya de dissuader Louis XIV de ses projets. Le monarque résista aux avis
de soQ confesseur, et madame de Maintenon ne pardonna jamais à ce Jésuite la franchise dont II avait fait preuve. Néanmoins ce fut le Père I^ Chaise qui, en présence de François de Harlay, archevêque de Paris , du chevalier deForbîn, de Montchevreuil et de Bontemps, valet de chambre du Roi, officia à la cérémonie du mystérieux mariage, dont la date doit remonter à Tannée i685. Maîtresse du cœur de Louis, connaissant ses majestueuses faiblesses, et le dominant par une raison toujours lucide et toujours modeste , la nouvelle épouse ne craignit pas de seconder les vues du chancelier Le Telller et des Catholiques \
Les Jésuites furent consultés sur la mesure. TiCS Jésuites, sous ce règne, apparaissent comme les confidents de Louis XIV et de ses ministres; il y en avait un dans chaque illustre famille. TiC Père Bouhours était le commensal du grand Colbert;et souvent ce ministre, qui a fondé en France le crédit et Tinduslrie, appelait Bourdaloue à Sceaux pour délibérer avec lui et avec Tronsôn, supérieur général de Saint- Sulpice, sur des négociations qui intéressaient le royaume *, Les Jésuites , en France, en Angleterre, dans les Pays-Bas et en Allema-
* Schœll est moias sévère que nous à rë(*ard de madame de Maiotcnon. Voici le paîtrait qu*il en trace daos «es États européens, t. xxix, p. 131 :
m Madame de Maintenon conserva son ancienne modestie, mais elle partagea avec le Roi le Fardeau du gouvernement, sur lequel elle eut pendant trente ans la plus grande influence. Son esprit juste, mais manquant de vues élevées, ne la préserva pas, dans cette position difficile, d'erreurs et de fautes, mais elle ne mérite pas les reprochet qui kii ont été faits par Paveuf^lc prcvenlion. Ses lulenlioos étaient toujours droites; elle obéissait à la voix de sa conscience; elle soumettait constamment sa manière de voir à celle de son royal époux. Si Tambition a été le premier mobile de ses actions, e|le Ta JMen expiée par trente années dWmui...
» Ce n'est pas que nous croyions nécessaire de repousser le reproche de dévoti'^n que le fanatisme lrréli(j[ieuK adb«aae à Tamie de Louis XIV. Quant à la perséeutîon qu'éprouvèrent les Protestants, elle en fut innocente... •
2 n existe une lettre de M. Troason au l*ère Bourdaloue, à la date du 7 octobre 16W> par laquelle le Sulpioien demande us rendei-vous au Jésuite, afin de couHrtr s«r une affoire dans laquelle Colbcrt désirait avoir Tavis de l'un et de l'autre.
DE Là COMPAGiNIE DE JÉSUS. 391
gne, s'étaient vus, ainsi que dans leurs Misaions au delà des ipers, en butte aux cruautés des Sectaires. Mieux que personne, ils avaient expérimenté leurs tortures, et ils nlgnopaient point que leur intolérance était partout ss|ns pitié. Cependant, au milieu de cel|:e atmosphère de rigueurs dont ils se sentent enveloppés, en face de ceç excès de zèle que chacun manifeste , soit pour 8(|tisfaire ses passions religieuses, soit pour assurer la paix ^ la France, les Jfésnifes se trouvèrent divisés sur l'opportunité de la révocation de l'édit de Plantes.
Il existe aux archives de l'État deux mémoires adressés à Louis XIV ; Us traitent à fond cette grave question. L'un fut écrit par d'Aguesseau, alors intendant du Limousin, et présenté au nom des Jansénistes; l'autre était rédigé et appuyé par )a Compagnie de Jésus. Ces mémoires , dont Rulhière eut connaissance lorsqu'i} écrivit ses Éclaircissements historiques sur les causes de /a révocation de l'édit de Na/nteSy concluent tous deux, par des motifs différents, au niaintieu^de l'acte de 1598. Mais ils sont sans signature, ils révèlent seulement leur authenticité par les traces que le temps y a laissées; on n^ peut les accueillir qu*avec réserve : il faut donc, pour apprécier ta situation des partis, consulter les historiens de l'époque. Élie Benoît, protestant réfugié, a publié un ouvrage sur les causes de l'exil de ses coreligionnaires; il accuse le Père La Chaise d'être l'auteur de l'ordonnance de révocation et de toutes |es calamités qui s'ensuivirent. Schœll lui-même , ordinairement si modéré, reproche au confesseur de Louis XIV d'avoir été, avec madame de Maintenpn et Louvoie, l'adversaire le plus actif des Huguenots.
Ces assertions durent nécessairement se trouver sous leur plume. Ils étaienl; perséentés et proscrits, ils s'en
prenaient aux Jésuites, qui n'avaient jamais cessé de les combattre. Quoique écrivant sans apporter aucune preuve, aucune autorité à l'appui de leurs dires, ils ont convaincu tous ceux qui ne demandaient pas mieux que d'accepter une version hostile à la Société de Jésus.
D'autres annalistes, en recueillant les souvenirs de la génération contemporaine, n'ont pas *été aussi expli- •' cites. Les uns n'avaient aucune affinité avec les Jésuites, les autres étaient leurs rivaux. Néanmoins, ils s'accordent pour mettre les Pères de l'Institut hors de cause. L'abbé de Choisy, qui vivait à la cour, qui en connaissait et en divulguait les intrigues,' expose les événements d'une manière toute différente. Il raconte que Louvois, toujours jaloux de son crédit, était inquiet des entretiens que l'archevêque de Paris, le Père La Chaise et Pélisson avaient avec Louis XIV, Ces trois hommes, que le monarque consultait, tendaient à affai^ blir ou à détruire le Calvinisme en France ; mais leur système repoussait les moyens violents et personnels, u Louvois, continue Choisy après cet exposé de la situation, voulut couper court à ces entretiens, qui lui devenaient suspects, et, sans tant de façons, il pressa fortement la révocation de l'édit de Nantes. Le Roi mit la chose en délibération dans son conseil*. »
Il y avait alors dans ce conseil un vieillard dont Bossuet a célébré le patriotisme, c'était le chancelier Le Tellier; il étudiait depuis long-temps et pas à pas ]si , marche des Dévoyés de l'Église; il venait de les saisir,, en i683, dressant un plan d'union générale dans les provinces de Poitou, de Saintonge, de Guyenne, de Dauphiné et de Languedoc; il savait que les ministres -du culte réformé mettaient les armes aux mains des mon-\
I Mémoires de Choisy, t. LXiil, p. 2S4 (édit. Pelitpt)*
tagnards, et que ces Missionnaires bottés ^ ainsi que les Huguenots les surnommèrent, ne cherchaient qu'à fanatiser des multitudes ignorantes. Tje Tellier se sentait frappé à mort; avant de mourir, il souhaitait avec passion d'attacher son nom à la mesure dont il avait toujours été le promoteur le plus énergique. Le 22 octobre 1 685, en scellant Tédit de révocation, le chancelier put s'écrier comme Siméon : « Nunc dimittis servant tuu7n , Domine. >»
Louis XIV avait cru étouffer le Calvinisme; par la persécution, il lui donna une seconde vie. L'exercice du culte réformé était interdit même dans les maisons particulières; quinze jours après la publication de Tordonnance royale, tous les ministres qui n'auraient pas renoncé à l'erreur devaient sortir du territoire de France, et ceux qui se convertissaient au Catholicisme étaient comblés de faveurs. Les Protestants ne pouvaient ni émigrer ni transporter à l'étranger leur fortune, sous peine des galères ou de la confiscation. Avec l'esprit d'intolérance dont Louvois était animé, un semblable décret ne devait enfanter que des injustices. Elles eurent lieu; elles amenèrent de sanglants résultats. Quelle part les Jésuites y prirent-ils? Le marquis de La Fare, leur ennemi , avoue dans ses Mémoires \ « que le Père Lachaise, confesseur du Roi, n'avait pas lui-même été de l'avis des violences qu'on.a faites. » Duclos s'écrie * : « Le Père Lachaise, dont on vantait la douceur, ne pouvaitil pas persuader à son pénitent qu'il n'expierait pas le scandale de sa vie passée par des actes de fureur? » Oroux, répondant d'avance à cette accusation sous forme dubitative, ne craint pas de dire, en parlant de
' Mémoires de La Fare (ëdit. Petilot), t. lky» p. 234. * Mémoire* de Duclos (Mit. Petitot), t. Lxxyi, p. 18S.
