‹ Histoire de la Compagnie de JesusChapitre 15 sur 22 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Louis XIV veut modifier la Compagnie de Jésus. — Motifs de la séparation qu'il demande. — Il interdit aux Jésuites français toute communication avec le General de rinstitut. — Les cinq Provinciaux de France el le Roi. : — Lettre de Louis &1V aux Jésuites. — 11 renonce à son projet. — Le péché philosophique attaqué par Arnauld. — Cette doctrine est condamnée à Rome. -— Lutte entre les Jésuites et Tarchevéque de Reims. — Ce prélat est en butte aux sarcasmes des Jansénistes et aux réponses des JéAiites. — Le Père Daniel et Gerberon. — Le livre des Maximes des Samts, — > Fénelon et le Père Lachaise. -* Le M<Mit-Louis. -— Quesnel chef des Jansénistes après la mort d'ArnauId. — Les Réflexions morales de l'Oratorien et M. de Noailles. — Noailles archevêque de Paris. — Il s'appuie sur les Jansénistes. — Le Problème ecclésiastique, —-11 accuse les Jésuites d*en être les auteurs. — > Arrestation de Quesnel et de Gerberon. — Complot tramé par eux pour changer Tordre établi. — BoUin protégé par le Père Lachaise. •— La Bulle Fineam Domini condamne le silence re^ectueux. — - Les Religieuses de Port-Royal protestent. — Causes de la destruction de Port-Royal-des-Champs. — Clément XI ordonne la suppression de ce monastère. — Mort du Père Lachaise. — Le Père LeteUier est nommé confesseur du Roi. — Portrait de ce Jésuite. — Port-Royal est dwnoli. — Part que prit à ces actes le Père Letellier. — La charrue et les miracles aux tombeaux des Solitaires. — Correspondance de Fénelon avec le Jésuite. — Intervertissement des rôles. — Fénelon excite le Père Letellier à être plus sévère. — Letellier agit enfin. — L'abbé Bochard et les évéques de France. — Colère du cardinal de Noailles. — 11 interdit les Jésuites de Paris. — Madame de Maintenon et le cardinal. — • Il demande que le Pape tranche la question. — Louis XIV écrit à Clément XI pour solliciter une Bulle décisive. — Congrégation instituée pour l'examen des Réflexions morales de Quesnel. — La. Bulle Unigenitus. — Les malheurs de Louis XIV. — Le Père Letellier accusé des calamités de la France. — Il veut faire enlever le cardinal de Noailles. — Les Jésuites à Paris et dans les provinces. — Les Pères de Bennes et le Parlement de Bretagne. — Le Père Barbercau à Rouen. ■— Le Père Bouhours et le duc de Longueville. — Le Père Tournemine avec Ca- 1 voye et le duc d'Antin. — Bourdaloue et Lamoignon. — Le Père De Champs et le grand Coudé. — Le Père La Rue et Boileau. — Le Père Martineau et le duc de Bourgogne. — Le Père Mathieu de La Bourdounaye et le duc d'Orléans. — Le Père de La Trémoille et les pauvres. — Le Père Sanadon et le duc de Saint-Simon. •— Le Père Jules de Brignole. — Le cardinal de Bouillon au noviciat des Jésuites. — Colbert et Louvois avec le Père Verjus. — Jean Grasset et les chefs du Parlement. — Santcuil, Rollin et le PèreCommire. — La femme et les Jésuites. — Les rêves politiques et les accusations de l'abbé Blache contre les Jésuites. — Histoire de la Compagnie f par Jouvency, condamnée par le Parlement. — Résistance du cardinal de Noailles et de Quesnel à la Bulle. — Le président de Maisons, médiateur. — Son entrevue avec le Père Letellier. — Mort de Louis XIV. — La régence de Philippe d'Orléans. — Caractère de ce prince. — Il s'appuie sur les Jansénistes. — La réaction contre Louis XIV. — La Bastille et le donjon de VIncennes. — Les prisonniers d'État du Père Letellier. — Le Nécrologe janséniste. — La tyrannie de Louis XIV. — On interdit les Congrégations dans l'armée. — Le maréchal de Villars, au conseil de guerre, approuve et défend les Congrégations. — Situation de la France. ^ — Le Père de La Fer té, prédicateur à la cour, interdit par le cardinal de Noailles. — Les Jansénistes et

les Universitaires attaquent les Collèges des Jésuites. — Le Régent les soutient.— Les Jésuites puspeiis de nouveau. *«• Cause et résultats de cet iaierdit. — Le Bëgeut se décide à se rapprocher des Jésuites. — Le Père LaBtau est envoyé à Borne tomme son agent particulier. — • Lafitau sort de la Compagnie de Jésus. — ' L^ Bégent fait enregistrer la Bulle an Parlement. — L'abbé Dubois aspire au ministère, — Son ambition et ses vices. — Il est promu à rarchevéché de Cambray et au cardinalat. — ^ Peste de Marseille. — Les Jésiiites et Behunee. — Le PèrjC ^vert.

— Le Père de Lignières, confesseur du Roi. — Noailles lui refuse des pouvoirs. — Le cardinal de Fleury termine les affaires religieuses. ^- Décadence du Janséaisine.

— Bepeptir d^ cardinal de Noailles. — Les Jésuites en Espagne. — Philippe V et le Père Daubenton. — Le Père Robinet lui succède. — Ses réformes, — Il se retire de la cour. — Daubenton rappelé. — Il se met en opposition avec Alberopi. — Ses négociations avec le Régent. — Le secret de la confession. — Mor^ de Daubenton, — * 4^3i>^ lies Quindenfa portugais.

L'ascendant que Louis XIV exerçait en Europe réagissait sur les mœurs ainsi que sur les lois. La France s'entourait d'un tel éclat , sa gloire littéraire, sa puissance guerrière, sa prépondérance diplomatique étaient si manifestes que, sans se l'avouer et comme par entraînement, les rois et les peuples suivaient son initiative; ils se conformaient à ses vertus ou à ses défauts, à ses idées et à ses passions. Louis XIV, honoré au dedans, était envié et redouté au dehors; les magnificences de son règne avaient quelque chose de si prodigieux qu'il soumettait , par le prestige du génie français , les nations qui lui résistaient encore par les armes. Ce fut au milieu de Tenivrement de tant de grandeurs que le Roi songea à modifier l'essence même de l'Institut de saint Ignace. La politique des Jésuites était aussi invariable que leurs Constitutions ; ils venaient de servir les intérêts de l'État sans se jnontrer hostiles au Saint-Siège , ils s'étaient efforcés de calmer les irritations; Louis XIV essaya de les détacher de Rome , espérant ainsi leur donner dans son royaume une importance moins exposée aux soupçons gallicans. Durant le généralat d'Aquaviva, Philippe II d'Espagne avait tenté d'altérer les Constitutions de rOrdre dans leur unité de pouvoir,.et il demandait un

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chef particulier pour la Péninsule. Louis XIV, oubliant en cela les traditions de son aïeul , rêva d'établir uae ligne de démarcation entre les Pères français et ceux des autres pays. Henri IV écrivait, le 28 novembre lôoy, à la sixième congrégation :

u A nos très-chers et bien-amés Pères de la Compagnie de Jésus;

>* Très-féaux et bien-amés, comme nous avons appris que y de toutes les parties de l'univers cbrestien, vous vous estes assemblés à Rome pour le bien commun de votre Société, que nous regardons comme inséparablement liée au bien de l'Église elle-même; vu l'amour singulier que nous portons à vostre Ordre, nous avons jugé utile de vous faire cette lettre par laquelle nous vous témoignons la constante bienveillance que nous avons pour vous tous et pour chacun en particulier, et nous vous accordons tout ce qui dépend de la protection de notre autorité. Nous vous prions ensuite et nous vous exhortons de veiller maintenant, autant que faire se pourra , à la conservation de vos règles et de votre Institut, afin qu'ils gardent leur ancien éclat et pureté. Enfin, nous recommandons en vos saints sacrifices et prières les intérêts de nostre royaume , nostre personne et celle de la Reine , nostre très-chère épouse , et des fils que Dieu a daigné nous accorder; vous certifiant que nous récompenserons vos peines dans les occasions qui s'offriront de contribuer au bonheur et à l'accroissement de vostre Ordre , comme vous le jugerez par l'effet même.

i> Henry. »

IjCS raisons qui déterminèrent Louis XIV à scinder la Compagnie de Jésus étaient de plusieurs espèces. Le^

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Jésuites subissaient le contre-coup des querelles de préséance que les Rois d'Espagne et de France se faisaient, car chacun de ces monarques exigeait qu'à Rome le Général, au jour de son installation, rendit la première visite à ses ambassadeurs. Quand le Père Charles de Noyelle fut élu, il se présenta, au sortir du Vatican, chez le duc d'Estrées, ambassadeur de France. A cette nouvelle, le roi d'Espagne fit éclater une vive colère, que son confesseur, le Dominicain Thomas Carbonello, évêque de Siguença , eut beaucoup de peine à calmer. L'orage s'apaisait dans la Péninsule, lorsque Louis XIV, déjà en guerre avec Innocent XI pour la régale, demanda, en 1682, que la Flandre , nouvellement conquise par ses armes, fût unie à l'assistance de France. Le roi d'Espagne sollicita pour la sienne toutes les Provinces de la Compagnie dépendantes de son empire.

C'était miner l'Ordre établi. Noyelle , dont les deux princes honoraient le caractère, obtint un sui*sis; mais, le jour même de l'élection de son successeur, 6 juillet 1687, l'ambassadeur de Louis XIV renouvela les vœux de son maître; le plénipotentiaire d'Espagne suivit la même marche. La Congrégation générale supplia les deux Souverains de se désister de leurs exigences; elle ne put rien obtenir. Le 25 avril 1688, Louis XIV ordonna au Père Paul Fontaine,, assistant de France, de rentrer dans le royaume avec tous les Jésuites, ses sujets, qui se trouvaient à Rome; ils obéirent sur-le-champ. Le 1 1 octobre de la même année, le Roi interdit aux Provinciaux et aux Jésuites de correspondre avec le Général de la Compagnie : les Pères se prêtèrent encore à cette nouvelle injonction ; mais les inconvénients d'un pareil état ne tardèrent pas à se faire sentir. Il était impossible de remplacer les Supérieurs et de créer des Profès, puis-

que, aux termes de Tlnstitut, ces fonctions ne peuvent éUV

légitimement exercées que sous l'autorité du Général,

1/idée du Roi était jusqu^à ce jour restée enveloppée de ténèbres; elle se manifesta ep(in. Il proposa d'établir un supérieur particulier qui gouvernerait les provinces françaises sous le titre de vicaire. Thyrse Gonzalès repoussa cette idée, que plusieurs Jésuites avaient accueillie, et dont ils pressaient la réalisation sans comprendre que le lendemain ils n'étaient plus que des prêtres isolés. La pensée de Louis XIV se traduisait promptement en fait. Les cinq Provinciaux espérèrent qu'ils pourraient détourner cet orage, auquel il paraît que le Souverain Pontife, Innocent XI, n'était pas reslé étranger. Les Pères Jacques Lcpicart, Guillaume de Mon^^hamin, Jean Bonnier, Pierre Dozenpe et Louis de Camaret, Provinciaux de Paris, de Lyon, de Guyenne, de Toulouse et de Champagne , allèrent se jeter aux pieds du I|oi , le priant de rendre la paix à l'Institut et de lui permettre de se gouverner selon ses Constitutions. Les Jésuite6 parlèrent avec tant de force di) respect que les têteë couronnées devaient inspirer en faveur des principes d autorité légitime que Louis XIV comprit ses obligations de Chrétien et de monarque. Le 22 octobre 1690 il adressa aux cinq Provinciaux la lettre suivante :

« Cher et bien amé , le Général de votre Ordre nous ayant donné tout sujet de satisfaclion à l'égard des choses qui nous ^voient obligé, par notre dépêche du 1 1 octobre 1688, de vous ordonner que vous ni aucun supérieur ou inférieur de votre province n'eût à entretenir commerce avec ledit Général sans en avoir reçu ordre exprès de nous, nous vous faisons celle-ci pour vous dire que nous trouvons bon que dorénavant vous ayez cQw.merce ^vec ledit Général pour les affaires qui

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regardent le bon gouvernement de votre Compagnie, tout ainsi que vous aviez coutume de faire auparavant la réception de notre dite dépêche ; vous assurant qu'il ne se peut riee ajouter au gré que nous vous savons de l'exactitude que vous avez gardée en l'observation ponctuelle, de ce que nous vous avions ordonné par icelle , et que nous vous en donnerons des témoignages eq toutes les occasions qui s'en présenteront ; et , la présente n'étant pas pour autre fin, nous ne vous la faisons plus longue ni plus expresse. »

Au moment où Louis XIV renonçait au projet de distraire les Jésuites de robédience due à leur Général > Antoine Arnauld , dont l'âge n'avait point affaibli les forces ou calmé les belliqueuses passions, trouvait encore jour à attaquer la Compagnie. Cette fois-là d\\ moiqs ses accusations reposaient sur un fondement vrai.

En étudiant l'histoire de l'Église, en suivant ses IJocteurs et même qulslques Saints Pères dans leurs combats contre l'erreur^ on peut faire la remarque qu'Us touchent parfois ou feignent de tomber dans l'erreur opposée, î^es théologiens de la Société qui , en réfutant Baïus et les disciples de Jan^énius , défendirent l'inculpahilité de cartéins actes procédant d une ignoranee invincible ne fiirent pas à l'abri de ces excès de l'esprit. Plusieurs Jésiaites de Louvain allèrent trop loin dans une telle qnrstiôn. Ils n'avaient pas inventé cette doctrine; mais ils 1^ isoutenai^en^ avec tant d'ardeur qu'ils parurent se l'approprier. Dans l'école elle a pris le nom de doctrine dupé^ philosophique. Quelques Pères s'y attachèrent en Belgique afin de repousse^r 1^ principe du Jansénisme; m^is à Rome , véritable source et centre de l'enseigne^ meut cbrélien^ rinstitut'4e saint jl^arce censura toujours ^e semblables thèses,

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Il existe dans les archives du Collège Romain un registre où les réviseurs généraux de l'Ordre de Jésus consignent les décisions rendues sur les livres soumis à l'examen par les Pères des diverses nations. A la date du i4 février 1619, on lit une proposition faite par un théologien , et dont voici la substance : u Si quelqu'un, ignorant Dieu invinciblement, discernant toutefois la malice morale de l'acte, agissait contre les lumières de sa raison dans une matière même très-grave , il ne pécherait pas mortellement. » C'est l'idée du péché philosophique. Les Pères Didace Secco, Jean Chamerosa, Jean Lorin et Marc Vadoorn, réviseurs de la Compagnie, donnèrent la solution suivante : a On répond que , bien que certains auteurs catholiques aient avancé cette doc trine , le professeur qui l'a soutenue doit se rétracter quand l'occasion se présentera et dicter le contraire à ses élèves, parce qu elle est pernicieuse. »

A trente ans de distance, au mois de février lôSg, la même thèse en faveur du péché philosophique est résolue dans le même sens et par la même tradition. Néanmoins, malgré la réprobation dont le péché philosophique était frappé à Rome par l'Institut au nom de tous , la question fut agitée à Dijon. Le Père François Musnier^ après avoir distingué le péché philosophique contre la raison et le péché philosophique contre Dieu, déclara que : » le péché philosophique dans celui qui ignore Dieu ou qui ne pense pas actuellement à Dieu est sans doute une faute grave , mais non une offense à Dieu ou un péché mortel susceptible de détruire laffection de la Providence et digne de la peine éternelle. » Le Père Musnier n'offrait pas sa thèse dans un sens absolu, mais conditionnel; elle n'est pourtant excusable en aucun cas. Arqauld prenait iiq Jfési^ite $qr Iç

fait. Il laissa de côté le Père Musnier pour atteindre plus haut; un Jésuite se trompait, il accusa tout TOrdre de partager, d'encourager la même erreur, et il se mit en campagne contre la nouvelle* hérésie propagée par les Pères. Trois années s'étaient écoulées depuis que Musnier avait développé son idée. De plus graves événements occupaient les esprits; mais l'infatigable Arnauid couvait sa proie. Lorsqu'il crut que sa voix ne serait pas étouffée, il dénonça la Compagnie. Musnier expliqua le sens de ses paroles ; les Jésuites prouvèrent qu'ils y étaient étrangers, et que de tout temps leurs théologiens combattaient ce principe. Arnauid tint bon. Le i4 août 1690 le système du péché philosophique fut condamné à Rome; mais alors le docteur janséniste se précipita à son tour dans une erreur opposée : il adopta la pensée de Calvin déclarant que Dieu fait parfois des commandements aux hommes sans leur donner la force de les accomplir.

