CHAPITRE III
La quatrième partie des CoQStitutions. — Fin qu'elles se pnoyosent. —Politique., de rMacatioft. >^ Manière d'easkngher. <^ Objet des études.'-^^ Choit dea cfassié[Wet. f— Les cfaAtinieQts ,torp«rel^. yr- Lp, système, dq .saip^ ^ii|u;^ftt-il{i9qQoi(D^^|f^^ cable ? — Son respect i>our la liberté des enfonts. — L'instruction gratuite à tous fk |>ouB toB»! ««pi| jdiMi notion dç cuhe. -^ liéa- Congrégutioir» géûiriAemtlioeivpeèi de rensei(p9ement public. — ExameOfdu Ratio studinrum. -^ Les Jésuites ëcriveitt» des ouvraf^es ëMmèntairés. '<^- Le' liVre' du Jésuife. -^ Princî}>es dé grammaire , de
Siroftodie et^de lil.tératHr^..TpGn?inwpaifes jCOipp^sikis dantjtoaf Ifs idt«.mesiy-<-}fL|a ésuites lexicographes. — Tous les Jésuites professeurs. — Les Jésuites créent l'é- ^éeatloo Ofaibnàte. <-^ l^éffÉditi dan* Uëdàcaiito. *^- Ltfs • €<^^gfêgaiioBs de i^ Sainte-Vierge. — Plan de ces associations. -7- La Ralle d'or, de Benoît.. Xll[ ;rr Moyens employés par les Jésuites pour fendre l'instruction facile i. la jeunesse. -^ 4fC^Uon des. n^Uri^ pour |eiir^ élèves. 'f»Re|présenttilipiM^ëèU'ai!es:*>i>Xie Collée de Louis-le-Grand. — Les élèves célèbres des Jésuites. — Régime intérieur. — Bacon et Leibnilz jugeant le système d'éducation de la Société de Jésus.
,» ;, ..." »'-."•■ t . » ( » ' I • • t • ' ; I ■ . !*•♦<. / ï • , ": vi ♦^
rJusqu'à présent, iious avons suivi la Oompagnie^^disî Jésus dam les phases si diverses de «son histoire^ noàslavons vine. aur.milictt de« peuples et à*la>€Our de^ ï'cjivv dans l£i guerre; et'/dans la pai»^ âv^né 1» viètoîce owi^Mii la défaite«'Cettc! existence multiplb ne touche pa^eiiicbré à son terme; les Pères ont d'autres luttes à» soufceoiiV d'autres périls ^ affronter;: dé tiourèatiK'trfaihpbè^ à etpà^er,! d!tf)fatigfd»leà adversaires à «ond^ttre ptiMm atbnt de^lesjireoin^gneflr^ati'fond <Ie ^ddtes les r^gion^ oir ils!(Hit pèopfi^éle Qhrifitianisme /il faut'pénélt^r dsMsr lUolérieinr de leurs collèges.' C'est le senil moyen d-expiii (|uer leur; action dani le passé '/et celie qu^ilsIvoQt dé^ ployer '^aes' les fécondes aonéej^. qui: précéder est leirr chute. lie Jésuite lious^ est appaitu 'tantôt avec lés pHnces; tanliôi âvefc.' les f peuples; noiis l'avbns montré dans iles conseils deé Pontifes «èt^pabmi les^natïdnl^ olviU^ées» >U dt porté la parole de Dieu à toutes les extrémités du monde,
se pliant avec un égal aihour auK moeurs errantes des Sauvages et aux besoins moraux des sociétés européennes. Il nous reste à le voir parmi les enfants, à étudier le plan que saint Ignace traça pour façonner à la vertu, à la science et à l'amour de la patrie les générations naissantes.
Quand Loyola roulait dans sa tète ce système d'éducation, quand il le mûrissait par l'expérience, et qu'après l'avoir tout entier écrit de sa main , il le fondait dans le corps même de ses Constitutions , dont il forme la quatrième partie , le seizième siècle prenait possession de sa gloire. Les grands saints, les grands agitateurs, les grands poètes, les grands peintres, les écrivains et les artistes sublimes , dont les œuvres sont consacrées par le temps, embrasaient le monde de la plus vive lumière. L'Italie, qui les avait enfantés, Rome surtout, qui encourageait , qui récompensait magnifiquement leur génie, Rome était la mère des belles-lettres et des arts, l'asile pieux où l'érudition et le bon goût trouvaient des maîtres ainsi que des admirateurs. Ce fut au milieu de ces merveilles, évoquées par Léon X et par ses successeurs , qu'Ignace de Ijoyola composa le traité qui sert de base à Téduca- . tion donnée par les Jésuites.
Dans la pensée de cet homme , qui sut si habilement manier les esprits et développer jusqu'à leur dernière puissance les idées d'abnégation et de dévouement indi* viduel pour les faire servir au triomphe du principe d'association, l'enseignement dut, avant tout, être moral. Loyola connaissait trop bien le prix du savoir, il avait soumis son intelligence à de trop rudes épreuves pour dédaigner ou négliger les études préliminaires; mais, avant d'initier les enfants aux sciences humaines, il s'occupa de faire gernier dans les cœurs la doctrine
religieuse. L'instruction fui à ses yeux un moyen, et, dans le préambule de la quatrième partie des Constitutions , il ne cacbe point la fin à laquelle il tend. Il s'exprime ainsi :
u Le but auquel aspire directement la Compagnie, est d'aider les ànies de ses membres et celles du prochain à atteindre le dernier terme pour lequel elles ont été créées. A cet effet, il, faut joindre à l'exemple d'une vie pure la science et la méthode pour l'exposer; aussi, après avoir jeté dans 1 ame de ceux qu'on admet au noviciat le fondement solide du renoncement à soi-même et du progrès dans la vertu, on s'occupera de l'édifice des belles-lettres et de la manière de s'en servir, afin d'arriver plus aisément à mieux connaître et à mieux honorer Dieu, notre Créateur et notre Seigneur.»
Lorsque, dans le v« chapitre, il détermine l'objet des études, Loyola élargit encore sa pensée. Il explique par quels motifs il veut que sa Société, à peine née, embrasse la carrière de l'enseignement. « Comme le but des connaissances qu'on acquiert dans l'Ordre est d'être, avec l'assistance de la grâce divine, utile à notre âme et à celle du prochain, ce sera là aussi, en général comme en particulier, la mesure et la règle d'après lesquelles on décidera à quelles études nos élèves doivent s'attacher et jusqua quel point ils s'y appliqueront. i«
L'histoire, la poésie, la peinture, les sciences ellesmêmes, tout, dans ce siècle privilégié, prenait sa source dans la religion, tout s'y rapportait, tout y revenait. Les travaux d'Érasme, de Bembo et de Sadolet; la lyre du Tasse, de Vida et de, Sannazar; les pinceaux de Michel- Ange et de Raphaël se mettaient exclusivement au service de l'idée chrétienne. Ils la glorifiaient dans leurs œuvres littéraires , sur la toile ou sur le marbre ;
Loyola veitiul là gloiifi^r par la jeunesse , et; «au oba-r pitre Xf ; il dit t «lia même raison djp ehknté i|ui l&U qnoa se charge des collèges et qu'on y tient des classes ;pa^ bliques pour élever datls'la bonne idoctiiae et'daad les bonnes tnœûrs; ilon^edlement les inôtres, nifeiisj>lus eA** core'lei «étrangers, pourra aller jusqufà^ nous» faines tfc^ cepter la charfje de ^elques Universités^v afib de'fnulti^' plierle bien que nous pouvons fairevet de Tétendre;autant par les sciences^ qu'on y eiiseigAera-.que paroles personnes qui y viendront pi^endre'fdes'^radeSy pour» aller ensuite enseigner avec plus d'autorité ce qu'elles y auront appris; »» • . ».
ToUe!eMla fin* que le législateur des Jésaites assigné à son Institut. Gette fin était aussi utile «n politique qu'en religion ; elle Concordait avéd les institutions civileSy-iavec les croyances de la Catholicité; elle ûppoisaift une digue mi torrent /des doctrines tiovatricesv dont l'Italie, la? Francef et les États d'outre-Rhin ' étaient me-^ nacés. Ignace de LÀyoIâ ne procédait pas par des voicss révolutionnaires, il d -envahissait point, il lie déiruisait pas; il cherchait àconserver au contraire* L'autorité pour kii ccanme pour ses disciples semblait plutôt résider dans la possessioo'que 'dans le drdit. A leurs yeux, lâxxyfisé^ cration du pouvoir ne tenait pas à des règles- immuables; • ils l'acceptaient, ils le servaient, quelle que fût son origine ou sa nature. ' » • ' ' • f'*Hï»
iMowarchie on république, légitimité ou; usurpation admisnè par' les peuples,, ils* ne discutaient rien*; ifefchel^chaient- à» s'accommoder de Jtout; Gé système ^e con^ descendân"ôe a servent fourni conti'e les Jésuites/ 'de« armes V dont les partis se servirent. Sans entrer dana 1«8 exal^atioh9 des fins et dans les dé9es^oii*s dés auti^s, nous pensons, qu'à part les individualités, un Ordre,
. . , D£ LA GOMPA6MIB DM JÉSUS. ^ 187
ainsi constitué ^ ne devait pa» se laisser arrêter ipar des calculs terrestres <lans le mouYement chrétien «qw'il intprloisiit^ La foi ten.sescQiii^ietions'ila fidélité à ses ser<^ piènts est.'toujburs uir 9aUi h6aopablfe"pour« oeibi qui peut coiubatlrcl'par Tépée, par là parole ou par Fisolenf ment. Le^ Jéwkes ne se^trourvent point? dans <ee cas; Hs ne,, sont «pas i^és pour^nléfendre ies trônes^ eut^pôur consolidliâr Its république«i licur ndësionne doit tendre qu^à prap£|^er le Cbiristia^isnla el les bonnes mœurs. Les partis t vaincus les ont accusés de trahison ou de mal^ açlresse; on leut? a neprocbé .la floiadbiUlé de leurs pirin-^ cipes ;^n foce des révolutions. Maisy chargés fd'tntérêtd plus grands ,qhe', ^eux qui se- débattent? les^armes à la mw^i étrangers^ par leur ministère* à toutesles comnvoH tÎQUsii ils se sont: fait un précepte' de ne discuter aucun gouvernement. Us ^ obéissentt à la lot 'humaine-, afin 'de i!a:fiiener les hommes à 1 obéissance due aux* lois divinesi; Cette sé^estration volontaire*, que les partis ne veulent pafs comprendre, et qui aidoiiné ta»t de forpe à la So^ cîété.de Jéstis^est un^e obligation de son Institut. Elle a eha^ge de répandre la foi parTéd^ication;' elleest chré-» ti^inè avant touti Elle se voit^dpnc condamnée ^ avec le Sainl>Siége et Ic^ Cleqgé , à rester muette sur des événe-»mentsr qui peuvent froisser sçs r affections où seS' espé*» rances, et quiv >en/ produisant tin autre^ordre de; cbm seSf^tUÂ' accordent la même liberté pour prêcher ou pour instruirez '->'. ' '• • ^ • »< -t» » '*:îf'' •■ •■ • ••♦ •
Ce n'était pas une agr.é(^ation poiitique , mais tune Sooîété; religieuse; <que. saint Ignace avaiten vue. Tout se dirigeait versi'ce but-: les mission&au delà'desmersi, fe vie; intérieure et extérieure, l'éducation surtout. Ijoyola^n'attaiehaitsa Compagnie à mucunnfode de gou^ yernemenl, il ne la concentrait dans aucun pays; elle
devait être l'avant-garde de TEglise militante. Ses rangs étaient ouverts à tous les dévouements , à toutes les intelligences; elle les accueillait sans acception de patrie; elle se contentait de leur recommander la fidélité à Dieu et au Pape , bien persuadée que ce double devoir ne les rendrait que plus fidèles aux lois de l'État dans lequel ils auraient à remplir le sacerdoce de l'éducation.
