CHAPITRE II
La onzième Congrégation générale te réunit à Rome pour nommer un vicaire puerai, du vivant même de Goswin Nickel, Général de TOrdre. — Le Père Oliva est élu. — Son caractère. — Les Assistants. — Progrès de la Compagnie dans les provinces de Milan et de Naples. — Sa situation en Portugal. — Alphonse VI et la reine-régente, T^uise de Gusman. — - Le comte de Gastel-Melhor premier ministre. — Le Père André Femandes, nommé grand - inquisiteur, refuse cette dignité. — Mariage d* Alphonse VI avec mademoiselle d'Aumale. — Le Père François de Ville raccompagne à Lisbonne. — Caractère du roi et ses déportements. — Le maréchal de Schomherg et le Jésuite seuls protecteurs de la reine. — Amour de Tinbnt don Pedro pour elle. — La reine se retire daas un couvent. — - Don Pedro la protège contre le roi. — Le Chapitre de Lisbonne prononce la séparation. — > Abdication d'Alphonse VI. — Régence de don Pedro. — Les Cortès envoient une députation à la reine pour la prier d* épouser Tinfant, son beau-frère. — Conduite des Jésuites pendant ces événements. — Le Père de Ville et le Père Emmanuel Fernandez. — Ce dernier est nommé aux Cortès. — Lettre du Général de l'Ordre concernant cette élection. — Femandea y renonce. — Les Jésuites ont-ils contribué à la décadence du Portugal? — Sont-ils aussi habiles qu'on le prétend? — Causes véritables de la décadence. — Le Père Vieira. — Mort de Philippe IV d'Espagne. —
Marie-Anne d'Autriche, régente d'Espagne, nomme son confesseur, le Père Ni-
thard, grand-Inquisiteur et conseiller d'État. — Le Jésuite refuse. — Le Pape le contraint d'accepter. — Inimitié de don Juan d'Autriche pour la reine et pour son confesseur. — Le Clergé se ligue contre le Jésuite. — Mesures que prend ^ilhard. Don Juan triomphe. — Le Père Nithard abandonne l'Espagne. — Son désintéressement. — Il est élevé au cardinalat. — Décadence de l'Espagne. — Charles II et son règne. — Les Jésuites en Pologne. — Casimir, roi et Jésuite. — Sobieski et le Père Przeborowski, son confesseur. — Przeborowski bénit les Polonais avant la bataille de Choczim. —Sobieski est élu roi. — Le Père Vota devient son conseiller.
11 le décide à entrer dans la ligue d'Augsbourg contre Louis XIV. -— Politique
de Vota blâmée par les historiens français. — Sobieski remporte la victoire de
Vienne. Il devient odieux aux Polonais. — Mécontentement de Jacques, son Hls
aîné, apaisé par le Jésuite. — Sobieski meurt entre les bras de Vota. — Les Jésuites en Angleterre. — Restauration de Charles H. — Portrait de ce prince. — Les Catholiques se réunissent à Arundel-House et demandent l'abrogation des lois de persécution. — Le Parlement se montre disposé à l'accorder, à condition que les Jésuites seront expulsés d'Angleterre, -r- Divisions dans le parti catholique. ~ Évocation des doctrines uîtramontaînes. — On accuse les Jésuites d'être la cause de la peste et les auteurs de l'incendie de Londres, — L'Anglicanisme excite la multitude contre eux. — Charles II proscrit les Jésuites. — Caractère du duc
a'York. Il se fait catholique. — Le Pape et le Père Simons interviennent dans
sa conversion. — Les Jésuites , conspirateurs en Angleterre, sont défendus par Antoine Amauld. -— Complot découvert par un faux Jésuite français. — Ses révélations. — Crédulité du peuple.— Luaancy devant le Conseil privé. —Le docteur Tonge et Titus Oates. — Caractère de ces deux hommes. — Conspiration qu'ils inventent. — Le Père Bedingfield. — Oates feint de se convertir au catholicisme. — Il se présente pour se faire Jésuite. — Son interrogatoire devant le roi. — Colman et ses lettres au Père Lachaise. — Lord Shaftesbury voit dans ce complot un moyen d'amver au pouvoir. —Son portrait. — Mort du juge de paix F.dmond Godfrey.
9/j HISTOIRE
— Révélation de BeMoe contre les Jésuites. — Shaftesbury et Bnmet. — Oates dénonce le Pape et le Général des Jésuites comme ayant créé un nouveau gouvernement en Angleterre. — Arreslalion des Pères de Tlnstilut et des lords catholiques. — Leur procès, leur supplice. — Condamnation et exécution du Comte de Stafford. — Mort de Charles 11. — Jacqtie^ Il rot. -~ Premiers moments de son règne. — Les Quakers et TAngleterre entière le saluent comme Tespérance d'an avenir de liberté. — Les Jésuites triomphants. — Sunderland et le Père Peters. — Ce Jésuite est mêlé olBciellemeat aux affaires publiques. — Jacques II l'appelle à son conseil privé. — Lettre interceptée ou supposée par Gaitlanaie d'Orançe. — Jacques accorde la liberté de conscience. —«L'Anglicanisme s*y oppose. — Jelhr^'es et la justice. >->- Protestation des Evéques. -» Conduite de Pefers. — 11 sert de drapeau contre le roi. — Goospiralien du prince d'Orange. — Bayle «c les adversaires des Jésuites. — Torts que le Père Peters a faits à la casse des Stuarts en se laissant forcer la main pour accepter une dignité peIttMpie.