Le 1 5 juillet lôg^ Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims, engage une lutte contre la Société de Jésus à propos de deux thèses soutenues par les Pères dans le collège de cette ville. Le Tellier, frère de Louvois, était un prélat dont le faste est historique, et dont la science ainsi que la vertu ne se trouvaient pas à la hauteur de son orgueil. Tout en censurant les doctrines molinistes, il frappa du même coup et les enfants de Ijoyola et ceux de Jansénius. Quesnel et Gerberon relevèrent le gant; car, comme leurs maîtres de Port- Royal, ces disciples de VAiigustinus étaient impatients du combat. Le Tellier les poursuivait; ils Taccablèreut sous le poids de leUr colère ou de leurs sarcasmes*. La

* Gerberon , dans sa lettre d'un théologien à M. tarchevêque de Reims , sVcrîait : « Tout le monde conviendra que M. t'archevéque de Reims est donc cet en^é d'or-

De la COMl>AGNtK DE JÉStJS. hÛ

ces œuvres de polémique éphémère paraissait alors. Fénelon, archevêque de Cambray, le publiait sous le tilre âC Explwation des Maximes des Saints sur Ja vie intérieure. Bossuety avec son implacable logique et l'autorité de son nom , crut devoir s'élever contre le pur amour et les exagérations du quiétisme que popularisaient Tesprit et les vertus de madame Guyon. Avant d'être promu au siège de Cambray, Fénelon était Tami et l'admirateur de cette femme spiritualîste, qui, comme toutes les imaginations fatiguées du positif de la vie , cherchait dans des rêves incompréhensibles la source du bonheur et de la paix. Madame Guyon s'adressait aux cœurs vierges , aux intelligences d'élite; sa doctrine était obscure, elle fit de nombreux adeptes. Fénelon , tout en la condainnant sur beaucoup de points, essaya de l'expliquer. Son ouvrage, né d'une sainte pensée, devait, même par la candeur pleine d'habileté qui avait présidé à sa rédaction, enfanter de déplorables abus. Bossuet venait de sévir contre la thaumaturge ; il s'opposa avec encore plus de vigueur aux théories que TArchevêque de Cambray prenait sous la protection de son génie. Une lutte s'établit entre les deux Prélats. IjC Père Lachaise était alors au plus haut degré de faveur*. A une époque

< Noos croyons devoir rectifier une errear que les journaux et les ëcriTaiiis ont popularisée en parlant dn cimetière de l'Est , plus connu sous le nom de cimetière du Prre-Lachaise. S'il follait s'en rapporter à tous les contes mis en circulation sut ee lieu de funèbre cclébritë, Louis XIV aurait donne à son conF^'sseur une ma(piifiqt]te maison de campa{;ne, que par reconnaissance le Père Lachaise aurait surnommée le Monl-Lottis. La villa, les jardins, les bosquets où le Jésuite venait se reposer des fali(fues de la cour, tout cela maintenant serait occupé par les morts. Malheureusement l'htstoir^je trouve en contradiction avec celle fable.

Les Jésuites de la Maison Professe achetèrent, le 11 août 16i6, une campagne qu'on appelait alors h Folie-Regnault, dn nom de son propriétaire, un épicier, qui, «n 14'20ou 1430» selon les ardiives de l'Évéché de Paris, avait donné son nom à la rue Re(Tnault-Polie. Au dire de Jaillot, dans ses Recherches critiques , historiques j topographiques sur Paris, i. m , p. 73, les Jésuites acquirent successivement plusieurs terrains autour de leur nouvelle demeure, et, dans les titres de propriété, elle s'appelle Mont Louis ou Mont-Saint-Louis dès 1627. Louis XIV n'a donc pas pu offrir

m HISTOIRE

où les questions religieuses se présentaient toujours comme des questions politiques, le Jésuite se voyait consulté sur les affaires de la Foi ; il patronait de tout son crédit l'Archevêque de Gambray, dévoué à l'Ordre de Jésus, qui l'avait élevé , et qui lui rendait son dévouement en affection respectueuse. Le confesseur du Roi avait lu, il avait admiré les Mawimes des Saints ; on dit même qu il s'était engagé à les soutenir. Mais T^chaise savait faire céder l'amitié au devoir. Sur les instances peut-être trop acerbes de Bossuet, vingt-trois propositions extraites du livre de Fénelon sont condamnées par le Souverain Pontife. Lachaise avait pu y adhérer avant le jugement de Rome ; cet acte ne lui laissait plus le droit d'écouter ses sentiments particuliers : le Jésuite fit comme le Prélat, il obéit à la décision pontificale. Il n'eut pas , ainsi que le dit Fontenelle, toute la coquetterie d'humilité de l'auteur du Télémaque ; mais, en prêtre soumis à Tantorité , il accepta la sentence. Les admirateurs de Fénelon l'accusèrent de l'avoir sacrifié aux défiances et à l'aversion instinctive de Louis XlV. Madame de Maintenon fut plus juste ; et , quoique toujours hostile au Jésuite, elle ne put s'empêcher d'écrire \ le i3 octobre 1708, que « ce Père avait osé louer en

après l'aninSe 1675 ce que les Pères de rinsiitut possédaient long-temps auparavant, par droit d'acquisition. Laciiaise ne fut confesseur i!u roi qu'au coiomeocement de 1675, et, comme tous les Profès, il allait fespirer un peu d'air pur à la campagne de la Société; il paya même quelques portions de terre enclavées dans les jaidins. Le Père lachaise était un haut ])ersonnage aux yeux du peuple; il voyait le roi à ses genoux, il devait être tout-puissant sur son esprit. Les habitants .'u faubourg Saint-Antoine ne voulurent plus se souvenir que les Jésuites étaient depuis long-temps possesseurs du Mont-Louis. Le Moui-Louis disparut {tour eux ; il ne fut connu que sous le nom de la maison du Père Lachaise. Le Pèie Lachaise y allait passer quelques heures par semaine ; on le supposait si omni|>otent qu*on le Kt propriétaire. L'opinion publique avait peu à |)eu adopté nue erreur; elle y persévéra, et le cimetière qui a remplacé la maison s'ap()ellcra long-temps encore le Pére-'Lnchaise. Le 31 août 1763, au moment de la suppression des Jésuites , le Mont-Louis fut vendu en vert» d'un arrêt du II mars précédent, et revendu le 16 décembre 1771. ' Lettre de madame de Maintenon au cardinal de Noailles.

présence du Roi la générosité et le dévouement de Fénelon. »

Après avoir commencé par la galanterie , le siècle de Louis XIV suivait le cours ordinaire des passions humaines : il finissait par la dévotion. Aux carrousels de 1 660 succédaient les disputes religieuses ; et, dans le feu des guerres que soutenait encore glorieusement une dernière génération de vaillants capitaines, tels que Villars, Luxembourg, Vendôme, Conti et Philippe duc d'Orléans, la querelle théologique ne perdait pas de son charme. Arnauld était mort à Mallnes le 8 août 1694, à l'âge de quatre-vingt-trois ans, dans la plénitude de son intelligence. Il avait ^écu Janséniste, il ne rétracta point Terreur de toute sa vie. Il expira entre les bras de l'Or ratorien Pasquier-Quesnel , le disciple bien-aimé, l'Elisée de cet Élie du Jansénisme. Peu de mois après Nicole suivit le grand Arnauld dans la tombe. Les hommes qui avaient jeté un si vif éclat sur Port-Royal, et qui pendant la moitié d'un siècle venaient de lutter contre l'Église Catholique et la Compagnie de Jésus , disparaissaient peu à peu. Quesnel se posa en héritier de leurs principes. 11 n'avait pas l'éloquence batailleuse d'Arnauld, son érudition et cette influence que soixante-dix années de vertu avaient conquise à ses cheveux blanchis sous les travaux de la pensée ou dans les amertumes de l'exil ; mais, comme lui, il possédait à un rare degré l'opiniâtreté d'un chef de secte. Il savait s'abuser lui-même afin de tromper plus facilement les autres. Arnauld ne cherchait point à dominer son parti; il le gouvernait par le prestige de son nom, par les illustres amitiés dont il était entouré. Quesnel ne jouissait d'aucun de ces avantages : il s'en créa de nouveaux en disciplinant le Jansénisme et en l'élevant presque au rang d'opposition IV. 28

bZU ntSTOIR^

poiiti(j|ue lorsQue tout le n^qnde se faisa}|: yi)e glpirç ç}e l'obéissance.

Arfiauld et Nicple ^'étaipnt retirés §pus Içur t.en(ç, pt, san§ renoncer à aucune (]e leurs idées, }]^ ayaieqt, appès la paix de Clément IX, ponfré (les di^ppsitiqnj^ plf^s féseryées.Qiiesnel s'aperçi|t que le Jansénisptie périrait sous Imdifférence s'il ne trouvait pas ^n mpyjen d^e f^viver les querelles que d'autres événements avaient fait oublier. Afin d'^tlirer sur sa tête un orage péce3s.aire à 8es plans, il donna le signaj de la résurrectjon du Jansénisme ^n répandant cp^p sijr coup plusieurs é4itions (Ip ses Réfieœions morales, L'Oratorien aspirait à phangef le tffrain fie la bataille : il ne la circonscrivit plps d^^s les l^orpes pp ses cîeyaq.ciers 1? mainfeijjaieQt. |J falJMj; , par dps allusions détournées , attaqpjer }e^ deux pouvoirs ^t prêter aux opinions de Jansénius \\n §pns qu'elles n'avaient jaipais ei|. u Paps un.e trpisienie lédition^ queQuesnel do^na ep 1693, de $^s Réflexions §ous le tjtre de Nouveau Testament en français m^c des réflp/pions florales sur chaque verset ^ racppte SicJ^pelP^ il enseigpa topt le syslèrpe du Jansénisme. Lop^s-^ntoipe de Noailles. éyêqu^ de Châlons sur-Marne, séduit par le^ cljarnies diji style ou trompé par f'apprpbat jpn qpc son prédécesseur avait dpnnée à la premièris éditipp de cej; pwvragCa en permit formellenient la lecture dan§ son diocèse paf uiie lettre pastorale du 23 juin 1696. »

Félix de Vi^lartj ,évêque de C^iâlpns, etNoailJ.es après luj, avaient approuvé pu petit livre. Ce livre arrivait ajttx proporUons de quatre gros volpmes , et , ^^psi qpie r^vail prévu Quesnel , il recelait cjaps sjes pag/es pne cppspiration cpnfrç TÉglisp jet cpntre la p^op^r^chie. Op le piulliiplwi^ ^QH§ \om le§ fprpa^ts ^ op lie f^jsaif péné-

• Cfiurs d*hisUHre des E$i(its ft^tnpé^nt, l. jxtx, f, 91.

DE LA C01HPA6M||!^ DE JÉSUS. m

trier dan^ ph^^qpp famille, on le louait pyac ujifd affectation d'|sntbpf|sid$i|ie qui prêtait p^s de boi| aMguK'P ppiir 1^ paix des espriis. t«es Jésuites ^pupçoiiDèrent qu'un Quvrage si c)i^udeinen( prôné par ies .la^i^éni^tçs devait conteuir qi^elque poisqn : ils l'examioèrent i»veq soin, ils se conv^ii^quirent que lueurs prièvisions n'él:aient que trop justifiées- Pendant loe temps Antqine de INoailles était transféré sur le siège de Paris aprèô la mort de François de Harljay. Quesnel .avait I rompe lancien Evêque de Châlgns, ses émulas espérèrent fasciner le nouyel Archevêque de Paris; mais là, $ous les yeux de Lquis XIV et des Jésuites , ils trpuvèrent pne vigilance plu^ active. L(»s Réfleœipn^ moralm étaient dédiées à Koailles, qui leur avait aiccordé une approbation sans réticence. L'abbé de Barcos, neveu de Saiat-Gyran,. reproduisit mot pour mot leur doctrine dans son Ma^pos^ifm de la Foi touchant la Grdee. La provocatipn était directe. Noailtes se vit contraint de sévir, et en 1696 il condamna c^ livre sans remarquer peutrètre qu'il ne faisait que développer les principes dont il se déclarait le protecteur. Les Sectaires avaient tendu un piège k sa bonne foi, ils la lui firent expier en publiant un paoïpfalet sous le tjitre de Problème ecclésiastique à l'abbé Boileau. Dans cette satire tbéologique , on rapprochait les textes ap** prouvés et censurés par le Prélat à quelques mois de distaace; puis, sous le n^anteau d'une savaate perplexité , on livrait ^ la risée publique l'Archevêque de Paris, [4a pamphlet était anonyme. Son auteur, le Bénédictin dom Thierry de Viaixnes, se cachait dans l'ombre; et, selon le Protestant Scbœll*, ^ ce Janséniste outré avait si bi^en imité la manière des Jiésuites qu€ plusieurs Pèi'es de cette Compagnie y furent trompés, »

t Ilfidem, p. 98.

NoailleSy esprit indécis, caractère léger, mais homme de piété sincère, de science douteuse et d'une immense charité, ne se trouvait pas à la hauteur du poste qu'il occupait. Louis XIV et madame de Mâintenon avaient cru que ses qualités se développeraient sur un plus vaste théâtre ; ses défauts seuls parurent s'accroître aux luttes qu'il était appelé. à comprimer ou à diriger. II espéra , en se montrant plein de conciliation et d'égards envers les Sectaires, qu'il obtiendrait d'eux quelque trêve. Ce fut ce qu'il appela , suivant l'expression de d'Aguesseau, l'égalité de sa justice. Ses ménagements les enhardirent. Ils le voyaient toujours prêt à trembler devant eux : cette attitude leur donna plus d'audace ; et , quand on lui versa goutte à goutte l'outrage sous la forme d'un problème, ce ne fut pas aux Jansénistes que s'en prit l'Archevêque. Il les croyait ses amis; ils lui avaient peint les Jésuites comme ses adversaires les plus prononcés. Noailles accusa le Père Doucin de la satire de Viaixnes. La faiblesse chez le Prélat était une source inépuisable de ressentiments contre ceux dont il redoutait l'énergie. Entraîné par de secrètes propensions vers le Jansénisme, qui l'adulait publiquement en lui faisant payer bien cher ses flatteries, il se défiait, ainsi que toutes les natures sans consistance , de ceux qui s'estimaient assez pour lui dire la vérité. Les sarcasmes dont le Problème le rendait l'objet, les excitations des Jansénistes envenimèrent encore ces dispositions à la malveillance ; et dans l'assemblée de i «700 , dont il fut le président, Noailles, pour se venger, fit condamner cent vingt-sept propositions extraites de divers théologiens. Plusieurs appartenaient à l'Ordre de Jésus, entre autres, le Père Mathieu de Moya, qui, dans T^madeus Guimenivs, avait prouvé que toutes les erreurs

de morale reprochées aux docteurs de rinslUul étaient professées lonf^-temps avant la naissance de la Société de saint Ignace. Sur ces entrefaites , Noailles est revêtu de la pourpre romaine, et l'affaire du Cas de conscience fut soulevée. C'était encore une intrigue des Jansénistes; Bossuet la déjoua , il la flétrit. Le nouveau Cardinal devait à son tour porter un jugement. Quesuel et ses Sectaires répandirent le bruit qu'il avait adhéré verbalement au cas de conscience proposé, et qu'il lui serait impossible de le désavouer par écrit. Leur joug était lourd, comme celui de tout parti qui domine l'autorité: il se faisait cruellement sentir. Mais Louis XIV désirait mettre un terme à tant de discordes; il soupçonnait les Jansénistes de ne pkis s'arrêter à des opinions tbéologiques , il les croyait les ennemis de la monarchie française. Quesnel et le Bénédictin Gerberon vivaient réfugiés à Malines, d'où ils soufflaient le feu en France et dans toute la Catholicité. Le roi d'Espagne les fait arrêter en i^oS à la demande de son aïeul. «On assure, dit Schœll *, que parmi leurs papiers on trouva la preuve que cette Secte travaillait à changer la constitution politique et religieuse de la France. « Voltaire n'est pas moins explicite : " On saisit tous les papiers , racontet-il% et on y trouva tout ce qui caractérise un parti formé, w Puis il ajoute : « On trouva encore dans les manuscrits de Quesnel un projet plus coupable s*il n'avait été insensé. Louis XIV ayant envoyé en Hollande, en 1 684 ? 1^ comte d' Avaux avec pleins pouvoirs d'admetlre à une trêve de vingt années les puissances qui voudraient y entrer , les Jansénistes , sous le nom de Disciples de saint Auyugtin , avaient imaginé de se faire

* .ibidem, p. 94.