Ce qui ressort implicitement de la pensée de liOyola se trouve expliqué avec lucidité lorsqu'il s'agit de l'objet des études. Au cinquième chapitre de la quatrième partie de ses Constitutions, il aborde la manière dont l'enseignement sera distribué; et, en établissant des catégories que la connaissance des hommes rend indispensables, il ajoute : « Puisque en général les lettres humaines, la grammaire, la rhétorique des diverses langues, la logique, la philosophie naturelle et morale, la métaphysique , la théologie , enfin l'Écriture sainte , servent à atteindre ce but, ceux qu'on envoie aux collèges s'adonneront à ces études. Si dans les collèges on n'avait pas le temps de lire les Conciles , le droit canon , les Saints Pères et les autres règles de conduite , chacun ,' après en être sorti , pourrait le faire en particulier avec l'approbation de ses supérieurs , surtout s'il a pénétra fort avant dans la science. Selon l'âge, l'esprit, les goûts et l'instruction de chacun, selon aussi l'utilité commune qu'on en espère , le sujet peut être exercé ou sur toutes les sciences , ou sur une seule , ou sur quelques-unes. Celui qui ne pourrait les embrasser toutes devrait cher* cher à exceller en une seule, n
Le fondateur ne se contente pas de ces précautions , dont les minutieux détails ne rapetissent point la grandeur. La théologie et le droit canon étaient le terme où tout venait aboutir. Loyola sent que l'esprit d'un siècle
aussi actif, quelquefois aussi téméraire, eugeiidrera d'autres activités, et que l'intelli(;ence des masses ne restera pas plus stationnaire que la pensée individuelle. A ses yeux » l'éducation des cloîtres , celle même des universités , a besoin d'un nouveau levier : il va le demander à toutes les branches d'instruction. Elles n'existent pas encore , il les crée , et il recommande l'étude des lettres humaines, l'histoire, l'éloquence et la poésie. Il exige des professeurs spéciaux pour le latin, le grec et l'hébreu f les trois langues-mères ; il en veut même pour le chaldéen , l'arabe et l'indien , " quand , fait-il observer, on le jugera utile au but que nous nous proposons. »
Ignace n'a pas encore épuisé l'objet des études. Il sait que , comme la théologie , les arts et les sciences exactes disposent les âmes à la connaissance de Dieu, qu'ils les élèvent et les fortifient : Ignace les fait entrer dans son plan. Il n'en exclut que la médecine et le droit, études, dit-il, plus étrangères que les autres à sa Société. Puis, par cette exclusion trop absolue, craignant d'engager l'avenir, il se ravise tout à coup. En maintenant la loi portée , il admet que la jurisprudence et la médecine peuvent être enseignées dans les universités de l'Institut, à la seule condition qu'il ne se chargera pas lui-même de ce fardeau.
C'était un homme d'oraison et d'initiative , mais un homme qu'aucun enthousiasme n'éblouissait, et dont la sagacité se rendait compte de chaque mouvement du cœur , de chaque agitation de l'esprit. Il a éprouvé les uns et les autres : il les règle dans une mesure parfaite. Si l'amour des lettres ne surpasse pas la piété , ce qui dans son idée eût été un blasphème, Tétude du moins prévaudra sur les mortifications. « S'il faut prendre
{farde, déclaro-t-II au qualrièine chapitre, que l'ardeur de réuirfe n'altiédisse dans les écoliers Taniour de la Vertu îioUde et de la vie religieuse , il ne faut pas non plus trop donner aux pénitences, aux prières et aux longues méditations. Si le Recteur jugeait convehable d'accorder à qtielqn*ùn 'en* particulier une permission plus' étendue wr cet ot(jet pôut* des i^aisdnS spéciales, il devra tolijburs le faire avec discrétion. Il ii'est pa$ Aïoins agréable à Dieu èt'îl liotre "Seigneur, il' lui sera ihême plus agréable de' les voiï^ s'appliquer aux lettres 'qu'on apprend dans l'intention sincère de le servir, et qui réiclament dn quelque sorte l'homme tout entier, que àd consacrera dé pareilles pratiques le temps des' études, j^
L'objet de l'éducation est défini. Pour en assurer le succès ,' Ignace en détermine l'ordre. Il y consacre le sixième chapitre, u Afin que les écoliers , y lit-on , fas^ sent de notables prégfrès dans les sciences, il faut qu'ils È*effo^cent'avant tout de Conserver la' puredé'de l'âme et d'efvoir une intention droite dans leurs études, sans chércher-atitre chose dans le^ lettres que la gloire de l^n et le *bién des âmes, et quMls implorent souvent dans leurs prières le secours de la grâee, afin d'avancer fHt \à sfcience vers ce but. î ♦ -
1) En* outre , ils prendront la résolution d'appliquer sériensemeht et constamment leur esprit à l'étude, convaincus qu'ils ne peuvent rien faire de plus agréable à Dieu dans les collèges quèf dè^s^y consacrer avecTmtentton dont oti vient de parler; * •
• »H faut 'aussi écarter * les obstacles qui détournent resprît des études, soit qu'ils viennent d<es dévotions et des mortifications excessives et non autorisées, ou bien des soins iet des occupations étrafhgères.
»> Volbi l'ortlre à suivra darts ces études : on s'appuiera
'.il!
Dft LA (lOMPAGNlte DK JÉSCIS. 191
sur rétude de la langue latine comme sur un fondement solide avant' d'abord«er les arts ^ libéraux pgnr. ceux-ci avant de loommenoer la théologie scolastique , et sur cette dernière «avant de s'afppliquer à la théok>gie posi'^ tîve. L'Écriture Sainte pourra s'-apprendre en méfne temps IPBL après. Quant aux langues,' on pourra lesap^ pi^i|dre' avant ou après, selon que le Supérieur le jugera conivéttablfeV eu' égard à k diversité des circonstance^ et
aux différentes dispositions des personnes.
>- » Tôuà les écoliers suivront les leçons» des professeurs publics^ ^ selon là* volonté du Rtefcteiir du <*aHége^, et ces professeurs , nous devons' le désirier, qu'ils soient ou non membres de la Société^ auront de la science, de Texactitude, dé l'assiduité et du zèle pô-ur- le progrès de t eux qui suivent les cours iet les ' autres' exercices littéraires. * .. ' ,«k '...:■ . , . ,: ,; .(i,-
* H» Il y aura, s'il est possible, une bibliothèque commune dans les collèges. En outre , chacun aura les livres qui' lui sont nécessaires. . . ■ , » . , ; . •
}) Les écoliers suivront assidûment les leçons, seront exacts à s'y préparer, à les» repasser après lesavoir e&-* tendues, à questionner sur ce qu'ils n'auront pas^ compris^ prenant du reste des notes suffisantes pour remédier parla suite>aif défauj: de la mémoirei* . - . <<
- ; » Comn^ il est très-utile , surtout pour ceux qui étudient les arts et la théologie scolastique', d-avoirl'habitude de la discussion, les écoliens assisteront aux disputes ordinaires des» écoles qu'ils fréquentent , quand même elles ne dépendraient pas de la^ Société, et tâbberoftt ', sans cependant blesser la' modestie, dc' se faire partîeti* lièrement remarquer par leur savoir. Il convient aussi que dans notre: collège ,- chaque dimanche ou quelque autre jour de la semaine , quelqu'un , désigné par le
Recteur, élève de philosophie ou de théologie, soutienne une thèse dans laprès-difier , à moins qu'une cause particulière n'y apporte empêchement. I^s propositions de ces thèses devront être affichées la veille au soir sur les portes des écoles , afin que ceux qui le voudront puissent y venir pour argumenter ou pour entendre. Après que le répondant a donné quelques preuves de sa thèse, chacun peut attaquer à sa volonté, qu'il appartienne à la maison ou qu'il n'y appartienne pas. Il faut néanmoins qu'il y ait un président pour diriger l'argumentation , pour faire ressortir de la discussion et proclamer dans l'intérêt des auditeurs la doctrine qu'il faut suivre , enfin pour donner le signal de la fin de la dispute et répartir le temps de manière que tous, autant que possible, puissent argumenter.
» Outre ces deux exercices publics, on disputera tous les jours en classe, à un temps donné, sous la direction d'un président, afin que^parce moyen les esprits soient plus exercés, et que les difficultés qui se trouvent dans ces sciences soient mieux éclaircies pour la gloire de Dieu.
» Ceux qui étudient les lettres humaines auront aussi leurs moments fixés pour conférer et discuter sur les choses qui concernent leurs études en présence de quelqu'un qui puisse les diriger; et les dimanches ou d'autres jours marqués ils défendront alternativement , dans Taprès-dîner, des thèses dont les sujets seront pris dans leurs Facultés respectives; ou bien ils s'exerceront à des compositions en vers ou en prose , soit qu'ils improvisent sur un sujet donné au moment même pour éprouver leur facilité, soit qu'ils ne fassent que lire en public des morceaux composés à tête reposée sur une matière donnée d'avance.
» Tous, mais surtout les humanistes, parleront hahi-
tuellement latin , et apprendront par cœur ce que les maîtres leur auront prescrit. Ils exerceront soigneusement leur style par des compositions, et elles seront corrigées par un homme capable. Il sera aussi permis à quelques-uns, selon la volonté du Recteur, de lire en particulier certains autres auteurs que ceux qui sont expliqués dans les classes ; et toutes les semaines , à un jour marqué, un des plus anciens lira, dans l'aprèsdîner, un discours latin ou grec sur une matière propre à édifier les personnes de la maison comme les étrangers, et qui les anime à la perfection dans le Seigneur.