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Lachaîse* : « Il s'éleva en particulier haulenient coiitrq Vexhumation des cadavres des Protestants traînés sur la claie et jejés à la voirie. Il représenta fortement à S«^ Majesté tout ce que cette accusation avait d'odieux cl de barbare; aussi, le ministre Jurieu', plus équitable à son égard que ne l'ont été quelques écrivains, même catholiques, ne pouvait-il pa^ s'imaginer qu'il fût capable des procédés sévères dont se plaignait la prétendue réforme. »
Nous sommes par principe et par conviction oppose à toute espèce de rigueur contre les croyaqces qui nç se traduisent pas ep révolte. Violenter les consciences, appelpr au martyre un culte ou un parti que l'on peut tuer par le raisonnernent, qu'il est si aisé de laisser mourir dans les langueurs de l'indifférence ^ c'est le raviver dans le sang, c'est déshonorer la cause de la vérité en la faisant défendre par des fanatiques ou par la force })rutale. Louis XIV et tous ceux qui s'associèrent à la révocation de l'éditde Nantes n'avaient sans doute pas oalculé les excès que le désespoir des Huguenots allait provoquer; ils crurent que la masse obéirait saqs répugnance, et que la crainte comprin^erait les moins résignés. Ce fut une erreur déplorable. On a vu l'action du Père Lachaise dans ces événements: il reste à raconter ce que firent les autres Jésuites.
De 1682 à 1688 j ils organisent des missions à Troye^, à Lune), à Vitré^ à Orbec, à Soissons et à Bourges. Chénard, curé de la ville d'Alençon, y appelle le Père -du Parc; les entretien^ du Jésuite raqr^ènent plusieurs hérétiqtfes à l'Unité. La Compagnie de Jésus prévoyait les malheurs que l'opiniâtreté des Sectaires entraînerait ;
' Histoire evclésiastique de Za coi^r dp foxncCf |.. ij^ i). 5;}J , * V Esprit de M, Arnauld, t. 11.'
elle s'efforça de les conjurer en répandant partout les lumières de la Foi. Des enfants de Loyola accourent avec les Capucins dans les provinces où le Calvinisme est encore vigoureux. Ils prêchent, ils évaugélisent en même temps dans le Roussillon et dans le Poitou, dans l'Alsace et dans le Languedoc , dans TAunis et dans Je Béarn. Il y avait de grands services à rendre à l'Église et au pays; les Jésuites les plus célèbres donnent l'exemple. Le Père Bourdaloue s'arrache aux appjaijdissements de la cour, afin d'éclaîrer, par sa nerveuse dialectique, les Protestants de Montpellier. La Rue, dont de beaux succès littéraires ont consacré le nom, s'élance dans les campagnes du Languedoc. Comme l'éloquent capucin Honoré de Cannes, il fait toujours' entendre des paroles conciliatrices; mais ces paroles semblent frappées de stérilité. Les conversions qu'ils opèrent ne produisent dans les cœqrs qu'une répugnance plus invincible. Da-ns ces Missionnaires, livrés à l'ardeur du zèle, le Huguenot ne voit que des avant-coureurs de la persécution. Leur ministère pacifique reste presque sans efficacité sur l'enthousiasme des populations auxquelles on impose un retour immédiat à la vieille Foi. Elles résistent en attendant le martyre, ou elles accusent de lâcheté et d'apostasie leurs coreligionnaires qui ne montrent pas la même obstination, TjCS hautes classes se prêtèrent plus facilement que les autres à l'apostolat des Missionnaires. Pour se laisser convaincre, elles avaient, en dehors de leur éducation , des instincts conservateurs, des motifs ambitieux que Flsolement auquel on les assujettissait ne pouvait satisfaire ; mais le peuple des campagnes n'acceptait pas avec autant d'empressement les ordres royaux. On lui disait, qu'au bout de ces révoltes de l'esprit, il faudrait avoir reçQur§ à la force;
le peuple qui n'avait rien à perdre défiait la violence, en se livrant à son sauvage enthousiasme. Cette irritation produisit la guerre des Gévennes et Cavalier, qui vendra ses camisards pour avoir l'honneur de traiter avec le maréchal de Villars.
La révocation de l'édit de Nantes devint une source de récriminations amères contre Ix)uis XIV et les Jésuites, auxquels on imputait cette mesure. Les Hérétiques de toutes les sectes et de tous les pays avaient dépouille de leurs biens, emprisonné, proscrit ou égorgé les fidèles; ils avaient brisé, comme un hochet d'enfant, la liberté et le droit d'association; ils descendaient même jusqu'au fond des consciences pour imposer le parjure , ou l'apostasie. Mais, à la nouvelle que le roi de France rend à leurs co-religionnaires une partie des maux qu'ils firent peser sur les Catholiques, une indignation de commande s'empare de tous les esprits. Les Dévoyés de l'Église refusèrent à Louis XIV la faculté de persécuter l'Hérésie, quand l'Hérésie, s'attribuant le monopole de l'intolérance, sévissait partout où elle pouvait glisser ses ministres et sa croyiince. Ceux qui venaient de repousser du sol de la patrie les Catholiques inébranlables dans leur Foi, s'émurent jusqu'à la fureur, en recevant, au foyer de l'hospitalité calviniste, les Huguenots expulsés de France. Il y eut des douleurs de convention et des colères instruites à feindre; car, dans le fond de leurs âmes, il n'était pas possible que les Sectaires ne reconnussent aux autres le droit d'user d'un principe dont ils avaient si largement abusé; mais il fallait déplacer la question pour égarer les multitudes et fausser l'esprit de l'histoire. Les Protestants réussirent dans leur double entreprise. De Genève et de Londres, il ne s'éleva qu'un cri contre l'intolérance de Louis XIV; ce cri retentit
encore; en Hollande, il évoqua des hommes qui ne se contentèrent pas de faire écho; là, les Protestants dédaignèrent le rôle de martyrs pour celui d'inquisiteurs.
Par sa position inexpugnable, par son commerce sur tous les marchés du monde , par ses victoire» navales et par son besoin d^alimenter les révolutions dans les autres États, la Hollande était devenue, en moins d'un siècle, une des puissances les plus redoutables de l'Europe. Elle ouvrait son sein à tous les mécontents; elle accueillait toutes les ambitions déçues; elle soudoyait toutes les plumes qui se vendaient à ses libraires; elle faisait la guerre à coups de canon et à coups de calomnies; elle outrageait ceux dont elle ne pouvait triompher. Forte de la bravoure à froid de sçs enfants, plus forte encore du talent de ses amiraux et de ses diplomates, elle jetait dans la balance européenne une épée ou un pamphlet. Elle accueillit les Jansénistes vaincus; elle fut pour eux une terre de promission, comprenant bien que les disciples de Jansénius étaient un levier dont elle aurait toujours lemploi contre l'Eglise universelle. Guillaume d'Orange avait un autre but. Le Catholicisme, en Angleterre, sortait de ses ruines avec la Compagnie de Jésus;- cette résurrection allait donner un trône à ses ambitieux calculs; le Stathouder n'épargnait rien pour y arriver. La révocation de l'édit de Nantes fut un nouveau prétexte offert à son ardeur contenue : il le saisit avec avidité, et ce prince, qui ne croyait qu'à son intéiêt, se montra zélé Protestant, parce que Louis XIV et Jacques II étaient fervents catholiques. Il y avait des Jésuites dans les Provinces-Unies; il fit retomber sur eux le poids de ses vengeances. Persécuter les Catholiques et la Société de Jésus, c'était offrir des arrhes à ses
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complices préparant la révolution de 1688, et se faire un appui de tous les Huguenots; Guillaume joua la partie avec autant d'adresse que de bonheur.