' Siècle de Louis Xlf^, t. m, cfa. xxxvii, p. 153.

m UlSTolUfe

compféridre àûn^ fcetté trêve cdtiime s'ils avaient été en effet lin paHi formidable, tel que fcelui deS Calvinistes le fitt Û létig-tenips. »

A \û révélation d'un complot qui ne prend plus la peine de se déguiser, et contré lequel les Jésuites Tôrit si souvent prémuni, Louis XIV, qui s'est toujours défié dfe« Jansénistes, veut être inexorable.il ^ sévi contre les premiers chefs de la secte; il croit qu'il faut sévir enbore. Le culte de l'autorité était inné dans son ârtie; il lu vénérait chez les Souverains Pontifes pat- conviction pieuse et par calcul royal; mais il savait la faire respecler datis sa personde. Quand lé pduvoir faiblissait devant une attaque préméditée, Lotiis XIV était toujours ik poUr le défendre; il ne fomentait pas lès révolutions dans les autres royaumes, afin d'avoir la paix sur son trôné dli de tirer un misé^able profit des calamités moharchîques. Le secret du Jansénisme lui était dévoilé; il Wsôlîit d'écraser une secte orgueilleuse et îiidoclle. Par lès correspondances saisies à Malines dans les porteféuilleè de Qtiesnel et de Gerberon, |3lusieurs personnes Se trôuvàierit cotaproririiises. Deux Bénédictins, Jean t'hifbux et Viaixnés', Tauteur du Problème ecclésiastique, qui àVôuait son œuVre, furent eiiférniés à la Bastille et à Vitidehnfes. Le Roî chargea les Jésiiilës d'étudier leurs édni^rS, afin de corlfclaître à forld leurs principes, (jes cahiers furent envoyés à là maison de campagne du Motit-Loùis, où le Père Lëlellieh les examina, et c'est fcètlé circdristance qui, dénaturée ou ttial corfiJ)rîse, a Sttihûê lieu à Voltaire de dire que les interrogatoires Judiciai^es des prisonniers étaient portés au Père t-etelTîer.

' Ce BénëdictiD était un homme si remuant, qu'après être sorti dU^DJon en ITIO, il se vit exiler de Paris, [luis baunir tûm la régence de Philippe d'Orléans, dans un temps oii les Jésuites trayaient aucune autorité.

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. hZ9

Parmi ceux que le Jansénisme avait enrôlés sous son drapeau, il se rencontrait un recteur de l'uiliversité de Pàius, un Domme que de hautes vertus et qii'une science héiireiise dans ses applications recommandaient à l'indulgence royale : c'était nollin. Son caractère simple et ingénu devenait aux yeux de Louis XÎV un danger dç pliis; car, sous les apparences de l'honnêteté, il pouvait glisser Ife venin d'une doclrihe funeste au cœur de la jéiîiiëssé. Ses lettres à Quesnel étaient entre les mains du Roi; ordre avait déjà été signifié d'arrêter Taincieh reciéiir, lorsque le Père Lachaisë se présente devant Louis XlV. Le Jésuite à seul le pouvoir d'incliner le monarque à" la clémence; lui §eul peut inspirer dessentimeîits de douceur à cette âme aosolue. Il intercède eri fàvétir de tlollin, il se porte caution pour lui, et c'est à un Père de la Compagnie de Jésus que le chef de l'Université dut sa liberté.

Le Jansénisme se démasquait dans ses œuvres vivçs. Le i6 juillet i^oS, Clément XI, par sa bulle Virwam Domini Sabaoth^ condamna, sur le fait comme sur le droit, le silence respectueux qui, selon les sectaires an*gustiniens, était Tunique soumission due aux décrets de la Chaire apostolique. Cette bulle fut acceptée par le clergé de France, et enregistrée au Parlement. Le silence respectueux des Jansénistes n'était pas plus favorablement accueilli que leur système d'opposition; les religieuses de Port-Royal l'abandonnèrent comme un vêtement inutile; la mère Elisabeth-Sainte Anne Boulardj afcbesse du monastère, refusa de souscrire à la bulle que le Clergé et le Parlement recevaient. Quesnel» échappé dé prison, dirigeait ces désobéissances. Les calamités qiii àldrs pesaient sur le pays, les désastres militaires, la vieillesse du Roi, tout contribuait à relever les

l^UO HISTOIRE

espérances du Jansénisme. Abandonné de la fortune, mais plus grand dans ses revers que dans ses prospérités, Louis opposait aux coups du destin une sérénité stoïquement chrétienne. Les ennemis extérieurs ne l'intimidaient pas; il ne recula point devant l'audace de ceux de l'intérieur. Le Jansénisme avait commencé par la haine contre les Jésuites, il finissait par des conspirations d'autant plus dangereuses qu'elles s'appuyaient sur des subtilités théologiques. Ce n'étaient que quelques prêtres dispersés et des religieuses croyant vivre dans la retraite; mais, du fond de cet exil, il surnageait des mécontentements, des projets coupables et des pensées révolutionnaires. Tout leur semblait^ autorisé pour faire du bruit, tout leur devenait légal aussitôt qu'ils y entrevoyaient une possibilité même éloignée d'agitation. Us résistaient à tout et sur tout; ils torturaient les lois avec la savante cruauté des légistes; ils trouvaient dans l'acte le plus clair de sa nature matière à distinguer, à expliquer et à bouleverser. La position n'était plus tenable ; les religieuses de Port-Royal-des- Champs donnaient le signal de ces hostilités; Louis XIV demanda au Pape la suppression du monastère. Par une bulle du 27 mars 1708, Clément XI accède à ce vœu, et il désigne la solitude de Port-Royal sous le nom de nid d'hérésies. Une pareille appellation fait bondir de colère Quesnel et ses adhérents. « Je ne crois pas, écrivait-il alors, que ce soit un moindre blasphème que celui que les Pharisiens et les Scribes commirent en attribuant au démon l'opération divine du Saint-Esprit qui chassait I les démons des corps qu'ils possédaient, « Un arrêt du

conseil déclara qu'il n'y avait plus qu'un seul Port- Royal, et, en conservant celui de Paris, il supprirpaj

Tautre.

« Les doctrines de Port-Royal , dit M. de Balzac *, étaient , sous le masque de la dévotion la plus outrée , sous le couvert de l'ascétisme, de la piété, une opposition tenace aux principes de l'Église et de la Monarchie. MM. de Port-Royal, malgré leur manteau religieux, furent les précurseurs des Économistes, des Encyclopédistes du temps de Louis XV, des Doctrinaires d'aujourd'hui, qui tous voulaient des comptes, des garanties, des explications; qui abritaient des révolutions sous les mots tolérance et laissez faire. La tolérance est, comme la liberté, une sublime niaiserie. Port-Royal était une sédition commencée dans le cercle des idées religieuses, le plus terrible point d'appui des habiles opposi-^ tions... L'Église et le Monarque n'ont point failli à leur devoir, ils ont étouffé Port-Royal. >»

Maintenant que les hommes peuvent suivre dans son cours l'idée révolutionnaire, cette opinion ne paraîtra que juste à tous les esprits réfléchis ; au siècle de Louis XIV, elle souleva des murmures qui trouvèrent de l'écho dans quelques écrivains dont la seule politique consiste à blâmer tout ce qui s'entreprend en faveur de la Religion, de la Monarchie et de l'ordre social. On prêta un charme poétique au sombre entêtement des Jansénistes , on dramatisa leur persécution , on changea ces natures atrabilaires en précurseurs, en martyrs de la science et de la liberté, puis on accusa les Jésuites.Quesnel avait besoin d'un prétexte pour discuter les actes émanés du Siège pontifical, il dit que les enfants de saint Ignace tenaient au Vatican la plume qui le condamnait. Il fallait montrer le prince le plus absolu , le plus maître de luimême et des autres, dirigé par une invisible puissance, afin d'humilier ses grandeurs et de jeter du discrédit sur

< De Balsac, Beuue parisienne du 25 aoûl 1840.

/iÀ2 liliSTOlitl!:

les préfcàutlôilfe qiië la sûreté ae ses Ëtats lui imposait. Les Jansénistes transformèrent eri vieillard sans énergie et dominé parla crainte incessante de Teafer le prince qni^ , voyant ôeà frontières envahies, allait, à quelques années de lâ , écrire au marécfial de Villàrs la lettre la pliis royalement française : « Si je ne puis obtenir une paix équitable, je ihè meiti'ai à là tête de ma brave noblesse, et j'irai hi'efisëvelir sous les débris dé mon trône. «

On peut juger diversement le gniha Koi; mais il y a des caractères que, polir rhonneùr de I humanité, oii ne doit jamais abaisser. Les Jansénistes n'étaieht que par contré-coup les ennemis de Louis XIV; il aimait, il fa- •vorisait, il écoulait les Jésuites; àtix yeux de leurs adversaires, ce fût son seul cHme. Ils eurent i'hàbilété de le plaindre tout haut, àfiri de lé déshonorer toiit bas; eh le plaçant entré madame de Maîntenon eft le I^èré Letellier, une vieille femme ei un Jésuite, ils crurent avoir partie gagnée. La destruction de Port-Royal-des Champs, là hersé passaht sur cette maison sanctifiée par d'aùstcres vertus et par de grands services rendus aux lettres, , .buis XtV et contre la Société de Jésus,

uu reproche qu'il importe d'éclaircir.

Le 2"] mars 1708, iiné LuUe ordonnait là suppression du nid d* hérésies, he cardinal ué l^oailles, protecteur de Port-Royal, et (e iParlement adhérèrent à la volonté dés deux pouvoirs. iTout cela se concluait dans la dernière année de là vie au Père Lacnaisé ; le 20 janvier 1 709*, le Jésuite expira. C'était le seul que Louis XtV connût personnellement; tout en accordant à sa mémoire dé profonds regrets, il chargea les ducs de Beauvilliers, de dhevreuse et La Chétardife, curé de Saint-Sulpîcé , aë iiii choisir Uii côrJfésséur parmi plusieurs Itères dont Lachaise lui avait lais^ \ë ribm. BéàUviKfèi^ , Cbé-

ÙE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. bL^

vrelise et La Chélardie pensaient que, dans les circonstahces présentée, il fallait un homme plus ferme que lui 9 lU voulaient surtout c[u*it n*appar(ini pas à quelque farhille titrée; ils désignèrent le Père Letellier, qui entra etï fohctions le 2 1 février.

Michel Letellier, né â Vire en i643, était alors provincial de Prahce. Caractère ardent, inflexible, rude à luî-méme et aux autre^, il formait un tel contraste avec la mansuétude du Père Lachdise, qu'il semblait accaparer d'avance l'impopulaHté des faits déjà consommés. QuàHd il parut devant le Roi, Louis XlV, qui ne lé coùnaissdlt paâ, liii derhatida s'il était parent du chancelier Michel Le Tellier : « Moi, Sii-e, parent ^e MM. Lé Tellier! irépotiditle Jésuite, il n'en est rien. Je suis uri pauvre pàysàtt de k basse Normandie, çù mon père était fermier. » Ces paroles déplurent aux courtisans, au duc de Sâltît-Sirhon surtout. Un Jésuite qui allait disposer dc^ la Conscience royale et de la feuille des bénéfices osaîl avduer sou origine. Le grand seigneur janséniste déclare ' « qii'il était de là lie du peuple, et qu'il ne s'en cachait pas.» Cette note, infamante à ses yeu*, rendit le Pèt-e Letellier cdpabîe de tous les crimes; Saint-Simon ne l'eritrevit cju'à travers sa roture, si dignement constatée, êi il Pà peint tel qu'il le rêvait. Le Père Letellier avait franfchi tous les degrés de son Institut; ert chac^ùé ^hasede se. carrière, il s'était signalé hostile aii Jansénisme. " l^ôurri dànâ ces pfîncipes, dit Saint-SimoliS admis dané tous les Secrets dé sa Société, par le gétiife qu'elle lui avait reconnu, il n avait vécu, depuis qit'il y était èhtrë, que dte ces questions et de l'histoire intérièiire dé fètrr dvaucerafeht, qiie du désir de parve-

' ^mQtvçs dç SHiat-SimoQ) U v^i) p. 26. . ,

* ibidem, p. 25.

Zi/4& BISTOIR£

nir, de Topinion que, pour arriver à ce but, il n'y avait rien qui ne fût permis, qui ne 8e dût entreprendre. D'un esprit dur, entêté, appliqué sans relâche , dépourvu de tout autre goût, ennemi de toute dissipation, de toute société, de tout amusement, incapable d'en prendre avec ses propres confrères , il ne faisait cas d'aucun que selon la mesure de la conformité de leur passion avec celle qui l'occupait tout entier. Sa vie était dure par goût et par habitude ; il ne connaissait qu'un travail assidu et sans interruption ; il l'exigeait pareil des autres, sans aucun égard, et ne comprenait pas qu'on dût en avoir. Sa tête et sa santé étaient de fer, sa conduite en était aussi, son naturel cruel et farouche. »

Il y a de Tanfertume dans ces lignes ; Saint-Simon , et, après lui, tous les historiens, se sont acharnés à représenter Letellier comme l'auteur des persécutions qui atteignirent le Jansénisme , et des calamités qui frappèrent le pays. Sans entrer dans le détail de tant d'événements, nous devons néanmoins étudier leur ensemble, pour en faire jaillir la lumière. Au moment où le Père se vit chargé de diriger la conscience du Roi, il n'y avait plus rien à faire pour l'exaspérer contre les Jansénistes. Ses appréhensions étaient justifiées, et au delà; la suppression de Port-Royal-des -Champs se trouvait accomplie ; il ne restait plus qu'à sanctionner la mesure prise.* Le cardinal de Noailles s'y associa, et, le 29 octobre 1709, d'Argenson, lieutenant de police, fit enlever et conduire dans différents monastères les religieuses de Port-Royal. C'était ce que Louis XIV avait essayé dans les plus belles années de son règne. A cette première époque, Arnauld, Lemaitre, Sacy et Nicole auraient jugé indigne de leur cause de transformer cette solitude en un lieu de pèlerinage. Us se croyaient assez forts

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. Iih5

de leurs talents pour n avoir pas recours à ces artifices de superstition ou de fanatisme; leurs héritiers ne furent pas aussi discrets. Des miracles apocryphes, des lamentations pleines d hypocrisie attirèrent, à Port- Royal- des -Champs une foule que l'esprit de cabale et la curiosité y entretinrent. On pleurait sut* les tom* beaux abandonnés ; on parcourait les appartements déserts; on cherchait, par toute espèce de moyens, à alimenter Tirritation. Louis XIV ne consentit pas à tolérer, aux portes de Versailles, des menées que le malheur des temps pouvait rendre dangereuses ; il commanda de détruire ce couvent célèbre: ses ordres furent exécutés. Le cardinal de Noailles, hostile aux Jésuites, était, comme toutes les natures faibles, jaloux de son autorité; ce fut donc lui seul qui, en sa qualité d'Archevêque de Paris, se chargea d'exécuter l'arrêt de proscription des religieuses. Le gouvernement s'occupa de faire raser Port- Royal-des-Champs; mais il s'élève ici contre Letellier une grave accusation : c'est lui qui fit passer la charrue sur ce monument.

Nous n'attachons pas grand prix à une pareille imputation, nous qui avons vu la liberté de 1793 entasser tant de ruines autour de nous; mais, puisque cet acte, si peu sérieux de sa nature , servit de base à des récriminations de toute sorte, il faut bien l'approfondir. Or, en lisant les écrivains jansaiistes eux-mêmes, ce n'est pas la main du Père Letellier qui porta la hache et le marteau sur la demeure des Solitaires , mais celle des Sulpiciens. Dom Glémencet ne s'en cache pas; il dit * : « MM. de Saint-Sulpice, à ce qu'on prétend, obtinrent, parje crédit de madame de Maintenon, la démolition de Port- HoyaUl es-Champs, en lui représentant que, si on le

' Histoire générale de Port-Rnyal, t. x, p. 4.