Pendant les trente premières années qui virent le Jansénisme faire en France une guerre si acharnée à la Compagnie de Jésus, les autres provinces s'étaietit, à lexception de la Belgique, tenues à Técart. Il n'entrait point dans les vues de la Société de làncejr toutes ses forces sur un même point. lia lutte était son élément ; elle se savait née pour être discutée ; elle ne s'effrayait donc pas des vivaces inimitiés que sa puissance excitait. Patiente, parce qu'elle se croyait au-dessus des orages, et parce qu'il ne lui restait plus qu'à se maintenir dans la faveur des rois et dans celle encore plus mobile des peuples, la Société de Jésus n'avait peut-être pas assez pris au sérieux ses nouveaux antagonistes. Elle avait bien jugé qu'une secte qui n'osait aller ni à l'hérésie ni au schisme n'était pas dangereuse pour le Saint-Siège; elle pressentait même, selon le cours ordinaire des choses de ce monde, qu'une autre génération de Pascals et d'Amaulds n'était pas possible. Mais elle oubliait, dans ses prévisions, que les Jansénistes, en se cramponnant au giron de l'Église, devaient, à la longue, faire plus de mal aux Jésuites que ^ous les Protestants. Les Protestants ne mesuraient point assez là portée de leurs coups. Ils frappaient avec la même arme et sur le dogme et
sur la discipline; ils avaient pour ennemis natorels la cour de Rome , les princes Catholiques et l'Institut. T^es Jansénistes, au contraire, se proclamaient aussi dévoués au Saint-Siège qu'à leur foi religieuse et politique; ils étaient les fils respectueux du Vicaire de Jésus-Christ, les courtisans les plus ingénieux de Louis XIV. S'ils cherchaient à écraser la Société fondée par Loyola, ce n'était que dans l'intérêt de l'Église et des monarques qu'ils agissaient.
IjCS Jésuites ne sentirent pas que cette position intermédiaire leur créait plus d'un péril. Pascal était mort, Arnauld vieillissait , les Solitaires de Port-Royal se dispersaient; les Pères s'imaginèrent que de nouveaux événements enfanteraient de nouvelles passions. Maîtres de l'éducation de la jeunesse , guides spirituels des monarques, ils se virent entraînés au courant du siècle, sans songer qu'ils laissaient derrière eux un corps hostile qui saurait faire alliance avec tous les mécontents et flatter toutes les ambitions.
Au plus fort de la guerre dont la première période vient de finir, la onzième Congrégation générale se tint au Gésu, en exécution du bref d'Innocent X, et dans les actes de cette assemblée il ne fut fait aucune mention de la lutte soutenue en France. L'on dirait que ces hommes, réunis des divers points du globe pour connaître la situation de leur Institut, ont à faire prévaloir une pensée plus haute que celle dont les Jésuites français semblent préoccupés. Ils sont à Rome, sous les yeux du Pontife, dans cette ville qui n'a plus de passions, parce qu'elle les a toutes épuisées. Leur premier soin tend à écarter toute espèce de discussion qui ne se concilierait pas avec le vœu de leur fondateur. La Congrégation , ouverte le 8 mai et fermée le 27 juillet 1661 ,
commença par rélection d'un vicaire. Goswin Nickel , le Général de l'Ordre de Jésus , se sentait vieillir; ses infirmités ne lui permettaient plus de gouverner avec l'application et la vigueur nécessaires. Il demandait aux Jésuites de le décharger d'une responsabilité trop grande, en lui donnant un appui. On se rendit à sa prière, et il fut arrêté qu'un vicaire serait élu avec droit de succession. Mais, avant de procéder au choix de celui qui allait partager le pouveir suprême, la Congrégation , pour manifester sa déférence envers la Chaire apostolique, sollicita du Pape l'autorisation dont elle n'avait pas besoin. Alexandre Vil l'accorda par bref, et, le 7 juin, Jean-Paul Oliva fut nommé vicaire général perpétuel, avec future succession et pouvoir de gouverner. Il réunit quarante-neuf voix sur quatre-vingt-onze.
Oliva, qui exerça ces fonctions durant trois années, et qui, après la mort de Gosv^^in Nickel, fut Général pendant dix-sept ans, descendait d'une famille ducale de Gênes. Son aïeul et son oncle avaient été Doges de la République; lui-même avait fui les honneurs pour se précipiter dans l'humilité. Au milieu des prêtres distingués que la Compagnie agglomérait autour d'elle, Oliva s'était fait un renom de science et de sagesse qui avait franchi l'enceinte des cloîtres. Maître des novices pendant dix ans , recteur du Collège Germanique , éminent théologien , homme versé dans la connaissance des affaires, il était encore doué du don de la parole, et il avait plus d'une fois brillé comme orateur dans la chaire du sacré palais. Ami du grand Condé et de Turenne, il avait recueilli le dernier soupir d'Innocent X, qui, pour mourir saintement, l'avait appelé à son agonie. Tel était le chef que la Société de Jésus se donnait. Elle désigna pour assistants d'Italie, d'Allemagne, d'Espagne et de
France, les Pères Alexandre Flisco, de Noy elles, Sébastien Izquierdo et Claude Boucher. L'admooiteur du vicaire général fut le Père Nicolas Zucfai, dont cinquante ans d apostolat n'avaient pas épuisé la vigueur.