A cette époque, l'Institut possédait en Hollande quarante-cinq résidences, qu'administraient soixante-quatorze Pères. Afin de légitimer les moyens coërcitifs, qui enfin avaient un prétexte, on transforma le roi de France en Jésuite*; tout aussitôt, ce seul titre fut un arrêt de proscription. Les églises qu'ils occupaient furent soumises à d'exorbitantes amendes; on traîna dans les prisons les Missionnaires et leurs adhérents; la profanation et le sacrilège marchèrent tète levée. Dans la Frise, le Père Ernest de Wissenkerke est en butte aux menaces des Sectaires; il s'y soustrait en fuyant d'asile en asile. A Zutphen, dans la Gueldre, à Alkmaër, à Hoorne, à Enkhuisen, à La Haye et à Utrccbt, des manifestations semblables eurent lieu. Le Protestantisme est encouragé par les Jansénistes belges ou réfugiés; ils l'excitent contre les Pères, en tâchant de séparer la cause de la Compagnie de celle des autres Catholiques. On veut abattre le drapeau, afin de disperser ou d'affaiblir l'armée. Les États-Généraux mettent en discussion l'existence des «Jésuites; un décret d'exil définitif est imminent; le supérieur de la Société en Hollande écrit à ses frères le 2 novembre i685 :
« Dans l'état critique où se trouve notre Mission par suite des mesures rigoureuses prises en France, je fais part à nos Pères de plusieurs observations dont ils voudront bien tenir compte.
n i^ Je recommande instamment aux prières et aux sacrifices de tous la situation de notre Compagnie. Je n'impose aucune prière d'obligation ; j'aime mieux m'en
' Persequente reformata; reiigionis homincs Rege Gallhi; de numéro Jesuitarum.
DE La compagnie de JÉSUS. 3d9
rapporter au bon esprit et au zèle dont chacun est animé, bien persuadé que , de cette mailière , j'obtiendrai plus que je ne pourrois jamais exiger ;
» 2" Que chacun se tienne modestement à son poste; qu'on ne fasse rien qui puisse offenser qui que ce soit, et accroître le danger auquel nous sommes exposés;
» 3** Que chacun sache à temps et avec prudence cacher ce qui pourroit compromettre nos personnes et notre sacré ministère auprès deâ hérétiques, ou confier en mains amies et sûres ce qui sera jugé devoir être soustrait aux recherches de nos ennemis, et l'on aura soin de s'en faire délivrer un reçu. •
» 4* Si, ce qu'à Dieu ne plaise, l'on venoit à ordontier notre proscription actuelle ou futu:e, il faudroît Taccepter a^ec toule la résignation qu'inspire le Christianisme et la souffrir avec la patience des apôtres. Alors, on pourroit se retirer dans les localités qui offrent le plus de sécurité, comme, par exeinple, dans les fermes, dans les maisons de campagne de nos amis, et s'y tenir bien cachés.
w Avec ces précautions, j'espère que nous nous tirerons d'affaire.
» Je vous supplie tous d'employer ces moyens et d'autres encore, s'il s'en offre de meilleurs, pour Je bien de la Mission. »
iTelles sont les précautions secrètes qu'à la veille àeé calamités adoptent ces hardis conspirateurs. Les États de Hollande vont appeler sur leurs têtes la vengeance du ciel et des hommes : on les dénonce comme la pierre angulaire de la politique; on les accuse de toutes les mesures dont les princes croient devoir s'entourer dans rintérét de leur couronne. Eux s'adressent aux chefs parlementaires de la république des Provinces Unies, et,
ÙÛO HISTOIRE
dans un mémoire, ils présentent leur défense. Hollandais, ils arguent de leur droit de citoyen; Catholiques et prêtres, ils font valoir que la liberté de conscience est aussi bien pour les Jésuites que pour les Goniaristes ou les Arminiens. Ils ne demandent pas de privilèges, ils ne réclament pas de subvention pour élever la jeunesse et fortifier leurs frères dans la Foi; ils veulent rester libres sous un gouvernement qui a proclamé Ja liberté.
Ce mémoire était embarrassant, parce qu'il posait la question avec netteté. Les Jésuites hollandais affirmaient, ils prouvaient , que des motifs purement humains avaient seuls décidé Louis XIV à révoquer Tédit de Nantes. En même temps ils écrivaient au Père Lachaise : « Ou assure, dans ce pays, que vous êtes Fauteur des persécutions exercées en France contre les Calvinistes, et Ton cherche à s'en venger sur nous. Le comte d*Avaux connaît notre position, et vous en rendra compte à Paris. Nous vous supplions, par l'amour que vous avez pour notre Mission et pour l'Eglise, de faire modifier aux Etats ce jugement inique sur les causes de la révocation de l'édit de Nantes, et, s'il est possible, de détourner le coup qui nous menace. »
Il y'avait pour vicaire apostolique, en Hollande, un prêtre de l'Oratoire, que le Saint-Siège venait d'élever à la dignité d'archevêque de Sébaste. Il se nommait Pierre Codde, et succédait à Jean de Néercassel, qui, sous le titre d'évêque de Castorie, s'était montré tout dévoué aux doctrines du Jansénisme. Pierre Codde l'imita dans SCS erreurs; disciple de VAnyustinus, il se prit à exciter contre les Jésuites la tempête qui grondait déjà. Les Pères de l'Institut étaient depuis long-temps en hostillt.és ouvertes avec ces deux vicaires apostoliques.
Codde, représentant da Saint-Siège, aima mieux donner satisfaction à ses haines théologiques que de soutenir de son autorité et du crédit de ses parents à Amsterdam le Catholicisme mis en cause. L'archevêque de Sébaste se fit l'auxiliaire de THérésie; il accusa les Jésuites, il essaya d'entraîner dans ses idées schismatiques les fidèles dont il devait éclairer et maintenir la Foi. Avec Quesnel, son confrère de l'Oratoire, il en appelait des décisions pontificales aux Etats-Généraux de la Hollande protestante. Pour couvrir ses erreurs; il transformait en docteurs de l'Église les partisans de Luther ou de Calvin ; afin de rétablir l'Unité que ses intrigues compromettaient) il sollicitait la décision de quelques laïcs, divisés eux-mêmes en autant de sectes que de familles. La cour de Rome jugea que ce scandale devait cesser; le 3 avril 1 704, un bref émané du Saint-Siège déposa l'archevêque de Sébaste. Les États-Généraux avaient senti qu'un pareil auxiliaire était plus utile dans leur guerre contre les Jésuites que toutes les spoliations et les moyens acerbes ; ils prirent parti en sa faveur. Le nouveau vicaire apostolique , Cock, reçoit ordre de sortir des Provinces-Unies; on chasse en même temps les ecclésiastiques séculiers qui adhèrent aux injonctions du Sôui^erain Pontife ; mais les Jésuites éludaient avec tant de sagacité les mesures prises, ils s'étaient si bien renfermés dans le cercle de leurs attributions, que les Hérétiques n'avaient jamais trouvé un prétexte spécieux pour réaliser leur plan.