446 HMTOfilB

IflU^aii $ub$i^er, les iem^s pouvant changer, les Jansé* uibtes pourraient auasi y revenir et rétablir lenrs erreurs. Cela fait voir, continue-t-il, qae ce n'est point aux JeswUss qu'il fout attribuer la démolition de Port-RoyaldesrGhamps ; non qu*il$ji'en fussent capables, m^îs parce que cela était contraire à leurs desseins et à leurs intérêts. V

Jérôme Besoigne, docteur de Sorbonne et Janséniste r^nominé, publie la même version, et il ajoute ' : u On était déjà autorisé par la dernière bulle, qui ordonnait que ce nid d'erreur fût fuiné de fond en comble, evellatur et eradioetur. Il ne s'agissait que d'obtenir un arrêt du conseil en conformité de celte bulle. Ti» chose se fit le 12 janvier 17 lo; c'est la date de l'arrêt qui ordonne I9 démolition et allègue pour motifs la dépense que Fentretien et les réparations causeraient à l'abbaye 4p Port- Royal de Paris, et Tavantage que les créanciers de cette abbaye retireraient de la vente des matériaux. »

Ces raisons, déduites dans un acte officiel, sont illusoires; ce n'est pas là qu'est la vérité; il fallait enlever aux factieux on pi^lexte permanent de sédition. Le fanatisme de$ Jansénistes ne connaissait plus de limites, et, quand Besoigne raconte la translation d'une partie des corps qui reposaient dans le cimetière de Port- Itoyal,U révèle un fait qui, à lui seul, dut éclairer l'autorité. On planta une croix de bois sur les fosses vides; lirais il fut bientôt nécessaire de la renouveler, « car, dit le docteur de Sorbonne , les pèlerins, dont il y avait concours à cette bienheureuse terre consacrée par tant de reliques respectables, coupaient tous des morceaux de cette croix qu'ils emportaient. » Ces auteurs ne parlent pas du sop nivelant le^ débris du monastère ; seule-

' Histoire de Port-Royal, t. m, p. 221.

DE La C0J!MiP4pllii)C DE JÉSUS. ^1

m^p\t d^ns un pamphlet jan^^énUjte , on jit* « /juje LquU XIV {^vait ta\i passer, en quelque m^^ièrp, 1^ charrue sur Je terrain (Je Pprt-Rpy^l. » Qtit en qufilqu^ Vf^r^ière peut justifier des Ijpenpe^ ppétiqiies; i) naur tpfiser^ jamais à accepter de pansjls réc^t;. Ai^ 4irp des J^BSjéitiste^ eux-mêmes, les P^riss d^ la C^ff^p^ignie de Jésus ne trenipèrenl: p^s dans la dpmolU^qp dfi cjouvent , que d^es spéçul.itipns rp|igLeu$^$ et politiques Uvraijeii^ k ]^ fanatique piété de l^urs adeptes.. Ce §pi^]; le$ Si^lpiçieps qi^i en furent les ai^teuri»; et }es bouilles se n-r s^s leur en s^uront toujouf:^ g^é, p^rçe qu'il vaut mie^^ briser quplque^ pierres eptassées les unes ^^y Ije^ autres, quje de sacrifier Id (rapquil|i):p d'ui) ^tat.

Le premier criipe di| Père Letellier, ciet attentat si duremeqt reproché à l'Institut, ^'eff^cp donc .d^Y^l^t l'bistoire. Le Jésuite, par s^ posijLipii 4 \^ cour, ()evei)fi|. le point de m^re des ^ttaqu|[^; les Jansjénistes, les co^rtis^as insatiables personniQaient en lui la {Qqmpagiiie ^ Jésus; on la rendait responsai^le des /choix oi| deî^ rei^^s qu'il faisait; ell/3 essuyait \^ cqqtrp-ppup de resseptir men|^ dpnt le Père ne se préoccupait même pas. Letellie^ igppr^it ce que c'était que la popularité; s'il en eût connu les honteux profits et les amertumes, il est prqhj^hle qu'il n'eût jamais cherché à capter ses incpnstanpes. Dnns cette âme de fer, il y avait une vigueur presque égale à $a modestie. A la cour, où chacun l'entpurait d'b/omm^ges , il était resté ce que la nature et l'éducâtioi) l'j^vaient fait, abrupte par tempérament, courageux par conviction, inébranlable dans ses volontés, humble dans sa manière de vivre. Un jour, racpule le chancelier d'A^guess^^u S Je Roi ayant demandé au Père J^etellier

' Du rétablissemeni des Jésuites en France, Paris, 1S16.

> Discours sur la vie et la roorl d« M. d'Aguesseau , par le chaocdier son Sis.

/i/i8 HISTOIRE

pourquoi il ne se servait pas d'un carrosse à six chevaux comme son prédécesseur , il répondit : « Sire , cela ne convient point à mon état, et je serais encore plus honteux de le faire depuis que j'ai rencontré, dans une chaise à deux chevaux, sur le chemin de Versailles, un homme de l'âge , des services et de la dignité de M. d'Aguesseau. » Letellier connaissait à fond le Jansénisme; il le redoutait pour la paix de l'Église et pour celle du Royaume; mais la crainte du principe ne s'étendait pas jusqu'aux/ hommes. Quand l'Oratorien Fabre, son ennemi, fut expulsé de cette communauté, le Jésuite oublia les injures dont le Janséniste l'avait accablé; il sut généreusement venir au secours de sa misère '. Le i8 avril 1710, Gerberon, repentant, sortait du donjon de Vincennes, à la demande de Letellier; et le Jésuite lui adressait une lettre où il se révèle tout entier.

A cette époque, Louis XIV expiait ciniellement les pompes de son règne. Il avait placé sur la tête de son petit- fils la couronne d'Espagne; ce résultat d'une grande pensée armait l'Europe contre lui ; et la France, que tant de victoires appauvrissaient, succombait enfin sous le poids de ses glorieuses adversités. La famine arrivait à la suite d un rigoureux hiver; mais l'honneur et l'intérêt du pays exigèrent de nouveaux sacrifices: le Roi demanda le dixième des revenus. Dans de pareilles circonstances, cet impôt nécessaire excita des murmures. Duclos et l'abbé Grégoire ' accusent le Père Letellier de l'avoir inspiré, d'avoir même obtenu une délibération de la Sorbonne et des casuistes de la Société, pour rassurer la conscience du Roi. S'il n'y avait que ce moyen de sauver le pays du joiig de letranger, le Jésuite, sans

' Dictionnaire âe Moréri, article Fabre.

' Mémoires de Uiiclos, p. 61. — Histoire des Confesseurs^ p. 376.

'^CC<Ot4^y

aucun doute, a patriotiquement agi, et Duclos, qui le blâme, donne presque à la même page l'adhésion la plus comptète à cette mesure désespérée. « I/établissement du dixième des revenus en 17 lo fut, dit-il, d'une tout autre importance pour l'État, et en fit peut-être le salut, quoiqu'on ne le levât pas avec toute la rigueur qu'on a exercée depuis. »

U y a dans la correspondance de Fénelon des lettres qui sont pour le Jésuite un véritable titre de gloire. Fé^ nelou a , par son Télémaque , blessé les orgueilleuses susceptibilités de Louis XIV : il est relégué dans son dio** cèse de Cambray. Delà ce cœur si aimant et si plein de tolérance se prend pour le Père Letellier d'une affection basée sur l'estime. Le 9 avril 1 709 le duc de Ghevreuse mande au Prélat ' : « Le confesseur du Roi parait avoir tout ce qu'il faut , si la cour, qu'il n'a connue jusqu'à présent que par ouï-dire , ne le change pas. » Un aif après, en février 1710^ l'Archevêque de Cambray adresse un mémoire au Jésuite. Du fond de son exil l'illustre pôatife voit l'orage s'amonceler sur la France: il veut le détourner; et, afin que ses paroles ne soient p^ interprétées comme un regret ou comme ua sentin^éut ambitieux, il dit' : » Pour moi, je n'ai aucun besoip ni désir de changer ma situation. Je commence à .^re vieux, et je suis infirme. Il ne faut pas que le Père Le-r tellier se commette jamais ni ne fasse aucun pas douteux p.ur mon compte. yi Et il ajoutait plus bas : u Je conjure donc le Père letellier de ne rien hasarder et de ne s'ext poser jamais à se rendre inutile au bien de l'Eglise poui: un homme qui est, Dieu merci! en paix dans Tétat bu^ miliant où Dieu la mis. Tout ce que je désire, c'est

• OEuvres de Fënelon, t. XXilt, p. 289 (édition de Leclère, 1827).

* Ibidem, t. xxv, p. 244.

iv. 29

450 HISTOIttl!

lîrliberté de défendre rÈgiise contre ie« novateurs. « *^ (Wlte^Tib^té^quélë gëiHe aèmkfiiîWl â !ateWeV4*1nfleAîbT(e r:.^tëlfîëHéùt^«té'ii^rfeuk dë^V^^^ Il avait

tetiiblittlf*fliî-rtiémé^rhèi^èéië du JdhâenîSrrle**; màî»; h'd timôn dé$ affattrô/jiliis'à 'portée d'àpprëctéiHes bbstaclfei j^î ^ntotïrrtit le'pottvorr, le* .tésûîtë^se^fentktï oWî^é^à UH AWnîf^ehïeftis ((lie îés iridividds côndathnént ou repoussent. T/homme d'énergie faiblfesaît détànti^ôAirtie m doUé'eiir f ^I^éhf^lon stitriUlâit liéielllër, il raccùsart de tiJléraiidè; et* le 19 màï i'ji^t il lui mandait'' i &D\e\\ Vè^ ilfé= c^ue ^e lïie trompe ,ihkiàj'ôser1ais répondre *qtiié VbUs Vi'ôbtlehdï'ëz ijûe des e!^[Jédîerrfs ftattettts fet ét^fCrîvoc(ties qdi ^è^i^nrfehteroht fe Walen'le cachant.' Il y a HtSjà 'plus 'Vie' qii'aràrtte'slnè îjue lé Jàniénisme'croît sanà ftîësuré^par'bes ft'ùssy paix, qu'oh éhrrcbe "par \h fcraint'é du 'gcjihdcilë j'èf à là Kveiir désqneHès otï achèVe d^èW-^ ^di^nnër' ^ toutes fcs'éboles/ Oft aura 'i^ecôiii'S aux^rfc?iiiè(îes efficaces forsqu'*tt île serk plus teVripsi^^Dâns une fétt1i*e au due déX'bevrèiièe , Fènèlon dècdùVre encore mieûk èa péiiséé f iV OÀ • a Uisié, tf ît -il , enipoisonttér les libui'fces' publiques dteS* éludes.* I^â ncînèbalâfncé de'fett m: dé Pftîs^fer la bdhfé'trbji' facile du Pèr^ de LaVJbalse Wi ôiitm tacaWsè.^M.'lè Cardîriâl'da'Naâniés à afebevé le ttfàl <|tii^èfsl^àir'Coriible.'n^ '''^> ' ^" * * . : v ,.

**' lie l2'ttaï^ î*jH i TÂrchevêque de Cambray intervertît toiirt S fait^'le^s ïrôlcà qire rbisfoirt'a' dUmbués^d'iTUë sî hhpra^eAte'Maiiière.lî'énèlOn Vfeùt comb^tt^; d*eàt Leî ti?nièi^*^u? le retient. " VoùSMAè tlire:^%'Trrtôh révérend Pêi-é, cfutè» je doib craindre 'de me tromper 'et d'êtVe trop ftWvèntf contré le liVré de M.'Habert.Me l'avoue: âiisSl véuVt-je pvettd^e les* plus rlgôtareliëës précautions^ conlrd

* Ibidem, t. xxv, p. 352.

' ibidem, t. xxv, u. 3^

moi-même J'ose dire, mon R. P., que le moins

que vous^ puissiez faire* dans un besoin si pressant He' rÉglîSe *est âè montrer *ma lettre a Sa Majesté! Je vous lé demande, nciri pour moiV maïs pour la vérîié*, a qiiî vous devez toul'dlans la placé où Dieu vôiis a mis, >» . ^

^Lkellier dominait Louis XIV. On a même prétendu queTë tiôi portait son joiig par cràihteV et cependant de' Jèsiiite si Vindicatif , si' irîijîlàcafcïè ; au dire de quelques eHrbniqueUrsV éncîfiaînait Tardeuf belliqueuse de Piétielon.f:jeWéiatluiécrrv£iit encore ' : «Je'cfôi'aîs trahir îna^coïïSclenH^ là"'' je hê vous suppliais pas" insiàmmèht dé lire cette léttre'ku Roi.lravoùé qiié riéti n^est plus^îgne ae sa sagesse que ae vouloii» éviter les disputes publitjdefs suV la* Religion'. GVél Uii grand scandale. Ceux qui lé commèticèrit sans tiècèssité soAt ihéxcéiâables; mais j*osè Hiré ijUé toîite la puissance dû F[oi ùe pWt empêchée ce mal riartes questions du Jansénisme... Les écrits

plar les questiôi p^ï^faicieûst rfé' viennent pas seulement de ^tïollande, on è iiiipdnie en 'France. Nulle vigilance, nulle rigueur de \û police ne peut l'empêcher. Ci* est un fait visible (|ùi èaùte- aix^ yeux. Les' bons Cafholiqués veulelrt-îts j5ublfei*' un écrit pour îà défense de ïîa ï'oi? its èbuïiVent mille tfaversefs.V. lie parti veul-if piibller un Rvî^e hè^ëtiqu^ , séditieux ? on le débite inip'ùnénièht ;' il ^ e^st applaudi. >> '■'''' ' '■" '" '' ''/--' ''''-''' ^ '''■' *^ Altisl provoqué, le Jésuite qui tient dans ses mains le cœùi' de ^ITjOuîsXIV' reste 'impassible. Hvec ^Féiiéfon \l s^efft'aie de 'ôe débdrdétnené d ouvrages iiôllpalblés, il eii gémit , et il ri'osè' rtïêiriëjpas "adèordér au Prélat le droit de défelîi'drfe ieiirs principes. Il tremble d'ènvenimef' les

* Ibidem, t. xxvi« p. 139.

452 HISrOIRE

questions, de rendre tout rapprochement impossible. Il se réduit k parlementer, il attermoie. Ijetellier, qui est la terreur des courtisans , ne sent pas Taiguillon dont l'Ar* chevêque de Cambray le tourmente. Dans le maniement des grandes affaires, cet bomme, tout à la fois impétueux et plein de dextérité, a compris l'insuffisance de cette guerre de paroles, qui alimente les factions au lieu de les abattre. Il voit que la secte suit la marcbe de toutes les bérésies et de tous les partis, qu'elle cberche à diviser pour faire des recrues, qu elle attise le feu afio de produire un incendie. La discussion n'est plus permise avec de pareils adversaires; car, en la dénatu* rant pour lui donner les apparences d'un succès, ils s'abritent sous la nécessité, dernière excuse de la mauvaise foi. Les Evêques de France ne pouvaient plus prendre la parole sur les questions en litige sans qu'aussitôt les Jansénistes ne criassent à l'outrage ou à la persécution. Ils vivaient du martyre, ils l'exploitaient par l'intimidation , et en se servant de la vanité du Cardinal de Noailles comme d'un bouclier. Champflour et Lescure, évêques de La Rocbelle et de Luçon , n'osent pas rester muets témoins de tant de calamités prochaines. I^e 1 5 juillet I «y lo ils publient une instruction pastorale par laquelle ils condamnent , ainsi que la cour de Rome , les Réflexions morales de Quesnel. C'était attaquer le Jansénisme. Le Cardinal de Noailles se croit mis en cause; il a approuvé ce livre; il proclame son orthodoxie en prenant à partie les deux Prélats. La guerre se ravivait malgré Louis XIV, malgré le Père Letellier. Le Roi, pour la faire cesser, propose sa médiation. Une commission est nommée; le duc de Bourgogne la préside. Elle invite le Cardinal à flétrir le livre des Réflexions morales; Noailles promet d abord, il hésite en-

suite. Le Roi lui laisse le choix ou de se soumettre au jugement de la commission ou d'en référer au Pape. Cette dernière voie était un moyen de gagner du temps: les Jansénistes lui conseillent de l'adopter.

Ce fut dans ces circonstances que le Père Letellier crut enfin devoir agir, [ja question avait été nettement posée : le Saint-Siège était appelé à la trancher de nouveau. Il fallait que le Clergé de France intervînt; Letellier se chargea de lui donner l'impulsion. Disséminés dans le Royaume, ils n'avaient pas le temps de se réunir et de se concerter : un guide leur était nécessaire. Quelques-uns jettent les yeux sur le Jésuite; ils viennent chercher le mot d'ordre auprès de lui. Il rédige un • projet de lettre au Roi; et, afin que le sens dans lequel les Évêques vont parler soit identique, ce projet est secrètement envoyé à tous les Prélats.