La Congrégation rendit trente-six décrets qui n ont aucune importance historique. Elle avait pu constater ses progrès; ce qui se passait alors en Italie devait lui révéler son importance. Les grandes villes possédaient toutes des maisons de TOrdre ; les provinces de Milan et de Naples, si fécondes et si riches, ne voulurent pas rester en arrière du mouvement : un collège fiit fondé à Cuneo, en 1628, par la marquise Malaspina et le comte de Monbasilio. En i635, le prince Maurice, cardinal de Savoie, créa le noviciat de Chieri. En 1642, la ville de^Bormio, à l'entrée de la Volturena, sentit la nécessité d'avoir des Jésuites pour la préserver de l'Hérésie zv^inglienne qui se répandait chez les Grisons; ce collège fut bâti l'année suivante. Jérôme del Bene , noble génois , consacra sa fortune à un établissement pour les Pères; il prit le nom de son bienfaiteur. En 1660, la cité de Saluzzola suivait l'exemple de Bormio. Les avantages que les habitants en recueillirent furent si notoires, qu'au milieu de 1679 Marie-Baptista, duchesse de Savoie, posa elle-même la première pierre du collège des Nobles à Turin , et que, pour ne pas retarder l'œuvre à. laquelle elle attachait son nom, elle donna un de ses palais, où les Jésuites ouvrirent leurs classes. Six ans plus tard , le cardinal Frédéric Visconti , archevêque de Milan , conçut la même idée ; il la mit à exécution. Les Jésuites, qui gouvernaient la célèbre Académie de Brera , préparèrent les règlements du nouveau Gymnase. En 1 699, le comte Sylvestre Olivieri offrit à la Société de Jésus une maison d exercices. En IV. 7
1 7o5 , la ville de SavigUano forma une résidence destinée à devenir un collège de Tlnstitut.
I^ royaume de Naples, -dans le même lap^ de temps, exauçait le même vœu des populations. En i63o, le mar()u^ délia Villa fondait le pensionnat des Nobles. Vannée suivante i dans le tremblement d? t^rre et daps Véruption du Vésuve, qvii, les ï5, i6 et 17 décembre, ébradèrent la ville et portèrent le deuil et la consternation au fond de tous les cœurs, les Jésuites se présentent pour rassurer de peuple , (]ui » en face d'un dopble fléau , ne sait qpie se désespérer. L'église de la maison professe était le lieu d'asile que la foule avait choisi ; les Jésuites se multiplièrent à la Torre del Greco, à Bosco, à Porticii à Résina, où le danger menaçait avec plus de certitude, ou la misère et la mort appa-* raissaient sous toutes les formes. Ils encouragèrent les uns , ils adoucirent le sçrt des autres , ils créèrent des refuges pour les familles abandonnées. La charité des Pères provoqua la reconnaissance. Quelques mois après, le marquis Spinelli Foscaldo fondait un collège à Paola. D'autres s'élevaient sur divers points de la Sicile , à Palerme , à Messine , à Syracuse , à Bideuo 1 à Sicli, jt Noto, à Alcamo, à Ma^arino, à Caltagiroi^e , à Mazzara et à Trapani. Ici les grands da royaume s'associaient au peuple; là le peuple achevait seul Tceuvre dont il éprouvait le besoin pour lui et. pour ses enfants.
Tandis que cet élan se conpimuniquait de cité en Qité , et que de toute Tltalie il ne se faisait entendre qu'un cri pour réclamer des Pères de l'Institut, le Portugal se trouvait en proie à des déchirements intérieurs. Alors , <le même qu'au temps des rois don Sabs^ien qt don Henri, le nom de la Société de Jésus se mâlai par le tri-» bunal de la pénitence et par la politique, à ces révolu--
tioQ^ 4e palais dont la multitude prenait rinitiativc.
En |656, Jçan lY de Bragapce était mort. Les Jésui* tes ne l'avaient: aidé à pionter sur le trône que d'une manière très^indirecte; ^son e;cemple,ils avaient laissé faire les événements. Quand il eut ceint le diadème , ils acceptèrent le fait accompli, et se fir^t du nouveau roi un protecteur aussi ardent que les derniers princes de la mai^n d'Emmanuel. Jean IV régnait par la grâce de Lonise de Guzman, son épouse, qui, de concert avec Pinto et quelques Jésuites, avait su si habilement conspirer contre ri^spagne, Les Pères étaient en Portugal et daps ses possessions d'outre-m^r les leviers de la civili-* satipn. Le Roi, par gratit^de et par calcul , aspira à doubler leur force. Il combla de ses bienfaits les Missioni^aires qui partaient pour les Indes, pour la Chine, pour le Brésil , pour le Maragnon ou pour l'Afrique. Il enriohit les Provinces de Goa, de Gocbinchine et de Maeao ; puis, conime si tant de royales faveurs ne révélaient pas assez la coniance que les Jésuites lui inspiraient, Jean IV voulut qu'ils dirigeassent toute sa famille. '
Le Père Jean ^ugnez fut donné pour confesseur à la Ijieine et à l'Ii^fwt; le Père André Fernandez fnt celui du Souverain. Jusqu'alors, uïéme en Portugal, ces fonc^ tions a'avfiient rien çu de politique. Jean IV ouvrit à FerModez la porte de son conseil d'Etat, et le Jésuite y si^?a. Qu^ftd la mort vint enlever Jean de Braga^ce^ U tutelle d'Alphonse VI fut confiée à sa mère, Louise de Gtiim^li comerva ^n Père Feroaodi^ f estime que le deri mw Poi lui avait témoignée; elle forma même le projet 4^ lui l^ire accepter les fondions de Grand-Inquisitew, ^jà refusées par lui. Cette dignité , la seconde du royaume , était incmnpatible avec les vonix des profès d^ rfai«tititf; elleti'aUait ni aux tendances m au^l meBiH^
iOO HISTOIRE
des Jésuites. François de Borgia en avait décliné le fardeau en Espagne , Fernandez l'imita en Portugal. Une telle réserve ne parut point étrange à la cour de Lisbonne, où les Jésuites avaient offert tant d'exemples d'abnégation personnelle. On ne pouvait le séduire par l'appât des honneurs , on espéra vaincre ses résistances en offrant à sa famille une des places les plus enviées du palais. « Mais, répondit le Jésuite, que me proposez-vous? Je suis né de parents pauvres et obscurs. Il n'en est aucun, qui puisse avec bienséance paraître à la cour; n'y songeons donc ni pour eux ni pour moi. *> Ce refus mit fin aux sollicitations. André Fernandez mourut en 1 660*, et les Jésuites contiquèrent à gouverner la famille royale.
