‹ Histoire de la Compagnie de JesusChapitre 6 sur 22 · IV · texte numérisé non relu

IV

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cbnirt£(hces. Eti 1669, Nithârd put enfin s'éloigner. Don Jiidh avait pris ies armes le 23 févriei*; deux jours après, le 25, la reine-mère signait le décret suivant :

« Jean-Éverard Nithaixl , religieux de la Société de Jéstis. mon confesseur, conseiller d'État et inquisiteur général , m'ayant suppliée de lui permettre de se retirel' hors du royaume , quoique très-satisfaite de sa vertu et de i^es autres bonnes qualités, aussi bien que de son zèle et de ses soins à me rendre service , ayant égard à l'instance qu'il hi'a faite et pour d'autres considérations , je lui ai accordé la permission de se retirer où il voudra , eti Allemagne ou àRotne.Mais, pour témoignage de mon coiitehtemetit et de ttia reconnaissance des services par lui retidus à l'État, je veux qu'il conserve ses titres, ses chattes et ses revenus. Je veux de plus qu'il parte , re- Vëtil du titre d'anlbassadeur extraordinaire en Allemagne otl à Rohie.

« Moi , la Reine. »

Le Père Nithard faisait en s'éloignant cesser un conflit datis lequel lé nom d'un Jésuite intervenait. Don Juati , heut^ux de sa victoire sur la reine-^régente , n'eu demanda pas davantage pour le moment. Il aurait itlême ratifié et au delà toutes les dignités que Marie- Anne accumulait sur la tête de son confesseur ; mais Ni* thard, dont le ministère avait été si tristement célèbre, ne voulut pas accepter les honneurs et les pensions qui compensaient un exil si désiré. « Nous devons , ainsi s'exprime Goxe*, dire à la louange de ce ministre disgracié qu'il donna un singulier exemple de désmtéressement. Il refusa les offres d'argent qui lui furent faites par plusieurs personnes, entre autres par le cardinal

* V Espagne sous Us rois de la maison de Bourbon, t. i, Introd.» p. 26.

DR LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 13i

d*Arragon et le comte de Pennaranda. Il préféra , *poiir employer sa propre expression, quitter l'Espagne en pan vre prêtre, comme il était venu. Ce n'est pas sans peine qu'on put lui faire recevoir 200 pistoles de la part de sa prbtectrice pour son voyage de Rome , à la place dune pension de 2,000 piastres; mais it refusa l'ambiM^ sade qui lui ftié alors proposée. »

Don Juan s'était flatté que son opposition aii Jésuite le retidrait maître des affaires, et qu'ainsi il saurait commu*»niquer à TEspagne un sang nouveau. Il succomba à la peine; il devint plus odieux que Nitbard. A lexèmple de toiites les oppositions, il avait fait de magnifiques pro-»messes, et la réalité l'écrasa. Nitbard n'était pas un de ces favoris vulgaires que les princes oublient dans leur proscription. II n'avait donné à Marie^Anne que de sages conseils. Sdn souvenir lui était cber ; elle voulut lui acèOrder un témoignage de son estime , en le forçant à re* ceroir le titre de premier ministre. Le Pape l'avait vir-* tuellement rfelevé de ses vœux ; la reine - régente le nomma ambassadeur d'Espagne prés le Saint-Siège; il fut sacré Arcbevêque d'Édesse; puis enfin, le 32 février 1673, Clément X le décora d^ la pourpre romaine. Le Jésuite , prince de l'Église , mourut en 1 68 1 .

Pour secouer la torpeur daus laquelle les héritiers de. Cbarles-Quint et de Pbilippe II avaient plongé l'Espagpe, il lui ^ût fallu ua roi i la taille de ces monarques, ou tdut au moins des ministres comme ie cardinal Xiiiie-r nés. Les uns n'étaient pas pbis possibles que les auiras; car , sous des princes sans volonté, sans iiitelligeoiiie , Ténergie des bonunes d'État s'use vile ^ du elle eU si promptement calomniée qu'on la condamne à un perp^uel exil. Les souverains de la maison d'Autriche avaient tous les éléments de succès , uo empire sur |es

terres duquel le soleil ne se couchait jamais, ainsi que le disaient les Espagnols avec un orgueil métaphorique si bien approprié à la fierté de leur langue; des peuples fidèles, et un respect religieux pour le culte des ancêtres. Il ne leur manquait qu'un Louis XIV ou un Sobieski pour développer tant de généreuses qualités. De Philippe IV, ils tombèrent dans l'éternelle enfance de Charles II , espèce * de roi fainéant qui proscrivit sa mère, qui la rappela; qui prit pour ministre don Juan d'Autriche, et qui l'abandonna à la haine publique. Enfin, aussi fatigué de régner que de vivre, il se renferma tantôt à l'Escurial , tantôt dans les bosquets del Prado, consumant sa languissante existence au milieu des femmes, des nains et des animaux rares que lui fournissaient ses provinces d'outre-mer.

En face de cette prostration de la royauté, les Jésuites, ne rencontrant aucun appui sur le trône , tentèrent , par une éducation nationale, de vaincre la léthargie du peuple. Mais le peuple se conformait aux goûts de son roi; il était triste de ses tristesses, malade des maux sous lesquels Charles II s'affaissait. Le peuple espagnol, patient comme la véritable force ,^ semblait attendre que la mort du souverain mit un terme à son agonie. Il pressentait, il invoquait peut-être des déchirements intérieurs pour le tirer de sa somnolence. IjCS Jésuites, soumis à cette action délétère , suivirent l'exemple du peuple ; ils attendirent comme lui une circonstance que la guerre de succession produisit.

Pendant ce temps, les Pères de la Compagnie de Jésus prenaient dans d'autres contrées de l'Europe tin développement nécessaire à son existence. Ils ne cessaient de s'étendre en Allemagne. En Pologne, sous l'épée victorieuse de Jean Sobieski » ils réalisaient dans

les armées et dans les collèges la fin de leur Institut. Pour que les Jésuites obtiennent sur les multitudes une influence prépondérante, il faut qu'ils trouvent à la tête des affaires un prince énergique ou un pouvoir qui ne consente pas à s'annihiler. Monarchie ou république, légitimité ou droit électif, le mode de gouvernement leur importe peu» pourvu que ces gou- < vemements soient forts. Ils ne se déploient à leur aise qu'à labri d'une autorité que les factieux ne viennent pas tirailler. Alors, renfermés dans les attributions que saint Ignace de Loyola leur a tracées, assurés d'avoir un lendemain, parce qu'ils connaissent la pensée dirigeante, ils se livrent sans précipitation et sans crainte aux travaux de l'apostolat. Dans la dernière moitié du dix-septième siècle, nous les voyons en Espagne faibles et irrésolus comme le gouvernement. En Pologne, à la même époque , ils apparaissent aussi entreprenants qu'aux jours de leur fondation , ou lorsque le Père Jules Mancinelii, qui passa soixante-deux ans de sa vie dans la Compagnie , répandait sur le Nord les lumières de sa foi et les ardeurs de sa charité.