Soit hasard, soit trahison, une de ces dépêches, que l'abbé Rochart, trésorier de la Sainte -Chapelle de Vincennes, adressait à son oncle , l'Evêque de Clermont, est interceptée par les Jansénistes et aussitôt communiquée au Cardinal de Noailles, dont elle devait justifier le courroux. Il existait un complot permanent contre la Foi catholique , le Père Letellier le minait par un autre complot. La lettre de Rochart de Saron, dont le Cardinal se faisait une arme en la publiant , était ainsi conçue :

u J'ai eu d'assez longues conférences avec le R. P. touchant l'affaire des deux Évêques et de Son Éminence. Voici, mon très-honoré seigneur et oncle, où les choses en sont : M. le Dauphin , M. TArchevêque de Rordeaux, M. l'Évêque de Meaux, MM. Voisin, de Reauvilliei-s et Pesiparet3 travaillent, par ordre du Roi, à examiner le

*^^ • :1V • î, . ... s .-HISTOIRE . .;. ■ ,j. .^,i, . j . .j„

nécess.{jiçp^ PflWr ^R!^ t^^^p cpntç^st^tiçu;! , .,il§, çn feront rapport à Sa Ma^çstç^ Pour les prqcédés persooi^^ .^oi) eôt dl^s J^t r.é9ol^tio^ dç donner quelque ^ti^f^cfioi) à Son Éminenc^; mais, ^ur le fond, qes.deuxÉvçques g^-* gaeront leur procès. Le livre du P. Qoesnel- sera «prç^-r 8CTit,.çtron £era justice auxÉvéques que le man^emeut a attaqués. J'ai v]u entre les mains du P. L^tellier plus de t|;eute lettres des meilleures têt€;s du Clergé. qvM dema|D'«^ dent justice au Roi dû procédé de,Soa.Ëmiqenç£. I^e Pèrj^.ljetellier p^'a.<^it qu'av^ant; li^ijt jours iliefi^^ujçq^t e^|cope p^taijit. Le sefre|;.e3t promis. à to)]$ ceux qui écrir irqp^,^ietj^mi^i^.3Qi^£>^ineace| ni le p^b^ç.p'en aujnoif^ ai^cune ppn4ipi^s^Dce.,J/ai Thonneiir de .vQus^e^voy^^ Ja. lettre au Roi, que le Pçre LetelUeriVOus.prie. de ^ig^er. l},^p g^djf?. unc.cçpie pp/ar repyoyer.sans signatuf^p^ à plusieurs Prélats qui lui dei^andeut i{a n^odèl^^ ll.fefit^ sVLyjç^s pJaU, que vous y fp^ettlcz uue ep^y^oppe çt qa Çi^çUçt yol^nt. J'ai ordre, (|u.Pèi:eilfetplUer de ^ lui

^MR^yPT ^ Fpntaineble^u en'^*e)t^9V ^ F^**^ aujourd'hui |;pu]C.s.')r, rendre, €;j.^le JH^oij-.va jco.ucher.à Petitbojjrg chez l|l. d'A^tin,.,|^ vous.eiivpie M. relptiçjii de. ce , qui. s'est pas^é.en Flap4rejs le^dQU^i^^ : c'est JM. ^l'abbé de Sp.int- Pierre qui me :rapportîj„h^^ ^de ^Vei^aillesu J'assistai lundi au service de la Sainte-Chapelle de Paris pppr Af pns^ig^epr, La cérémonie fuj, magqifique , ^ç^ le Père Massillpn y fit un beau, discours» Vouç Ip verrez imprim^. I^a pièce; de M. rÉyêque d'Angers paroi^ jmppi'mée. Elle est sifflée de tojui le, monde., Le Pèr^ Letellier n'a point vu le mandeme^it.que vous devez signe;^ avec rÉvéaiie de S^iint-Flour, il trouva vptre pr^caïUipn.sage de souhaiter qu'il soit vu avant que de paroitre. Vous

pônvo^iniAl-adreBserifL 'v^u^ib 3oub^tea.>Iei4dfclQniierai à de bons réV^Uf^^. qoitJi.'é^W^h^mnlci^^Otemeaè^;: >^^. ni/j Xak'ilhonneur d'être, mon très-honoré aeigneur'et oncle, etc. •• iv-nU- . »l ^ oM.tMUîj

, . w y\S(Ujné: l'abbé BoGHAHT;

» A Vîncerines , le 1 5 juillet i 7 1 1 . »

no tfçdA.poif^v à »fioMftQ}r. aujf.geftip.irQS .^etn^M^hreh» motifs de suspicion contre Letel|ier:.,jefi,fîQ|itrp*,le#MÎ^+ siiitjes. ^Is aubili?rftn^ quj^.saint {Vii^ent.f|jçiP#iL^t Plier avaie^ifj^qmpl^y^i le vaé}x\e ^oy^n pour ar^iv,er a^,*1êmS buj:.^dafï^^J,;9ffeif^ -M <Wq prqf^l^iliqn.s , ^^xtFaite$ .^^. IV^K«H*^^H^' Av ayajt,^isijj^.>maint %,,Lmelli^jr;fait S5lU.niouvqir„r%^qopaV: saivi sp^gq^5q^le,.W JésviUe Sf »ro«ï^v?it.^ pqm^ ^aiffâ; fjf rç;, j pa??.,f §i^,|pii«tiqi?;t^et,$>£|V;aU lieiiil)^ (j£& j|)énçfic^^ V^^P^^Î9 §i^ë^^y^^ çi:pl4§îa^ju§^ i'^Rpi^^W^rfin inc^-^iftÎRa sa pefl^éQ,; pq^i^éjHuçfi tpflje^^ CorapagnipiresRopaa^lc de^^çw acie, G^iaft^, jaçjep, b^bijçfc ment; pa^is lç-SQUvçi;aio,PQjp^ife,,Ltmis,X^y,j^^ «i les GatkqHxjiitis. r^f, tpnpjjèrçnt , pa^ ^aqs. le. pi4{;e. % impujtait aujt. J?,èi;çj> d|[e rin^Utut 46,toAH dingei^i jJçi ^91^ enven^nser, ^fia^fle .sfit^faicfi Jjçur aniosiQs^ié^ jçxMitfriji^l^ disciples de J^o^çn^qs^j et, au^mcds.dejfiinjijpii^2,.EççfilQ^i, éqrivait^^. uXe C^rdin^ Jexfl:ic ,le§ y^eux pp^^ft^P^cq-r

vénérables; ii 9^ jvçut^qîf SlW/k^ ^VU^t^^S^^ ^ffai^e pou^..pa^yoi|; ^mtec.^^ç mRnf\^^^p^|rf ^ijjt}pa |p|. mf)fttrai|t Çftfj}jï^,sçs<p.er?^ç9tep e^\}^.,\fiQ^^à^.

l^rap* {l'ii^, h,4fç?i^ ^«Mfîaîç^ 4i?Pfnî^i/oH?îBni«ftî ment. Us font tous les mandements des Évéques et même

• OEuures de Fénelon, i. xxvi, p. 52.

hM HISTOIRE

toutes les constitutions du Siège apostolique. Qu'y a-t4l de plus absurde et de plus indigne d'être écouté sérieusement que des déclamations si outrées ? »*

Dans la même année , dans le même mois , Fénelon invoque encore leur assistance. Ija lettre de Bochart lui est connue , cependant il regarde que Letellier n'a encore rien fait. « Les écrivains du parti, mande-t-il au duc de Chevreuse \ remplissent le monde d'écrits séduisants. Je suis réduit au silence... Les Jésuites pourraient écrire utilement et ne le font pas. Au nom de Dieu, pressez làdessus le P. Letellier. »

Ces discussions, qui désormais n'ont qu'un intérêt historique , tenaient alors en haleine toute l'Europe , que les guerres les plus acharnées ne parvenaient pas à distraire. On parlait presque autant du Père Letellier que du prince Eugène et de Villars. Quesnel et le cardinal de Noailles occupaient aussi vivement les esprits que les succès de Berwick ou les plans de campagne de Maribbrough. Le Cardinal, exaspéré, demande réparation au Saint-Siège et à Louis XIV; les oreilles se ferment à ses plaintes. II ne peut obtenir justice, il se décide à se la rendre lui-même. Il fulmine l'interdit contre tous les Jésuites de son diocèse , les confesseurs du Roi et des Princes de la maison royale exceptés. Ainsi le coupable seul n'était pas puni, f jouis XIV et madame de Maintenon adressent des reproches au Cardinal; Noailles affirme que lea Jésuites le persécutent à outrance, et qu'en les privant du droit d'exercer le sacerdoce il n'a fait qu'obéir à son devoir d'évêque. Madame de Maintenon, avec la discrétion d'une femme d'esprit , lui répond : « Mon cœur ne peut se résoudre à vous flatter, et mon respect ne me permet pas de m' expliquer

< ibidem, t. xxiii» p. 540.

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. U^l

sincèrement... Vous traitez l'afFaire des Jésuites d'affaire spirituelle , et Sa Majesté la regarde comme un procédé particulier, comme une vengeance contre des gens que vous avez cru qui vous offensaient, et qui vous offensaient en effet. C'est le ressentiment de votre vengeance que 1^ Roi voudrait que vous sacrifiassiez à ce que vous lui devez et à l'amitié qu'il a toujours eue pour vous. Car de dire que les Jésuites sont incapables de confesser, il n'est pas possible qu'ils soient devenus tels dans un moment. »

Les Jésuites, au témoignage deNoailles, étaient indignes d'exercer le ministère ecclésiastique. Il tenait tète au Pape ainsi qu'à l'Église pour accorder satisfaction à sa conscience dans les matières dogmatiques, et le même homme, en matière de grave discipline , se soumettait , contre cette même conscience , au bon plaisir du Roi. Louis XIV désire garder le Jésuite pour directeur : le Cardinal archevêque, obéissant à cette volonté, écrit le 20 avril 1711 à madame de Maintenon : » Je donne de nouveaux pouvoirs au Père Letellier, quoique ce soit celui qui mérite le mieux de n'en pas avoir. » Le courtisan transige avec son devoir, le Prélat janséniste refuse d'adhérer au jugement de la Chaire apostolique. Letellier échappait à ses coups, et Noailles condamnait pour relâchement de morale les Pères Gonnelieu , Brignon , Gravé, Martineau, Pallu, Maillard, Paulmier, Sanadon, Bretonneau, Judde, Vaubert, La Rue, Belingan, Lallemant et plusieurs autres Jésuites qui dans ce temps-là se distinguaient par leurs ouvrages ascétiques et par la pureté de leur doctrine. L'interdiction épiscopale, aux termes des lois ecclésiastiques , ne peut s'étendre sur toute une communauté ; il faut qu'elle soit individuelle, pominative et pour cause d'indignité ou d'incapacité. Les

croi^eijl.qii>a ff^pp^Pt MAg«^^P4 ^wp,^iif>jq9mp,^j[fti^ de. Jéçus,, ils. diviseront Je^Çathj^liqj^^jyijju x(jij[e.]((fi^.|W

moins ils epi|èverotni; à ^,Ieur&. adyerf^aiP()s»^» finisse iiioyça,,d'aptjo*î, I^aur espéraaçe fut eif, {^f Uç trffsxjféf^ le Cardinal p'osa;jijas içptfidamne^'.Ie Jivi|e^jd^ Qu£^44 Pour sej50Ûstrair.ç;aux. instances dju., Roi et d^.^f^ cpl^fegués daps );'épis.ç9p9t^ il a^vait Ip pjcemjei: ^pd^^é^l'^p-; pel à Rome, promettant de se conformer à 1^, d^pi^^ SQuy,e^a,ine« E^; agissant lainsi ,j Ip,,;Cardinal p^n^^|t.qpe Içs Içnteufs baj^itpelles de la^cofii: .pontifiçaj^ç i^i^ pfjç'^ mettraient ^ de ga^eç dq te^mps, e( ;c'étalt'tofttfCa.qM« les Janséni^teis^ dés^rçii^atî Mais Je,.Pèrp.Jie;^e^\ier apla^ nit les obstacles (ju'on s'attendait .à .voir, surjgir.je^r^ Rome et Versailles, et le 12 décembre 171 1 Louis XIY pria îÇlément XI de ^'expliquer sur .le,Sterrejftrs. de QvtÇ&nel. Afin d'accélérer l'enregistrement de la bullç. future, « il fit insinuer au Pape, dit le Protestant SphopU ', quU^ serait convenable que dans ses, réponses il. évitât cerr taines expressions qui pourraient choquer en |{rance , comme les phrases suivantes : eo!. plenitudme potestatis , eœ soi&ntia certa^ motu 'proprio. »> i . - -

Ces clauses étaient une dérojgation.siu^ ."S^S^s à^^^^ Cour romaine, une concession demandée à la dimiilé,dvU Saint^^iége par TEfjlise gallicane. jea péril., U impartait avant tout de cicatriser les plale»,que la dépêcbç, 4^<,Bpî sig[nalait au Pontife en invoquant sa tenc^e^sp *|)8^tpri^elle. Clément JÇI se prêta yiux voeux de la Fr^çe^^pjt; 1} nomma une Conp,régation d^e cardiqpux, dçj.tiiéologiens et, de jurisconsultes pour juger çiît ouvrage alélevqi^t jusqu'au niveau d'un événement^ I^^ç qiji^l piçrabrfS^^dii éa€jï*é-Gollége qyi prés^idèrent aux travaux de la Congré-

' Cours d'histoire des Etats européens, t. x\ix, p. II3.

gatioi» éJ^ieptSpada, Ferr4rir,iFal>rcwi,.^^ Tolo*

Spuypraia Po^tif^^ |ii;qar4iiwii F^bfQuilfédig^a Un pr<^ ]çtv4e.bul|^q^i;(m cQaim^îr)ué,^u qa^dinajl deliaTné- BqoiHe^ amba#2|d«ur de , Fca^çe^ rpt» apprauyé par luû Le^ $e|>lfçipj;i!i;'e f '^.(Sf^pi^omulgua à Rome la constUu-*

, . Qoç^i^t ^<|iipf t depiiU ^oeuf.aqs , av^it trofivédan^ ii9^ B4fifiaiiftrks morales de Que^oel ceqt vingt (|N^PpositiQR^ suspeijtesj rÉgUsejromainq, pjijs.tol^ria^tp: que ifi.^énÀf du Gallic9|[^ii^ne çtiqiie Fénelpp,n'ei:i. réprouva qu^ cei^t et uçe^ JU^téraleMaeflJt extraites 4^ lp^v4'agç,»BllfliiQ*.fl^T trit comme hérétiques, comme renouvelant plusieurs

I C'était à Borne que le copibat se livrait. Féoelop voulut y prendre part; il adresf^ an Jésuite t)Hub(>pfon, assistant de France, un mémoire, et te 4 août l7iS une lettre dsps laquelle joiv V\k; «Il Caitt ^e fa»ier tic ^nà* çn Fra{ipaiit un grand coup, qui nci laisse aucune <ivasion sérieuse au parti^ Si je vais tçop loin, il est facile de m* arrêter ; mais il )é be dis riea àé fik>p, >1 faut se hâter de saliver le racré dépoci » ' '' ' '

Huit, jours après I9 publication de la Biiijci le Jésuite, répondant à Féi^eloi\, Imj écrivait de Rome ][t 6 septembre) : « Il y â cfe's proposilious qui fout peur, parmi celles qui «q|i( oqadaiâiiécs-; i| y. en a. qqi ft^appent, peu cTabord, e^ qui ne paraisaeint p«$di(jpe8 de censure; mais pour pçuqu^*on s'attache à eu pénétrer le seus^ ou eu découvre lé venin'i ilaifkat^ peai-étre 'aocun Kvre n'a- été extmiitié ni plus long-tempk ni avec plus (|ç urépa.(iliqp.,On a employé .'1 cet rxameif^ pendant prè^ de irpis ans, les pltf habilès"liiéô1oçiehs de Rome, tirés de toutes les écoles les plus fameuses , BÏ. Ledrou, de-Pàeole i(eii&int«Aii^atjn(; Ip pnaîtve dut Sapré- Palais, le secrétaire de Pluites, i#ti4 deux de Técolc îles Thomistes; les Pères Palermo et Saulelia, de Técole des Scotistes; Ve Pefè-Afêaro, thé^o^ien du Pape, de l'école des Jésuites; motaseigneur Tedescbi, Bénédictin, tte l'école de Sainf-Anselme; M. Çastelli, de la Mission; le.PèfcfTévqni, Barnabî'lê. Apres dix-sept conférences de ces ihéologîeus en présence des cardinaux Ferrari et F^ibfotii, on aeKfmîQié les.propûsitfonsiea présoice du Pape et dif njeaicar» dinaux d^ Saiut-OfBce dans vingt-trois Con(][régations. 11 n*y a aucune proposition' qin n^aît eoAté aifPape trpis 6u quatre neuves 'd'étude particu(ière. « ' '

l^uj^e {ftiMmre de h, ^apt^uié, t. it. p. 4^2)' ^t q^e • j« ^uU^ U/ù^énitus fut Ifi dernière décision su^ les anciennes questions de doigme suscitées par Molina. La Cour de tiofnti, $prèt de ^i lumgpea M^taciooa, se 'mtt evRo dji cdié des Jés|]ké»..é L'bfit<M rien protestant est ici dans Terreur, La^ulle Unigenitns n'a aucun rapport avec les qdestimis suscitées par lé Père Molîna; elle A*est (lomt une adfiéision cFés Papes à la cloctrine .des^-Jésiiit^s; elle laisse en Jibçilté toutes les écoles ; eljle oon^àmn^ la dOciriye des cinq propositions de Jansénius , ressuscitée par Quesnel , avec d*autres hérésies s^ FÉgliftè et M|r U.pnhMncHecsiiéiiftstiqUe OUflivile. OèM BnUe fucjrë4rgée, on le voit, au ivom seul des membres de la Congrégation, par des docteurs opposés aux Sléîitii^est tJÎfVdi^iè^iitfe^, tHéôlof^ Ati F%pe,'prit part ^ux délibérationi^ ; les Thomit tes et les Augustiniens y formèrent la majorité.