Alphonse VI, cependant, n'était plus mineur. Â la sa^ gesse de sa mère il faisait succéder les débordements. Souvent on l'avait vu , dans une folle ivresse , parcourir les rues de Lisbonne, escorté d'une troupe de spadassins et se livrant à tous les excès. La reine Louise était pour lui \xn reproche vivant; il l'éloigna, et comme il s'avouait son incapacité, il prit pour ministre dirigeant le comte de Gastel-Melhor. Le favori d'un pareil roi se trouva par hasard doué de quelques-unes des qualités qui constituent l'homme d'état. Mais , afin de dominer Alphonse, il avait fallu qu'il sacrifiât sa dignité d'homme, et qu'il rendît odieuse à un fils la mère qui venait de déployer, pendant sa régence , autant de vertus que de courage. Castel-Melhor se réduisit à ce rôle d'ambitieux vulgaire. Lorsque son pouvoir fut affermi , il sentit que , pour arrêter dans sa ilépravation naissante un prince déjà à moitié abruti, il devait lui inspirer les goûts de la famille , et l'attacher au trône par l'amour paternel. En i663, il lui fit épouser Marie- Isabelle de
DE LA G0Mt>Â6NIB DE JÉSUS. 101
Savoie-Nemours, jasqu'alora connue sous le titre de ma« demoiselle d'Aumale.
La nouvelle reine n'avait à Lisbonne que deux amts« le maréchal de Scbomberg, qui conduisit les Portugais à la victoire contre les Espagnols , et le Père François de Ville , le guide de sa jeunesse. Elle tombait tout à coup des plaisirs si délicats de la cour de Louis XIV en face d'un prince que ses emportements, que ses actes de folie , que ses débauches mêlées de cruautés rendaient hideux. Elle essaya d'abord de cacher les tris* tesses qui oppressaient son cœur; mais des événements inattendus compliquèœnt cette situation. L'abbé Grégoire, dans son Histoire des Confesseurs des rois, s'exprime ainsi ' : » Jean IV eut pour successeur l'imbécile Alphonse VI , qui avait épousé Marie de Nemours. La reine , maltraitée par son mari , conçut de l'inclination pour son beau-frère don Pedro, puîné d'Alphonse. Elle et don Pedro avaient pour confesseurs des Jésuites rusés. Ces Pères avaient grandement à cœur: i° d'écarler du gouvernement don Alphonse , qui avait choisi pour confesseur un Bénédictin au lieu de s'adresser à leur Société ; 2° de conserver le gouvernement à sa fe^nme , dont ils dictaient les résolutions. Ils se concertèrent pour donner à TÉtat un mauvais roi et à la Reine un mauvais mari en élevant son beau-frère sur le trône. I/irritation générale de la nation contre Alphonse offrait toutes les chances de succès. Le Père de Ville , Jésuite français , confesseur de la reine , et un Père Verjus, autre Français de la même Société , prétendirent que le mariage était nul parce que le roi était impuissant. Quoique le prince soutint verbalement le contraire, on lui extorqua un écrit par lequel il déclarait que la Reine était vierge.
* Hiiloire des Confesseurs^ etc,, p. 243.
tOâ UISTOIAE
On cdniiaU les suites de cette intrigue. Alphoase VI détrôné devint beau-frère de sa propre femme, mariée à don Pedro, qui cependant ne prit le titre de roi qu Câpres la mort d'Alphonse, n
Gomme ses devanciers ou ses successeurs dans l'art de torturer les faits relatifs aux Jésuites, Grégoire né s'oc*^ cupfe ni d'être jus'e ni de chercher à présenter les événements sous leur vrai jour. L'exactitude historiqoie passe après les préjugés de parti , et on l'immole à des haines de convention. A en croire ce récit, les Jésuites seuls auraient agi , auraient conspiré pour détrôner Al^ pfaoûse VI. La raison la plus déterminante que Grégoire en offre, c'est que ce prince -« avait choisi poUK con*fessenr un Bénédictin au lieu de s'adresser à leur So^ ciété. » Ainsi, d'après cet Bvêque constitutionnel etré»gioide, les Jésuites auraient brisé le principe d'hérédité dans la maison de Bragadce, ils auraient exposé le royaume aux troubles qu'engendre l'usurpation , parce qu'Alphonse n'abritait pas sous le confessionnal de l'un d'eux les crimes de sa pensée et les excès d'ube vl^ cieuse organisation* Dans ces événements, qui agilèrenl les cours de l'Europe, la part des Jésuites est grande sand aacun donte. Il ne faut ni la dissimuler ni l'atténtter; mais l'histoire ne doit pas lui donner des proportions qu'elle n'eut jamais.