» De plus , ceux qui étudient les arts et la théologie , etmêmé tous les autres, auront des moments particuliers et tranquilles d'étude pour mieux se rendre compte des matières traitées en public.
n S'il y avait des changements à apporter aux répétitions , aux disputes et à L'usage de parler latin , par suite des circonstances de temps, de lieux et de personnes, on en laissera la décision à la sagesse du Recteur.
w Pour favoriser le succès des études , il serait bon de désigner quelques élèves d'égale force qui se provoquassent par une sainte émulation. Il sera bon aussi d'envoyer de temps en temps au Provincial ou au Général quelque échantillon de leurs travaux , tantôt dans un -genre , tantôt dans un autre : par exemple, une coniposition s'ils sont humanistes , des dissertations s'ils étudient en philosophie ou en théologie.
«Après avoir achevé le cours d'une Faculté, il sera bon de revenir sur le même sujet en particulier en lisant un auteur ou plusieurs, à la volonté du Recteur. On pourra aussi , si le Recteur le juge à propos, rédiger sur ces matières un sommaire avec plus de netteté et de. rigueur qu'on ne l'avait fait pendant son cours, alors IV. 13
i9k HtSTOtnfe
qu'on était triolb^ âavailt qU'dprès avoir parcoiirn la car-» rière entière des études. Ces rédactibtis ne seront permises qti^à ceux qui sont distingués par leur savoir, leur esprit et leur jugenient. Les autres pourront profiter de leUr travail. Il conviendrait encore que ces ^ritt fossfsnt approuvés du nlattt*e. Poui* faire tirage de ces analyses , il sera comUiode de mettre des notes en niarge et de fait^ ube table des matières» afin de pouv^ trouver plus aîséittent ce cJU'oh chei'ctie.
>^ Ils se préparîeront pou<^ soutenir leurs 4ctes publies aux époque^ fixées , et ceux qui , après un examen dilr^ getit 9 en auront été jugée dignes pQunroot être p^dmus atix grades ordiMires ^ saàs rien perdre de lent iMuniiitë et dans f tihique but d'être plus titiies au prook^îii pour la gloire de Dieu. »
Ck) eod^, bu tou): est ^révu, fut rédigé spécialement éh faVetir des 6cola$tiques de. la Compagnie de Jésus; tlSaiimoinS) dans l»es dispositions si larges, il convient à tous les élèves , car, à la fin du troisième chapitre , Lo joli) éci4t : «< lies étudiants doivent se conduire comme ïe^ àcolâstiquès de la Société pour la fréquentatîoo de la ieonfesBion , poiir les études et pour k ëaçon de vivre , bien (Qu'ils portent un autre vétenoent ^qu'ils aient dans lé itiême collège une habitation séparée. Les élèyes ext ternes doiven|: le suivre aussi en ce qui les uegarde ^ et ils ont des règles particulières de conduite. »
La pensée d'Ignac/e n^est pas encoine eoti^ement à jdur; il faut qu'elle se porte sur le mode d'iastriuction et qu'elle détemiiqe la ^vigilaïuee qui prémunira contre la corruption. f)au8 le quatorzième chapitre* il s'oecuf^ dit choix des Classiques à mettre entre leis laains de If jeunesse. « On se servira en géa^al, recommande^t-^H ^ des livres qui, dans chaque mt^tiére, offrent h Ravoir ijs
plus solide et: le moins de dangers. » Il sait, av^c Ji^viinal, que le plus grand respect est dft à l'eufant; il oe veut pas que la soience devienne un p^asseport pour une dépravation anticipée, et que les tableaux d^ volupté dont les poètes ont remplî leurs . cbants , soiiiUient c6s imaginations ardentes et curieuses. Il aspke bien à lii^é^ des savants, des prateurs et dès bommes instruits; màS^ pot|r lui c«s considératicuas ne sont qiie siôeoodaires. Il a reçu de la famille un dépôt sacré, des cœurs purs ; il s'et force de les rendre ftu monde av^e la même virginité d ame et d'esprit. La virginité, dans les ènfanls, c^est Ye^ pérance de la force dans l'homme : il la conserve comme im trésor; il repousse toute idée, toute image ^pii poitrx rait la souiller. A cet effet, il ordonne, par l^^ quatot^ zième chapitre : :
u Quant aux oeuvres dç littérature |atinè isst grecque 4 il faudra s'abstenir, autant que possible, dans les uni^ ^ersités ainsi que dans les collèges, de mettre entre li^ mains de la jeunesse les livres dans lesquels quelque efaoso pourrait nuire aux bonnes H|0&itrs, si l'oQ n'a di'ai^ond retrancbé les faits et les expressions désboot^ nêtes. S'il est absolument impossible d'expurger un au*teiMT, jcomme Térence^ il vaut mieux ne pas l'étudier. »
C!es prescriptions sont plmnes de sagesse; elles SDiiit> levèiKHit œpenda^ de vînmes réorimia^iaiw. |iOyol« mm consent point à trai^sîgear oatoc l^ mEortdir; mais, diioi i'isijtérêt de la 3ciesicis^ il a« montre <(Ottjoxu% dJiâp$iiué à pccepl^er tous les perfectionnements qpc le iesitj:^ et le génie des bomm^ inUioduiroot dam l'éducaliop p|iibli<|«ie. Il a pecoiotmiindé de suivre saiuî Tbomâspour la tbé.oliOgiie et Aristote pour la pbtlosopbie; il ne cqot çj^Ue de g 9itacber à 1^»$ inditres qui^ jusqu'au jour où id^ u:(m\'iel])^ lumièr^)^ yiôndfîOjiii briHf^^tt^Jlom^w)d« TÉcol^.
Il pressent les améliorations utiles; il laisse aux siens la
faculté de les adopter après examen.
Il a pourvu aux biens de lame et du corps , à ce qui est dû à Dieu, au pays et à la famille; il pourvoit maintenant à la sanction de ses lois universitaires. Il ajoute , dans le seizième chapitre : « Quant à ceux qui manqueraient d'application à leurs devoirs, et à ceux qui commettraient des fautes contre les bonnes mœurs, et à l'égard desquels les paroles amicales et les exhortations ne suffiraient pas, un correcteur étranger à la Société sera établi pour com* tenir les enfants et châtier ceux qui le mériteront et qui sont en âge de recevoir ce châtiment. Si les avis et la correction ne suffisaient pas, si le coupable ne laissait aucun espoir d*amendement et semblait nuisible aux autres, il vaut mieux le renvoyer des classes que de le retenir quand il profite peu pour lui et qu'il nuit aux autres. S'il se présentait un cas où lexpulsion ne serait pas une réparation suffisante du scandale donné, le rec*^ tcur verra ce qu'il convient de faire en outre ; cependant, autant que possible, il faut agir dans un esprit de douceur, et sans violer la paix et la charité envers per* sonne. »
Des reproches sérieux ont été adressés à cette gradation , qui commence par les avis et finit par le châtiment corporel. Dans nos mœurs actuelles, nous savons tout ce que cet usage a d'insolite; mais, comme la soumission est la première vertu du citoyen, la docilité doit être la première vertu de l'enfance. Il faut s'appliquer à assouplir de bonne heure sa volonté, ou se résigner à la voir se roidir de telle sorte qu'elle ne supportera aucun joug et brisera toutes les entraves. C'est à la famille qu'il appartient de commencer cette œuvre, que le maître continuera. Ignace ne faisait point d'uto-
DE LA COMPAGNIE OE JÉSUS. t»7
pie humanitaire} dans les peines corporelles destinées aux caractères îridomptables ou aux natures invinciblement paresseuses, il usait du seul moyen conseillé par la sagesse des proverbes et par l'expérience. Ce moyen était employé dans les familles, dans les collèges, et principalement au sein de l'université de Paris '. Ses historiens officiels enregistrent, en effet, des récits de flagellations d'écoliers qui fournissent plus d'une scène ou le rire se mêle à des détails odieux. Le fouet a disparu du Code scolastique ; les Frères des Écoles chrétiennes ont seuls conservé la férule. C'est avec elle qu'ils gouveroent leur peuple de petits enfants; la crainte qu'ils provoquent n'affaiblit point l'amour qu'ils inspi-
Pirooa
lil ï l-ui
1 de w> imii une Icllre dans laquelle il Tait une alliuïan ainsi jusu que
i.HI«i
ce mode de puaiiion, qui a contenu Wdi d'écaliers dam le deioir. Aprt t
ir dit qu
le lei Pirlemeuo »e veD);eaieu( dei Jfiuiles, qui les avaient fail fbueller
leur ma
adil corrcctiur, le po*le ajoute : - Admirei ma bonhomie ! BBlgri ce m>t>
l'en ferai
1 ni n'en ai jamais bit eonlre a» boni Pire». J'ai trouvé indigne de ma
le de venQer Ici iDJuret Fa
Boiiie
a 1765 el
llable leulps du régime < mémoire , proïsueur im
a milieu de la classe, par an
■ Noufl sap]
uu M. L'Hermile, de détesls
d'Harcourt, ^ta
lert disons plus etaclemenl, décbircr les reins du |>auvri
asseï robuste pour attendre dans la cour pendant une pe
dans la neige, par six degr(!s de Croid, qu'il plût à MM. I
de gndini... Il but ajouter, pour la vérité.
quelques livra» de bougie, de chocolat, de :
Au dire de Bojste, né après la destructif
imme de lii pïeils, fouel.
enfant qui n'avait pas éiS e demi - heure , lA [neds
café offertes i re de Jésus en collégei. Du Boull
lorû Uoimriitatii Parisiefuis (t. vi, p. 538), et Crevier, dans VHistoite de VU '^^M^VVl ..(«'{.. »i, p. 100) cilenl le fait suivant, qui remonte au 31 janvier 1561. . u", 'f ^^•fjr diam, nommé Thomas de la Ferri£rc, fui condamné pai' arrêt du Parlement il l| ^W^T ■' S^'^Jt (c'ctt-B-dire au buel), pour avoir insulté Jeau Stuen, principal du colléj^e di OK- ■^'' ' 4S court. Le recteur, accompagné des doyens et des procureurs, se irausporta au cl ^-J^^' '■■•, ^^^f
rèm, UhAis qite ië edchot ^ qut a r^tiplacé k fiag^Ilalicm dans 1^ cdWégé^ tltiiv«rsUdireà, l;wt*o<n»pt ta vertu et nié sert è|^'à etidurcir l'ôpldiâtreié; Pins d'tm de ees jèuAetf g^ri^9 Mti[d»mné8 à id solitude et an vice, a pu dire, edmmè le graîid Gondé: » J'étais enti^ insocafit en priéon , j'en sors eôupable. »
Datis les Étatë les plus constîtatioiitiels de r£urope, eh France et eu Angleterre , où l'on cherche à relfever la dignité' de l'homme , la peiiie corporelle existe contre les marins et les soldats.
La loi militaire, qui sent le besoin de l'obéissante , permet de frapper de verges les défenseurs du pays, et céHe peînè mitigëfe, la seule efficace pour les enfants^ aurait été aux yeux du législateur une barbarie dans l'édncatiori au seizième siècle. Les Jésuites avaient trouvé ces punitions en vigueur dan^ les universités , ils les acceptèrent en les adoucissant; ils les firent disparaître lorsque les mœurs se modifièrent. Maintenant, si un enfant est Insoumis ou trop paresseux , ik en appellent à sa famille ; s'il est incorrigible , ils le renvoient.