C'est que sur le trône de Pologne il se rencontrait un homme qui avait foi en leur mission comme eux avaient confiance en son génie. Cet homme était Jean Sobieski. La Pologne appréciait la Société de Jésus; elle avait vu lés Pères populariser la morale et Tesprit national sous ses rois Bathori, Sigismond et Ladislas. Pour récompenser tant de sacrifices, elle appelait au trône Jean- Casimir qui, le 25 septembre i643, avait pris l'habit de la Compagnie, et que, quatre ans après. Innocent X forçait de recevoir le chapeau de cardinal. Casimir, roi et Jésuite , apaisa les factions qui divisaient le royaume, et, quand il jugea que sa mission de souverain était ac*

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Gdtnplie, il abdiqua eki 1668. Stdn règne fut cdui de t» pail let de l'éducation publique. Cette éducation éteit puissante, parée qu'elle s'adressait à des natures vi]g[ûU«* reuses, à des odeurs qu'une civilisation trop bâtée û'st^ mollissait pas. Les Jésuites formaient à la vertu et à la science ' ces Français du Nord, isi amants de leur liberté et de la gloire militaire. lis s'en faisaient aimer dans les.coll'éges, ils les suivaient dans les camps; ils étaient les orateurs de l'armée^ les médecins du blessé, les apôtres de la charité chrétienne au milieu des batailles; les grandes familles et le peuple les acceptaient comme des guides. Us arrivaient avec Jacques Sobieskî sous les murs de Mos^ cou^^ ils marchaient avec Zolkiewski contre les Turcs ^ avpe Czaraeski contre Charles-Gustave die Suède. Dans une de ces invasions si fréquentes en de semblables guerres ) le Père André Bobola fut surpris à Pinsk-, le 16 mai 1657, par une troupe de Cosaques. Les Cosaques détestaient tous les catholiques ; mais les Jésuites étaient pour eux un objet spécial de baincv Bobola jouissait de la confiance des Polonais ; ils lui font subir tous les geiires de martyre. Celte fratel^ité de dangers avait établi entre los Pères de l'Institut et les enfants de la Pologne Une alliance que le temps cimeiktait, et t|ue le règoe de JeAn Sobieski consacra.

Fils de Ses oeuvres , ainsi q^ie cette Noblesse si fière de sa rude indépendance, Sobieski était déjà le héros do la Pologne. Vaillant soldat , habile ^général , grand polt^

^ fin 1663 , }e prince Badzivili , chancelier de Liflmanle , dédiait à la Compagn)^ dç Jésus an livre qu'il avait écrit sous le titre de ; Historia passionis Christi punctathn animœ devotœ per très libros vt capita expnsitn ( fVarsnviœ ^ 1665). Nous lisons cMins l'épitre dédicatoire : « J'ai entendil, dit ^e cbancelier, mon Frère RadziviU, àt gloriense mémoire, palatiu de Vilna et (jéncral du grand-diiclic Ce. Litiuianie, qui é'iaii protestant, me faire cet aveu : « Quoique nous ayons, me disait-il , des personÂeî •> cliaf^jécs <Je dccouvrir et dénoter les fau:cs des Religieux, nous n*avon$ jamaSs |m " rien trouver de rcprêhcnsible dans la Société de Jésus. D'après mon sentiment, je • l%s déclaré hommes de probité. »

DE LA C0IIPÂ<2Mift DE JESUS. 195

iiqne , il possédait encore les qnrilîtés de l esprit et dii cœur. Le sabre pour lui n'était pas le deruier effort de l'intelligeiice , et sa ratsoa, mûrie par TexpérieDce d#s Jésuites^ lui donnait dans les Dtèiea un ascendant presque souverain. Depuis vingt ans» les Polonais le regardaient comme le bouclier de leur liberté ; car» né en 1 639 , il n'avait cessé de combattre pour la d/éfense ou pour rhonneur de son pa^. En 1672 Mah^omet IV et Goprogtt , son vîsir, franchissenf: le Danube à la tête de ceiit cinquante mille soldats. Ils investissent Ir^ murailles d^ Kaminieck, le boulevard de la Fologoj?. Cent mAhs Tartares^ conduits par leur kbau , Sélim-Ghév^i , et d^in- QCMnbrables bordes de Cosaques secondent , sur la Viafuie ^ les mouvements de Tarinée m^hométane. I^e Rpi de polog^ , Mii^bel Koril^ut-Wiecnowiecki , jalouK 4be Sobîeski, vient de mMre sia tête à pdx. En face du pé*til , le Prince cbenche son salut dans la fuite. Mais b soldbt ne dése^re ni de son K^oiirage ni di? aa fol* U a sous aa lente le Père P^rzeborowski , son iconfefls^vr et son ami* I^e général et le Jésuite ont pensé que , d^vjmt ceit^ irruption de barbares, il falUiiqiie la C^oix triom^phàit, 0u quse la Pologne £ûi rédjuiite em cendre^» L^ Il novembre 1^73, annivcrsaine de la fête de #9^1^ Martin de Tours, iSbve de nation , Sobi^eski parall: à la tête ée um ainnée. La neige couvraM^ M terre; mais le^ Polofttais demandent à vaincre tou à monHr. ^obiesJM 6t Jablonowski, qui, avec leurs étafs-jmajors, <mi passé uiie pailie de la nuit en pinèr-es , ne veulent pas coni^ inier cet héroïque âan. « Soldais de Pologne, «'éicrie Sc^bieski, v^us allez co<pbalitre .pour la patrie , et Jésus^<j[]nstt co,qi* bat pour vgius.«> Aces mots, l'armée s'incline sous la ms^ du Jésuite, qui bénit tout à la fois et ceux qui vont succonibrr et ceux qui vont triompher. Puis la bataille de

Choczim commença. Elle fut terrible. Vingt mille Turcs restèrent sur le terrain, un plus grand nombre périt dans les eaux du Dniester. Quand le canon eut cessé de gronder sur cette plaine fumante de carnage , le Père Przeborowski , qui n'avait eu à partager que les dangers de la bataille, dressa de ses mains un autel. « Il donna, dit M. deSalvandy,8a bénédiction aux soldats de la Croix; et, inclinés sur leurs armes , les yeux mouillés des pleurs de la reconnaissance et de la joie, ils entonnèrent avec lui l'hymne de louanges au Dieu qui prescrit la paix aux hommes, et qu'invoquent les armées '. »

Sobieski inaugurait sa royauté future. Le roi Michel mourut le jour même de cette victoire, qui en couronnait tant d'autres; et, lorsque, dans la Diète de l'élection, chacun se demandait à qui l'on confierait le sceptre, ce A celui qui l'a le plus vaillamment défendu , s'écria Jablono wski , le frère d'armes et l'émule du vainqueur de Choczim. — Vive Sobieski ! Qu'il règne sur nous ! >» Telle fut la réponse qui s'élança de tous les cœurs. Jean Sobieski était roi. A force de victoires et de dextérité diplomatique, il contraignit les Turcs à signer la paix. Alors il ne songea qu a faire fleurir dans son empire la Religion et les belles-lettres. Les Jésuites l'avaient puissamment secondé; ils trouvaient dans la reine de Pologne , Marie d'Arquien , une protectrice éclairée. Ils étaient les conseillers du Roi ; le Père Vota vint encore augmenter le prestige de la Compagnie.

Vota avait été chargé par le Pape d'ouvrir en Russie des négociations relatives à la réunion des Grecs avec l'Église latine. Cette mission ne fut pas plus heureuse que celle du Père Possevin ; mais , arrivé à Varsovie ,

' Histoire de Pologne avant et sous* le bon tm Sobieski, par N.-A. d« Salvandy, t. H, p. 144.

Vota, à qni l'empereur Léopold et le Souverain Pontife accordaient toute leur confiance , n'eut pas de peine à gagner celle de Sobieski. II se plaisait dans l'entretien des savants, il aimait surtout à s'entourer de Jésuites. Tja conversation si brillante d érudition et d'esprit du Père Vota , ses connaissances variées en philosophie , en éloquence, en poésie, en peinture et en musique, son intelligence des hommes et des affaires , firent vivement désirer au Roi de s'attacher un Religieux qui pouvait rendre tant de services à la Pologne. Le Père Przeborowski n'existait plus , Vota le remplaça dans l'intimité du héros. Le Jésuite devint son confesseur et pour ainsi dire son principal ministre. Quelques années s'écoulèrent ainsi; mais en i683 FAllemagne était menacée d'une nouvelle invasion. Les Turcs, dont la politique de Louis XIV s'était fait d'utiles auxiliaires contre la maison d'Autriche , s'apprêtaient à porter la guerre au sein de l'empire germanique.