Le 27 mars 1 706 , les États-Généraux font citer à leur barre les Pères Jean de Bruyn , supérieur de la mission , François Vanhies, Jacques Claesman et Charles Venderburgth. Le syndic Akerslpot leur déclare « que les trèspuissants Seigneurs des États désirant mettre fin aux di- IV. 26
m HIBTOIRK
visions qui existent entre les Catholiques , ont jetë tes yeux sur les Jésuite^, et qulis les somment d'avoir à s'employer auprès du Pape poar rétablir M. Qoààe dans ses fonctions de Vicaire apostolique, ou pour satisfaire çn Unai point aux réclamations des Jansénistes. » A cet ultimattim^ le Père de Bruyn ne se déconcerte pas, il demande de quelle manière les Jésuites doivent s'y pi'endre afin d'obtenir ce résultat. Pour toute réponse , le syndk Ut une seconde fois les propositions ^ et il ajoute qu'il fatU absolument que, par rentremise des Jésuites, PLerre Codde soit réintégx*é dans sa charge a^ant le i5 jnin. ï^a menace des Hérétiques s'abritait sous le mantean du Jansénisme ; ies Pères de Finstitut coiAprirent que l'alternative qui leur était laissée devenait pour eux nne occasion de chute ; ils ne furent pas tentés de s'abaisser en présence de ces menées. Le 6 avril 1705, Bruyn éerit à Borne, mais il prévient les Ëtat& que sa lellre n'exercera aucune influence sur les détermûiah tîons pontificales, et qu'elle a été rédigée en ce sens. I^e 9 mai y la réponse attendue arrive; elle est telle que les Jéaràes la pressentaient. Ijcur expulsion en dépend ; ils n'ont pas vouk» que TÉgli^ fit un sacrifiée de dignité pour obtaw une liberté précaire.
Uefmis plus de vingt ans on les tenait sous le coup de L'e^i). On avait fomenté l'insurrection et organisé le pillafi^ contre eux; la révocation de l'édit de Nantes n'apparaissait pkis cofnitte leur œuvre; mais le Protestan* tisme hollandais, dont la vengeance avait été morcelée, désirait accorder à ses salies du Jansénisme une prime d'encouragemenL I^ 30 juin 1 706 les Pères furent bannis des Provinces-Unies.
Il y a dans la Société de Jésus une persévérance si pleine de ténacité, les enfants de I^yola sont si bien
DE LA COMl^tONtB DE JÉSCJS. • MS
façonnés à braver h% cfauricës de toiiie sorte ^ t{Ue ta proscription \ei effraie besacoup moins qu6 le bonheur. On dirait qu'blb fat toujours àa condition de leur existence, et que cette vie d'agitations et de combats est pour eux un élément de succès^ Gomme tant d'autres ordres religieux, ils pouvaient, jouissant des travaux et de la gloire de> iem^ anciens^ dèsceiidtfe lin paix le fleuve et 4' endormir sur les flots devcftos faciles. Tjés «i^suit^fs pensèrent qu'à remonter sans cesse le courant le bras se fortifié. I^a tète haute ^ l'œil ouvert, la poitrine tendue^ et déchirée^ ils aimèrent mieux ir'avoneer vers le port auquel ils n'abordaient jamais, maîn d'où des voix amies, des émules quelquefois^ lés encourageaient dan^ cette lutte hardie. On les bannissait, ils tit>ttvent moyen de résister. Leurs fidèles sont peu nombreux, ils se sed* teut dispersés, inquiets; les Jésuites les r^të!surent, ils font passer dans les cœurs catholiques la sérénité de leurs âmes; ils leur inspirent la force de regarder sans pâlir les tribulations que l'Hérésie leor l-éserve. Au mois de février, les Étals songent à mettre un terme 'à cette situation. Les Pères comparaissent encol'e devant eux ; on- les somme de faire ratifier par le Saint-Siège, dan^ l'espace de trois mois, Tultimatum proposé, ou de se voir exclus h perpétuité des poàsessiQns hôllâ^ûdaises. L'Église, par l'intermédiaire du cardinal i^adlttoci, ré-' pondit au PèrD de Bluyn :
« C'est avec une vive douleur que SéI Sainteté a reçu l'exposition des tristes événements rapportés dans la lettre de votre Paternité du 28 février dé l'année der^ nière, à savoir l'intimation à vos confrères et à vous, de la part des Etats de Hollande^ de quitter leur territoire dans l'espace de trois mois, sous peine d'être punis comme perturbateurs du repos public, aveé la clause,
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toutefois, que si, dans cet intervalle, les dissensions qui régnent entre les communautés catholiques romaines disparaissent entièrement, il vous sera loisible d'aller présenter aux États votre requête pour une prolongation de séjour; mais que, ce délai une fois expiré, on sévirait contre vous, et que, de plus, toutes vos églises et chapelles seraient fermées pour n'être plus rouvertes. Sa Sainteté comprend très-bien que cet orage a été soulevé contre vous par les menées des Janséni<^tes, qui mettent tout en œuvre pour attirer sur vous, innocents pacifiques, cet exil qu'ils méritent eux-mêmes à tant de titres. Elle s'est grandement étonnée de voir les États pousser la condescendance en faveur de ces réfractaires non-seulement jusqu'à laisser pleine liberté aux trames des véritables auteurs et fauteurs de ces discordes, mais à se voir enlraîner, par leurs manœuvres secrètes, à des arrêts indignes, ce semble, de l'équité naturelle des Ltats, en même temps que de l'affection qu*^ Sa Sainteté n'a cessé de leur témoigner par tous les bons offices que s^i coiiScience lui a permis.
» Du reste, Sa Sainteté n'ignore pas que la raison de cette mesure, tirée des divisions qui existeraient entre les congrégations catholiques, est absolument fausse. fjes vrais Catholiques de Hollande, en même temps qu'ils conservent Tobéissance au Saint-Siège, entretiennent la paix parmi eux. C'est à tort qu'on donne le nom de Catholiques aux Jansénistes, honteusement rebelles au Saint-Siège; ils sont regardés par le Souverain Pontife non-seulement comme excommuniés et séparés de l'unité de TEglise romaine, mais encore condamnés, repoussç3 comme ennemis de l'Église et de l'autorité pontificale.
» Sa Sainteté désire qu'au plus tôt vous rappeliez de sa part ces faits aux représentants des États, attendant
DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. kOS
de leur justice et de leur prudence pour vous ua traitement moins sévère , et pour les autres répression de leur audace. Que si la violence et l'intrigue de ces derniers prévalaient sur vos justes demandes, et que, malgré votre innocence, il vous fallût subir Texil décerné contre vous, le Saint-Père vous exhorte à soutenir cette calamité avec cette force et cette constance d'âme dont votre vertu éprouvée lui donne les garanties. Sa pensée pleine de sollicitude vous suivra lorsque, selon lavertissement de l'Évangile, bannis d'une région, vous fuirez dans une autre , après avoir secoué la poussière de vos pieds sur eux , en témoignage de leur obstination à repousser le salut. Elle vous engage à vous souvenir que, pour la gloire de Dieu et la défense de l'Église , nonseulement Texil, mais encore les tourments, mais la mort, s'il le faut, doivent être subis avec patience, et même accueillis avec joie, et que le divin Sauveur donne surtout le titre de bienheureux, avec promesse du royaume des Cieux, aux persécutés pour la justice. En témoignage de sa charité paternelle, elle vous départit avec effusion de cœur la bénédiction apostolique. Et moi, qui, par ses ordres, écris à Votre Paternité, je demande à Dieu, pour vous, avec l'accroissement des dons spirituels, toutes sortes de prospérités.
» J. Cardinal Paulucci. »
, Il ne restait plus aux Jésuites hollandais qu*à subir l'ostracisme dont les Jansémstes faisaient une loi aux Protestants. Le i6 juin 1708, les États ne leur accordaient que vingt-quatre heures pour avoir à fuir leur patrie et à abandonner leur troupeau formé dans la souffrance ; les Jésuites ne purent se décider à ce sacrifice. On les menaçait de mort s'ils n'obtempéraient point
im HHToma ' .