Téï est le plab d'études élaboré par Loyola. Nous n'a VOUS otnis que des détails ceocernant spécialement la Société de Jésus, et corroborant dans leur active piété cet fenèemble de lois. C'est le thème sur lequel ont travaillé tous les Pères, lorsqu'ils ont composé des livres élémentaires ou des traités d'enseignement. Ils purent , selon les tettips, commenter ce code, y faire des additions^ essayer de l'appliquer aux nouveaux besoins des peuples; mais il ne subit jamais de retranchements essentiels. Le Ratio Étudiorum^ qui en est l'explication authentique, avec les ordonnances annexées par les divers Généraux, a seul force de loi. Ce projet ne devait pas, comme tant d'autres, rester à l'état d'utopie. Tout cf
DE LA C0I||^A«I}|8 DE JÉSUS. m
quis mot igniMse de lioyola coficçvait était pratique. Des obata^;;!^ pouyàieQt bien mHvG daos l'pxécutioa d^ ség pi9l»6, mdU U ^§ ^réma^ït pncore plus d§ fapflUés poar a$$qr^r }eiir triofopbe. )1 bç §'9gUaaU [)a$ , en ^Ifet, d'»pç9lnm^d6r cette M^ 4»x nécessités et s^uo^ vam\ d'une «^nie famiUe i d'une se^}^ pi^p ^ ^\m ^e^l i^mpire^ dan» rinteoléw d» lég«5la$eur, il fallait qu çljç ptiMt «lilÊr^ à Jil»§ l^ rpyai|flae§ çî^iWsés rf» Hiof)4s i |Çf qn^ la Frftuep, TM^^f TE^pagpie, Jç Portugal, r4UeT maga^ , rAqgjet^rr^ e). }^ ^pde^ , ^'^çpppt^ssept comme le fond^m^nl^ de Y^i^joBÙi^f
Il y a trpis €eat§ ^p^ qu^ ce sy^lèpe 4 été couçu , et ^ en V4t9dΣ|nt sans pféJHgés, (^^ es); contraint dayouer qu'il eat eiiqqrç j^Jjiae et np^ff 4 P^f ^P léftèf es modir fi^^lU>E)S qio^s la pr^vAyanpe 4')g4^ce a jelle-méme indicées 1 ^ qui rpule^t si^r le cbpi)C 4^$ ^iiteurs ou sur rifttrodtu^tiQii de q^elqp)^ epji^rs sp^çiau^ , il conviendra ^ tqut^ 9pciété q|i| pp place pjsis .s.a (prce dans une in-cré^tilité seuf^alis^, d^ i;Qem^ qu'il ^ co^ypnu à la jeunesse de§ StÇi^ièmei (^|;-^eptièipe et d^^-buiti(ème siècles, |)es écrivains mp^ef^ue?^ q^ é)ifclient superficielkmept le pj^ des Jéçpites 9 pu qui pn^ ifttérêjt à le condamner^ ^ bâCent de pi'onpncef Jeur jugeujept jpr d'aussi graves niati^e^. Âpri^s l'avpjijr r^econaji bpn pour le passé, ils If çjj^^fgat ^urapné pppr leç générations fptures, par le spul fPip):if qjij'iJ f^p peut se flap^i^pr. ]L'f n3tijtîzt des Jesnitspt dws ^ partie fiçigm^JiqSP Pt iPpf.^le^ ne doit, il ^ Vm^ «èbir aijcjme ^lér^^ijçMji } i»^is s^ pj^jrtie disciplii^fre s^e tr^f^ornae selpp les ^jjrponstauce^ et les l^eux,
Aifl^, P^^iW' P'PJJ .Çijter qju'jfu exemplç , on l'a souvent blâmé 4'^v,p^ iWarq'ÏP le^ jeunes gens afin de piienx les élever et de pp.uypir leur donner une instruclion plus régulière. On a dit que l,es Jésuites détruf3aieat ce be-
soin de liberté si essentiel à certains caractères, et ^ns lequel il est impossible d'étudier avec goût, par conséquent avec fruit. Cette objection nous semble plus spécieuse que fondée ; une lecture attentive des Constitua tions la résout en faveur même de saint Ignace. Il a permis les pensionnats, c'est-à-dire les maisons où les jeunes gens destinés au monde seraient tenus renfermés pendant le temps de leur éducation ; mais les pensionnats, dans le système de la Compagnie de Jésus, sont peu nombreux en comparaison des externats; encore n'existaient-ils que pour ceux dont l'instruction devait être plus soignée. Quant aux externes qui composaient la principale force des collèges, il voulut, en les admettant à fréquenter gratuitement les classes , qu'ils donnassent leurs noms et qu'ils s'engageassent à observer les règlements. Néanmoins il n'a pas reculé devant la liberté dont les Universités allemandes font jouir leurs disciples. En cette matière, ce sont ces Universités qu'on offre pour modèles; Loyola les a devancées, en disant, au chapitre XVII, paragraphe m, de la quatrième partie de ses Constitutions : « Ceux qui voudront suivre les cours ou les classes de la Société feront inscrire leurs noms, et promettront obéissance au Recteur et aux lois. » Telle est la règle établie pour les externes ; mars Ignace savait que, dans son siècle ainsi que dans les autres générations, il se trouverait des esprits légers ou turbulents , des enfants nés au sein de l'hérésie ou des cœurs qui refuseraient de sacrifier leur indépendance à cette soumission que tous les collèges , que tous les professeurs exigent. Pour ne pas priver d'instruction tant de catégories de jeunes gens, il déclare, à la notée/, qui correspond à ce paragraphe m : « Si quelques-uns de ceux qui se présentent ne voulaient ni promettre 4'pl>server les règles,
ni donner lew nom , on ne devrait pas pour cela leur interdire l'entrée des classes, pourvu qu'ils se conduisent avec sagesse , et qu'ils ne causent ni trouble ni scan« dale. On pourra le leur faire entendre, en ajoutant cependant qu'on ne leur donnera pas les soins particuliers qu'on prend de ceux dont les noms sont inscrits sur les registres de l'Université ou de la classe , et qui s'en« gagent à en suivre les lois. »
Cette libéralité d'instruction offerte à tous et distri-* buée à tous, a quelque chose de si large dans son principe et dans ses applications, elle laisse si bien l'indépendance la plus absolue à chaque jeune homme, qu'elle interdit aux maîtres le droit de demander le nom des auditeurs qui viennent assister à leurs leçons. Une semblable latitude n'existe peut-être dans aucune Université; et c'est saint Ignace de Loyola qui la comprend, qui la révèle, qui l'autorise ! Le fondateur porte son respect pour la liberté individuelle jusque dans les détails les plus minimes. Au chapitre xvi, il dit qu'avant la classe le mmtre et les écoliers réciteront une courte prière, et, à la note c , il ajoute : « Si cette prière ne devait pas se faire avec attention et piété, il faudrait l'omettre. Alors le professeur se contenterait de faire le signe de la croix, et commencerait ensuite sa classe. »
Après avoir analysé l'œuvre de Loyola, il est utile d'examiner de quelle manière les Congrégations générales ont procédé. Dans la première , qui s'ouvrit le 1 9 juin i558, les disciples d'Ignace avaient depuis deux ans perdu leur père. De vastes projets étaient soumis à leur appréciation. Néanmoins , au milieu des difficultés qui les entourent, ces hommes qui, comme Laynès, Salmeron, Canisius, Pelletier, Polanque et Natal, se trouvaient chaque jour en contact avec les tètes couronnées ou
wi fiffirroiMl
a¥et le» pontifes^ o'dtibHèt-eat pas qu'il iettr reslmtà ae* coftiplir une mî$si0fi dont ils devaient frire ud apostolat littéraire^ lis pt)sèrèfit en principe \â libre concorretteG, eomme on élémeni dei ^ge émulation; ils voùlurèitt quer lecfrs leçons fussent gratuitss, même dans le ea^ où uii Jésuite occuperait tjuélque ebaira dans dca JJati vefsités étranges à la Compagnie; Ce fat oe repcmce*! ment à la fortune qui souleva cooinerOrdce de Jésttt t^Bt de eolères; Ijts autred ewps eoseigiiaiita n^Mâieot ^as l'imiter, ils le calomniaient.
L^ Pères dé la deuxièilie assemblée çfipérala mao^ ehèr^nt sur les traces de leurs pirédécèsseàrs; ib renr dirent de nduTcaux décrets peur perfectiohner l'auiype de Loyola. LeI premiers avaient refusé ropolniite suer eession de Jérbma de CoUorede , l'un des leuni, sésoéa?* ^n que le légataire destinait à un Coll^^ nouvetMi; les seconds refusent rUaiversité de Valemne, que la ville ksuv offrait àveti de riefaès retenus. Le huitième décv§^ d^lltad IfA clef de cette modératioli calculée : il riscoiiamandfe ait Général de u'atu^epter de nouveiéux étdbiftsseihefi^ i|iie par de très-graves nmttfs, parce qu il faut eon4^r® ^^wl qui éxisletit au plus haxA de^é possible de perfectiod. Oe ne sbnt pas Les disciples qui manquent à la Soetété naissante, mais les professeurs. Elle a besoin die maitres^ là deuxièbiq cougrégiÉtion y poiirvoit en créasi d^ ^oles oormalies dans leâqoelles Us ae fohnerobt à ià pratlr que de l'ensetg^nement; Les Jéduiilei ué dumreb^ïfc >pfiiot à s'ëtenâne aat AétirfmeBt de rihitcdCtioB. desp0i^)ies$ ils établissent tmis ca^égeriiss de taaisotîB , «t ils <lêt6hnir; lie^t le nombre des régents nécessaires ft lnor prôspér rite, fies Ccttléges de première classe ep ptosséderonA vtn{^; ce^ix d^ seconde, trente; eelix de trôislèrne^ ap p^y^ (Itti^evsHés ^ soiiante-dix. an miDitts*
DE LA (:OMPA«ftn DIS JÉSUS. 2M
Lift Gorf{Trégaticm saitante bérilâ de l'e»pftt de û&i devancières; mais ce fot dans la quatrième, où Ctandè Aqlitff m ^ él«i Général ^ que leâ Pères résoltlrent de misUim U diàtùlët^ main à iorçâd)#{ttit|Q de leur plafl d' études. AquaVlva Àatt un bdimne topérieri^; sa capacité dwtt felit eMcevjû^r de grandes «pé^artces ; il aspirslit A tes résilier par l*édfi€tttiori. Le 5 défcembre dé rantiêe 1 5^4 9 ^ Géhérell dfes Jésuites présenta au Sou- ▼eitiiii Potitlfe lèë six Pères fchoidis pour régler h mètfac^e d'ètiseigtitfnflëtit. fié étaient pria dans tous les royaltrtÉie^ cathélrqûes , rffltï q«è chacun pftjt mettre éft réKef les n»oetH*s et tes beèoiris de éa patrie. Ijcs Pèréé Jeanr AzOr poUf TEspagriè, Oîlèpar Gohzaîès pour le Portugal , JMccfue^ Tyrius pour la Fraiifce , Pierre Buséê pmit r Autriche , Antoûie Ooyson pour TAUenfegne , fditnèreht cette coMrtnlsiëlon, donft le principal soin fut de réUflk*, de coordonner toits les systèmes , toutes leti théories, toutes l^srèg^es dur i' éducation, et d'en fafire un code ap|ilieable â l'Htiitersalité dès peuples. Ces dx Jésuite^ étaie&t , pëi- lënr longue expérièticè , dignes de cette œuvre, à laqOèlle on adjoignit à Rotrië le Père Étieane Tucci. Le travail des commissaires dura près d*tinfe ail* ti^; il devint }â base du Ratio êlvdilbiriim. Ce travail atait été ëpjirOuté pat^ l'Église et par la Société Aé ïéétis; mais, afin de Im dOtiil^r to«t& la perfeetion pos-: sible , A^ilativa tte s'ëti tint pals là. Il dé^tia douze Jé^ siivtai rendttttnës ^d^ letir sdtenee et déjà célèbres danfe l'fcfïsfeignertietlt; puis il les chargea de disfeuler et d'appv'e^Ofidir le Rf9l4o Êlùéhrum. S<m1 choix tomba sur lea Père* Fonseca, Coster, Morafes, Adorno, Cleh;, !>««• katrt , Mâfldonat, OaiHard's A^ostà, BH>era, Oon^alès et Ptfrdôs.