lia gloire de Sobieski retentissait en Europe. Le grand Roi, à l'apogée de sa puissance , sollicita lalliance de ce soldat élu roi par ses pairs, et qu'il avait compté au nombre de ses mousquetaires. L'empereur Léopold , de son côté , fit appel à la valeur et aux intérêts de la Pologne. Le Pape Innocent XI écrivit à Sobieski pour lui dire qu'en dehors de la politique humaine et des négociations , il y avait une question qui dominait toutes les autres : c'était l'honneur et l'avenir de la Chrétienté, que les armes musulmanes s'apprêtaient à compromettre. Les ambassadeurs de Louis XIV s'opposèrent à ce principe, qui vivifiait les forces de l'Allemagne. Ils étaient insinuants et fiers de la splendeur de leur patrie ; mais ils avaient auprès du Roi un concurrent. f^e Père Vota , qé en Piémont , était sujet d'un Prince

U^ ll|8T0IB«

uni atec la fnai«on d'Autriche. Polonais par adoptîoii , il devait au Roi le conseil le pins favorable à la Pologne et à la Catholicité. Ija France , néparée de cet État par d'autres- royai^nies^ p'était qu'un allié inutile , tandis que les empereurs ses voi^ia^ poi|vaieot l'aider avec ^ffica*cité soit contre lies Tnrcs, soit contre les Russes. Vota fit valoir ces motifs auprès de Sobieski ; peut-être mên^fe rappela-t*il à soji âmje ulcéréje les hauteurs déplacées de I^uis XIV et l'insulte que la cour de Versaill^ avait faite à la reine Marie d'Arquien^ qui, parpe qu'elle était née jPf^apçai^e , ne put janiais obtenir le^ honneurs dus à la fpaje^té royale.

Quoi qu'il en soit 9 le J ésuite fixa les ir^és4>luti^ns de Sol^i^si^Li. Le roi de Pologne entra dans la figue d'Au^^ ^our^ , et le 12 septembre j«683 il sauvait l'empire geripaf^ique par ^ne victoire. Sobie^ki, ainsi qu'il le mandait au Pape, était venu , il avait vu , il avait vaincu, {na capitale de l'Autriche était délivrée, et le Père Votf put appliquer à »on royal pénite^it les paroles de l'Évangile qui avaient déjà salué le triomphe d'Hmiade ^t celui de doa Juan d'Autriche : » M fut un hqmme cayoyç d|5 Dieu qui s'appelait Jean, >' s'écria le Jésuite dans ia i^ieille basilique de Saint-Éjtienne. l^'AUemag^e et rilalie s'uji^^i^t 4 Cje|; éloge; l'empereur Léopold seul ue s'y .^socia que 4u bout ^es lèvres. Saa tr.^fie yepait 4'éM'^ f^fj^ermi par Sobieski ; ii acquitta uoe par.çfJJi^ dette par une orgueilleuse ingratitude '. I^a vjictoir/e remporjté<; sous les murs de yiejxne était |ç ^i^i^ de l'ep^ire ; mais elle ajournait les ambiti^u^ prpjpts ^

> Après la bataille de Vienne, l'empereur I ëopold se montra si Froid, si dcdai- {pietrx envers le {»rand capitaine, qne Sobîeski , prenant canf^. Ae I^éopold, ne pàl a* empêcher de lui dire : * Mon frère, je suis bien aise de votis avoir rendu ce pelit service. » Un bon mol fut la seule venyfance que le roi de Pologne lira du prince qni ti*«vait|)as su cldfendre.s» reoninne^ f 1 4|iii 'n'fwait n^me ^as honorer son sauvetir.

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I^ilis XIV. Les écnvaitift français n'oni; pas pardonné au Jésuite Vota là détarminatioil qu'fl fit prendre à la Po** logne. L abbé Goyer, auteur d une Hùioire de Sobiêski, Faucher, qui a laissé uae Fte du Cmrdwml de PoUgnac^ l'accusent de s'être mis eu opposition avec ks intérêts de leur patrie. Cette pairie est la nôtre aussi ^ nnais elle n'élaît pas celfe de Vota ^ mais, en éloignant le Rdi do Polofçne d'une alliance avec Louis XIV, ce Jésuite fa»* sait acte de nationalité ^ et en métne temps il servait la cause de la Foi catholique. 11 ne mérite donc point te reproche qui lui est adressé» et dont, c^qoique Français, nous kie croyons pas devoir accepter l'injustice*

Pour ju^r kia homme à sa valeur^ il faut le voir ^ dktance; les Ijéros eux-i«iémes oQt besoin décret ïniw^ vaille eptn» 1^ vie et la g)oii*e qwe iies p^astons coatempo*^ rataes ne se décidejil jamais à accorder. Sobieski était i avant tout, uu monarque ^guerrier. U devait plaire à uu peuple soMat : la Pblogfie ise plai^mt d être ruinée pfir ses victoires. I^ Roi avait deux fils, Jacquies et CoB^tavf tin. Par uae^lc ces faihleafcs doot lies coears de pèK^ oM seuls le secret, Sobieski se prit À entourer aoa der^nier né des témiôig^oage^ de so» affeciLip». Jacqu^^s ^^^ été formé |>dr lAi am maiii^neat 4^ arines ; U était \ii^ lent et aiphtttetax ^ il aspimii à ceiitiauer ^n Pologne la vm>t lèes JageDons^ let , ^e persuadant qu-ç si S^edMÎ conservait ie sceptre dalis la jE^tliûlIe lae Srce|)jtœ ^ts^ riaicrila(|;e de isqn jeiioe foère^ le jpti'ince ich^V^ba à ^ créier mn parti, (ua disfcorde édaMtît déjà eatre le pç^^ç et ie fils : Tu» parSaiit die tnaiftdire « l'auti^e die f^ir à 1'^ tranger, el peut-être de lome«ter des diaswSHMis <;i vili^. Vota «était le coufident des douleurs paternelles. II l^it dags cette à«ie que des désespoirs de toute pâture aocablaienjt^ tl se^ge à caittier la colère irréfléchie de Ja^

l&O HISTOIRE

ques« Il accouri auprès de lui ; il loi £ait sentir rinjusiicc de ses soupçons et le peu de fondement de ses jalousies contre an frère que son âge encore tendre rendait Tob* jet des caresses du Roi. Jacques résista lon{];«-temps au Jésuite; mais enfin, vaincu par ses prières, il se laissa conduire à l'armée dont Sobieski prenait le commandement. Il fléchit le genou devant le monarque, il implora un pardon qui, au même instant, tombait du cœur de ce malheureux père. Le lendemain , le héros , entre ses deux fils, ouvrait la campagne par une victoire.

Les Polonais , insatiables de combats , se fatiguaient de ce prince, dont la guerre était Félément. Ils lui reprochaient avec amertume les fautes politiques de son règne , ils aspiraient à ressaisir une indépendance que la fermeté de Sobieski leur paraissait toujours prête à compromettre. Ces préventions dégénérèrent en haine; elles empoisonnèrent son existence. C'était dans le sein de Vota qu'il épanchait ses tristesses; il se sentait frappé au cœur, et cet homme que les plus grands pé* rils n avaient pu effrayer, qui avait tenu d^ins ses mains les destinées du monde, se désolait de ne plus voir at* taché à son nom un prestige -de popularité. Le sceptre de Pologne échappait à ses enfants; le Roi se voyait mourir, et, dans les cruelles prévisions du trépas, il je* tait avec terreur un dernier regard sur l'avenir de cette nation qu'il avait glorifiée. Enfin, le 17 juin 1696, qui, par une étrange coïncidenoe, était le jour de sa naissance et de son élection , Sobieski comprit qu'il fallait dire adieu à la terre. liC Père Vota et l'abbé de Polignac, élève des Jésuites et ambassadeuprde France à Varsovie, reçurent ses suprêmes confidences; ils adoucirent si bien le terrible passage du trône à l'éternité, que quand Sobieski, frappé d apoplexie , eut repris ses sens, il dit :

u Je me trouvais bien.^ Ce regret de vivre encore, si brièvement exprimé dans les bras de la mort, était an reproche pour la Po'ogne , un encouragement pour le Jésuite. Vota pria de nouveau avec lui, et Sobieski s'éteignit à Tâge de soixante-six ans. u II accepta , dit l'historien Zaluski, le sacrifice de mourir plus volontiers quUl n'avait accepté, vingt-trois ans auparavant, celui de régner; car alors il lui fallut plus de quarante-huit heures de combat avant de se rendre aux vœux du pays. Ici il ne combattit point, il déposa, sans se plaindre, dans cette journée solennelle, la couronne et la vie, pour les échanger contre une autre vie, et, je le crois fermement, contre une autre couronne.