Les écrivains qui se sont occupés de cette question ^ dans laquelle le droit de la légitimité est mis en came , se montrent unanimes pour accuser Alphonse. Boi mai-* heureux, il a succombé dans la lutte; ses défenls ont donc dû s'exagérer par le fait seul de ses infortunes. Les historiens de tous les temps ont l'habitude de ne jamais protester contre le bonheur, et ils acceptent à peu près sans e,\an)en le pouvoir qu un caprice de ki for*
DE LA GOMPA&Nie DE JÉSUS. 103
tant Oti qi^^dntï cdtièpirattoil audacieuse ont ëtubli. Nous né dii^feHei*on« pas aussi légèrettient le. principe consti^ tutif défe trônes et de la famille ; et , tout en réètreighaut les actes reprochés aux Jésuiteé, nous blâfuérons leUr intervention dans une dédiéatice royale qu^Us ne pro*voquèrent pas, mais à laquelle ils appkudii*ént. La poli^ flque'ei l'amouf, rattibitiôti et la diplomatie, le voeu des Cortez et la voix du peuple ont trempé dttns ce complot. Il faut restituer à chacun le rôle qu'il a joué;
D&ns la quatrième partie de VHùtoire dû Porîugatt parle continuateur de Faria-y-'Souza, dans V Hiêtôii^e gé-^ nérate du PtyHugdl, par de La Clède; dans VMistmre umt^ergellèy écrite par des Atiglicans, Alphonse n'excite pà9 lîiémê cette vulgaire pitié qui s'attache aux souve* ralfis déchus. Vertot, dans ses Révolution» de Portugal y est aus^i explicite que ces annalistes. Téus parlent fen termes mëpHsamé de ce prince , qui , d'après eux ^ n'eut aueune des qualités de Thômme et du roi. L'historîètt du Portugal et Vertot * le montrent parcoui-ant les rues de Li^botme et ^ l'épée à là main , se précipitant sur ses sujets, quelquefois même sur les gaixles de nuit. Les au* 1res détîlarent avec Faria-y-Sou:^a ^ « qu'après qu'il eut épôUsé Marie de Savoie, il ne s'écoula pas beaucoup df? temps sans que les nobles et le peuple Soupçotiflassenè que le titre de reine et de femme du monarque ti'étaît qu'un voile pour couvrir sort impuissance. »
«Comme on n'espérait pas, dit îia Clède', que Je roi eût Aûi enfants, on songea à marier sanë délai l'Infant. Les marquis de Nôza et de Sande en parlèrent vivement au favori, et celui-ci au Rt)i , qui fit dire à Tlnfant qu'il n'avôit qU'à
* Fftria y 6oit«a, ffistofi» dei regno dé Pottu^i, i* partie, |>. 40é. -^ Vertotj p. 336' ' Faria y Souz'a, ibidem, p. 405.
^ Pel^ Clède, l. ii, p. 771,
indiquer la princesse de l'Europe pour laquelle il se sen* tait le plus de penchant. » Un autre écrivain, Frémont d'Ablancourt, chargé d'affaires de France en Portugal, affirme ' que « le Roi, connaissant son état et pour assurer la tranquillité du royaume , chargea son confesseur, qui était aussi celui de don Pedro , son frère , de dire à ce prince qu'il eût à prendre pour épouse une priûcesse d'Europe à son choix. »
Jusqu'alors Alphonse, conseillé par Castel*Melhor, son ministre , ou inspiré par un sentiment dynastique auquel sa vie entière paraissait le rendre étranger, ne s'est donné avec son frère ou avec la reine aucun de ces torts puhlics qui initient les peuples aux scandales des divisions dont souvent l'intérieur des familles royales est le théâtre. Marie de Savoie était l'une de ces victimes qu'un mariage fait par ambassadeurs jette sur le trône. Avec un tel époux elle n'avait que des douleurs de toute espèce à attendre ; cette jeune princesse ne put en supporter le lourd fardeau. Ses oncles, le Cardinal de Vendôme et l'Évêque-duc de Laon , plus connu sous le titre de Cardinal d'Estrées , lui avaient recommandé de prendre confiance dans le maréchal de Schomberg. Sa position était délicate : elle chargea le Père de Ville de s'en ouvrir de sa part au vieux soldat. « Ce Religieux de la Compagnie de Jésus , raconte d'Ablancourt \ qui a été très-fidèle à sa maîtresse et qui s'est gouverné avec beaucoup d esprit et de prudence , approuva le dessein de la reine, et le communiqua au comte de Schomberg; et^ comme ils avaient déjà l'un pour l'autre une estime réciproque, il lui fit un détail circonstancié des disgrâces de cette princesse. »
* Mémoires concernant t histoire de Portugal depuis la paix de H^estphalie jutau*eri
" Ibidem, ••
Don Pedro les connaissait- avant eux : don Pedro , jeune , ambitieux et beau, n'avait pu voir, sans éprouver une vive passion pour elle , cette Française si élégante qui venait unir son sort au destin d'Alphonse, il Taima d'abord secrètement ; mais l'œil exercé de Castel-Melbor plongea dans cette mystérieuse tendresse. Pour préserver le Portugal des malheurs qu'il entrevoyait, il songea à marier l'Infant. Don Pedro devinait que son amour. était partagé. Sa belle-sœur, toujours dans les larmes , laissait involontairement échapper le secret de son cœur; et don Pedro, comptant sur l'avenir, refusait d'accéder aux propositions que le Roi lui faisait. Chaste au milieu de cette incestueuse passion, qu'elle eût voulu se cacher à elle-même, la Reine était devenue un éternel sujet de honte et d'effroi pour Alphonse ainsi que pour Castel-Melhor. Ils lui firent éprouver mille persécutions sourdes : ils accablèrent ses officiers de mauvais traitements. Les choses allèrent si loin que Marie de Savoie , toujours dirigée par le Jésuite , crut devoir tenter auprès d'Alphonse une démarche, pacir fique. « Par ordre de la Reine, dit le continuateur de Faria-y-Souza \ son directeur parla de cette affaire au confesseur de l'infant, et ces deux Prêtres s'efforcèrent de réunir le Roi et la Reine dans ces circonstances si délicates. Les dissensions qui s'élevaient à la cour empêchèrent tout accord. »
Don Pedro avait pu facilement se créer un parti. Personne ne songeait à favoriser une usurpation; lui-même, dans l'intérêt de ses droits éventuels, se montrait éloigné de cette idée. Mais les hommes politiques s'alarmaient d'une situation qui, en face de l'Espagne toujours prête à ressaisir son ancien pouvoir,- menaçait d enfanter de
* Historia del regno de Portugalt 4* partie» p. 405.