fie J^àlip mdl^mini ëM le rèe»eil des règles ^[étiérsilei
et particulières que suivront les professeurs de toutes les classes et de toutes les facultés. Ije détail en apparence le plus futile y trouve sa place comme la recommandation la plus importante. Ija. distribution du temps, le choix des livres , Timposition des devoirs , l'ordre des exercices, la manière de les faire, tout est indiqué au régent. C'est un fil conducteur qui , à travers le labyrinthe inextricable de la police d'une classe , dirige l'inexpérience du professeur novice ; un guide sûr qui l'empêche d'aller trop lentement ou qui l'arrête lors-qu'il se précipite vers le bien sans réflexion ; un régulateur qui maintient l'harmonie et l'uniformité; un index, pour ainsi dire vivant , des questions qu'il faut traiter ou de celles qu'il importe d'omettre La part du maître y parait, sans contredit , la plus large ; celle de l'élève y est faite néanmoins dans de justes proportions. Ce livre exceptionnel a été populaire en Europe çt au Nouveau- Monde ; on l'a publié dans tous les formats ; il a été accepté comme la règle , comme le traité pratique des études, et dans les royaumes. où l'on ne lit plus ses prescriptions on les observe encore par souvenir ou par prévoyance.
U y a quelque chose au-dessus des créations de l'homme , c'est l'expérience. Elle devient la pierre de touche des institutions humaines , l'épreuve la plus délicate à laquelle on puisse les soumettre. L'expérience des deux siècles où les belles-lettres et l'esprit produisirent les plus merveilleux résultats confirma l'œuvre d'Ignace de Loyola. Elle consacra la méthode d'éducation publique adoptée par les Jésuites; et, jusqu'à leur suppression, les Pères n'eurent pour objet que de garder dans son intégrité primitive l'ouvrage de leur fondateur. Les cinquième et sixième Congrégations générales.
DE LA COMPAeNIE DE JÉSUS. 205
teniaes sous Aquaviva , révisent et approuvent le. Haiio sttuiéorum. La sixième, plus explicite, décrète qu'une rare supériorité dans la littérature compense, pour Télévation au grade de Profès, l'insuffisance relative dans les lettres sacrées. La septième , présidée par Mutio Vitelleschi, recommande les examens sérieux comme moyen de fortifier les études. La huitième insiste sur la connaissance plus spéciale du grec et sur les progrès que doivent faire les écoles normales qui » dans la Compagnie de Jésus, s'appelaient Juvénats.
Mais , dans la neuvième , des plaintes sont formulées contre les professeurs de philosophie et de théologie. A 6ette époque d'innovation, les hommes spéculatifs, que l'imagination entraînait dans les champs du possible, discutaient d'abord avec eux->mémes, puis avec leurs disciples, les théories que des esprits éminents jetaient dans la circulation. Ces théories, alors ardues , mais que le temps a sanctionnées ou fait oublier, poussaient la jeunesse au delà des bornes tracées, elles amenaient les maîtres à empiéter sur le terrain les uns des autres. On était en plein dix-septième siècle; Bacon, Descartes, Galilée, Spînosa et Pascal avaient paru. L'examen privé ne s'essayait plus, comme au temps de Luther, de Calvin et de Mélanchton, sur les dogmes religieux; il avait cherché, il avait trouvé un autre aliment. Il s'exerçait sur les doctrines humaines, sur les vérités scientifiques. Il fallait l'empêcher de brûleries chairs vives, sous prétexte de consumer les chairs mortes; on devait s'opposer à ce qu'il renversât tout au moment où il se présentait pour tout sonder. François Piccolomini étant général, la Congrégation crut que le meilleur remède à tant de nmuxse rencontrerait dans le Ratio studiorum. Picco-' lomini, par une longue otxlonnance, posa les [limites
#6 Hwvmm
Leç CQf9grégatipQ3 ^ivunti^s Xmâirwt au même but . p^i* I43S fffiêm^ i^Q|cens ; tifuteg b occupèrent à oqmbattre le^ uim\f^^té% d9«g^riSll9^$, à ^'«pptoprier qdles qui p^p^qîeiit^tr^e ptiiea, «t à i^^eon^maader la dbsolfiii^ii 4^$ ^iït^ jkaJbU^^mente qnit f>dr TiD^uffî^Anoe des res- »$Hlfliç^g 0u ilas profe^eor^f nlimieirt ttix trairaux et aux pf aigrè$. lia quatiièmie coqstitlitîéB de Ijoyola et le .^»^ ^Uidiorm^^ ce» ifeux ciiéitkm$ iittéraires de la Compagnie de Jésus , sie plaçaUnt dails rpnseigmainMit cqjim^^ \^ httTi^ dU milîeii dfis j^tys olympiques ; mais 4è\Ui ne failli wt po^it ^abatacle à l'exletinon die l'iaiL!^ y^pAe^, (^ n'éb^ pas Un ji^ «k ler ipé tamt l^eaprtt ^^r«i af qui i'e»el)ajln«il; a» de»p^taMe db jbvoulMp. £46 Père So^i^hini éi»riyâii «oi| Pa^ljsmem W magiHro» ^fffbolm'um mf^fiorumi le Père ^odda livrait à la puUi-
0t le Père de Toumemitae composait aoa In^tuotion 0iu$' le0 M^erds, /ouv^mcfjr, daaa le SaUo diêeenditA da- ^fuU^ Qf^ait de$ léchons de goût que ie jqdici^x AnUin 4 AC(Q^e^pt#^ I et qui^ rUnÎJV^riNÉié iqq^iale a tradiûtea 4:^m^ft U \mf9 à^ Vç^vmèf^vâm» sa* lavotr»**
fi^i «T^u^t^^ mi <httf^ei9mi% paa Mulanmat dioa hmv^ HoUégt^s à ireftdre la ^m%vi aimaUa. %ri$ de celte f»aB«- S^ littéraire^ qm diarme k soUtodat qui «i^elto: la .Qapl^iiVité^ qui, idaos tomcaa laa cinBoastannas ide la vîe, jQf^i^e a»^ iQo^^toiaii au «adteur et vam ^eapénaime au 4m^pv^^ ils «^^fforçaieot eaisone d'étendre sa» eanpire. ji^^Q 4^ lafiialtipliar les pi^ûgnis de it^hncpie gé»émti^ny ils fixéim^ d^s dui^« idaisiqiiés^ où la inémoiti^ s^afdpoae ^i
Ji^Uesi dsts (»ii>i^i» 4>ù m répaaitliefeit lea ImwAS fentibs de l'i&imilatî^i* 11$ ^'9p|diqtttimt à i^mre en art lea piw^
DE LA COMTAI^iB DE JÉSUS. M?
ripes de la littérature et de» sfiieoces. Ils amiyagient ie» ▼olumâeux ouvrages de Budée, de Daoès, de Tprnèbe, de Vatable, de Robert Étienfie. Ils r edesceiiiiaiepit jus^- ^'à Tenfance pour l'éleirer peui peu à laur baUteur; éls ne i^ÎMertaiei^ pas avec iM& ^ ild appUquaieilt la difii'- «tthé; ib éoortaf^Qt la meootCHiie et l'aDiformibé, l^ m^itiia les pins mortek du ç&ût* Us ne youlai^Qt: pa« jeuleoieni former des savants , ib $yaîeiit pour yiH>aiiaa spéci^e de faire des liommes liounê(4S« Dws T^é^^e ijouditte dans les je^x, ils $'împirovi#aieat petks 4JV0i lés eitfaatB) afia de les ponduiM graduelkmaul; a }ai4%tii^ fAtàé Pomey écrivak pour eus sou Tratté des parimlil^ ^ ^ou huUeuha tmé&msitaliê ^ so» i^i^ latinùMis et 4q5 Uiivragei classiques^ doût les profie^eurs »a$iriiH;s garn ûeM enoore la inëmoinei Etnmanual Alvaràs Leiir cm^ «w^U sà Granunaîre latine; Biccîoli , aa Pmsodit , doUï la réputation est européenne. Giraudeau créait la GMifi- •maire grecque et son Odyssée^ ao«is le nom de Praxis Imyuee saerœ, puis il mettait à la portée de la jeunesse Vé^ tude (}e rhébreu. Commiele PèreOira|]d0aâi9 JiOatvjesioy lavraii pu ^ètre Tua des hommes les plus remerqnaUés di6 son siècle par latlâgeisnie de sao es^iriit et par ia éé^ Uoatesse Ae sa pensée. Il s'a^nibUa^ il se oondaunia à iuie obscurité ydbutaire^ il ^iMlma dans les ipollég!» unn exiatenae labotîtouse et de dictes vaiUes^ pdur m^ apirer a la jcnoesse l'amour An vra^ et du beau; ear, avec Qmntilien » as croyaient tous 4i|ue Técole tm Ton aurait appris à mieux yivre était de beauccmp préiférabl^  42eUe où l'on apprendrait seulement à mieu^ dire.