Au moment où le midi et le nord de l'Europe voyaient les Jésuites obtenir sur Louis XIV et Sobieski un ascendant religieux qui, par la force des choses, de*vait rejaillir sur la politique, ils apparaissaient au grand jour dans l'Angleterre elle-même. Leur action se faisait sentir au palais de Wfaite-Hall; là, comme partout, ils subirent le contre-coup des préventions , des colères ou des enthousiasmes irréfléchis.

La République des Saints se divisait; Olivier Cromwell était mort roi par le fait, léguant à Richard, son fils, un pouvoir que la gloire , le crime et une sage administration avaient cimenté. Cet héritier du vieux NoU était un honnête homme. Pour continuer la dictature de son père, déguisée sous le titre ambitieusement modeste de Protecteur, il fallait s'associer aux cruautés des Indépendants et des Presbytériens contre les Catholiques, et se résigner à devenir ou leur chef ou leur esclave. Richard pensa que le diadème de la Grande-Bretagne ne valait pas le sacrifice de son repos et de sa probité ; il renonça à la glorieuse mais sanglante suc-

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cession que lui laissait Oromweli, et, du fond de son obscurité, il regarda passer les événements, f^e général Monk, un des soldats de l'Indépendance, jugea cpie las excès du Puritanisme entraîneraient l'Angleterre à 5a perte. Il voyait les promoteurs les plus désintéressés de la République des Saints se disputer l'autorité ; il constatait un malaise universel ; un affaissement du pouvoir qui ne vient qu a la suite des corruptions législatives ou des mépris du peuple: il résolut dy mettre un terme. A la tête des armées, il transige avec la royauté proscrite, et le 8 juin i66o, Charles Stuart, fils de Charles I'', est rappelé au trône par cette même nation qui , moins de onse ans auparavant , s'était rendue solidaire du ré*gicide«

Charles II fut un sduverain qde le malheur conduisit au scepticisme politique. Il avait eu le temps de méditer, dans les cours étrangères, sur la position faite aux princes exilés. Il savait que rien ne réussit par eux» que rien ne se tente en leur faveur. Ils sont là pour devenir l'appoint d'uu marché, ou les victimes des terreurs diplomatiques. Sa chevaleresque ardeur de Worce^er, son Odyssée de misères après cette bataille, les dangers personnels qu'il a courus sous Montrose, le lia Rochejaquelein des clans écossais, les lâches abandons du principe monarchique que les Rois ou leurs ministres consommaient , tout avait donné à cet esprit super* ficiel et frondeur une maturité d'égot«ne dont, une fois parvenu au trône, rien ne put déranger les calculs. Voluptueux plein d'insouciance, il ne vit dans sa restauration qu'un moyen de forcer le plaisir à compenser les amertumes de Texil. Indifférent à tous les cultes, il n osa pas cependant laisser aux Catholiques le droit de l'accuser d'ingratitude ou d'injustice» Il connaissait lenr

DE Là CO>JPA6NtE DE JÉSL8. iUn

fidélité à ûbn père, fidélité qui ne s'était jamais défileiitie ; il signa donc à Bréda une déclaration de liberté de conscience qui leur promiettait des jours plus heureux. Le peuple anglais accueillit avec des transports inexprimables le Roi qu'il avait si souvent maudit dans se6 clubs et ^onfsuivi sur les champs de bataille. Quand \(s^ plus bruyants éclats de l'ivresse publique furent cjlmés, Charles H résolut de tenir sa parole; il essaya de mitiger les lois pénales dont les rigueurs pesaient sur les Cdtholiquès.

Ils se réunirent à At'undel-House , au mois de juin i66i , et ils présentèrent à la Chambre des Lords une pétition tendant à faire abolir les décrets sanguinaires j les mesures exceptionnelles , les wrilt de persécution et de confiscation dont ils avaient été l'objet depuis Henri VIII. Malgré racharnement de Clarendon, ce bill allait être accepté à peu près dans son ensemble , lorsqu'un membre dii Parlement fit la motion u qu'aucun Jésuite ne serait apte à jouir du bénéfice de l'acte projeté. » Cette exclusion , pleine de ruse calviniste , était un outrage à Tégalité , une leçon pour les Catholiques. Les uns repoussèrent avec énergie toute mesure flétrissante; les autres s'imaginèrent que les disciples de Loyola devaient renoncer à letir Institut et donner à la paix un gage d'abnégation. L'Hérésie venait de jeter la discorde dans le camp des Catholiques. Il y en avait qui se persuadaient que la proscription de l'Ordre de Jésus serait une sauvegarde pour eux. L'Anglicanisme ne se montrait hostile qu'à la Compagnie : ils l'offraient en holocauste. Les uns disaient que l'Église vivrait bien sans les Jésuites; les autres, qu'ils lui étaient nuisibles parleur impopularité auprès des Protestants. Le plus grand nombre, cependant, envisageait la question sows un point

i&k HISTOIRE

de vue moins étroit. Us demandaient que l'unité se fît dans le paili; ils avaient souffert tous ensemble, ils conseillaient de vaincre ou de succomber tous ensem*ble. Le sacrifice des Jésuites rendrait l'Anglicanisme plus exigeant, et, après avoir obtenu une première victoire due à la lâcheté, il ne fallait pas compter qu'il s'arrêterait à une seule exclusion parlementaire. En laissant poser le principe de proscription , les Catholiques se résignaient à en accepter les conséquences, et quand ils seraient décimés, ces conséquences n'offriraient aucun obstacle dans l'application. L'Anglicanisme caressait maintenant les Papistes afin de les affaiblir; mais ils devaient craindre de se voir persécutés à leur tour, et de ne plus trouver dans l'appui du Clergé séculier les lumières et le courage dont ils auraient besoin au. jour du danger. Déserter la cause des Jésuites par timidité ou par calcul , c'était rouvrir la voie des iniquités , restreindre la liberté de conscience, et fournir aux Sectaires un argument dont ils sauraient bien se servir en temps opportun. L'existence de la Société de Jésus n'était pas, sans doute, si intimement liée à l'existence de rLglise , que la mort de l'une dût entraîner la chute de l'autre; mais les Catholiques anglais prétendaient que la difficulté ne consistait pas en cela. Il s'agissait pour eux d'être ou de n'être pas, de pouvoir faire élever leurs enfants selon leurs vœux , ou de courber la tête sous le joug protestant. Les deux opinions évoquèrent des défenseurs. Une guerre civile éclata en controverses et en pamphlets; le comité d'Arundel-House se changea en Forum. Les Catholiques n'avaient pu s'entendre; le Parlement profita de ces divisions qu'il provoquait. Le bill de liberté religieuse fut ajourné; de nouveaux événements le rendirent impossible.

Ijes questions politiques les plus importantes s'effacent avec le temps. Elles meurent sous de nouvelles ambitions, ou elles se transforment. Il n'en est pas ainsi des matières religieuses. Celles-là, qui touchent au fond, à Tessence même de la société, peuvent sommeiller dans des jours de calme ou d'inertie. Quand sonne rheure des troubles de l'esprit, précurseurs des tumultes populaires, elles reparaissent toujours jeunes, toujours vivaces. Cette question de l'ultramontanisme, que Bellarmin et Bossuet, que TÉglise gallicane et les Docteurs de Rome ont si souvent agitée, n'a jamais pu être résolue. A des temps donnés, elle revient dans la polémique , comme un bélier qui doit battre en brèche le rempart de la Catholicité. Mais la prudence des Souverains Pontifes et les événements eux-mêmes ont brisé cette arme. Ce que les théologiens les plus érudits, ce que les légistes les plus savamment acrimonieux de France n'avaient su faire , l'Église romaine l'a réalisé en laissant tomber en désuétude un pouvoir moral qu'elle n'exerça jadis que dans l'intérêt des peuples opprimés. Ce ne sont plus les Papes qui ébranlent le trône des rois, mais les idées révolutionnaires. Quand, dans un espace de douze années , on voit la République française et l'empereur Napoléon suivre à deux reprises différentes l'exemple du connétable de Bourbon et de Charles-Quint, lorsque Pie VI meurt en exil, lorsque son successeur est enlevé de Rome par quelques gendarmes , nous croyons qu'il est au moins superflu de rentrer dans un débat que d'un côté la violence, que de l'autre la sagesse , ont tranche à jamais.