à rinjdnction des États; ili so réfis^ièreât A»n% la provinee à'Vtvecht; de ià, ils cahoèreût rirrUatien des Ca*thoKqueSy ils leur apprirent qae les jours du danger passent encore plus vite que les heures du bonheur. L'édit de bannissement devait recevoir son exéoutioB immédiate. Quelques années après, quand les ardeurs du Jansénisme et les colères luthériennes furent éteintes, les Jésuites reprirent peu à peu leurs anciennes missione. Ils sont à Amsterdam, à Leyde, à Delft, à Rotterdam, à Groningue, à Gouda et dans toutes le& provinces où se trouvent des fidèles. A La Haye, ils deviennent lei aumAniers des plénipotentiaire^ étrangers. Leur miniatène a quelque obèse de clandestin ; ils se cachent dana Yombre. Ces précautions ne sent pas prises contre le» magistrats de Hollande, qui enfin donnent à la liberté Une plus large interprétation, mais contre les pràtro&qwr l'Égliîe a frappés d'interdit, et qui exploitent dans oe pays loos les scandales de l'Europe. Ces prêtres soûle* vèreDtjplQS d'une fois la tempête; le$ États -Généraux su firent line arme de taot de calonmies, ils dçerétàreni' aouvenj; ^u'il fallait chasser u cette pernicieuse et pa«rl» e^e ai^ete des Jésuites, n Elle courba la tètQ et laissa passer IW^e^ car elle co^prrnait qu'un devoir ianpé-^ rieux l'attacbail à cette HoUa^do où elle avait hèQUoeMjfi souffert ^ njiai)? q\\ pjle fçQppdfiil le germe qui devait produire tant de vertus chrétiennes.
Las ËMlandais essayaient d'anéantir dans leur pays la Côilipagnie de Jésus, qui, iopte d'une patience à toMe éprevve, déjouait Ips çaloBUDiies les nÙQUie com^ binées, et faisait échouer les prespriptions )es plus menaçantes; dans. ^ même temps, eUe se voyait eq partie proserite de Sieîlt. La cause de cette mesure tenait a uiie diseussion du pauvoir eofiléaiastique , que^
DE LA COHTAfifWt DE JÉSUS. 4*1
.dans ceituries circoDBtaBcei , les niagistruts civils se «roi^aient eo droit d'exercer. Les moaai'<fues de Sicile prétendateut qu'eo vertu d'une bulle accordée à Rb^er, f&a ie Tancrède, par Urbaia II, ils jouissaient, comaie iijgats à perpétuité, de presque 'toute la plénitude de rautorité poattficale dana l'île conquise par Idora arme*. It^véffée de Upari avait, pour un moitif d«6 pbs fiitiletf, excommunié quelques w4ig4«trais «ubalteitiefl; ib sadressèrent à ceux qui, so«s le titre d« iribooal de la maoarclne, usaient: dt la f)réfOgialiv& ctuacédée par Urr bain 11* prérogative que depuis long -temps l'Ë^lise romaine armait comnit nulle et sam valeur. Ce d^oit, attribtié à de* laïcs , étwt une cbiiaère ; il se trouva des b^maes pciur le défendre, car. dans in petits États, les privilèges les plus minimes s'élèveaC à des propottions gigantesques- Quelques Prélats sioiliins , re^rdinl ta chose comme sérieuse, lancent l'inlerdit surlenndiocèttes et se dérobent par la fuite Hfix conséquences dç leur acte. lies magistrats séculiers s'oftpcaent i l'excoiti* muoication ; le Souveraiil Pontife en soutient la validité. Buglio. le délégué dn vice-roi « prononce la peine de cinq an? d'exil contre tout religieux «fui obéuti à Id buUe »vsai qu'elle ait reçu ïeaieqMiPur royal. Dana ce conflit d« juridiction) les Jésuites de Gatane, diiigés -par la Père Bqrbieri, leur provincial, se rm^ut ions ta ban* oiàre du 8«nt-S(%e.
T^IIq était la position de» chose», lorsque, le 2 4 dé« cetehre 17^3, Philippe Y d'Espagne abandonna la Sicile à yict<»r-An)édéet. duc d« £avcÂe, aussi vaillant capitaiua qve politique expécimeoté. I^b nouveau prince fait pfipçer par Ic^ éyêques de Maz^ara et de Cefaiu dopoera ^tis^cfi^n enlièce à la cour de Rojpe, q«
abnf^ 4» ijfibHW»' 4« t* lowwrcfef* neJtpoj. Hfoxmés^
qu'il ne consentira jamais à dépouiller ses États de leur ancien privilège. Le duc de Savoie parlait ainsi pour se rendre populaire ; les autorités espagnoles prennent le contrepied de ses déclarations. 11 demandait que le Clergé , que les Jésuites notamment , oûvrtesent les églises, et y célébrassent Tofiice divin; la menace se trouvait à côté des caresses. I^s Jésuites se décident à obtempérer aux prières et aux ordres du Roi. Ce que le provincial Barbieri avait établi, le Père Sala, son successeur, le continua. Leurs précautions conciliatrices se voient dés* approuvées à Rome ; malgré la sévérité des injonctions de Victor-Amédée , le bref du Pontife et les lettres du général de la Société sont introduits en Sicile ; les Jésuites s'y conforment; ils feiment aussitôt leurs églises de Catane et de Girgenti. C'était l'exil pour cinquante d'entre eux ; l'exil est accepté. Cet exemple modifia l'opposition des autres Instituts: ils ne voulurent pas se prêter, comme les Pères de la Société de Jésus, à une obéissance qui compromettait leur avenir. Par une bulle du 20 février 1716, Clément XI abolit le privilège et le tribunal de la monarchie en Sicile. La querelle alors passa dans les écrits ; elle fut alimentée par des controverses sans fin auxquelles prirent une part active les Jésuites Pisano', Catalano , Chiavetta et Buonincontro. De nou« velles transactions diplomatiques intervinrent entre l'empereur d'Allemagne et Victor-Amédée. Il renonça à la Sicile pour la couronne de Sardaigne; sur-le-champ, Albéroni tenta la conquête des provinces enlevées à la monarchie espagnole. Une armée parut en Sicile; les villes ouvrirent leurs portes, les campagnes se montrèrent heureuses de rentrer sous la domination de leurs anciens rois; mais, pour don de joyeux avènement, toutes demandaient qu'on mît fin aux troubles, toutesi
exigeaient le rappel des Jésuites et des autres^exilés. Le Pape et Philippe V traitèrent sûr ces bases , puis les dernières traces de ce long démêlé disparurent sous la main du temps.