A quelque étabUssemeiit dbs Jésuites que vous ft«pr piiaa, versiquelque coUége que le hasard vous pioiusse, vous rencontrerez partout un Pèt*e d0y4ii|asit de rares fai?flteés ^ J'^d^ljypi^oiJ 4«5 «eul^ts, lç\ > c'^est 4h Çyflç qui
trace les préceptes méthodiques sur la rhétonque, la poésie et l'histoire ; du Cyne qui , dans son édilion des Discours de Cicéron , donne à ses imitateurs un exemple d'analyse qu'ils ne pourront suivre que de loin. Là, c'est le Père de La Rue qui commente Horace et Virgile à la manière d'Aide Manuce. Plus loin, les générations de Jésuites portent dans les chaires de l'instraction publique Guerrieri, Perpinien, Maldonat, Abram, Lacerda, Golonia, Benci, Gottifredi, Pimenta de Santarem, Rémond, Adrien de Boulogne, Le Jay, Gualter, Porée, Sanadon et Bufâer, célébrités de collège que l'amitié , que la reconnaissance «de leurs illustres disciples ont rendues immortelles dans l'histoire. Le Père Aler invente le Grcukts ad Panrnoêsum, ; le Père Lebrun coUige son Dictionnaire, dont Iiallemant s'est approprié la gloire; le Père Joubert devient le
Noël de son temps; d'Aguino compose ses Lexiques spéciaux sur la stratégie, l'architecture et l'agronomie; Vanière publie son beau Dictionnaire poétique; Ferrari livre au monde savant son Dictionnaire syriaque. Dans le même temps, d autres Pères de l'Institut rédigent le fameux Dictionnuire de Trévouw ; le Père L'Hoste écrit son ouvrage élémentaire sur la marine , le livre du Jé^ ^êuite , ainsi que l'appelaient les marins. Il a servi à élever tous les chefs d'escadre qui, sur les flots, ont fait triompher le pavillon de leur patrie. Dans leurs expéditions navales, d'Estrées, Tourville et Mortemart voulaient toujours être accompagnés et conseillés par ce père; dans les écoles même d'Angleterre, le litre du Jésuite était devenu classique, et, jusqu'au commencement du dixneuvième siècle, il a guidé ces officiers d'audace et d'expérience dont la marine britannique peut s'euorgueillir à si juste titre \
' » Le comte de Maistre, dans son ouvrage de l'Église gallicane, p. 60, confirme ce
Les Jésuites ne s'arrêtent pas à ces travaux qui , pour leur Société, trouvaient une récompense dans l'admira* tien et dans Festime de l'Europe littéraire. Le goût de l'étude, le besoin d'étendre, de perfectionner les connaissances humaines, ont pu, en dehors du mobile de la religion à laquelle ils devaient tout rapporter^ leur inspirer ce dévoueînent ; mais il se propage au delà des mers; mais, sur tous les continents où ils plantent la Croix et où leur sang va l'arroser, vous les rencontrez cherchant le secret des idiomes les plus barbares. Au milieu des périls que leur offrent les Missions , ils écrivent des livres élémentaires, ils composent des Catéchismes. Les Indiens, les Japonais, les Chinois, les peuples de la vieille Asie comme les tribus errantes de la nouvelle Amérique , s'étonnent de voir leur langue, qu'ils connaissaient à peine, s'enrichir sous la main des Jésuites d'un rudiment et d'un dictionnaire.
D'après Ribadeneira, Alegambe, Sowtwell et Caballero, leur continuateur, le nombre des Jésuites qui écrivirent , soit sur la grammaire en général , soit sur les langues mortes ou vivantes , dépasse le chiffre de trois cents. Us préparèrent les enfants des deux hémisphères à l'étude de plus de quatre-vingt-quinze langues , et le nombre des ouvrages élémentaires que la Société produisit sur cette matière si utile et si ingrate s'élève au delà de quatre cents. La plus célèbre de toutes les grammaires des Jésuites est, sans contredit, celle du Père Emmanuel Alvarez , que les latinistes ont tour à tour commentée, développée, abrégée, sans jamais pouvoir la surpasser. Pour mieux façonner la jeunesse au latin , Alvarez en avait tracé les règles aussi correctement
fait. « Un amiral anglais, raconte-t-il, m'assurait il n'y a pat dix ans, qu'il avait reçu sf premières intlmctiont dans le livre du Jésuite. »
Vf. Ift
ait fiUTOIMB
que pomblei Uae tnétllode coolraire a prévaha Ébaiotenant. Ce n'eat point ici le liem de les juger lootes deux et de meute eocore Por^Aoyaf et Tioâtittit des Jésuitefl en oppdsitîfOii. Cependant il ftettt dibe qu aVec le pbiti d'Alvâiteal «n i^naps p^éfiîeux est économisé, puisque la kogoe ^^oa veut apprendre à FeRfianOe ae ^tave dans SM eéplit en e&ane tenps que le préoepte^ Ija pratique vennit Mm nwBc la tliéoriie ^ et Y où caréait presque ssm» peine d'IialÂles latifiistfls. Celle nëthode fat celle des lésukes et dei Um¥«l*sités jusqu'au mgùmeni «xù Lax»celot d'«n ài^fandait^ Ce n'est pa& le systèitts d'edseâgner le htln par le latin qu'i^Wares tavewfea^ raftis bien lart de Téluieigûeri II en dédslût kd règles ayeo une clarté pleifie de précision; il résoliEt les difSfiouités, il apfdiquà le précepte et l'eKenaple. Son livre, tomme celm de DespaMèi<e i li^int «elassique; il produisit ces génératiom que l'étude des grands modèles rendit si sarailtea^ Mais ht perfection d'uae gi^lomaaire n'enspêdba pas les Jesfiit^ de chercher dé nouTelles amélioraticws daoé Tex^ périeiicei Ils s^i^taient que leurs efiEorts devaient tendre à faire aimer le ti'avml ; et , tout en recommandant l'usage de la graaHfttnaif e d'Alvarez y le Ikdio ëiuéiorwm * àficorde mtt Pères la libeirté du choix. Dana tes tolléges de Frâflce^ «Mi Despautère refait, Alvarea ne le détrôna pas. Les Jésuites nH)difièt^nt l'un par l'atttre , «^ ils se firem at^e ^ègle à part.
Alvarez tléanmôîtis n'est pas le pr^aier de la Com«* pagnie de Jésus qui ait songé a mettre au |ottr iun livre tiémentaire. Le HoUandais Corizi^lk Crocus ièt le poète
' « Dabit G^ram ut xiostri mhgtstri uUAtur grammaticâ Emmanuelis. Quôd si methoJi accuratioris quam puerorMn captus ferat alicubi Vldeatur, vel romanam, vel similem curet conficieDdam, consulte prseposito generali, salvâ tamen ipsâ vi ac propHptitt^ dttraittfii ^irsiCvytdrUm EMlliatHieKs, • ( Batio sUÊdfërtàm. RêÇtthe proTincià'es, u« 23.)
DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS. tH
Frudis avaient déjà entrepris cette tâche à Rome, oii semblent se féconder toutes les heureuses initiativesi A Rome encore le Père Turselino coit^^osait »oâ Trmtë des Particules , que les satants d'^lemagoti Tboniasiiid ^ Schwartz et Heiimann enrichirent d^ notes et d'impor-^ tahtes additions. TjCS Pères Antoine Vallesi^ Richard Ksius , Charles Pajot , Miebel Coyss&rd # de Colonie i Monet , Pomey, Fischet, Nieot > François de La Croix, Pierre dé Champneuf et tent aiitres creusèrent les mystères de la syntaxe et de la prosodie pdUr les mettre i la portée de Tenfaiice. Dans un but auquel la science doit applaudir^ €es botnnles de haute intelligence bonsacraiënt leur vie à lever les difficultés pour ainsi dire nialériéUes des langues mortes. Ils se plongeaient pav dévoilement dans cette nuit obscure , d'où ils savaient faire jaillir la lumière. IjCS uns expliquèrent , dévéloppèreût^ réndireirt faciles les principes du grec et du latin ; les autres 4 com*ne Monet, Lebrun* Bordon fet Joubert^ comniencèrent le vaste édifice des dictionnaires. Des spéculrftetira plus habiles, mais beaucoup moins doctes que les Pèrea de la Compagnie, glanèrent après eux. Ils s'emparèrent du fruit de leurs veilles, et oublièrent jusqii'au nosi de ceux dont ils accaparaient les travaux. Us se fit*ent de ce larcin une fortune et un titre de gloire. Noël s'est montré plus équitable; dans la préface de aon Gradus, il rend à rinstitût et au Père Vaaièrc la part qui leur revient: « C'est aux Jésuites surtout , dit-il , qu'on doit l'idée et l'exét^ittion du dictionnciire connu dans les études ao«ë le nom de Gradtts ad Pammssiim. Un exanien appro^** fondi m'a convaincu que je ne pofuviss mieux faire que de prendre cet ouvrage po»r basé et d'imiteé* Vamérê...' J'ai crn devoir ooneultei* les difféi'ents claasiqttes du méwe getf/'e; €r<, en comparant ceux de l'Italie, de TAl-
lemagne, de FAiigleterre , etc., j'ai reconnu que c'était le même qu'on avait généralement adopté. »
L'impulsion donnée par les Jésuites se propageait dans les différentes contrées. Partout ils publiaient des livres élémentaires comme le fondement de l'éducation; partout ils faisaient naître de savants lexicographes. L'Italie , l'Espagne , le Portugal , la Sicile , la Belgique et l'Allemagne en virent dans chaque siècle ; et les noms de François de Castro , de Barthélémy Bravo , de Gérard Montanus, de Pierre de Salas, de Valérien Requexo, de Jean de la Cerda, sont populaires en Espagne comme en Italie ceux d'Horace Turselino, de Félix Felice, de Michel del Bono et de Pietro Ricci. Les Pères Jean Gro thaus, Mathieu Morach , Wolfgang Schonslder, en Allemagne; Constantin Syrwid et Gérard Énapius, en Pologne; Benoit Pereyra, en Portugal , jouissent encore d'une estime méritée.
Ils avaient entassé d'immenses travaux pour #lmphfier l'étude du latin , d'autres accomplirent la même tâche pour le grec. André Perzivales, né en Crète à la fin de l'année 1699, résuma dans sa grammaire les principes qu Antoine Laubegeois , Guillaume Bailly, Jacques Gret- < zer, Juan Villalobos, Martin de Roa et Sigismond Lauxmin avaient posés. Ce furent les premiers Jésuites qui s^occupèrent sous une forme didactique des règles de là langue grecque. Simon Derkum , Bonaventure Giraudeau , Herman Goldhagen , Pierre Gras et Sanchez de Luna ne vinrent qu'après eux. Par l'ensemble de leurs études sur les racines, la syntaxe, la prosodie, l'accent, la quantité, les dialectes, les verbes et les idiotismes, ils arrivèrent à initier la jeunesse à la poésie d'Homère et à l'éloquence de Démosthène. Les principales difficultés étaient vaincues : les Pères Charles Pajot, Wolfgang ,
DE Là COMPAGNIE DE JÉSUS. 213
Bayer et Soler se mirent les uns après les autres à composer des lexiques, à suivre Tétymologie des mots de la langue morte dans les locutions des Jangues vivantes. L'ingratitude d'un pareil travail ne rebuta point ces modestes savants. A force d'investigations et de labeurs, ils triomphèrent des obstacles. Ils s'étaient faits hellénistes pour en créer partout, partout ils réussirent dans leur plan.