Au siècle de Charles II et de Louis XIV, on ne discutait déjà plus sur les choses , mais sur les mots. Le pouvoir du spirituel et du temporel était mieux défini et IV. 10

IW HISTOIRE

plus, distinct. Les Jésuites eu Augleterre se rendaient ailssi bie'n compte qu'en Italie et en France des doctHhes qite consacraient les nouveaux besoins de la société. Ils n'agitèrent donc pas cette question , et , dit Lingard ', qui n'est pas suspect de partialité en leur favelif, « Clarendon est, comme de coutume, inexact. Les Jésuites furent réellement exclus des avantages de l'acte ; et dails leurs raisons , publiées par eux à celte époque, ils proclament que depuis Tannée i6 18 tous les membres de la Compagnie , par ordrie de leur Général , sont obligés, sous peine dé censure, de ne pas enseigner la doctrine dont il s'agit ici , soit en paroles , soit par écrit. » Le témoignage des historiens du temps confirme l'assertioti de Lingard.

Les Jésuites ne fournissaient aucun prétexte à la persécution, ï^a tempête révolutionnaire les avait dispersés, mais ils ont en eux un principe de vie si teiiace, mais ils sàvetit depuis si long-temps que la lutte est la première cofaditibn de leur existence, que le rétablissement dfe la monarchie les trouva encore plus forts qu'auparavant. Depuis la restauration de Charles It, ils se livraient aux travaux du ministère ou de l'éducation, sans s occuper des querelles qui , à leur sujet , divisaient les Catholiques anglais. Ils pensaient qu'en face d'une révolution à peine vaincue, il ne leur restait qu'un parti à prendre, celui de la prudence. Ils temporisèrent donc. Néanmoins il y avait dans les esprits trop de ferments de discorde pour que cette sagesse ne "fût pas calomniée. En i655 la peste sévit à Londres; en 1666 un immense incendie éclate dans cette ville : plusieurs, quartiers deviennent la proie des flammes; la ruine produit l'exaspéKition. TA\nglicanisme s'empare du doublé fléau. À

' Ilisioiè e (V AmjleleiTe^ par le <1(Kleiir Lingard. t. xii.

cette multitude aigrie par le malheur il montre les Catholiques, et les Jésuites surtout, comme les auteurs des désastres : ce sont les Jésuites qui empoisonnent les sources d'eau , les Jésuites qui , par des maléfices , ont propagé la contagion, les Jésuites qui, pour anéantir le Calvinisme , ont condamné au feu la capitale de la vieille Angleterre. La Chambre des Communes s'associe par un acte législatif à des impostures dont elle a le secret : elle adresse au Roi une pétition pour le supplier de mettre un terme à l'insolence et aux progrès des Papistes. Vingt enquêtes sont ordonnées. L'Anglicanisme les commence avec une rigueur pleine d éclat. Elles ne révèlent aucun Jésuite coupable; mais elles ont servi à tenir en haleine les préjugés et les injustices. Charles II sei.t qu'il faut céder à des colères qu'il n'ose comprimer; car, avant tout, il veut mourir roi après avoir si longtemps vécii proscrit. Les difficultés s'amassent autour de lui , il les ajourne ou les conjure par des palliatifs. Ces palliatifs constitutionnels doivent tuer sa dynastie. Le Roi n'a pas d'enfants légitimes : il lègue d'avance à son successeur tous les embarras que suscitent à la monarchie son bonheur viager et les haines protestantes, i^e iParlement ekige qu'il fasse de l'arbitraire : Ch'arles II se résigtie à bannir les Jésuites et à ordonner l'exécution des lois contre les récusants. « Il oubliait ses amis, dit Bévil Higgons», et obligeait ses ennemis. En voulant par* là ramener une espèce d'hommes que nuls bienfaits ne pouvaient rend4*e recçnnaissànts, il négligea ceux qu'aucune injustice n'aurait contraints à se détacher de sa cour. »

Pehdant ce temps, Jacques, duc d'York, son frère et

^Abrégé de Vhistoire ttÀtufleterre, p. 370.

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rhéritier de la couronne , lisait V Histoire de la Bé forme du docteur Heylin. Cette lecture lamenait à croire qu'il y avait pour lui obligation de se réconcilier avec l'Église universelle. Le duc d'York était un prince au jugement droit , d'une bravoure incontestable , mais qui ignorait que la prudence est quelquefois une vertu politique. Plus franc , moins volage dans ses amours, plus économe que Charles II , soldat sous le grand Condé et sous Turenne, amiral d'Angleterre dans sa lutte avec la Hollande, il a vaincu Opdam en i665, et tenu tête au terrible Ruyter en 16*72. Mais il ne sait pas, comme le Roi , se prêter à des caprices législatifs ; il aime , dans les ardeurs de son caractère , à rompre en visière au fanatisme qu'il lie partage pas. La vérité brille à ses yeux^ il Taccepte. Pourtant, par une exception à ses tendances habituelles, il s'efforce de cacher sous la profession publique du culte anglican la croyance catholique qui illumine son âme. Le Père Simons est consulté par lui. Ce Jésuite déclare qu'une pareille duplicité est coupable; le Souverain Pontife adhère à cet avis. Jacques ré-^ vêle au Roi ses scrupules de conscience. Le Roi, catholique par instinct, y applaudit, ainsi que lord Arundel, sir Thomas Clifford et lord Arlington. Sûr de lui-même et de son frère , le duc d'York fait profession publique de fidélité au Saint-Siège. ,

Charles éprouvait des besoins d'argent sans cesse renaissants. Il avait ses maîtresses à enrichir, son Parlement à acheter et toujours des goûts nouveaux à satisfaire. Louis XIV, qui tenait en laisse le gouvernement britannique , subventionnait ses ministres , fatale redevance que les Anglais acquitteront avec usure lorsque la France tombera entre les mains du Cardinal Dubois et de ses imitateurs. Charles Stuart était besogneux. Les

DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. Ii!i9

Chambres ne secouraient sa détresse que lorsque le Roi consentait à mettre les Jésuites hors la loi. On accumulait ainsi les décrets de proscription dans les limbes parlementaires afin de les sanctionner par leur multiplicité. La Compa{][nie de Jésus était l'arbre qu il fallait déraciner pour voir sécher sur pied toutes les jeunes plantes catholiques. Ce système fut suivi avec une rare adresse , et il échoua cependant.

On tourna contre les Pères les hostilités du peuple. On se fit une aime de sa passion d'indépendance , de ses goûts de marchand , de ce puritanisme exagéré qu'il fait passer dans ses habitudes et dans sa vie. On lui montra le duc d'York toujours prêt à briser par les Jésuites l'œuvre que deux révolutions cimentaient. La spoliation du Clergé avait créé d'immenses fortunes territoriales. L'extinction des Ordres religieux avait supprimé les dîmes et les corvées. On persuada à l'aristocratie et à la classe bourgeoise que les Jésuites, maîtres de l'esprit du duc d'York , n'aspiraient qu'à ressusciter tout cela. L'aristocratie et le peuple avaient intérêt à être trompés. Ils se prirent volontairement au piège qu'on leur tendait; et, pour entretenir ces impressions si favorables à l'Hérésie, l'Anglicanisme se mit à inventer ou à patroner les fables les plus absurdes. Le règne de Charles II se trouve encadré dans un complot permanent dont les Jésuites sont l'âme.