106 HISTOIHfi
nouveeUM w^^. Alpbotisd Vf était uni vei^llGmerrl méprisé, son itiinntre «e rendait odttiix. Matie àé Savoie, pour sauver sa vertti et sa gloire ^ oaf, dit Vertôt^ « ^s panisati^ publiaient que le ministre voulait que le ItM eût dés enfants à quelque prix que oe fAt> et qti'il Ée flattait, à la faveur d'un.6 porte mystérieuse, de couvrir Ja honte du Prince aux dépens de l'honneur de la Reitié; n Marie de Savoie ptit une dëterminatt0n extrême.
Elle était bien malheureuse ; mais , en acceptant le conseil que Schomberg et le Përè de Ville donnaient à sa pudeur indignée , elN offrait à don Pedro uniâ espé«^ rance et un appui dont le jeune Prinoe n'allait pas niaa->quer de profiter. Ces calculs furent-ils faits, ou Ifi R^ine en fuyant voulut-elle seulement se dérober à l'a (tentât que son misérable époux méditait , c'est ce qu'.il esf im^possible d'ëclaircir. Cependant, le 21 novembre lôiS^j, Marie déserta la cour, et se retira dans un monastère de Religieuses de Saint-'François. A peine erttrée dfttlS cet impénétrable asile, elle écrivit à don Alphonse* tt Pour obéir 6 itiâ conscience , disait^elle dans ce blUét ', l'ai pris la résolution de sortir du palais. Personne ne sait mieux que vous que je ne suis point votre femme; En conséquence, je redemande ma dot avec la permis-*siou de retourner dans ma patrie et auprès des miens. »
Le Roi sentit quel coup lui était porté ; et, dans sa fureur, il accourut au monastère afin d'en foi'cer leS portes; don Pedro s'y trouvait avant lui pour prt^téger Mftrié. Il était accompagné à'unis grande foule de Ci*toyens. Ce concours de peuple et la présence niêméf de rinfant, tout prouve que des indiscrétions avaient été commises, et que la fuite de la Heine servait de prétekte
' Révolutions de Portugal^ p. 366.
' ffUtoria del rpgno dv Portugal ^ 4« partie, ii. 40^.
à une révolntioti. Don Alphonse, à l'aspect de son frère et de k multitude ) reeuk iiitimidé; i) rentra dans le pa^ lais. Bientôt, privé de son itiinintre et réduit à ses ^euleé inspirations , il fit éclater ses extt^vagatits désesp<3rirs ; il était fou. La noblesse et le corps municipal se réunirent à rinstiçation de Pedro. Ils arrachèrent à don Alphonse un acte d'abdication en fateur de son frère ; et les Cortez, assemblées le !•» janvier 1668^ s'empressèrent dé ratifier ce qui avait été fait. Les Gortez même exigèrent davantage. On pressa don Pedro de prendre le titre de roi à la place de celui de régent, que, par un respect sa«* genient dynastique, il se proposait de conserver jusqu'à la mort d'Alphonse VI. L'Infant triompha enfin de la volonté du peuple et de celle des Corte2 : il ne Alt que le régent du royaume.
• Mais une question plus scabreuse restait à juger» Ddri Pedro aspirait à t^ompre l'union d'Alphonse avec Marie | la Princesse se montrait aussi empressée que lui. Du fond de sa retraite elle s'était adressée au Chapitre de la cathédrale de Lisbonne pour faire annule^ son ma^ riage avec le ftoi. Alphonse « pressé de reconnaltt*e l'in-* validité de cette union , qui n'avait pas été consommée , déclara qu'il n'y adhérerait qu'après avoir consulté des théologiens. Les théologiens qu'il désigna se rangèrent à l'avis des Gortez •. Alphonse tint sa parole , et le 24 mars 1G68 le Chapitre, sur la demande de la Reine et le té* moignage du Roi , cassa l'alliance contractée sous dé *i funestes auspices. « Quoiqu'elle eût un peu tardé, disent les écrivains anglicans *, la sentence était claire et décisive; Gela paraîtra tnoins étonnant lorsqu'on saura que dott
* Catasti'ôphe de Portugal; Na deftosicao del rey don Alfonso f'I, par Leaudro iJbroa CàiMits f SduKA. ^ BiMitirê uniiferteUet (Kir tnfe Mciété de {fi»ns de leilt-èt Bl^ glais, t. Lxxiii, p. 507.
' Ibidentf U Lxxui, p. 51a.