hérésies, et principalement celles qui sont renfermées dans les fameuses propositions de Jansénius, et cela dans le sens qui a fait condamner ces dernières. Jusqu'alors le cardinal de Noailles a pu se tromper ou être trompé; mais, à la réception de la bulle, si l'erreur s'est glissée dans son âme, la vérité doit enfin s'y faire jour. Peligieusement et historiquement, il ne s'agit plus des Jésuites, ils s'effacent dans le débat; il ne reste plus en cause que des sectaires et l'Église universelle. Au mois de juin 1712, Fénelon, car c'est toujours à ce grand homme qu'il faut en revenir pour apprécier l'esprit du temps, au mois de juin 1712 donc, Fénelon, dans un mémoire au Roi, traçait ces lignes si foudroyantes de logique :

« Rien n est plus diffamant pour une compagnie religieuse que de l'accuser à la face de toute la chrétienté d'avoir une mauvaise doctrine, d'être coupable d'une conduite irrégulière à l'égard des évêques, et de vouloir être aujourd'hui leurs maîtres et leurs ju§es. Plus l'accusation est grave, plus la preuve doit être démonstrative. Il faut donc que le Cardinal démontre tous les faits allégués ou qu'il succombe comme un insigne calomniateur. S'il ne fait que continuer des plaintes et des déclamations vagues, il ne fera que ce qui est ordinaire à tous les auteurs passionnés de libelles diffamatoires. II ne lui reste plus aucun moyen de reculer; il faut qu'il entre en preuve, et qu'un éternel opprobcc tombe sur les Jésuites ou sur lui. Mais si les preuves juridiques lui manquent, il doit réparer la calomnie, en la rétractant avec autant d'éclat qu'il l'a publiée. Dieu dont il a blessé la vérité, l'Église qu'il a scandalisée, sa conscience dont il a étouffé la voix pour contenter son ressentiment, sa dignité même dont il a abusé pour noircir des ia-

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. Mi

nocents, demandent cette humiliante réparation. »

Fénelon avait assez confiance en ^ vertu des autres pour prêcher un exemple qu'un jour il offrit avec tant de pieux repentir. Fénelon était un héros d'humilité, le cardinal de Noailles ne sut être qu'un homme de faction. Il pouvait noblement racheter ses fautes; Tamour-propre, le besoin d'une popularité dont le Jansénisme faisait briller le prestige à ses yeux, de mesquines rivalités de sacristie éblouirent ce prince de l'Église; elles le poussèrent à ménager tous les partis , au risque de de* venir pour tous un objet de pitié. Il n'osa ni accuser franchement le schisme, ni le défendre avec une audace que le danger aurait pu faire estimer^ tout en déplorant ses résultats. Afin de faciliter son retour, Louis XIV, conseillé par le Père Letellier, nomma le cardinal de Rohap président de la commission des quarante-neuf Évêques chargés de faire un rapport sur la bulle. Ces Prélats furent laissés au choix du cardinal de Noaill?s. T^e 23 janvier 1714^ la commission accepta le décret pontifi» cal. Le cardinal de Noailles et huit Évêques se réservèrent de soumettre au Saint-Siège plusieurs difficultés; mais, le i5 février, le Parlement enregistra les lettres--patentes du Roi pour Texécution de la bulle. Dix jours après, le Cardinal, forcé dans ses derniers retranchements, adop* tait une neutralité plus coupable que THérésie elle-même. Il condamna les Réflexion4i morales de Quesnel eJt défendit en même temps de soutenir la constitùtioq Unigenitus. Elle fut adressée à tous les évêques de France; cent huit l'acceptèrent purement et simplement, treize ajournèrent leur adhésion ou proposèrent des modifications; un seul, de Ija Broue, évêque de Mirepoix» refusa de blâmer la doctrine de Quesnel.

Nous n'avons point à suivre en ses diverses phases

!*îrlstoire de eette bulle J ^ sî ïSfteùse dans les annales dela'PPàmle, qiil fiiï-Wçué |)a> Itf |)i*i«^e un^Wihité des* évê^és* déf PÉg!îsé> ^àflidante et ^ar toute- W Càtlio. lîdté: EHéfroissàU ùttesédtë plutj pti&sarite ^W ripfîMâitetê qilfe' ^àr lé nWrnBhè ;• mials'bettè^éafe séviit que, iari^ tè^ràyauihe très-chrétien , l'op^dsitfdn càûtre'h'pbiJMnh f^^leréme^t éiabli auoàjb^rs'dfes'éha'nyîëi ïnesp^héife de sùdèèiVOii basait sfar Pitti^rëvli Sésf plu^^èffdis pfdri jksy-fîtaprëvu ne lui fitjaftiaîià défifli'at. fieë Jànsènisfes Vbyaietit lataért planer sui^ la faiiiîtle Iroyôle; elfé^'àvblt déjà moissotlnê' toute la jèurie' géttéraliôta,-^'il hd i^ést'àft plus du'uuVieîUard^t un enfatityLtfuis^îPl Vivait éoVhprimé les' mauvais^ei pa^âlons'; la gfceirë cîHle, W FrdH'de fellie-même i' ùNitateiir pins rédlisables,^ maiâ 1è j)ày* éfiRl nléiiacé d'une t^é^encéi Des troubles, iiéi dfel'ambîtîôtt lia dtic d'OHëans/ddnt lèè viriës*ëtiiient un appârpàW* kôUtes les IkJèiiiîes, •&UaieM'ittaîfrfe; il in^^bWait »dfe«tè^ 'fomenter, lés J^nséntsttïë'se tinrent à- T^fftHîi Ptfur pi^oA jiage^' -lëurà ^^èrties, ils lcoriilttefièè«*ehl à èm^d!iv>rfhër Ik ville et'la eour de ces anecdotes coutro^tée^* 'dont l^bbé Dorsanne», grÉftid-vicôire du cardinrft de NoaiHei et Jfl»fisënis»e faugueTjfit-, se' fit Fin verttéifr en sWi jôùrtirf; et que Dttcloè reprodiiisit dans sés»M^moires. *

* liiOttis XIV' vieillissàift; le tnaitIeif^ venait avec Tâge; il frappait^sians rabattre cétte^iénergiqtfe'ttiaéui4téi*ws^ taiitâmpaKsiBle en face des' tombeattft^ entr'oui^ts de fcfl» fik^et de ses*petitsî-enfants/li& mort'^tftït BaiiS^sbri palab, la désolftfioti aux-frontièresfnéfcnmcfins leMô'^ Dërque,' presque ^octogénaire; n'avait rien perdd dV sa fofcerCe Priam de lâ¥&cedés Boùriboni regardaîrtf'iin œil seé et la douleur dans Tâme toUs 'èes cadaVres sortant les lins auprès les autres eki 'châ(teau de Vêfsailk^s pour l'attendre soiîs' lés vottfés'ïunèbréS' de Saint^De-^

nis. Il semblait destine à porter le deuil de sa dynasitc*; le père de fàinîTle était liVré à ses aésespolrs ihtérîem^, riiaîs lé rôi dominait' encore Thomme. Sous ^ le coû^'dé 'tant de funérailles, il ne permettait pas à soii ii^oût majestueux de tristesse de révéler 1 amertume de Sey^*]f)ehsées. Tant d^efforls contenus allaient briser lès îîensiqùi rattachaient â là vie; les Jansénisre^ jugèrent cjùfe^poiir éiix ce n*était plus qu'une affaife de temps; fen' ^î^nt riieure sî désirée de ïa nioii de Louis XlV", ils sèf mirent* à caloninîer les Jésuites.

Ils se personnifiaient dans te père Letellier, dont la correspondance intime de Férielbn vient de manifester là politique. î/etelliet* était 'le plus en vue; îl avait la cbfifiance du Roi,* lés événements l'armaient d'iin pouvoir excessif: ce fut sur lui qu'on dirigea les manoeuvres dé là secte. Lé cardinal dé NoaiKes se trouvait en opposition avec lui; on cnargea le Jésuite de toutes lés fâblés iqué fai tnaligmté peut inventer. On montra avec iHsteèse les liautbs murailles de la Bastille' où languissaient ' taùt de; victinies âë son despotisme monacaK Èîentlôt' on Hè se cbriienta plus de ces hypocrites doiéânc*è^; ôh imagina qu'il avait résolu de faire arrêter îé cardinal dé NôaîBes lui-même. La peur d'un martyre en' expectative devait pousser cette faiblesse en pourpre rdm^ine jusqu'au courage de là vengeance. Diiclos, dans feW MêThotrés secrets, raconte ainsi le fait^ : ' ' '*'

M Le confesseur, ayant' vu rinutîlité de cette conférence, dît au Roi qh'il ne restait d^àùtre mbyen qu'un lit dè^ justice pour réduire un Parlement rebelle et iiri Prélat hérétique ; qu'il fallait faire enlever le cardinal de NdaiUes,*le conduire à Pierre^Encîse , et de là à Rome, où il serait dégradé en plein consistoire; suspendre

* Mémoires de Duclos, 1. 1, p. 146.

hm HISTOIRE

d'Aguesseau de ses fonctions, et en charger, par cominission, Cbauvelln, qtii ferait le réquisitoire. Le Roi répugnait à tant de violence; mais le fougueux confes< seur effraya son pénitent du grand intérêt de Dieu, et le projet fut au moment de s'exécuter. Tellier en douta si peu, qu'il écrivit àChauvelin, pour lui , détailler le plan de l'opération; mais Chauvelin ayant été ce jourlà même attaqué de la petite-vérole, dont il mourut, la lettre tomba en main tierce , et il s'en répandit des copies. J'ai sous les yeux,' dans le moment où j'écris, ce qu'on prétend être l'original de cette lettre; et j'avoue que la signature ne m'en parait pas exactement conforme à celle des trois lettres de Tellier auxquelles je viens de la confronter au dépôt des affaires étrangères. Je soupçonne cette lettre une de ces fraudes pieuses que les différents partis se permettent. »

Tj'annaliste suspecte enfin la fraude qu'il se démontre à lui-même, il l'avoue, mais il n'en persiste pas moins à croire au projet d'enlèvement du Cardinal. La famille de Tavocat-général Chauvelin déclare que c'est une lettre apocryphe \ Dorsanne enregistre le démenti, et il arguë du fait comme si rien ne pouvait ébranler sa croyance. L'histoire, écrite par la passion, n'a pas besoin de s'appuyer sur des preuves ou sur des documents irréfragables. Elle s'adresse à la crédulité publique; la crédulité accepte sans examen.

Tandis que la bulle Unigenitus préoccupait ainsi les esprits et qu'elle se changeait contre les Jésuites en un

• Dorsanne, dans son Journal y t. i, p. 205, dit : « On trouva clie« ce ma(*istrat ( Chauvelin) une lettre que le Père Letellier lai avoit adressée le jour nnéne de m mort, dont il se répandit des copies dans le public... On y lisoit entre autre choses : « Les lettres de cachet pour faire arrêter le cardinal de Noailles sont tontes prêtes ; on le fera conduire sous bonne g^arde à Pierre-Encise. « Puis Dorsanne ajoute : « La famille de M. de Chauvelin désavoua par une protestation publique cette lettre , comme supposée. »

levier qui plus tard servira à la destruction de leur Oi^re, les Pères, livrés, à Paris et dans les provinces, aux travaux apostoliques, se créaient chez les grands et dans le peuple une autorité difficile à neutraliser. Us étaient à tout et à tous; Louis XIV utilisait leur zèle, il cherchait même à déployer leurs talents sur le terrain de la politique. Il les plaçait dans toutes les positions, il leur demandait de rendre service à la France ; la France, à l'exemple de son Roi, prêtait une oreille docile à leurs enseignements. En 1690, les Jésuites sont chargés, à Brest et à Toulon, de former des aumôniers pour les flottes royales; ils élèvent les jeunes offit;iers de marine; ils préparent les ecclésiastiques, qui les soutiendront dans les dangers, qui leur adouciront l'aspect dune mort bravée loin de la patrie. Ici, ils évangelisent le faubourg Saint-Marceau à Paris; là, un arrêt que le Parlement de Bretagne rend, en 1701, nomme deux Jésuites examinateurs des ouvrages; plus tard, lorsque, en 1 7 1 2, la bibliothèque des Pères de Rennes sera consumée par les flammes, les États de cette province leur accorderont une somme de 5,ooo francs, afin de les aider à réparer le désastre. A Rouen, le Père Barbereau s'est fait, par sa charité, lami du pauvre et le conseil du riche.

Partout où des malheureux ont besoin de secours, un Jésuite apparaît. Ils s'adressent avec la même égalité d amour au Catholique qui triomphe et au Calviniste qui souffre. On les trouve tout à la fois sous le chaume de Tindigence et dans le palais des puissants de la terre; ils visitent les bagnes et la cour, ils sont au milieu des hôpitaux et sous les lambris des somptueux hôtels. Mêlés au monde, ils le voient dans ses joies et dans ses douleurs. Le Père Bouhours reçoit le dernier IV. 30

soupir du duc de liOn(]|uevilIe; Rapin est aimé du cardi-; nalBpspfglîosi; lé priricé àè bontl est le côni^den't dés poéçiès de Vanîçre*; âourdalbue devient ïè commensal

es

Uii premier président de tjamoigndh; Toùrnèmirie c6nvei'se avec les courtisans les plus spirituels; où le rèn-

contre avec pavoie dans les jardins de Vérsaîilès, et avec

ié duc d'Ahtîii sous les ombrages de Petit-feoiirg. Lés 'ères f'fançoïs Berger et Dechanips sopt dans t'intiiiiîté du prince qe Conde. Lorsque au mots de décembre

1006 le Iiérôs séiitît qu'il fàîfait abandonner la teiTe*, H defnanaa a l)îeii Uj grâce de bien mourir, 6e fui au Jésuite Decnamps qu il eut repoui'S dans ce raoment suprême, «bans être averti par la mort, raconte Dosspet ', san§ ejre presse par le temps, ce grand grince exécuta cequil méditait. Un sage religieux, qu il appelle exprès, règle les affairés de sa conscience; ît obéit,

lumble chrétien, à sa décision, et nul n a jamais doute de sa DQnne roi. >' Louis XIV recevait en même temps le Père La Rué et Boi|éaû; ÏI s entretenait dès cKoses lîttérairjBS avec l orateur jésuite et le poète janséniste. Le Père Le Valois, rarrii de Féhelori et du duc de tieâiivîf-

iers, partageait avec eux jes soins çiè I < aucation des pétiis-nl^ du Koî; lé Père Martirieau dirigeait îa cdriscience du jeune dûc de Bourgogne, ce Marcellus que l'Archevêque de Gambray annonçait à la monarcKie française; le Père Goîiye s'associait aux travaux dé rAcadéniie dos sciences; Jacques de ftosél ei Gilles Alteaumô élevaient le âùc de Bourbon, iSIs du vainqueur dé Rocroï; té Pefe Mathieu dé La Boiirdonnayé était lé coniessèur dé Philippe d'Urléàns, è't, dans ces fonctions purement honorifiques, il sut se faire respecter d'un prince qui, au [ugeriient de Louis XlV, poussa le vice

' OKuvres <^ç RoMiief , Or nison funèbre du prbice de Condé.

mereaju, règFe la piété de la reine de Portugal, tlené de Cârne, qui a passe soixante-deux ans de sa vie dans la Compafi^nie de Jésus , est le maître spirituel de ses collègues aç Sornonne; les chefs (ï escadrç ^ourville*, Nésmônd ,et Château-Renaud ont sur leur vaissèau-amiral un Jésuite,

3ui leur rend le commandement plus racile. Le jjésuite, ans ce siècle, était rhoninie indispensable; le duc .da

- v«< o- ''^ Ji • ' V' •' '■' ' ; , •■ ■ -^',"' «' ^ *•'.?• -^

baint-dimon lui-meitie ne put échappera leur ascendant.