Cette politique, basée sur une imposture perpétuelle, alla si loin que le docteur janséniste Antoine Arnauld ne consentit pas à voir périr sous des calomnies anglaises l'ennemi qu'il s'était flatté de terrasser avec la massue de sa dialectique. Il eut un jour le courage de la vérité; et, en face de tant de misérables subterfuges , il laissa sortir de son cœur des accents d'une conscience honnête. Il

150 HI5T0ÏP

s'écri^, dans son Apoloijw pour les Caffioligiies' : « p<^ que disolt Isaie du peuple juif est vray aujojird'buy à Ja lettre du peuple d'Angleterre. Omriia quce loquitur popidus iste^ conjuratiô est^: tout y est présentement con- Juratipn. Un Jéàulte, autorisé par le Roi, étaqt aumônier, de sa belle-sœur, conseille à un moyne apostqt de ristourner dans son couvent, c'est une cor\juration; il conduit quelques filles catholiques qui veulent vjvrp 4«^ns Londres en religieuses, conjuration; il désire|:*oit que quelques prêtres pussent aller prêcher la Foi aux Infidèles dans quelques endroits de l'Amérique occupas par les Anglois, conjuration. Rien sans doute n'est plus ridicule , et après cela Ton voudra que nous soyons assez simple pour croire que ce n'est pas pour la Religion que l'on persécute les Catholiques en Angleterre, mais feulement pour la conspiration. »

Arnauld posait le doigt sur hi plaie; il en sondait, il çp faisait sonder la profondeur ; il démasquait le plan de l'Anglicanisme, et cet homme, que des rivalités de doctrine avaient entraîné dans les iniquités de parti pris, ne s'avouait pas que lui-môme donnait l'exemple des accusations passionnées. Il flétrissait les Anglais mentant k l'histoire et insultant à la raisop publique. Il se pprtait le vengeur de la Compagnie de Jésus, et il l'attaquait avec des armes pareilles. Les Puritains ne s'effrayèrent pas de cette tardive probité. Dans leur haine contre les enfants de Loyola, ils comptaient pour auxiliaires les Jansénistes. Ces derniers sacrifièrent la vérité, si éloqùerament proclamée par le grand Arnauld , à des misères de coterie, à des vanités de plume, à de pauvres triomphes d'amour-propre, à une ombre de popularité

' Apologie pour les Catholiques, par Arnauld, p. 474. Liéçc, t6S2. 3 Isaïc, cap. VIII, vers. 12. -

DE LA COMJ*AGNIE DE JÉSliS. IT)!

qu'il ne faut jarqais mendier en s'apujiyant sur quelques sophismes ou sur de lâches capitulations de conscience. Ij*athlète du Jansépisme s'exprimait ainsi en 1682. Nous allons, dans le réci|; des^ faits, montrer si son indignation étajt juste. Dans l'année 1675, un Français, fils dpne comédienne nommée la Qeauchàteau, arrive en Angleterre. Il se fait appeler Hippolyte du Ghâtelet de Luzancy, et a jusqu'à ce jour mené une vie aventureuse. Sous-maître dans un collège, domestique, puis inculpé de faux à Montdidier en Picardie, il se présentp à Londres comme renégat de la Gor^jpagnie (le Jésup. Poussé par un sentiment de foi calviniste, il demande à être reçu dans le sein de l'Église anglicanet CettfLËglise Taccepte sans §ÊÊÊÊ^ information; elle ouvt^^s'sesj au Jésuite franÇtMs j elle salue sa prétendue apc comme une victoire; elle le comble de bienfaits; et, se plaçant au qiveau des partis qui ne rougissent pas d'employer les plus vils instruments, l'Eglise anglicane l'entoure de prévenances. Luzancy ne se déguisait pas que la calomnie devait payer tant de honte ; il espérait mênae acquérir de nouveaux droits à de plus hautes faveurs. }l se met en relation avec les chefs du Protestantisme dans le Parlement , et il accuse les Jésuites. T^e Père Saint- Germain était choisi par la duchesse d'York pour confesseur; c'est sur lui que Luzancy jette son dévolu. Saint-Germain, dit-il, l'a surpris dans sa demeure; il iui a appuyé un poignard sur la poitrine, et, en le menaçant de mort, il Ta contraint à signer un acte de rétractation. L'imposture était évidente. Il n'y a qu'un cri dtos toute r Angleterre; TAngleterre se lève en masse pour s'épouvahtet* de Tinsolence des Papistes. Ordre esl: donné par le Roi d'arrêter le Père Saint-Germain : la Chambrée des Lords rend un bill qui encourage Taposta-

sie ; celle des CofAmunes, toujours plus ardente , demande que tous les Jésuites, que tous les prêtres catholiques soient plongés dans tes cachots.

Devant le Conseil priïé, Luzancy persiste dans ses dires. On a cru si facilement à l'incroyahle qu'il pousse jusqu'à l'absurde. 11 annonce un complot des Catholiques contre les Protestants. Ce complot, dont les Jésuites sont les instigateurs, doit éclater simultanément à Londres et à Paris. Il noiera dans un fleuve de sang tous les Dévoyés de l'Eglise : le roi Charles , le duc d'York;-les . plu^^randes familles de l'Europe y sont affiliés. En gage de la sincérité de ses paroles , il appelle 'hérétiques. Ces témoi^^oniparaissent; ils it; ils nient tout. Les AmRfns avaient trop ;tre trompés pour se laisser aussi aisément t fallait que le peuple ajoutât foi à la conspiration des Jésuites et du Papisme. Le Parlement maintint les décrets que l'imposture dictait à l'arbitraire ; mais un ministre du culte réformé, Justel , ne consentit pas à laisser ainsi triompher le mensonge. Il démasqua Luzancy '. Un autre prit la défense du Père Saint-Germain. Les haines de l'Anglicanisme étaient infaillibles : le Parlement se hâta de blâmer sévèrement ceux qui venaient au secours de la vérité. Luzancy resta un martyr

' Anloinc ArnauW lui-m^iue, dani ton apologie pour les CaUioliqaei (|iagct 176 «t

■ par Pori-Boy»l-di

aidé k Hpoodrei H. Claude.

le de Brie en Oitmpigpe

pour les suppôts de la religion d'Henri VIII et d'Elisabeth. Compton, évêque de Londres, le prit sous sa protection : il fut reçu maître ès-arts à l'Université d'Oxford, et installé vicaire de Dover-Court dans le comté d'Essex.

La fortune de cet aventurier devait en tenter d'autres; trois ans après, Titus Oates mit au jour son complot. Cet Anglais se trouvait dans les mêmes conditions d'existence que Luzancy; comme son devancier, il avait passé par beaucoup d opprobres avant d'arriver à être le sauveur de l'Anglicanisme. Ministre anabaptiste sous CromwelJ, épiscopal sous la restauration, perdu de dettes et d'honneur, il ne lui restait plus qu'à jouer un rôle infâme. Le docteur Tonge , une de ces natures mobiles qui s'impressionnent de la terreur qu ils veulent communiquer aux autres, était à Londres un des plus fougueux adversaires de la Société de Jésus. Dans des pamphlets trimestriels, il inventait pour les masses de ces ignobles calomnies qui iront toujours à leur instinct sauvage ou moqueur; Tonge finit par se prendre luimême au piège de ses récits. Les Jésuites ne conspiraient pas : d'accord avec Oates, il leur arrange un complot, et il est décidé que ce dernier s'insinuera auprès d'eux, soit pour trouver la clef de leurs trames, soit pour en créer. Oates feint de se convertir à la foi catholique; il implore son admission dans la Société de Jésus. Sa prière est exaucée, Oates part pour le Collège des Jésuites anglais à Valladolid. Cinq mois après, ses vices le font chasser de cette maison. Tonge l'exhorte à ne pas désespérer de son hypocrisie, et cet homme triomphe, à force de larmes, des répugnances du Père d'Harcourt, provincial d'Angleterre. Il entre au Collège de Saint-.Omer, il sollicite d'être reçu comme Novice dans l'Ordre , on lui ré-

pond jpn l'e^^oulsafit. Le 24 avril 1678, la Congrégation provinciale s était tenue daps le palais de Saint-James , où le duc d'Vork habitait. Cette assemblée triennale est transformée par eux en un conseil extraordinaire , dans lequel les Jésuites ont discuté, approuvé les moyens Içs plus sûrs d'assassiner le Roi et d'abolir l'Anglicanisme. Oates et Tonge viennent de trouver un point d'appui ; il ne leur reste plus qu'à organiser le plan de conspiration. Us en combinent tous les effets : ici ils fabriquent de fausses lettres, là ils encadrent tous les noms catholiques qui retentissent à leurs oreilles.