La Compagnie de Jésus était à la même heure repoussée et de la Hollande protestante et de la Sicile catholique ; par un de ces revirements d'opinions si fréquents dans son existence , elle se trouvait appelée à préparer le retour de la famille souveraine de Saxe à TUnité catholi* que. Jusqu'à ce jour, les princes de cette maison avaient été les plus vigilants défenseurs et les généraux les plus intrépides du Luthéranisme. Depuis Charles-Quint , l'Allemagne hérétique devait à leur épée d'innombrables succès. Au mois de novembre 1689, Chrétien-Auguste de Saxe embrasse le Catholicisme ; il est sacré évéque de Baab et promu au cajrdinalat. Il était revenu à la religion de ses aïeux; il forma le projet d'y ramener sa famille. Le premier dont il triompha fut Frédéric-Auguste II , électeur de Saxe, qui, le i**^ juin 1697, ^tj^ï^si ^^ Pro* testantisme. Frédéric, dont la vie s écoulait dans les magnificences et sur les champs de bataille , était un de ces hommes de fer à qui la^ vérité n'a jamais fait peur. Pour être nommé roi de Pologne après la mort de Sobieski, il pratiqua en grand la corruption électorale, il voulut acheter la moitié des suffrages de la Diète ; tous , à quelques exceptions près , s'offrirent au marché royal. Catholique aii i^' juin, Frédéric-Auguste fut élu le 27 du même, mois, et couronné à Cracovie le 27 septembre. La conversion du Prince pouvait paraître à l'Église une transaction entre sa conscience et le diadème de Pologne; le Saint-Siège lui conseilla de s'entourer de ministres aussi fermes que prudents. Le nouveau monarque, était un hardi soldat, qui avait long-temps tenu
tét0 m\ FroDçaii, ^\ avait vaincu le^yTiicc», et qui allant se trouver face à |«ce «ivec GhaHe» Xil d$ Suède ^ danà lea plains de CâissOw et de Fr^iwstftdt, U seoiait que les Catholiques attendaient un gage de sa sincérité ) il ledoo 114
en £;hi>i^#8M»t pour ppnf^sa^w k IW0 Cbarle^-Manricc Vota, L^ JésuH<î f(V9fit été l'ami de Jean Sobie^ki sur ce trOn^ w Fré^ric »'a$6tey$fH «prè9 Iw ; il connai^isiiii I4 sitpatiqn de& «»prits , il avait été mêlé à fonte» le» affaire du dernier règne ; il était aimé des Palonai» : ce cboî.^ fut donc accueilli avec joie à Rome ainsi qu'^à YartQVÎiç. Frédéric-Auji^u^e , après avoir ponrvu anx preitii^rs besoin» de »m^ peuple, songea à revenir daos w^ ÉtMS bérédilaires. afin d'v accorder \^ liberté de c4)n«9ieii«e* Vqta l'accompagna; i^^i»» dftps I4 fevveujif de %o^. népphjtiswîie, le Rpi portait plv« \o\\K sc$ désirs : il a^pii^H à détrnire par la violen^îe ta révptlwtiPO dQn,t Lutbc;? avaît donné le signal. Le Jésiûte ^ pluf çalQ^e et n^^ins helliqueux » s'opposait à ces appels % la forcq. Il yen-r s^il que U Lib.epié de disenssion suffijaii poj^r agir s^ ke €09urs et pour convaîn/cre Içs ^p^its.. \éè prince %Ott die FurStemberg , le mmisJ^ne d'État G^îcbling » le neioee Paoluccâ, se raturent à stOAi^^Yis- (^ m^odératian de Yo(a triompha d^emporteib^ntsdn 2)èie. A peine arrivé à E)re«iderle Jé^tûlie sleicç^upft d<«^ se mettra en rapport ^v^ lesr Pai54fwrs luthériens. VÉlectn^,. Ai>tfehSo|>Me, mèf^ de FrédéHierAi«gu^,i et la vém Obri^tine de ^rmi^el*>mig^, spp ép!WSe?« professaient, fe culte réforw^^ Ellçs ayâ^ent vm avec un, vi| ^ntimwt de douleur Tabju^fition da p^ii^W» Vota se fil; Tin.t^itpédi^ke eRl^e pyix: ijl i^'ii|c^prw^ çonciliatew d^ la f^juil^lç d^ Sa^^jç ; ^t,. en «yaipie- ^»^\r te^ droits dte timSv U $ul, faire re^^ccter par cbfcun le ministàre de s^ p#i:i^e. Lçs de^^pin^ de Vati^ n étaient nu seepet p^^pcitsiiPtt» ^ ^k ce i^k pAc 1|9. r^is^a^iSr-
DE LA GOMPAONie DE JÉSUS. . ait
ment qu'jl espém les réaliiep. iisi Saxe protestante d^--valt, dans sùn idée, retenir au Catholicisme; il egsay» d'accomplir ce ciiangement par la persuasion.
Quelques années s'écoulèrent ainsi dans le travail des* missions ou dans la lutte tliéologique contre les Luthériens. Avec on prince qui n'avait jamais connu d'ol^'stacle il pouvait tout oser. Le Jésuite prqcède par voie de ménagement ; il fonde pne église à Dresde et à Lelpsîck. Préfet apostolique au nom d» Saint^iége , il gouverne le Roi et les OathoUqneg. Mais ses forces s^iisèrent dam ces travauTc de tontes ^ries ; Vola sentit que Fbeure de la retraite aUait sonner pour lui. A8n de mettre uq în-^ tervailp enlre le monde et l'éternité , il obtint d» Roi la< permission àe se rendre à Rome en 1713. Quelqaes années après il y mourut , et le bien dont 11 avait pris l'itt^ tiative' se eoptinua par d'autr<!s Pères de la Compagnie de Jésiiis. Vtfla avait laissé ime grande œ«vre inaphevée. Ami du Roî, le suivant dans la guerre et dans la pa;tx, il possédait toute sa confiance et celle de Pierre 1% empereur (Je Russie ; tnalis le prince* héréditaire de Saxe ^ élevé par son aïente et par sa mère , restait attaché à l'Hérésie : il devensrit on obstacle pour les Cathodiques , un^ espéraïice jK)ur les Protestants.
Rien de durable^tre poavait »'opérer tant ^ue l'héritier de Ia couronne tie séparerait pas sa cause de celle de là Refonte, H était jeune; Clément XI, de ia famille AU bafiji , né consentit pas à latssel* ét^pper l'occasion de reconquérir à la Foi une des plus belles pairies de TAI^ lemagne. Son neveti, Annibal Albani, Doace extraôrw drnairé près des cours germaniques, arrive à Dresde afin de travailler à ©ette conversion. T^e Père ieaii SaUrnet l'accompagne ^n qtiaHté do théologien et de conseiller, lie ptiti^ itmî entvè les maûis à» Lvttbéaong
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saxons , qui le regardaient comme une sécurité pour l'avenir. Il fallait lui donner une éducation catholique ; les Jésuites pensaient avec Albani qu'avant tout il importait de ne rien brusquer, afin de ne pas exciter de haine dans les esprits. Frédéric-Auguste écrivait, le 23 janvier 1 7 1 2, au Souverain Pontife : « Si , contre notre attente, la paix en Pologne, de quoi Dieu nous préserve ! ne se rétablissait pas de long-temps, il est néanmoins dans ma ferme et irrévocable volonté que mon fils abandonne la Sajte et entreprenne un voyage dans les pays catholiques. Il y sera escorté de personnes de la même Religion ; mais , si Votre Sainteté connaissait une voie plus courte et plus sûre , je vous prie de me l'indiquer. » La mort de Joseph I*"", empereur d'Allemagne , et la convocation de la Diète à Francfort fournirent l'occasion tant désirée. Le Roi fit partir son fils pour l'Italie. A Bologne il rencontra leô Pères Salemo et Vogler, chargés par Frédéric-Auguste de présider à son éducation. Le jeune prince se fit si docile aux enseignements des Jésuites , que dirigeait le Cardinal-Légat Laurent Oûsoni, que le Souverain Pontife, en transmettant ces nouvelles au roi Auguste II, lui mandait de n'avoir rien à craindre des Hérétiques. Clément XI l'assurait que tous les monarques épouseraient sa querelle ; et, « si les Protestants, ajoutait-il, attaquaient vos États héréditaires, nous promettons, en cas de besoin , d'engager ou de vendre jusqu'à notre tiare. » Le Pape sentait de quel avantage serait pour l'Église universelle ce triomphe , si bien préparé par les Jésuites. Il aspirait à le conserver en ne laissant aucun soupçon dans les esprits des familles luthériennes. Afin de faciliter leur retour à la Foi antique , il leur accordait d'avance , de sa pleine autorité , les biens ecclésiastiques dont leurs ancêtres s'étaient
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emparés ; puis il terminait ainsi sa dépêche : « Nous attendons avec impatience le jour auquel nous aurons la consolation de voir et d'embrasser à Rome le prince' héréditaire votre fils, que nous regardons déjà comme la prunelle de notre œil et Tinstrument dont la divine Providence se servira peut-être pour nous consoler abondamment, de tout ce que nous avons souffert dans ces douze années si laborieuses de uotre pontificat. »
Ce jour tant souhaité par Clément XI et par le roi de ' Pologne luit enfin. Le 27 novembre 17 12 le Prince, âgé de seize ans, abjura le Protestantisme entre les mains du Père Salerno. A cotte nouvelle , les Dévoyés d'Allemagne et de Saxe réunissent leurs efforts pour accabler Frédéric-Auguste et contraindre son fils à déclarer nuls les actes consommés à Bologne. Clément XI et les Jésuites s'opposent à leurs projets : dans le but de les ruiner, il est décidé que le Père Salerno partira pour Vienne , chargé de négocier le mariage du Prince avec une des archiduchesses d'Autriche. Salerno était l'ami du prince Eugène et du comte de Stahremberg : il les dispose à cette union, indispensable à l'Unité catholique. L'empereur Charles VI souscrit à sa demande, et le Père Guarini accourt encore , au nom du Saint-Siège , presser l'issue d'un événement si heureux pour lui. La Religion de la maison de Saxe devenait la Religion catholique; car l'Empereur mettait pour condition absolue que tous les enfants seraient élevés dans le sein de l'E*glise romaine. Les Jésuites avaient puissamment contribué à cette victoire sur l'Hérésie ; pour la faire fructifier, il fallait la ménager : ils engagèrent l'Empereur et Frédéric-Auguste à promulguer la liberté de conscience en faveur des Sectaires. IjC 20 août 1 7 1 9 le mariage fut célébré à Vienne. Salerno avait si bien su manier tous
U^ e^JCvts dans ces circonstance^ délicéte^ <|U0 les Lu* ihériens dje Saxe euxsii^incs ie joignireut aux Catfacdi— (|ues, et le lélicilèrept de $ei modération. Il avait beaucoup iait en faveur de l'Unité : l'Empereur, le roi de Pologne et le pHuce Ëygène voulurent lui offrir un téizàOigaage public de reconnaissance : ils supplièrent le Pape de l'élever à la dignité de cardinal. Le 1 9 novembre 17^9 le Père Jean-Bapliste Salerno fut revêtu de la pourpre sacrée.