-j . ;•'. ' ^; -,• ^j'*'; ., ..>..;.-> *1^.'-':. .CIO.. u Mon père et ma mère, çcrit-il, me mirent entre les

mains des Jésuites pour me former à la Religion, et ils

choisirent fort heureusement; car, quelque chose qui s^

liîLîL*, I J, H! .J. \ k ,ri\^' . -. , )-, ^4} » . -};iih i^r* «a publie d eux , il ne tant pa§ croire qu il ne s y trouve

pas par-ci par-la des hommes tort saints et fort éclairés. Je demeurais donc qu on m avait mis, tnais, sans commerce avec d'autres qu'avec celui auquel je m adressais. Il s'appelait lè Père âanadôn. « I^ duc de Saint-Simon n^à vu de près qu'un Jésuite, il était saint et éclairé; il n a connu les autres que par oui-dire; il les peint sous les traits les plus odieux.

C'était dans leur maison de Paris que Huet, évêqîie a Avranches, se retirait pour mettre un intervalle entre relùde et là miort; ce tut à leur noviciat qiie râmïràl de Goôtlogon passa les dernières années de sa glorieuse Vié, ' afin de pe plus 3'occuper que de son satùt*, selon là pa-

< Lç Pèx^ de La Bourdopoaye avait plusieurs ÎQλ luenacé le 4nr d'Orléai^s de fe retirer du Paliiis-Âoyal, s'il ne changeait ae vie; et dans son Histoire des Confesseurs , ^QC 8fiO; lè odoveMioniiel 6ré(;oir« rjcôaie qn'aiv tcfdps du ivAiï\é^ée IKN), madiMçp de Mainlenon, voyant le prince. triste Jui en ()eniapda le motif. « Ce diable de Jubilé, r<é^'nr1it-ij; me fait faire de diables' de réflexions. J*ai fait tant de mal, je ne sais coàimrat expier ^t<cela. » Et cependant il communia^ daus le Jubilé. Mais one lettre de madame de Mairitenon, qui le dit, insinue en même temps que fe Père de La Bourdotfiiiaye n* avait auknne |^rc à cette coimntitiiaili • i

» Mémoires secrets de Diiclos^ t. Lxvl, p. 254. (Collection Petitot.}

468 niSTOÏRK

role de Duclos. « Quatre jours avant sa mort, raconte l'annaliste secret \ on lui apporta le bâton de maréchal de France. Il répondit à son confesseur, qui le lui annonçait, qu'il y aurait été fort sensible autrefois, mais que, dans Pétat où il était, il ne voyait plus que le néant du monde, et il le pria de ne plus parler que de Diru. » Telle élait la fin que les Jésuites savaient préparer aux hommes du dix-septième siècle. En France, on vivait par leurs conseils, on expirait entre leurs bras; en Italie, le Père Jules de Brignole, que les pauvres surnomment le Caissier de Dieu, tombait épuisé de bonnes œuvres, et, comma si les Jésuites devaient, après la tempête, recueillir les débris de tous les naufrages, Emmanuel-Théodose de la Tour d'Auvergne, cardinal de Bouillon , abrite ses derniers jours a leur noviciat de Saint-André de Rome. Les Jésuites avaient aimé, dès sa jeunesse, ce prince de l'Église que Turenne, son oncle, recommandait avec tant d'aimable modestie au Général de la Compagnie. En souvenir du grand capitaine, ils lui furent fidèles dans sa prospérité ai^si que dans ses disgrâces. Lorsque, fatigué de sa vie d'agitations, d'intrigues et de désenchantements, le cardinal voulut compter avec l'éternité , ce fut à ceux qui ne lui avaient donné que de sages conseils qu'il vint demander un port tranquille.

Colbert, Louvois, Seignelai, Poutchartrain et Croissy, les ministres de I^ouis XIV, s'entouraient des avis du Père Antoine Verjus, le maréchal de Luxembourg et Villars prenaient son opinion dans les affaires importantes; son frère Verjus, comte de Crécy, ambassadeur de France près de la Dicte Germanique, ne consentit pas à être seul privé des lumières du Jésuite. Il supplia Tjouis XIV

' Ibidem.

L eître de

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D£ LA COMPAGNIE D£ JËSU8. A69

d'obtenir des chefs de Tlnstitut cet auxiliaire diplomatique ; le Père Verjus fut autorisé à se rendre en Allemagne. Par l'étendue de son esprit ainsi que par la modération de son caractère, il se fit bientôt estimer de tous les Princes catholiques et des Protestants euxmêmes. Le baron de Schwerin, ministre de rélecleur de Brandebourg; Grole, ministre du duc de Hanovre, tous deux zélés Luthériens, furent ses amis les phis chers. liC Père Bertrand de Saint-Pierre était au Palais-Royal, dans l'intimité de la duchesse d'Orléans; les plus célèbres parlementaires suivaient les conseils pieux de Jean Grasset; le Victorin Santeuil faisait assaut d'épigrammes poétiques avec le bon Rollin et le Père Commire.

De même que le Catholicisme, les Jésuites s'appuyaient beaucoup plus sur Thomme que sur la femme. On les accusa, on les accuse encore de chercher à saisir de tous côtés l'homme et l'enfant au moyen de la femme; mais, en étudiant à fond leur histoire, c'est le contraire qui apparaît. Ainsi madame de Maintenon raconte ellemême dans ses Entretiens qu'elle pria Bourdaloue de la diriger, et que le Père ne consentit à l'entendre que deux fois par année. « Pourtant , ajoute avec naïveté cette reine de France dans les petits appartements de Versailles, la direction de ma conscience n'était pas à dédaigner. » Le motif de la . préférence accordée aux hommes se trouve dans une lettre de saint François- Xavier au Père Barzée. L'Apôtre des Indes, qui recommande d'avoir avec les femmes les rapports les plus rares et les plus prudents , ajoute dans cet écrit ', proposé par l'Ordre tout entier comme règle de conduite aux Pères de l'Institut : « I^a légèreté et l'humeur des femmes, ainsi parle saint François-Xavier, donnant

■ Lettres de saint FrançoiS'Xavierf t. ii, p. 73.

<iux confesseurs plus de Iravail que de profit ,- je leur conseillerai touiours de cultiveç de préférence les maris aux femmes. Il v 3 plus de profit à mstruire les hommes, car la naturç leur a départi plus de forces, plu3 de conslance. D'ailleurs le bon ordre des familles, la. piété des femmes dépendent communément de la vertu des nommes; el, ainsi que dit le Sage, Qualù est rector civitati^, taies et inhabitantes i7i ea. »

Les Jésuites laissèrent la femme dans la condition où Dieu la placée. Us n'encouraffèrent son active impulsion que pour des œuvres de charité : ils rappelèrent seulement à secourir rindigence et à consoler ceux qui souffraient. Comme les Jansénistes, ils n'eurent lamais de femmes formant un cénacle autour d'eux. Ce n'est pas sous leur égide que l'on voit la duchesse de Longueville, U princesse de Gonti, mademoiselle de Vertus, les Mères Angélique et Agnès Arnauld venir abriter leur

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coquetterie ou leur pudeur séditieuse. Ils n ont pas, comme les philosophes du dix-huitième siècle , des

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de Luxembourg et les Geolfrin ne tiennent point b d esprit en leur honneur. Les Jésuites ont vu le moude tel q(i il était. Ils se sont adresses aux hommes; et, sans reculer devant l intervention de la temme, ils ne lui ont

dont le Père Bourdaloue a si bien commenté la pensée éri race de madame de Maintenon. La femme, devenan : le nerf et la vie intérieure du Catholicisme, est .tout i fait d invention moderne^ Les Jésuites avaient d autres moyens a action, et le tableau que nous venons dé tracer le prouve d'i}ne n^aniéf'ê inconfêstaKlé. Néàa-»

l)K LA COMPAGNIK DE JÉÇUS. . 471

tr}p.îp8 d\i %d^e ce .talple^^u se déta^çhent enc,orç,,g^eU qi^çjs opib.res^ de,temps à auÇje, /nf rr,e s,^^8 Lot^is XfV, U

a'^l^ve dçs; orfl{}es ççiytr^ H-.^ÎP'^'^ 4F/o¥"^vi.*Si.-p $,ont \f^Jj^d<^tfs ,4:A9U)i.ije piache .IfVfft^toire de h GomjfHn^ie par Iç Pèce Jpuveripy, <j^ue je p^^jewçnt ç«n-

. , ftlfCÎ^Ç^ff ?îR.4e ,<^? Sommes .gi|,i y/yçni dç coin{)|ot.8 ç^ doçt.f im^gi.oatiop f.pujou}^; en travail, ,<^éçouvce j?^rto^t des .crimes ,ou 4es emp.pUonnemçnts. Çe^Da^ipIjiqpis^ doptjç,!^ çja théojpgiç, »'çs|. donne jnp^ssiqn dé v^j l(çr spr la viç jdu .Rçi : .df n?, /«es rêviçs. <^,u dans ses ,9.^jc,u[s| il vpjt Ijouis j^iy ej sa fatiii|le epjtoi^fés d'invisi|)jf's, ^7 f^ssin^, Il s?ppuis§ ^,pr,^ci«?r, 9 ç9ordojpppr fes (JéMil.s jie. leurs, at;:ent?>s .i,wagingire|. ï|,.d.çv?i^ H W^M^ h^ine à l'J^yjçoue ,de spp diocèse : |e jCar4inal ILç^ami^

^Vr^pt,la plénitude, pia% finit gaj- je pcrsu^ei;,q^j,«î jiç Çirdin^l ^e Grepoble » jle conç/?rt ;jvec les J|é8U^tgj j dofit ^1 était ranf^g^qçisle, ^^yifit été la ,causç {Jétçj^n^ijnantt. d^ Ip g.ijjqçrc de /688j gu;e,rrç que lui, seul au|-ait pu ç^n- R««^Çr.-.,P,«.'^99 ^,».7«9 90 |ai?s,if <;,çt |nsenfé, R^^t#VS dç bop^e foi i se 4f?vfïuer chaqpç jpur e^| /•*>','?,'}'' d?, {w Monarcliip et dé 1* Rçî^pif ,. I^pf^'i pai- la çaloipn/,ç , tantôt par le» plus étr3p;g.çs projets. Tei^ace, copime \pi}& 1^ bpff^Jïies à idée fixe,,, ef y<Jfl?pt se.^, 4^4ççpt^,oii8 ,au «.9ff?^^e.de.s ,e/^n.epy8 ,q,u'il se , créait, ,9/? ,1,^ vit spft/cf, j^, gulierement la France eu multipliant ses attaques contre la Spciété de J^us> l*s objçts de sf s lefpeijjr? , Barfiiy, archèVediife de Paris 1 LecamUs , le Père Làehâiâ& , «l?Aâsérac et: le Gaft^dioal de Betz ^ étaient descendus dans la tonilié: biçus fOrdre de .tésiis survivait : ce Fut cet Orcfrë qu'il rendit l'exécuteur dé ses eomplotâ. Wache avaif coucjuis une place à Charenton : en 1^09 on le rén-

ferma à la Bastille, où il mourut le 29 janvier 1714- La folie peut quelquefois devenir l'auxiliaire des vengeances. En 1768 le Parlement évoqua toutes les préventions, toutes les fables de Tabbé Blache; il prit plaisir à confondre dans la même iniquité la mémoire de Louis XIV et les Jésuites, alors proscrits de France *•

De semblables mensonges sont, dans des jours de colère, jetés en pâture au peuple, qui, selon Sbaftesbury, n'ajoute foi qu'au merveilleux de Tabsurde; ils ne lui furent point épargnés. Mais vers la mémo époque Touvrage de Jouvency raviva les vieilles quereHes entre le Parlement et la Société de saint Ignace. C'était la continuation du travail entrepris par Orlandini et Sacchini sur les annales de l'Institut. Jouvency oublia que la partie historique échue à ses labeurs offrait de graves difficultés. Elle embrassait la Ligue, l'expulsion des Jésuites après l'attentat de Châtel et les injustices parlementaires dont la Société fut alors la victime. Le Père avait été Ultramontain dans ses récils : le 24 mars i^iS la cour judiciaire usa de son droit en supprimant le livre; mais, non contente de cet arrêt, elle allait pousser l'affaire plus loin, quand les Jésuites remirent à Ix)uis XIV une déclaration « après laquelle, dit Joly de Fleury dans son réquisitoire, le Roi les a jugés pins dignes que jamais de la protection dont il les honore. >»

L'évocation de l'Ultramontanîsme était regardée par Louis XIV lui-même comme un hors-d'œuvre. L'Église

■ Les Jésuites ont cherché à faire périr Louis XIV ; tel fot le thème que Blache développa duraot toute sa vie, et néanmoins cet homme raconte dans seê Mémoires « ({u*il consulta trois prêtres du noviciat des Jésuites, le Père Guilloré, le Père Seignes et le Recteur; mais il ftit bien surpris, avoue-t-il naïvement, qu'ils ToultarenC tou trois séparément, et sans s*étre concertés , le détourner d'empêcher l'exécution du complot, lui disant que le conseil qu*ils lui donnaient était conforme à la volonté de Dieu, qui ne permet ces (|raods événements, tels que celui dont il leur paraissai efFrayé, que pour de grands desseins que sa providence cachait aux hommes. »

gallicane et la Catholicité avaient sur les bras des ennemis plus dangereux que les théoriciens discutant sur l'origine des pouvoirs. Le Roî de France craignait peu les doctrines d'au delà des monts , mais il redoutait à bon droit le Jansénisme , dont sa vieillesse suivait avec inquiétude la tendance et les progrès. Il avait pensé que le Cardinal de Noailles serait fidèle aux promesses données à rÉvêque d'Agen , et qu'après le jugement pontifical sollicité par lui ce Prince de l'Église se soumettrait, ainsi qu'il s'y était engagé par une lettre dans laquelle on Ht : « Non , je n'ai pas balancé de dire à tous ceux qui ont voulu l'entendre qu'on ne me verrait jamais nî mettre ni souffrir la division dans l'Eglise pour un livre dont la Religion peut se passer. Si notre Saint-Père le Pape jugeait à propos de censurer celui-ci dans les formes , je recevrais sa constitution et sa censure avec tout le respect possible, et je serais le premier à .donner l'exemple d'une parfaite soumission d'esprit et de cœur.»»

Quesnel , dans une apologie de ses sentiments , avait, en lyiS, fait une déclaration équivalente: « Je soumets très- volontiers, écrivait-il, et mes Réfleœions sur le Nouveau Testament et toutes les explications que j'y ai apportées au jugement de la sainte Église catholique^ apostolique et romaine, dont je serai jusqu'au dernier soupir un fils très-soumis et très-obéissant. »»

Ija sentence était encore en délibération, le Cardinal et l'Hérésiarque adhéraient à ses futurs effets, ils juraient obéissance avant la promulgation de la loi. Â peine la loi fut-elle publiée qu'ils résistèrent chacun dans la mesure de ses forces. Noailles tergiversa, il cacha les misères de sa vanité sous des subterfuges aussi pleins d'inconséquence que d'orgueilleuse faiblesse. Quesnel alla plus directement à son but. La Constitution du

8 septembre rimprouvait au nom de rEglUe^univer-

verselle. Il osa seul se donner raison contre la (Jatholi-

îj..' I", • i» ".Il ■< ••!) f ',1 (yi .ri .'. L "<. j t >' .1-'. n>

cité, et le fils très soumis se transforma en rebellé. Il proclama " que |^ bulle renversait la Foi de fond ei% comble, qu'elle frappait d'un seul coup cent uae vérités, et que l'accepter, ce serait réaliser la prophétie de Daniei lorsqu'il dit cru'une partie des forts est tonibfée comme les éfoiles du ciel. » La marche adoptée par leç Jansénistes était celje que suit toujours le cœuf humain dans ses aberrations. Louis XIV n'avait pas osé croire à tant de mauvaise foi, que Fénelojii et lé Pçre Lçtellier entrevoyaient à travers ces protestations exagérées de dévouement se bi îsant devant un mécompte de 1 amourpropre ou un calcul de parti. L éclat des létes, les illusions de la ffloire, les prospérités de la f rance chantées par ses grands bomixies, tout cela avait dispani pour faire place à des deuils de famille et à des calamités nationales. Louis était toujours le Roi; mais on supputait les jours qui lui restaient. Dans cette lente agonie du plus long et du plus grand règne de la monarchie françalse, chacun s'arrangeait une place à sa convenance au soldl naissant de la Régence.