Jamais peut-être, dans les annales du monde, complot ne fut ourdi avec une plus merveilleuse inaptitude, f-es impossibilités matérielles éclataient à chaque pas ; elles révélaient partout d«s impossibilités morales. Quand, le 1 3 août, Kîrkby annonça au Roi que des meurtriers apostés par les Jésuites allaient attenter à sa vie, le Roi np put s'empêcher de sourire, et il continua sa promenade dans le parc de Windsor. Tonge fut néanmoins mandé à la cour; il développa le complot, dont mieux que personne il connaissait les ramifications. Il fallait frapper im coup décisif pour capter la confiance. Oates raconte qu'il est le principal agent des Jésuites, qu'il possède tous les secrets de l'Ordre , et , en témoignage de sa véracité, il écrit au lord trésorier que, ce jour-là même, le Père Bedîngfeild, confesseur du duc d!York, doit recevoir par- la poste des lettres relatives à la conspiration.

u Par un heureux hasard, dit le roi Jacques II dans ses Mémoires^ le lord trésorier ne se trouva pas à Windsor quand ce billet y parvint, et M. Bedingfelld, passant devant Thôtel des postes au moment où la malle arrivait, entra lui-même et demanda ses lettres. On \m en

remit cinq réunies clans un gros paquet. Ellçs étaient s|gnées des noms de Wliitebread , Fenniçk , Irelanc), Blondel et Pogarty. Les quatre premiers appartenaient à la Société de Jésus; il connaissait leur écriture, il s'aperçut aussitôt que ces lettres étaient fausses. Il soupçonna de mauvais desseins, et les communiqua sur-Ie* champ au duc d'York, qui* les reipit au Roi. «

Bedingfeild avait sans le savoir rompu les premiers fils du complot. Les lettres qui lui servaient de basç portaient des caractères si évidents de falsification , que ii dans le cours du procès, selon la version deLingard', les avocats de la Couronne jugèrent opportun de les supprimer. » Oates était pris dans ses propres filets ; il en sortit par un coup d'éclat : il attesta par serment devant le juge de paix, sir Edmopd fiury Godïrey, la sincérité de ses dépositions. Le Parlement allait s'assembler : le duc d'York presse le Conseil privé d'appeler à sa b^rre le révélateur, et d'établir une minutieuse enquête sur la vérité ou sur l'imposture de ses accusations.- Oates paraît devant les lords du Conseil privé. Là, il déc}are que les Jésuites, soudoyés par le Pape et paj^ Louis XIV, ont formé le projet d^anéantir la religion anglicane, d'assassiner le Roi et même le duc d'York , s'il ne trempe pas dans Tattentat ; que le Père Lachaîse, dif*ecteur (du roi de France, met à leur disposition des sommes consldjérabltes , et que Tlrlànde et l'Ecosse s'associent à ce com- • plot. Son apostasie simulée lui a permis de pénétrer cette tràmè. (fTest lui qui en a été l'agent le plus actif, lui qui connaît les mystérieuses complications qui lient le général des Jésuites au Saint-Siège , lui qui a tout vu, , qui a tout su, qui a tout lu, et qui, au risque de sa vie , révèle tout par amour de la vieilli? Angleterre. A Madrid

• ffistotrc dAnifleterrCt t. Xiii, ch. i.

il a visité don Juan d'Autriche , l'allié des Jésuites ; à Paris le Père Lachaise l'a reçu comme un envoyé de Dieu, fct lui a compté dix mille livres sterling. Oates dit avoir été mis en relation avec l'infant. Le roi lui enjoint de décrire sa personne ; Oates répond sans hésiter : « Don Juan, homme grand , maigre et bruji. «

C'était le type de l'Espagnol; le dénonciateur avait des chances pour tomber dans le vrai; mais, raconte Lingard *, u Charles se tourna vers son frère et sourit. Tous deux connaissaient personnellement le prince; ils savaient qu'il était petit de taille et d'un teint très-blanc. «Et, ajoute le Roi, où avez- vous vu le Père Lachaise compter les 10,000 livres sterling?» Oates réplique avec la même assurance : — Dans la maison des Jésuites attenante au Louvre. — Drôle ! s'écrie le monarque , les Jésuites n'ont pas de maison à un mille du Louvre '. »

A de semblables récits, le conseil privé se garda bien de partager la juste indignation de Charles. L'absurdité du complot en faisait la force à ses yeux ; il ordonna de saisir tous les papiers des Jésuites et de s'emparer de leurs personnes. La correspondance la plus intime des Pères accusés, celle de La Colombière , aumônier de la duchesse d'York, et qu'Oates désignait comme le confident du Père. Lachaise, ne produisit aucun résultat. Les lettres de Colman, secrétaire de la duchesse d'York , offrirent plus de prise aux interprétations. Colman , placé au second rang, était un de ces hommes comme on en rencontre tant dans les partis, avide, ambitieux, se faisant de l'intrigue un devoir de conscience, et cherchant,

* Histoire ^Angleterre, I. xin, ch. i.

' La Compagnie de Jésus ue possédait que trois établissements à Paris, et tons trois se trouvaient dans des quartiers fort éloignés du Louvre. La Maison Professe était située dans la rue Saint- Antoine; le Noviciat, rue du Pot-de-Fer» et le Collège de Louisle-Grand rue Saint-Jacques.

par rexagération de son zèle ou par le crédit qu'il s'attribuait, à devenir le pivot des affaires.

Un traité secret avait été conclu, en 1669, entre Louis XIV et Charles II , pour rétablir la religion catholique dans la Grande-Bretagne. Les Pères Annat et Ferrier, successivement confesseurs du roi de France, et les Jésuites anglais n'étaient pas restés étrangers à cette négociation. Colman n'ignorait point ces détails, et il en parlait au Père Lachaise, « Nous avons entrepris un grand ouvrage, lui mandait-il. Il n'y va pas moins que de la conversion des trois royaumes et de l'entière subversion de cette pestilente hérésie qui, depuis quelque temps, a dominé sur cette partie septentrionale du monde. Nous n'avons jamais eu de si grandes espérances depuis le règne de notre reine Marie. » Dans une autce lettre , Colman s'exprimait ainsi : « Je désirais ardemment la continuation d'une correspondance avec le Père Ferrier, connaissant que les intérêts de notre Roi, de mon maître le duc et de Sa Majesté Très-Chrétienne étaient d'être si bien unis , qu'on ne les pût séparer qu'en les détruisant tous. «

Colman savait que les membres du Parlement étaient à l'enchère ; il écrivait encore au Jésuite. « J'assurai M. de Rouvigny * que les Flamands et les Espagnols n'épargnaient pas l'argent pour animer contre la France le grand trésorier, le seigneur garde , tous les évéques et ceux qu'on appelle vieux chevaliers. Ils n'étaient pas moins habiles à décrier le Papisme. Ils se servaient trop bien de la bourse, qui est le moyen le plus efficace de se faire des amis, pour ne pas animer tout le monde contre le duc (d'York) comme le patron de la France et de la religion catholique. » « Le roi (Charles II), ajoute

« M. de Bonvi(juy était alors chargé d'affaires de France à l^odres.