Six ans auparavant , le même Pape avait , de son propre mouvement, récompensé les services du Père Tolomei en le forçant d'accepter la dignité de Cardinal, et» le 3o septembre 1720, il appelait encore un antre Jésuite aux n^êmes honneurs. Ce Jésuite était le Père Aivarez Cielifuegoà. Cienfuegos était lié de la plus étj^oite amitié avec Jean-Tbomas Heoriquez, le fameux amiraote de Castille pendant la 'guerre de la succession espagnole. Il le suivit lorsque Henriquez, nommé am^h^ssadeur à Paris5 conçut un hardi stratagème, et, an lieu de se rendre à son poste, prit la route de Poilugal. Ije Jésuite s'était dévoué à la fortune de l'arehtduc Charles d'Autriche, qui fut jAu^ tard l'emperenr Charles VI; ce prince le choisit pour remplir de hautes missions diplomatiques dans les cours de Madrid, de IJs^ bonne, de Londres et en Hollande; puis il demanda pour lui un chapeau de cai^nah Cette triple nomina* tion, faîte par le même Pape, fournissait des armes aux antagonistes de la Société de Jésus. Personne ne tint compte des exigences politiques, des volontés impéria^ les ou royales, qui mettaient leur gratitude à la traverse du renoncement aux honneurs tant recommandé par l'Institut. Les Jésuites s'effrayèrent de ces trois princes de r Eglise cou^i sur coup lires du sein de leur coropa-
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gille; il fut résolu tacitement qu'à partir de ee jour Vbn ferait en sorte de ne plus «'exposer à des faxeurs quJ coitipromettaient l'essence de l'Ordre. Cierifiiegos fut, en effet, le dernier Cardinal Jésuite avant la suppression.
A la demandé de l'empei^ur d'Allemagne , Pîerre-Ie- Ofand avait ouvert la frontière de Russie aux disciples de Loyola; des documents inédits tendraient même à faire croire qu'il les appela dans sori empire par lAi acte spontané: toujours est-il qu'en 17 19 ils y résidaient, et qu'ils jouissaient auprès du Czar d'un crédit qne semblaient accroître leurs succès. Pîerre-le-Grand voulait amener son peuple de la baAarîe à la civilisation cofmme il façonnait un soldat à la manœuvre. Ce prince, qui a laissé un si long reflet de gloire sin' les annales de ïa Russie, avait vu tant de sauvages volontés se courber sous sa merveilleuse intelligence, qu'après avoir vaincu Charles XII de Suède à Pultawa, il ne connaissait plus d'obstacles. Encore à demi Tartare dans les mesures, mais plein de génie dans la conception de ses plans civilisaleurs, il changeait les mœurs et les lois. La force était sa dernière raison sur un peuple enfant; la force triompha de tons les préjugés anciens. Au milieu de ées améliorations dictées par la violence et qiii ne devaient C3[ue plus tard porter d'heureux fruits, Pierre P' forma le projet de bouleverser la religion grecque. Il consulta les Jésuites sur les modifications à tenter; les Jésuites hiî communiquèrent leurs idées; ces idées étaient en désaccord avec les siennes. Le Czar voyait par lui-même les bons effets qu'un petit nombre de Pères disséminés dans ses villes obtenaient par l'éducation. Ces moyens parurent trop longs à sa fiévreuse impatience; il crut que de semblables conseils cachaient un piège, et, comme
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il se trouvait en dissentiment sur plusieurs points de politique générale avec l'empereur Charles VI , il saisit cette double occasion de bannir de ses États les Jésuiles qu^il y avait appelés. Ils s'étaient montrés peu favorables à ses innovations religieuses, il s'empara de tous leurs papiers, afin de savoir par lui-même jusqu'où leur opposition s'était étendue. Cette recherche ne produisit aucun résultat, ce qui n'a point empêché les adversaires de la Compagnie de dire que Pierre-le-Grand ne trouva de sûreté pour sa personne et de moyens de tranquilliser son empire que dans l'expulsion des Jésuites.
En ce laps de temps, les chefs de l'Institut s'étaient plus d'une fois renouvelés; des Congrégations générales avaient eu lieu. Ces élections provoquèrent si peu de secousses parmi les Pères répandus sur le globe, que c'est à peine si le changement de personnes se fait sentir. Ils ont un gouvernement électif; chaque assemblée peut mettre les passions ou les ambitions en jeu. Cependant tout s'y passe avec tant de calme, tout est si parfaitement réglé, que la mort du titulaire n'apporte pas plus de brigues et de troubles intérieurs que le choix du successeur.
Paul Oliva expirait au milieu des querelles suscitées en France par le droit de régale. Il mourut le 26 novembre 1681, après avoir gouverné l'Institut durant dix-sept années. C'était un homme d'une piété, d'une habileté consommées , et qui , par sa correspondance avec les rois et les princes, s'était vu mêlé à tous les événements de son époque. Ses lettres, adressées aux empereurs d'Allemagne, aux rois de France, d'Espagne et de Pologne, à des reines et aux ducs de Savoie, de Bavière, de Mantoue, de Modènc, de Toscane, de Brunswick et au landgrave d^' Hesse, traitaient avec une
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incontestable supériorité les points les plus délicats des faits contemporains. On parlait de les publier en les dénaturant. Vers la dernière période de sa vie, Oliva résolut de les livrer lui-même à Timpression, et çlles parurent à Rome. II avait nommé Charles de Noyelle pour vicaire-fjénéral. Le 21 juin 1682^ la Congrégation se réunit au Gésu. On remarquait parmi les profès assemblés les Pères Daniel Bartoli , Nicolas Âvancin , Etienne de Champs, Paul Fontaine, Paul Casati, Dominique de Marinis, Octave Rubeo, Martiq de Espazza, Joseph de Seyseas et Ladislas Vid. I^e 5 juillet, Charles de Noyelle, né à Bruxelles le 28 juillet 161 5, obtint au premier tour de scrutin tous les suffrages, le sien excepté. Ce Jésuite n'avait pas en partage les brillantes qualités de* ses prédécesseurs; mais, modeste et prudent, il devenait entre Innocent XI et Louis XIV un conciliateur ou tout au moins un homme qui, en inspirant aux Pères français des sentiments de modération, amortirait les colères et neutraliserait leur contre-coup. Ce fut a cette pensée qu'il dut une pareille unanimité.