Ignace Weitenaver, François Bordon et Bonaventure Giraudeau, marchant sur les traces de Bellarmin et de Mayr, s'occupèrent de l'hébreu, et Giraudeau simplifia le système de Masclef. Ces trois Jésuites publièrent à différentes époques des études, des grammaires, des dictionnaires hébraïques, travaux qu'avaient ébauchés ou que terminèrent les Pères Adam Aigenler, Léopold Tirsch , Antoine Jordin , Edouard Slaugter et François Haselbauer, dont le mérite a franchi l'enceinte des séminâir.e%ou des collèges. Kircher, le Jésuite universel, ouvre dans son Prodrom/us Coptus la. porte aux savants qui viendront expliquer les hiéroglyphes. C'est lui qui rassemble les monuments littéraires des Coptes , et qui commence à débrouiller le chaos des antiquités égyptiennes. Le Père Ignace Rossi le suit dans cette voie si difficile. Kircher venait de ressusciter la langue des Pharaons ; avec son lier Hetruscum il fait le même travail pour la vieille langue étrusque. Les Pèries Placide Spatafora et Aloysius Lanzi poussent avec activité les recherches de Kircher; ils arrivent à leur donner un ensemble satisfaisant.
Les Jésuites ne préparaient pas seulement la diffusion des langues- mères. L'expérience leur avait appris que , pour pénétrer au cœur des masses, il fallait parler leur idiome et se mettre ainsi à la portée d'une ignorance
2U BISTOII»
^m \a ckmêi seule 4^vmt combattre. Us s'iRsttluèr^n* kts grammairiens 0 kâ lexicegraipfaes de$ Bretons, de§ Basc|Be« et àt^ LithaaiiieBS. Ls Père Maanmr coimiposa ime gramnraire y qn glossaire et des cantiques que la vieille Aviuorique accepta , et qu'elle regarde encore eooime des chefs-d'œuvre. Les Pères Emmanuel de Larramendi et Constantin Syrwrd firent pour les Banques et les Lithuaniens ce que les Pères Paul Pereszlengi, Jérôme Germain , Barthélémy Cossius , Jacques Micalia , Ardelius de la Bella et Holderman, entreprenaient pour le hongrois, le grec moderne, riUyrien el b turc. Ik avaient la lumière à répandre : les Jésuites espérèrent la propage par l'instruction. A tous les coin^ du monde, partout où il se trouva quelques hommes réunis en so-^ eiétéy kss Pères cherchèrent d'abord à saisir leur idiome, aussi variable que leurs désirs. A peine mitîés à ces in-» nombrable^ dialectes, ils en étudièrent les difficultés , ils les expliquèrent aux autres; afin de faciliter l'édoca*tion, ils les réduisirent ei\ principes, comme une langue européenne.
Ainsi l'ét|»i€^ien et Tarahe eurent pour lexicographe» ett pe»ur auteurs les Pères Louis de Asevedo , André Qvîede, Fernandez, Lopez del Gaslilhpt, Pierre Métoacita^. Adrien Parvilliers, Laurenius et Sieard. l^e Vère Jérôme Xavier traça aux Persans les élétuents de leur langue } Bakhazar Gayo, Edouard de âylva , Gaspard de Yijela ^ Baptiste Zela, Paul Miki et Pieri^ Navarre forcèrent les Japouais à suivre le progrès que les Missionnaires imprimaient à leur idiome maternel. L'Arméoiie, l'indosila»,' le Sfeugatle^ l'Augoia/ la "^Toinquin^, la Gochinchine, virent ess quelques aonées surgir des Jésuites qt^i^ non oontepts* d^ leur apprendre lea vérités éternelles, leur enf^U^îfint^ à wx et à| leuvs enfants^ l'amonr de la fa^
DE Là COSMOm DE JÉSUS. 915
jÉiHle. IVuil étmt à farÎMi an nsibea dairas royanaiea, devf»m barl>ftmBttà forecd* supsuatîtioûs ; les PàfMike«t tnul ^ iMHB , là emame uilleun y ils crureat i|iie rten de stable pe pourMl s^étakHr tant qnita n^aoraieiit pa« d&Baé ^ tous on dba)eote& use umÊormité kieale. Ain d'aocomplb te projptt de ch^itation , les Pàre& Jaofifttcs Villotte f Tbcmas Ëtienrne , Pierre Dîas ^ Françoi» Fer? iMiiidez 9 Alffliandre de Rbo^ce , Jép6me de MajflMrico et Gaspard d^Antaral darâirent polyglettea. Pe^ vocaiM»lairea^ des grantmairea raisofméea parapenl dam oes différentes régioi». iias Jcsuidea en adoptaient Fidiciiiie , ila en faiaaient ccama^e ka fonde^neiit» aax mdi^oea. C'était, un mayen ^p le» attf^^^r an pay# et de les amener à ^nàter peu à peu le^ bîittifwta de Fédueation. En CShiue les obstacles n'élaitat pas les fnèmes. Une ig^Mranee presque invineible ne pesait pas su? le peuplât mais , en aaneommodiint à ses meaura f les lésnites f«i|r^ laleut le façonner pap degrés au CâirîHtanisine «pt'ils atw nonçaient et à rinstmetion dont ila étaient les mîpaien^ naires. Lfis Pères Matthieu Bieei , Martini , {40%obardii SobaU, Gr^vina, Pautoia, Diaa, Freës^ Govea, Orsini» Sipioees, et une multitude d'autres^ furent Ifa lex^pch grapbes^ du Qé)este^£nipip«^. I^Père Pi:^mar0» dans sa Mféàim lin^m^ êmiem > smrpaaa^t tnm ees ti*a¥aift\« Ce u'esl pas une ^fuinair^ uî ipdme une rhétOT^u^ qu'il a i>Qniposée, e'est un véritable traité dc^ littérature ebi^ miise.* Robert de Not^yU» deseph Besfibi e| i^uloiii€t Pi'^eiiEa appro&mdissaieut le tam^uU Etienne de I^ OmK daunait ^u» brabfMi» le^ rè§)es de lem bu^iev Jean Pa»s et Srnesft HaïuxJledeâ; réyélaiept Im mys^rai du sauiseiit et du telie^ga. Saîut François Xavier, Emma^ uuel Martino » Henrique^^ el FfMraz. çemposèreut le die tiaunaire mdab^irê), f^ gr^upuiiuaire et la syiiiaae mmj^
caines eurent pour auteurs les Pères Galendo, Carochi, de Paredes et del Rûichon. D'autres Jésuites , Valdivia , Febrès, Véga et Halberstad, formèrent la langue du Chili ; André White , celle du Maryland ; Joseph An<^ chieta, Aravio, Figueria et Léon publièrent le glossaire brésilien. Les Pères Vincent del Aguila à Ginaloa, Corneille Godinez sur les rives du * Taramandahu , Pierre Gravina à la source du Xingu, Machoni chez les Lulles» Joseph Brigniel chez les Abipons, Marban chez les Moxes , Ortéga chez les Coréens , Villafane au pays des Guazaves , Barzena et Anasco au Tucuman , Salmaniego et Aragona sur les bords du Paraguay, essayèrent de retrouver quelques vestiges de langage huntain dans ces dialectes sauvages, auxquels ils se condanmaient, et qu'ils parvenaient à assouplir. Il fallait un idiome commun pour que leurs héritiers dans les fatigues de l'apos* tolat n'eussent pas incessamment à recommencer le travail qu'ils ébauchaient : ils créèrent cet idiome. Ils en apprirent les règles à la génération de qui ils le tenaient ; puis , en y façonnant les enfants , ils arrivèrent à leur donner le goût de l'étude. IjCS progrès furent long-temps insensibles ; mais la patience des Jésuites ne se lassa point. Enfin ils virent couronner par le succès des tentatives que le monde n'a jamais connues, et dont la civilisation a recueilli les fruits. Ija quantité de grammaires, de lexiques, de syntaxes et de livres. élémentaires qu'ils ont produits dans toutes les langues du Nouveau-Monde a quelque chose de merveilleux. Il est impossible de les réunir, et même d'en savoir les titres ou le nombre. Nous n'en avons donné qu'un faible aperçu ; mais on peut par lui se faire une idée des labeurs que les Jésuites entreprirent dans leurs Missions transatlantiques pour propager l'unité chrétienne et
l'éducation, qui est avec elle la source du bonheur.
Quand de pareils hommes distribuaient l'instruction avec le zèle d'un apôtre , avec le désintéressement d'un religieux, et cette charmante aménité dont les récits sont venus jusqu'à nous, ils devaient, sans aucun doute, obtenir d'immenses succès. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à les suivre de génération en génération dans la pratique de l'enseignement. Entre l'existence à peine achevée du Novice et celle du Missionnaire qui va commencer, la Société avait créé une carrière intermédiaire. C'était la seconde épreuve ; mais quelquefois le Jésuite y consumait ses forces et sa vie. Tous les membres de l'Ordre se savaient destinés au professorat. L'Institut choisissait parmi eux; il en formait une élite qu'une corporation seule , basée sur le même plan , peut espérer de faire naître. La noblesse, les talents, les succès même, ne dispensaient pas de la règle commune. Elle ét^it pour tous, tous s'y soumettaient. Dès le principe, on vit les premiers disciples, les amis, les .émules de Loyola, chargés par lui de rompre aux enfants le pain de la science dont ils sortaient de nourrir les académies et les capitales de l'Europe.