Colman, commanda à M. de Rouvigny de traiter avec le duc, et de recevoir et d'exécuter ses ordres; mais qu'il désirait qu'on ne lui fît aucune proposition concernant la religion, et que de telles affaires fussent renvoyées au Père Ferrier ou à M. de Pomponne. »

C'est sur cette correspondance, dont Oates n'avait jamais eu le secret, que l'Anglicanisme, en dehors de lui, se mit à échafauder une nouvelle conspiration, dont les Jésuites furent Fâme. Les Protestants les accusaient d'avoir tenté de rétablir le Catholicisme en Angleterre pai* le fer et par l'effusion du sang. Antoine Arnauld se porta le défenseur de Tlnslitut, « On voit par ces lettres de M. Coîman, dit le Janséniste dans son Apologie'^, qu'il n'édrlvoit au Fère Ferrier, et après sa mort au Père Lachaise, qu'afin qu'ils fussent les entremetteurs auprès du ttoi , et que rien aussi ne se faisoit sans la participation de Sa Majesté. » Puis revenant au complot prétendu des Jésuites, Arnauld s'écrie : « Peut-on dire cela après avoir lu ces lettres, qui marquent que tout se traitoit avec le Roy par l'entremise du Père de Lachaise ou de M. de Pomponne, sans faire soupçonner Sa Majesté d'avoir approuvé ces desseins cruek et sanguinaires qu'on attribue faussement aux catholiques? ce qui seroit une calomnie si diabolique, que l'on ne peut en avoir donné la moindre idée sans mériter d'être en exécration, nonseulement à toute la France, mais à tout le genre humain. «

La probité d'Arnauld, implacable ennemi des Jésuites, leur rend un témoignage éclatant; mais ce témoignage, qui convaincra la postérité, ne put désarmer les haines politiques de l'Anglicanisme. Les deux Pères dont Colman se faisait le correspondant « avaient toujours, dit

* Apologie 4^8 Catholiques ^ p. 271.

Litigârd, rejetë ses offres; » les preuves étaient sous les yeux du conseil privé. Les lords passèrent outre. (Colmaq fut arrêté, et il rejoignit dans les cachots le» complices que la raison d'Etat lui assignait. Sur ces entrefaites, sir Edmond Bury Godfrey, qui reçut la première déposition solennelle d'Oates, est trouvé mort. t)eux chirurgiens déclarent que son corps porte des traces de violence, il était l'amî*des Jésuites et celui de Colman ; les hérétiques en font ùri martyr du papisk ptot, Godfrey est tombé sbtis leurs coups; afin d'enflammer les passions popu- ^ laires, on expose le cadavre à la curiosité, c'est-à-dire à la vénération publique '. On parle de massacre universel, d'incendie général, d'empoisonnement en masse. Partout et toujours on montre au peuple la main des Jésuites préparant ces attentats. Le Parlement s'assemble; il simule l'épouvante; il demande aulloi de prendre toutes les mesures imaginables pour sa sûreté; lui-même s'entoure de précautions insolites; puis, il ordonne une enquête sur les délations de "jfitus Oates. Le comte de Shaftesbury la préside. Courtisan du pouvoir, quel qu'il fût, cet homme a servi tous les partis, professé toutes les religions, et n'a songé qu'à ses intérêts. Orateur brillant, publîciste consommé, esprit mobile, génie aussi vaste que. pervers, Shaftesbury a réduit la trahison en système. Chaque opinion l'a vu outrer son principe; il

* Les Anglicans , (jui ont des raisons concluantes pour tout , ne purent jamais expliquer l'intërêi qu'avaient les Jésuites à la mort de ce juge de paix, qui leur rendait plat d'un service. Les Puritains, les Presbytériens et les Épiscopaux s'en tirèrent en répandant à profusion un sonnet dont voici les trois derniers vers, qui se rapportent aux Pères de la Compagnie :

Ils ont assassiné sîr Edmond Godefroy,

Car au bout de son nom ils ont rencontré roi ,

Pour satisfaire un peu le chef de leur Église.

Ainsi les enfants des régicides de Î649 accusaient, en 1678, les Jésuiles d'avoir tué oc magistrat, parce que au bout de son nom ils rencontraient roi, et ipie ce meurtre devait être agréable à un souverain Pontife.

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les a trahies Tune après Vautre. Révolutionnaire plutôt par besoin que par conviction, il accepta la république des Saints et Cromwell. Il se rallia avec Monk à la cause de la royauté, lorsqu'il sentit crouler sous ses pieds l'édifice républicain. Pendant de longues années, ministre duRoi, il a donné des gages au Catholicisme, comme il en offrit à chaque culte dominant.

5oo livres sterling étaient promises à celui qui découvrirait les auteurs de la mort de Godfrey. L'imposture savait qu'elle évoquerait partout des dupes ou des complices ; lord Shaftesbury était là pour les encourager. Le 4 novembre 1698, Beldoe se présente au Parlement, afin de gagner la récompense légalement votée. Il révèle que lord Bellassis est l'instigateur de l'assassinat, et que lui-même, aidé de plusieurs Jésuites, attira sir Edmond dans la cour de l'hôtel de Sommerset, qu'occupe la reine, et que là ce magistrat fut assassiné par d'autres Jésuites. L'heure que Beldoe indiquait frappe le Roi. Il interroge ses officiers, il charge son fils naturel, le duc de Monmouth, ,de prendre de nouveaux renseignements. Bientôt il est avéré que Charles II luimême était à Sommerset avec une sentinelle à chaque porte, et une compagnie des gardes dans la cour, au moment même que Beldoe s'accusait avec tant de componction d'un crime imaginaire dont cette même cour aurait été le théâtre.

La conspiration d'Oates et de Beldoe jouait de malheur. Shaftesbury persiste à se faire de ces honteux moyens une planche de salut parlementaire. « Eh ! ne voyez-vous pas, lui disait le docteur Burnet, une des lumières de l'Eglise anglicane, que tous les témoins qui vont abonder ici ne seront que des coupe-jarrets?)) Shaftesbury répondit — c'est Burnet lui-même qui

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le consigne dans ses Mémoires. — « Et vous , ne voyezvous pas que, plus notre complot sera extravagant, plus le peuple, ivre de merveilleux, sera crédule? Quel que puisse être leur témoignage , gardons-nous de l'affaiblir. Ces gens-là semblent tombés du ciel même pour sauver l'Angleterre du Papisme et de la tyrannie. »

Il est triste de le dire, mais la dégradation du peuple , constatée avec ce cynisme de l'intelligence , était vraie alors comme elle le sera toujours. Shaftesbury ne croyait ni à la royauté, ni à l'Anglicanisme, ni aux Jésuites; il n'avait foi qu'en son ambition. Les Jésuites et les catholiques de la Grande-Bretagne furent un levier; il s'en servit pour renverser les Stuarts ou pour se faire acheter par eux. Oates et Beldoe avaient enfin rencontré un homme digne de les comprendre. Ils n'ignoraient pas que Shaftesbury, ennemi personnel du duc d'York et des Jésuites, qui le méprisaient, serait, en toutes circonstances, leur conseil et leur appui. Us marchaient à grands pas dans la voie des révélations qu'ils n'avaient encore qu'indiquées, et le complot se déroula sous leur main. Le 25 octobre 1678, Oates fit lire à la Chambre des lords * une déposition qui incriminait Innocent XI, « l'un des plus saints papes , dit Arnauld , qui se soient assis depuis long-temps sur la chaire de saint Pierre*. » En vertu des pouvoirs qu'il tient de ce successeur des apôtres, Paul Oliva, général de la Compagnie de Jésus, est investi du gouvernement des Trois -Royaumes, et il nomme aux premières charges de l'Etat. Oates avait lu en original le bref dans lequel Innocent XI a pris, ditil, le titre de roi de la Grande-Bretagne. Il déclarait avoir lu de même les ordonnances des Jésuites, désignant

* Procès des Jésuites dans la conspiration de Titus Oates y p. 320. > j4po!ogie pour les Catholiques, p. 288

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