Les pouvoirs publics s'affaissaient , et le Parlement , réduit pendant soixante années au droit de distribuer la iustice, prévoyait enfin que son intervention allait devenir indispensable: il commençait à la faire sentir. Le ansénisme avait dans ses ranffs des néophytes pleins d'ardeur. Afin d'entretenir les espérances et les troubles,

luttait contre la BuHe , il employait tous les fauxfuyants pour l'annihiler, toutes les calomnies pour la rendre méprisable. Ce n était pas 1 Eglise qui parlaft. dans cet acte solennel , mais bien les passions des Jesuites. Le Pape avait eu la main forcée, le Roi gémissait

sbiis uriè contrainte morale , et les Êvêques français se prêtaient, en courtisans servîtes , au despotisme de Le- (èilier. Nôaiiles et les quelques Prélats récusants comme lui demandaient iles explications. Le Roi voulut coïiper court à ces iritërmînables débats par la tenue d'un lit de justice qui précéderait i ouverture d un synode natioaai. Sur céà èritreràitës, L* président de Maisons, médiateur entre le Cardinal de Nôailles et l'Eipiscopat de France , alla trouver le Père Letellier afin de lui exposer ses vues. Labbé Dorsanne, dans son jouriial \ raconte ççtte entrevue; le récit du Janséniste met partaitement en saillie le caractère du J<îsuîte.

Letellier, dit -il, refusa de rien entendre, par la raison que c était une affaire dont il n avait pas à se mêler. Enfin , par déférence pour ce ma&îstrat , il consentit à en ènlendrè parler historiquement et par manière de conversation. I^e président proposa deux expédieiïts : le premier, que le Pape donnât des explications à la bulle; le second, qu'on permît aux Evêques d en donner relativement a I acceptation. Le Jésuite paraissait opposé à toiis deux : Maisons proposa le Concile national avec ses inconvénients. Ces inconvénients n effrayèrent pbiiit lé P. liCtellier. «Alors, ajoute Dôrsanne, M. de Maisons , ne gagnant rien sur ce Père, lui fat voir que sa

Société louoii fçros leu dans tout ceci, qu il pouvoit être

t !• ■ ' ••.*! • ••,!,,• '-;» .r'i'i .••<,n- • ••' • • ; rr' ''''-2 un temps qu elle n auroit pas la protection quelle avoit

acr;i( ilemént ; que, ce temps arrivant, tout etoit a craindre pour eux. Le Père demeura ferme à la vue de Forage, et dit que plusieurs d entre eux alloient cliercnei' la mort en Angleterre et daiis d'autres pays , qu'ils dévoient êire prêts a souffrir dans ïé lieu ^e teur qaissanco si c'étoît l'orâlrè de tllîèu. »

/ourlai de V^hhé Dorsanne, 1. 1, p. 173.

Le Jésuite pressent la fin prochaine du Roi. On le sollicite , au nom des intérêts de sa Compagnie , d'accorder une ombre de satisfaction à un parti qui va dominer, et le Jésuite, qui croit être dans la limite de ses devoirs , se résigne d'avance à Texîl ou à la mort. C'est la condition de ses frères , il la subira comme eux. lie i" septembre lyiS Louis XIV expire entre les bras de Letellier : le lendemain les Pères de la Compagnie de Jésus sont en butte à des attaques que la plus légère concession aurait étouffées.

Une nouvelle ère s'ouvrait pour le Royaume Très-Chrétien. Sous le règne qui finissait la volupté elle-même avait eu sa décence , les passions les plus coupables s tétaient cachées sous um voile majestueux. L'esprit se substituait au génie; déjà Ion s'essayait à l'orgie et à l'impiété pour faire sa cour au Régent. Prince dont la dissolution précoce ne s'éleva jamais jusqu'au crime, « il était, dit Saint-Simon, son confident et son ami, incapable de suite dans rien, avait une sorte d'insensibilité pour tout , se flattait de savoir tromper tout le monde , se défiait aussi de tout le monde. >^ Philippe d'Orléans se croyait vicieux par nature, et la réaction commença le jour même où Louis XIV rendit le dernier soupir. Par son testament il avait réglé l'administration des pouvoirs, organisé leur mode d'action; mais ces dernières volontés d'un mourant ne furent pas respectées. Le Parlement se mit à la disposition de Philippe d'Orléans; il annula toutes les mesures qui lui étaient désagréables ou hostiles. Louis XIV avait légué son cœur à la Maison Professe des Jésuites ; ce fut la seule clause qui reçut son entière exécution , personne ne sachant que faire de ce grand cœur, qui avait tant aimé et tant glorifié la France.

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. Ull

T/Eumpe honorait la mémoire de Louis XIV; l'empereur d'Allemafjne annonçait cette perte à ses ministres en leur disant : u Messieurs, le ttoi est mort! » Les Jansénistes ne surent pas contenir les transports de leur joie ; ils ameutèrent la populace autour du cercueil ; ils firent prodiguer l'insulte aux restes mortels qu'il contenait. Ix)uis avait gouverné en s'appuyant sur les Jésuites; Philippe d'Orléans chercha ses auxiliaires parmi les sectateurs de Jansénius. Il crut ainsi rendre son autorité plus populaire et se débarrasser des querelles théologiques. Le gage de l'accord fut la nomination du Cardinal de Noailles à la présidence du conseil des affaires ecclésiastiques et Texil du Père Letellier. Philippe n'avait pour lui ni haine ni affection; mais il fallait une victime à ses alliés, il la leur laissa déchirer. Letellier, relégué à Amiens, les inquiétait encore : on le fit partir pour La Flèche, où il mourut en 1719. Cependant ce n'était pas à une proscription individuelle que ten-, daieut les factieux. 11 importait de séduire la multitude et , en flattant les désordres du Régent , d'arriver à la propagation de leurs doctrines. L'impulsion fut donnée par la calomnie. Cette calomnie a survécu même au Jansénisme; elle a passé dans les croyances populaires; il faut donc la juger sur pièces.

Voltaire , qui avait reçu de première main le dépôt de ces outrages à la vérité , et qui se servait de toutes les armes pour anéantir la Foi catholique, dit* « qu'en 1713 le ministère avait peine à suffire aux lettres de cachet qui envoyaient en prison ou en exil les opposants. » Puis, afin de démontrer sa proposition, il ajoute: « Les esprits étaient surtout révoltés contre le Jésuite Letellier Toutes les prisons étaient pleines depuis

• Siècte de louis Xlf^y t. lii, ch. xxxvii, p. 162.

&78 HlfyOI^P ^

Ion{][-leii>p^ de citoyens accoftés 4^ JanaënUme. r^ Gj;è^ goîre tient le même langage : « Après la mort de liOuis XIV, raconte ce Prélat eonstUutjonnel *, le Pégent vida les prisons d'État, tjue Letejlier avait ren^plie^ des ennemis de la bulle. » Lacretellé était plus loin des événements que Voltaire et Grégoire. Il dramatise leur récit. ¥ I>e Régent, raconte-t-ii*, commenta pp fairi^ sortir des prisons les malheureux Jansénistes que le Père Letellier y avait entassés. Leurs pareqts et cette fouie d'amis qu'on trouve dans nn parti qui sort de Toppression les attendaient à la porte de la Bastille et du donjon de Vincennes. Le Régent eut Tattention dé-* licate et politique de ne les rendre à la liberté que deux jours après les funérailles de TiOuis XIV, afin (|UfS leur aspect n'irritât point les ressentipients déjà trop n^anifestés du peuple contre ce monarque. »

De même que les Protestants pour la Sfajnt-Bîirlhélemy, les Jansénistes se sont donné le nécrologe de leurs martvrs, oli Thistoirc officielle des persécutions endurées par eux avant et qprès la bulle l/nigenitu^. Tout ce qu'ils souffrirent, tout ce qu'ils tentèrent en faveur de 1 Augustinus et de Quesnel, est exposé avec ce luxe de minutieux détails que les convictions ardentes peuvent seules étaler. Nous avons lu leur Nécrojoge *, et il en résulte que, de i^oo à 171$, duran|; les six années (}ue Letellier exerça le pouvoir, il v eut deux Japsénistes mîs| à la Bastille, le Bénédiciin Thierry de Viaixhes et le Dominicain 4nlome d'Alt>izzi. Le premier, qui en était sorti en 17 10, y rentra en 17 14; le second, le 8 avril i7i5*.

* histoire ttes Confesseurs, p. 379.

' Histoifc de Prartce pendant h dix-huitième siècle^ \, i, p. 199. ^ ^écroloije des plus cèl •/»»«>' défenseurs vt confesseurs de la vérité aux dix-septième etdix-htiitii'me êièctes. 3 "^M. htA% à^èûmtfipïémeni.

^ Mous avons dit que le Bénédictin fnt banni du royaume par le Récent; nous

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. &7d

Dans ur) autre ouvrage janséniste *, le chiffre des prisonniers est porté à six, quatre enfermés à la Bastille et deux à Vincennes '. Le Néoi^olocie accept3 : r core comme défenseurs célèbres de la vérité trois prêtres jansénistes qui, après avoir abandonné Marseille, furent, fen I7i5, découverts à Paris par le lieutenant de police d'Argenr son* jet ponfiés à la garde d'un exempt; un prêtre de Tourpay ayant la cité de Lille pour prison, cinq religieux que leurs supérieurs firent changer de couvant ou qu'on retint aux arrêts dans le leur, puis quatre doc- . teure de Sorbonne et deux Feuilliints éloignés de Paris^ Voilà le chiffre que six années de terreur produîsi-

(levons ajoulrr qiie plus lard le Dominicain fut expulsé de sou ordre comme incQrrir

ftite.

. . ' Preuves de In liberté, rffi iSglùie de Ffvnce dons t acceptation de ta Canstt'ttthh ^

ou Hecneil des ordres émanés de l'autorité sécidihe pour faire recevoir la Bulle, in-4*.

' Six prisonniers sortirent m effet de la Bastille et de Vincennes après la mort dç Louis XIV; mais deux seulement, Viaixnes et dWlbizzi, y avaient ëtc enPermés sous \e père L«^l«llief ; les qa«lre a«itpesVy /ir^i/vateiH aviAit .son entrée à la ctnir. i.e nom de deux' de ces captifs a ëté conservé, l/un s'appelait d'Arembcrg; on l'accusiait dV Toir' favorise i*étgksÎ4»n de Qnesiiel des prisons de Malines; l'autre était Le Noir dé Sainte-Claude, avocat janséniste, mis à la Bastille en ^708» j>our plaidoiries «p<|itjeu«^ Ces détails, enipriinlës aux archives même du Jansénisme, oui n*aura certes pas dintipè? le ocvpè^e des Vioïknes y sotit p«ed d^ac<!ord avec les eia^'ëratiôns Aé viltai^e) de Grégoire, da Lacreielle et de la plupart des écrivains. Nous raisonnons avec les l?fil^fé« et dvéc ?es' faits .î Tâppui ; eux; n'ont tracé qu'uti tableau de Fantaisie, onrant à r|iisi4>ire un permis tfee pitié metisopg^#e. ^ , , »

Nous venons ac voir les sévérités de Louis XI V envers des sujets rebelles à l'Église et à VKat- tel^*^ ^^ ^^ Bt^nf les siirp4s3èr(;|if/ét, pnis da avance tftt*s la tiber^éV|>1iiil pn s^aperç'oii que ces sévérités ne furent que des jeux d'enfant en comparaison des feesAreétfoht lu 'ff^vôlutiôiï (rançtiise se fît un dévoir.' Ce n'est point avec e.lè que nous établissons un parallèle ; nqus n'iAifli|;erons Jamais à Louis ^1 V une parei)lç lio4(ç4 ' mais l'empereur Na[)oIéon eut, lui aussi, quelques démêlés avec l'Église, et dans Tespaee de trok atMt, de 1810 tt IR13. voici en raccourci le labk^fu de ses actes.' ■-

Pie VII prisonnier ù Savone et à Fontainebleau, le cardinal Pacca dans la forteresse ^ PénesiPeflé ,' un grand nombre d'évêqûfcs et de prêtres exilés ou emprisonnés en Italie. Les eardfnaux Oppixoni , Gabrielli et di Pietro; Boulogne, évéiMie'de "troyet i de Broglie, évêque de Gand; Hirn, évêque de Tournay, furent enfermes à Vincennes avec left âbbds de Grégdrio; le Pdr4 Fontaot, d*Astros, Perrault, fluvivier, Vtfn Memié et Van Alphen. Quin/.e cardinaux, plusieurs prélats romains et plus de soixante-dix prêtres furent exilés arbi'lraî'remcnt dans l'intérieur de Tempire, et p!ac^s sous la siifvei. lance des préfet».

Ce que l'Rmpereur des Français faisait dans an intérêt de domination temporelle^ potirtflioi Ldttis X<V n*àurait*il pas eu le droit de l'essayer en ^tit, afin d'^Vitèf dn schisme et les troubles dont le Jansénisme menaçait le royaume de Fraiicf ?

m HISTOIRE

rent, au téinoi{;nage inéme des perséculés. Nous ne grossissons ni n^atténuons les faits, nous les présentons tels qu'ils apparaissent, dépouillés de cette fantasmagorie que Ton arrange pour saisir plus vivement l'esprit des masses. Les historiens ont souvent joué de malheur avec la Bastille; à travers ses épaisses murailles, ils virent des désespoirs aussi imaginaires que ces captifs dont Vol— taire et Grégoire remplissent ses cachots , et dont Lacretelle suit la longue procession au milieu de leurs parents ou de leurs amis. Il y en avait deux ou six, selon les Jansénistes; mais le nombre s'arrête là; c'est à peu près le même qui s'y trouvera lorsque, dans un de ces jours de fol enthousiasme et de colère inutile, le peuple de Paris croira avoir couru quelque danger et conquis une gloire éternelle en prenant d'assaut une vieille forteresse qui ne se défendait pas.

Le despotisme de Louis XIV, les fanatiques vengeances du Jésuite Letellier, se réduisent à dix'-sept personnes embastillées, exilées ou retenues dans leurs maisons; la liberté que Philippe d'Orléans regretta bientôt d'avoir accordée aux Jansénistes leur réserva plus de martyrs pendant un an que Letellier durant les six qu'il dirigea la conscience du Roi. En 1*^21 seulement, le Nécrologe janséniste compte quarante-sept des siens qui subirent l'ostracisme de la Régence : quatre dans les fers, trente en exil, et les autres gardés à vue. L'année 1722 est moins riche en victimes : elle n'en compte ce** pendant pas moins de trente-quatre. Louis XIV et le Père Letellier n'avaient exclu de TUniversité que quatre docteurs jansénistes; c^était déjà beaucoup trop; les Jansénistes se montrèrent plus exigeants. Le cardinal de Noailles, comme proviseur de Sorbonne et défenseur né des droits de tous, se laissa forcer la main ; d'un seul coup

an en proscrivit vingt-deux, parmi lesquels oh distingue Honoré Tournely, le plus savant théologien de cette époque.

C'est par ces chiffres officiels qu'il faut juger de la persécution des uns et de la modération des autres. Le Régent ne croyait ni à la religion ni à la vertu; ses confesseurs, les Pères de La Bourdonnaye et du Trévoux, quoique Jésuites, étaient au Palais-Royal pour la forme. Philippe n'avait foi que dans ses roués et dans ses maîtresses; la partialité des historiens l'amnistie de ses sévérités contre les Jansénistes, afin de pouvoir accuser les justices de Louis XIV, et de jeter un reproche de plus à la Compagnie de Jésus.

La Régence fut une époque d'abandon et de folie , d'agiotage et de prodigalité; elle ouvrit le dix-huitième siècle par le scandale de la pensée et par le cynisme des moeurs ; elle déshonora la France en la mettant à la suite de l'Angleterre. Ce souvenir de honteuses voluptés, de marchés infâmes et de démoralisation légale domine tout le siècle; il le ferme sur la page la plus sanglante des annales du monde. Pour rattacher les joies insensées de la Régence à Téchafaud de la Révolution française, il se trouve encore un duc d*Orléans, mais ce dernier n^aura en partage que les vices de son aïeul. Philippe les poussa jusqu'à un excès fabuleux; néanmoins, dans cette déplorable orgie du pouvoir, il ne faut pas oublier que ce prince, doué d'heureuses qualités, sut, pour être juste, échapper plus d'une fois à son atmosphère de dépravation.

Au milieu du vertige qui s'empara de toutes les têtes,

et q^ui abrita ses insouciances et ses plaisirs sous les

complaisantes austérités du Jansénisme, les Jésuites se

tinrent à l'écart; ils crurent que ces transports de délirante

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