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Alphonse reconnut par écrit signé de sa main la vérité de ce que la Princesse alléguait , ne forma aucune opposition y et n'entreprit jamais d'appeler de la sentence. »
L'opinion de ces historiens protestants ne nous a pas convaincu ; elle n'aurait pas plus convaincu les Jésuites que la reine ellenxiême ; aussi s'empressa-t-on d'en appeler à une autorité moins complaisante que celle du Chapitre de Lisbonne. Tandis que les chanoines de la cathédrale délibéraient, Marie de Savoie fit paitir pour la France le secrétaire de ses commandements. Verjus, comte de Crécy. Ce diplomate, qui plus tard sera nommé ambassadeur auprès de la Diète germanique, et qui joua un grand rôle dans ces affaires, avait un frère, membre de la Société de Jésus. On le confondit ou on feignit de le confondre avec lui, afin de prêter à l'Institut une action déterminante que le Père Verjus n'a. pas pu exercer, puisqu à la même époque ce Jésuite résidait en France ; mais cette parenté lui devint historiquement funeste. A peine le comte de Crécy, qui devait informer liouis XIV des cbangemenls survenus en Portugal, fut-il arrivé à Paris, qu'il y trouva le cardinal de Vendôme, oncle de Marie et Légat de Clément IX. « De Verjus, raconte La Clède', qui ne pouvait douter de l'impuissance d'Alphonse, en parla au Cardinal. 11 l'assura en même temps que les Portugais souhaitaient que l'infant don Pedro épousât la reine , en cas que son mariage avec le roi fût déclaré nul. >» La sentence du chapitre de Lisbonne ne paraissait pas doutejise ; mais, pour la .corroborer, la dispense d'un empêchement d'honnêteté publique était nécessaire. Le Cardinal-Légat hésitait; rÉvêque de Laon et le secrétaire d'État pour les affaires étrangères, de Lyonne, renommé par son atta«
* Hûtoire générale de Portttgal, t, ii, p. 779.
chement au Jansénisme , triomphèrent de ses scrupules. Ils relurent la bulle contenant ses pouvoirs; ils y tiH>u« vèrent nettement exprimé celui qu'on invoquait '. Le 6 mars 1 668, il accorda la dispense que Je comte de Crécy sollicitait; à son retour à Lisbonne, ce dernier put offrir à la reine l'acte qui lui rendait sa liberté.
Les Cortez étaient encore réunies ; il fallut pour les oc« cuper leur préparçr une espèce de comédie à jouer. La Heine, par pudeur ou par souvenir de ses maux passés, manifestait le désir de se retirer dans sa famille. Le Père de Ville lui en donnait le consdl ; mais alors les États du royaume intervinrent. Us connaissaient l'amour du ré«gent pour Marie de Savoie; ils n'ignoraient même pas qu'elle n'y était point insensible. Ils lui envoyèrent une députation solennelle qui la supplia d'épouser l'in-fant, parce que , disent les Cortez, le Portugal n'est pas en position de rendre la dot. Une démarche semblable fut faite auprès du régent par les Cortez, déclarant avec fierté qu'elles n'approuveraient jamais toute autre union. Le prince se montra plus facile que la Reine; il accéda promptement à un vœu qui était le plus cher de ses rêves ; mais il fallait obtenir le consentement de Marie. M La Maison de ville, raconte La Clède^ joignit ses prières à celles des trois États, et tous allèrent ensemble trouver la reine pour la déterminer à leur accorder la grâce qu'ils lui demandaient. Touchée de leur empressement, elle céda à leurs désirs. »
Le 2 avril i668, le mariage de Marie de Savoie fut célébré avec don Pedro, régent de Portugal. L'Espagne avait intérêt à repousser une alliance qui rompait ses trames. Elle se plaignit de ce que le Saint-Siège n'avait
t Mémoires de Frémont d'Âblancourt. — Histoire unwersette, par les Anglais, ibid, * Histoire générale de Portugal, t. il, p. 778.
t40 aiSTCmiR
pas été comité. h& Fera de VîlU eag^gf^ la reiae^régente à soumettre Ip question «lu Pape; elle fut ex4ini«née à Rom^ par la Congrég^tioi) d^s Gardioau^ et parles plus savants cavistes. Siir IfW avis motivé, Clément IX , le I P décepf^bre 1 668 , ratifia la sentence d^ nullité, et confirinfi \^ dispense qqç s^ I^^at s'étftU cru en drqit d'£|Q€order.
Nous avons ^xpliq«é la position qu'^m Jésuite prit dans G^s événements. Il n'a pas été blâmé p^r Sf( Co^ipiignie : sa Compagnie a donc appi^uvé sas act^^ ; elle en est historiquement respansahle- hf P^e de ViUe a , se* Ion nous, excédé les bornes de ^affection paternelle envers cette jenne feofnme abandonnée, et qui «'avsiit pour appui sur le^ marqhes du tr^ne qu'un Jésuite et un sol* dat protestant. Mais, en dehors de 1» violation du principe monarchique , dans laquelle le Pf^re et Scbomberg ont beaucoup moins trempé que lesCnrtez et les Portugais , il faut reconnaître avec les historiens que jamais circonstances ne lurent plus impérieuses. Il faut surtout mettre en parallèle la^situation dn pays sous Alphonse VI et celle que don Pedro lui fit Or» selon I^a Clède', ^ on ne pouvait compter mr le roi un seul montent. Tout languissait cependant; k9 fipfinees etfiient épuisées, le commerce n'allait plu3 ; toutes les affaires étaient sus*pendues. » I^es auteurs augUp^ui^ font en d'autres termes le tableau de la régence de dpn Pedro : w U s'appliqua,
disent-ils S avec toute l'ar^j? et k yigilance possibles, à se mettre en état de bien gouverner le royaume , et à faire de son autorité un usage propre ^ l'honorer. Il dir minua les dépenses de l'Étftt , il licencisi la plus forte partie des troupes, mit Je nieilleur «dre qu'il put d#ns
' Histoire universelle, t. lxyiii, p. 5S3.