La Congrégation, qui se sépara le 6 septembre 1682, rendit cinquante-six décrets. Noyelle, dont le généralat ne dura que quatre ans et demi, avait eu de difficiles épreuves à traverser; il s'était vu, malgré lui, engagé dans les querelles du Pape avec la France; quoique forcé d'obéir aux ordres dlnnocent XI, il avait si bien su ménager les esprits et laisser aux Jésuites leur liberté d action, que la Compagnie pa$sa sans se briser entre ces deux écueils. Il appartenait à une famille distinguée, mais alors réduite à Imdigence. On savait son amitié pour ses proches ; on lui insinua qu'il ne tenait qu'à lui de leur rendre la fortune et une haute position, s'il consentait à servir plus chaudement les intérêts IV. 27
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de la France. Noyelle répondit avec simplicité : « Je n'ai plus pour parents que les enfants de la Société. » Le 12 décembre 1686, il mourut en nommant vicairegénéral le Père de Marinis. Ce dernier convoqua l'assemblée des Profès pour le 21 juin 1687, et, le 6 juillet, Thyrse Gonzalès de Santalla fut élu au troisième scrutin par quarante-huit voix sur quatre-vingt-six.
Cette nomination avait été vivement disputée. Gonzalès, ancien docteur de l'université de Salamanque avant d'entrer dans l'Ordre de Jésus, s'était fait, en Espagne, une réputation d'éloquence. Il se disposait à se rendre en Afrique pour prêcher le Christianisme aux Mahométans, lorsque la province de Castille le choisit comme député à la treizième Congrégation générale. Thyrse Gonzalès était un théologien de mérite et un vigoureux adversaire des Jansénistes. Ses opinions bien connues sur la doctrine de VAugustinus ne l'empêchèrent cependant point de combattre le probabilisnie; il l'attaqua comme si la plupart des Jésuites n'eussent pas adopté ce système. Il avait rencontré des obstacles à la publication de son œuvre; ces obstacks se manifestèrent encore dans le vote de l'élection; mais^ une fois à la tête de l'Institut, Gonzalès ne veut .pas condamner son livre au silence. Il le fait imprimer en déclarant que ce n'est pas comme Général de TOrdre, mais comme théologien, qu'il écrit. Il avait encore composé un autre ouvrage, spécialement dirigé contre les quatre propositions de l'assemblée du clergé de 1682. Ce livre pouvait exciter des craintes et provoquer des répugnances dans la pensée de Louis XIV; il n'en fut rien : le temps avait calmé la première irritation ; des deux côtés l'on sentait déjà qu'il ne fallait pas, powr d'impraticables théories, semer la désunion dans le champ de l'Eglise. Gonzalès
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lui-même, quoique sincèrement attaché aux doctrines ultramontaincs , conseillait les voies de douceur, et*, dans son généraJat de dix-huit années, ii ne s'en écarta pas un seul instant. 11 avait pu être un théologien irascible; chef de l'Ordre de Jésus, il comprit que de plus grands devoirs lui restaient à remplir; il les accomplît tous avec une fermeté pleine de réserve.
fia Congrégation confirma, dans leurs charges d'assistants, Paul Fontaine pour la France, Faschase de Gasa- Nueva pour l'Espagne, Antoine de Rego pour le Portugal; elle choisit Jules Balbi pour Tassistance d'ttalie, Eusèbe Truschez pour celle d'Allemagne.
Aux termes du bref d'Innocent Xi, l'assemblée des Profès devait se réunir tous les neuf ans. Le i5 novembre 1 696, ïhyrse Gonzalès la convoqua. Les Pères Aloys Albertini , Jacques Willi, visiteur en Bohème, Pierre Dozenne, Prosper Parascoso, Emmanuel Correa, Alexandre Zampi, Ignace Diertins, Ignace Tartas, Pierre Zapata, Vincent Grimaldi, Grégoire Sarmiento, John Persall, provinciaux de Naples, de France, de Sardaigne, de Portugal, de Venise, de la Flan Ire-Belgique', ' de Guyenne, d'Andalousie, de Sicile, de Casiille et d'Angleterre s'y trouvèrent avec les Pères Michel-Ange Tamburini et François Guérin , secrétaire de l'Ordre. liCS Profès votèrent vingt-neuf décrets ; le huitième seulement a quelque importance historique. Il accepte la proposition que font les Pères de Bohême , de publier â leurs frais le recueil des Constitutions de Plnstitut; ce recueil est connu sous le nom d édition de Prague.
TiC 27 octobre 1705, Thyrse Gonzalès rendait le dernier soupir, et Michel-Ange Tamburini, que le Général avait déjà nommé vicaire, convoqua, pour le 17 janvier 1 706 , la Congrégation générale. On y remarquait
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les Pères Guillaume Daubenton , Michel Letellier, Frédéric I^mberti, André Waibl, Maurice de Antonellis, I{][Dace Allemaa, Valeulin Zuech, Ix>uis Moatesdoca, Jean de Gomis , Curtio Sestio , Jean Dez , Albert Melcht, Salvator Bivadeo et Michel Diaz. Le 3o janvier, Tamburini réunit soixante-deux suffrages au second tour de scrutin, en concurrence avec Daubenton, et il fut proclamé Général. Né à Modène le 27 septembre 1648, le nouveau général avait passé par chaque degré de Tlnstitut, et laissé partout une réputation de vertu, de modération et de science, qui ne se démentit point pendant les vingt-quatre années de son gouvernement.
Dans le même temps , le Père François de Hiéronymo, plus connu en Italie sous le nom de François de Girulamo, remplissait la ville et le royaume de Naples du bruit de ses vertus. Infatigable Missionnaire, ce Jésuite, comme saint François Régis et Maunoir, s'était consacré à sa patrie ; il en fut le régénérateur. Né le 17 décembre 1 64^ à Grottaglia, il embrassa Tlnstitut de saint Ignace, et, à partir de ce jour, il devint le promoteur de la charité, Tennerai le plus ardent du vice et de l'oisiveté. Hiéronymo s'était créé un genre d elocution populaire : il mettait à la portée de ce peuple de Lazzarone, si expansif et si impressionnable, tous les trésors de son âme ; eu face d'un soleil qui énerve les forces, sur le rivage de Chiaia, il leur révélait le besoin de la pénitence et Tamour du travail. De même que saint Vincent de Paul, il s'occupa d'instruire les campagnes, de consoler les malades et les* indigents, de délivrer les esclaves aux terres infidèles. Ainsi que lui encore, il porta la réforme des mœurs dans les bagnes et dans les prisons; il apprit à ceux que la justice humaine flétrissait dans leur existence, qu'il y avait une autre vie à laquelle le repentir
pouvait les faire participer. Le Jésuite ne s'arrêtait pas.4 des conseils ou à des leçons : il donnait l'exemple, il visitait les riches pour leur apprendre à secourir les pauvres; mais l'homme de Dieu se montrait plus souvent dans les hôpitaux que dans les palais. Ce fut au milieu de ces missions dans la Fouille et à Naples, missions qu'il n'interrompit jamais, que s'écoulèrent les jours du Père François. Selon U pensée de saint Bernard , le juste avait vécu avec patience, il mourut avec joie; il était plein de bonnes œuvres et de vertus ; le 1 1 mai i «y 1 6, il expira à Tàge de soixante-treize ans. Il avait été aimé durant sa vie, il fut honoré dans sa mort; des miracles s'opérèrent par son intercession. Benoit XIV le déclara vénérable en 1751; le 2 mai 1806, il fut béatifié par Pie VII; le 26 mai 1839, Grégoire XVI le plaça au nombre des saints.
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