DE Là GOBIPAGNie DE JÉSUS. lil
le3 fiuwces, et offrit lui**inên»e dans cette cniir Tencinpie de récoQQmie, doQt il jugeait rimitatioa »éceâS9Îre à ses wJ6<9, a&Q qu'iU pusik^Dt réparer jusqu'à un certain ^ pqint le^ n(uiux «t les dé^nstres «n^^queU il» étaient ex^ pnfés, après avoir yém pendant ^ long^temps sous une donfûi^tion étraqgère, » l^e cojitinuat^Hr de Faria^y-^ Souza, ajpute ' : » Il cliérissait ses sujets; tona célébraient sQq adininistratiqn ; preuve qy'eUe était bonne, car au-^ trenfient les Portugais, nobles et plébéiens, ne manquent pas de murmurer. »
Ces historiens , qui appartiennent à diverses nations, mais qui sont tous, dans leurs ouvrages , de« adversaires de la Compagnie de Jésus , s'accordent à louer les me-* siures qu? prit le régent don Pedro ; et quand il s'agira de prononcer sur les vertus d'un roi , nous préférerons toujours le témoignage d'écrivains impartiaux à celui d'un régicide. Ce ne sont pas les Jésuites qui ont décerné la régence à l'infant et provoqué l'abdication forcée d'Alphonse; c'est l'accord unanime de tous les ordres de l'État. S^ils outrepassèrent leurs droits constituai]^, il est juste d'avouer que les Jésuites n'avaient point auto- ' rite pour les rappeler à leur devoir^ I^ Père de Ville était le guide spirituel de Marie de Nemours; il recevait ses confidences : il a dû nécessairement être consulté par elle sur l'affreuse position que le roi Alphonse lui faisait. Lies avis qu'il suggéra à cette princesse furent-ils toujours exempts d'arrière-pen^es politiques? nous ne le croyons pas; mais, à la même époque et dans le même pays, le Général de la Compagnie trouva une occasion de manifester l'opinion de l'Institut sur les Pèrea qui sa mêlaient activement aux dâ>ats politiques, et il la sai^t.
« Bàlorki 4d regno de Pnriu^l , ibid.
112 BÏSTOIRE
Le Père Antoine Foni»eca était donné pour confesseur à don Alphonse, relégué à Tile Tercère, puis ramené au château de Cintra , où il mourut en 1 683. Don Pedro se proposa de récompenser les Jésuites des services qu'ils lui avaient rendus, et le Père Emmanuel Fernandez fut nommé directeur de sa conscience. Le régent n'avait qu'un parti en Portugal, car, aux yeux de plusieurs, le pacte fondamental venait d'être violé dans son essence. Il lui importait donc de s'entourer d'hommes de tête et de talent. A ces deux titres , il fit nommer, en 1677, la Jésuite son confesseur député aux Cortez. Cette dignité était en opposition avec les vœux des Jésuites, avec les Constitutions de saint Ignace et avec tous les précédents. Elle l'entraînait dans le mouvement des affaires politiques; le Général de l'Ordre est averti de cette infi*action à la discipline de l'Institut, et, le 8 janvier 1678, il adresse de Rome, au Père Antoine Barradès, provincial de Portugal, la lettre suivante :
« Vous étiez absent de Lisbonne, mon Révérend Père, lorsque tout récemment le Père Emmanuel Fernandez a 'donné l'exemple d'accepter une place dans l'assemblée des trois Ordres du royaume , au milieu des hommes les plus qualifiés du Portugal. Cette manière d'agio, outre qu'elle est contraire à celle qui a toujours été suivie dans les cours de l'Empereur, du roi de France et en Pologne, ne peut se concilier avec le troisième vœu simple qu'ajoutent les Profès à leurs vœux solennels, et dont je ne puis moi-même accorder dispense, surtout depuis la déclaration d'Urbain VIII , rendue, en forme de bref, le 16 mai*s, commençant par ces mots : Vota quœ Deo. Elle est incompatible avec nos Constitutions, avec le décret 79® de la cinquième assemblée générale , avec les monitoires généraux et avec la quatrième règle près-
crite aux confesseurs précisément sur de semblables affaires. Je ne puis me taire en présence d'un tel événement, et j'attendrai avec une impatiente sollicitude la lettre de Votre Révérence, qui m'attestera votre vigueur à défendre nos lois, et à laver la Compagnie de la tache dont cette faiblesse commence à teonir son nom. Les supérieurs sont strictement obligés, et cette obligation charge gravement notre conscience , de prendre , sans admettre ni retard ni excuse, des mesures efficaces pour détourner le Père Fernandez de siéger aux Cortez. Dans ce but, je sollicite, j'implore le patronage du prince sérénissime, le concours de son directeur, le zèle de Votre Révérence et de plusieurs autres Pères.
» Si Son Altesse Royale accorde aux prières du Père Fernandez la permission de se démettre d'une dignité en opposition à ses vœux , que Votre Révérence lui en rende de très-humbies actions de grâces, en votre nom, en mon nom, au nom de toute la Compagnie. Si, ce qui me parait incroyable, le confesseur refusait de faire cette demande, ou, ce que je ne puis croire non plus, le Prince refusait de l'exaucer, Votre Révérence devra renouveler à peu près la démarche digne d'éloges que fit auprès d'Urbain VIII le Père Mutio de pieuse mémoire. Pour détourner le Souverain Pontife du désir qu'il manifestait de conférer la dignité épiscopale au Père Fernand Salazar,- le Général de l'Ordre, accompagné de tous les Profès résidant à Rome , alla se* jeter aux pieds de Sa Sainteté, et la conjura avec supplications et avec larmes de maintenir notre humilité et notre discipline.
» De même , Votre Révérence , accompagnée des trois Recteurs du collège de San-Ântonio , du séminaire des Irlandais et du Noviciat , des quatre ConsuUeurs de la