Polanque et Frusis professaient à Padoue ; Domenech et Strada à Louvain; Simon Rodriguez et Cogordan à Coïmbre; André Oviédo à Gandie; Salmeron et BobadillaàNaples; Araoz, Miron et Martin de Sainte-Croix à Valence ; Villanova dans la ville d'Alcala ; Lefèvre , Canisius et Kessel à Cologne ; Jacques Mendoza et Gonzalve à Valladolid ; Paluza à Bologne , Gaudan et Gal- .vanelli à Venise; Lancy à Palerme; Pelletier à Ferrare; Laynès lui-même à Florence ; Mercurian et Émond Auger à Pérouse; Antoine de Cordova, Borgia et Bustamente à Cordoue ; Azevedo , Suarez et Emmanuel Al-
Y^j^m à lialxmfit'; Natal et Perpimen i £Urom on à
Tcm^ fm hommes, dont die hosfwi teleote^ demi des HWtw piu& baUca enoopo oal ptrpétoé k nom, m tm^ snîe^t biKHible^ ppofesseura »pès avoir fon^é les ooLlé^m où ii»o ofaéH»9nce pleine d'avesîi? puranMMl rope^ tt8fi«P leiMP zè}e« Ignace de Loyola n'ftdmellait ni Gcaq, ni Romain , ni E&p^aol , ni Françw. l\ aïok eonfn la véritable nnité, celle des espiila, «e fornuml parrae^ pord dos doeirines ; la seule pooîfiqao, la saide: iKuuira^ bte, papce qu'eue ei^islo dan» le Gaibobobnia,. oà il y a unité do Dieu, de religion eUt d'ég^. U annldak d^ai^pn^r petto nntto qno circfmacrii^enfi lot fteuvea^ les niQPt^DO^ , let traité» diplomatique , et qui , a'étettrr dadit avec I4 oai|qoétOy so f^iotioono ^veo le démomtwe» ineojt d'un empila; unité lactî^e, qni n'eil que Fégoïsmo é)f[ve k W hmteur d'u» ^obiiinie bnniflin. Son plan d-éa iH^^s tn^pivrft^t lo monde ei^holiqiie; il l'avait adof^é à çetto idée d'as^ioeiatioa frutf^jn^Uo ; i) tafkpliqnaàt dèa ]^ premior jour, en dîrigoant dea Fra^^çai^ ol dea AUet \em»mà» «ur TËtpa^no et mr l'Italie , des Espagnols «l des Italiens sur la France , sur la Geraïaide e| sinr le» Paj^tirBasw C?tla oommunieaftion de langues et d^namors, dans nn &iièole où elle était^si raao entre les peupAea,. de-^ venail un progrèa évident pcHu^ l'édaoatton » uno nonr^ velle hmmke de saiioir, mi lieu de pins dans fai charité.
Une pnreitle fn^ionotait néeesaaire k Ignace de ijsyola. Il avait si bile» r^gl«f ^ut^s ohoaes, qu- eUe ne seian JAr^ m^ lo tRo^lo d^m Vb^titut on dan^ Us eollégés. Avans loi^ iém^i^i \Hnç^ù/m mtiot^^ n'exîalsiit pas;, eeltn. Mgvotlofi do pffoiaitetira lonr en donna peu t^re Vidée; co HtfifM i>n9 q^i on développôrofit h gorme^ Dans \^n^^ c)#noo «ntvorsité do VmA» ollo)aràine^> Védwâikin natk»»
' DE LA COîAPAemiS DE JÉSUS. 2i»
nale était i*e8lée à Tétat de théorie, et il n^en pouvait pas être autrement. On aeewirait de tons les points de FEirrope à ce faycr de lumière ; des cbseiples anglais, al» lemanés, italiens et espegfnals se pressaient aux leçons du xtk9!itte^ qui soui^mt avait abandonné sai patBie pour briller snr un pt«is vasie théâtre. Da^ ceis conférences, on dîscntail sor tGTtftes les tnait(ères ; rinslruction s'y répan* dait à pleines mains ; il était impossible d'y recevoir l'é^ docaticm, eficere marins une ^ducattion nationale. Les professeurs des universités n'éiaietnf point attaches à une doctrine kl«ni)qu6 par un lien commun. Isolés dans leur gloire ou dans l^nr rivalité, ils n'avaient pour but que d'aecreltre leur r^f^ovamèe ou de propager la science et \û littérature. Il p^en était pas ainsi des Jésuites; ils conn posaient une aruiée qui allani r^andre slmultanémenf l'am^irrde» lettres dans chaque pays eathohque. Ils u am-* bitionu^iéut pffs un triof|iph« viager, mais un sueeès per-n pétuel» ludividnse, ils pasi|aient cbez an peuple sans y laitfs€$iv de H'SM^ed profondes \ mais la Compagnie y résidait à toujour». Son espnt dominait ces obéissanc^es , \\ les façonnait aux idées et auN doelrines qu^il fallait exposer. La fin déterminante du «lésufte était de f^ire des chrétief|»; dafifS les devoirs que l'Évangile leur impose, le sentiment patriotique, le pesp^ot dû au prince et aux lois^i son» compris. Bt| s'appuyant sur ee levier, ils citéillent dono dei eitey ei^ , ot ils réalisaient k vœu que' Baoe» avait é({ifs. « Une sot^iélé nouvelle, dit le ehanoe^ lier philosophe % en parlait de la Compagnie de Jésn^, a pof té lit réforme dans les éeoles^; poutiquoi de tek ho«»i mes n^ sent^ib pou» 4e toutes^ le» natîoBs^ m>
On teuf susetia ^es obstacles de pkis^ d'une sorte, en Alternsfl^ , dan» la Péninsule et en Pranee ; ils les suv-
■ Annales de la Philosotffu'ef par le chancefier Bacon, t. il, p. 3Sf .
moptèreot: avec leur système d'éducation forcément jiationale ils introduisirent l'égalité dans leurs collèges, u II y a, dit Descailes', quantité déjeunes gens de tous les quartiers de la France. Us y font un certain mélange d'humeurs, par la conversation des uns et des autres, qui leur apprend presque la même chose que s'ils voyageaient; et, enfin, l'égalité que les Jésuites mettent entre eux, en ne traitant guère d'autre manière ceux qui sont les plus distingués que ceux qui le sont moins, est une invention extrêmement honne. »
Ce principe d'égalité , qui alors était une innovation , les Jésuites, au dire du grand philosophe, le faisaient descendre dans les travaux et dans les jeux de l'enfance. Les fils du peuple furent les condisciples, les camarades des Condé, des Savoie-Nemours , des Conti, des Longueville, des Lorraine et de tous les héritiers des plus illustres familles de l'Europe. Us initiaient ces jeunes princes aux souffrances des pauvres, ils conduisaient dans les hôpitaux leurs élèves nobles des collèges Romain et Germanique, de Louis-le-Grand , à Paris; du Collège Thérésien, à Vienne; de l'Impérial, à Madrid. Us les encourageaient à servir les malades, ils leur révélaient au chevet du mourant cette vie dé douleurs qui , commencée dans la misère, se terminait dans l'abandon. Us leur apprenaient à compatir à des maux qu'il était si facile à leur opulence de soulager; et, en mettant sous leurs yeux le désespoir des indigents , ils leur enseignaient le secret de la bienfaisance. Us faisaient plus, ils donnaient aux écoliers sans fortune des protecteurs qui suivaient leurs condisciples dans toutes les carrières; et Armand de Bourbon, premier prince de Cond, qui s'était lié sur les bancs des Jésuites avec Mo-
» Œuvres de Benë Descarte», lettre 90,
Mère, Chapelle et Bernier le célèbre voyageur, resta toujours leur ami.
Les Jésuites u dont' l'institution, au dire de Bonald^ est la plus parfaite qu'ait produite l'esprit du Christianisme, » s'étaient fait un devoir de deviner et d'appliquer tous les moyens les plus propres à exciter l'émulation. Un de ceux qui leur réussit le mieux dans les deux hémisphères , fut rétablissement des Congrégations de la Sainte-Vierge. Elles prirent naissance vers l'année 1 669, à Rome , à Naples , à Gênes et à Pérouse , sous l'inspiration d'un jeune Jésuite , Jean Léon , régent de cinquième. Il réunissait tous les jours, dans l'intervalle des études, les plus pieux d'entre les élèves des classes inférieures à la rhétorique, et, tous ensemble, ils s'excitaient à la charité, à la science, à l'amour de Dieu. Cette idée se propagea si rapidement dans les maisons delà Compagnie, qu'en i584 le Pape Grégoire XIII, par sa bulle Omnù potentisy érigea ces assemblées en congrégation primaire dans l'église du Collège Romain. L'origine de cette affiliation n'avait eu pour but que de former des écoliers plus parfaits. Sous la main des Jésuites, dont le général était le directeur suprême des Congrégations , elles prirent, comme le grain de sénevé, un rapide accroissement. Elles franchirent l'enceinte du collège avec les jeunes gens qui en sortaient pour embrasser une carrière , et qui désiraient rester en communauté de prières et de souvenirs avec leurs maîtres ou leurs condisciples. Elles devinrent un lien de protection ou d'amitié ; elles se répandirent en Europe et aux Indes ; elles relièrent dans la même association l'Orient et l'Occident, les peuples du Midi et ceux du Nord. Elles avaient des statuts , des règles, des prières et des devoirs communs. C'était une
* Législation primitive, t* ti.
aaa hwtoiu
graade fraternité, q^i s'éteodait d€ Paris à Goa , et qui de Rome descendait jusqu'au sein de la ville U plus \guwéei Les Congrégaiioos d'Avignon , d'Anvers^ de Pragae et de Frlbourg fareot les plus célèbres. U eu existait, composées d'eeclésiaati^ues , de militaires, de magistrats, de aobles» de bourgeois, de marchands, d'artisajfts et de domestiques 5 toutes s'occupant de bonttes œuvres; toutes, selon leurs facultés^ recourant l'indiigence, visitant les malades^ consola»! les prisotiniers^ ijïstruiaafit les enfants et dotant les filles pauvres. Le Tasse et Ijambertini, saint François de Sales et Fénelon, Alphonse de Liguori et Bossuet^ Ferdinand d'Autriche et Maximilien de Bavière, les prinees de Conti et de Turenne , la piété et le génie^ la oiajesté du trôoe et la gloire militaire, s'associèrent à ces comices, qu'un Jé^ suite présidait soùs le nom de directeur. Chaque Googrégatioo avait un préfet ^ deux assistants et un secrétaire* Eln ijoS, celle de Loui«-le'4jFrand était ainsi formée : Nicolas de Beaulieu , préfet ; Joseph de Laistre et An^ tûine d'Albaret, assistants; François de Beaufort, se^çrétaire; le Père de Tournemine la dirigeait. L'aimée suivante , elle se composa de Timoléon de Brtssac » d£ Claude Leclerc , de Claude d'Atilly, de Thomas Bocaud et du Père de Montigny.
Le culte de Marie avait réuni sous la ménage bannière des enfants de tous les pays; ils ne s'en séparèrent plus lorsque l'âge leur eut ouvert la carrière des honneurs ou du travail. Cette agrégation, qui embrassait l'universi doublait les forces morales de la Société de Jésus; mais, protégée par les Pa^es, soutenue par les Bois, elle n^rchaita Taccomplissement de son œuvre sans se préoccu^ per des attaques dont se^ pratiques religieuses et son but humain étaient l'objet. On l'incriminait dans l'enfance,
DE LA COMriiONIl DE JÉSUS. HA
cm la cftkMnûiate dans l'âge tnûr. Benc^ît XtV, ce grand Pape que kê Proteataiit» et les philo^phes du dix-htii^ tiéme siècle se sont plu à eBionrer de leurs hommages^ ne ér9^sàli pt»^ tit temps iiafême de sa popularité ectro<péeiifiei de deûner aux Gengrégatiolis im témoigrfa^ de sou estime. Elève des Jfisuites^ il oiMinaissait p^r en** pérîattee l'eaprit des associaiionë qu'ils diri^aieut. il eu avait faîit partie dans aa jeunesse^ et, ie 27 së^tem-^ bre i 748 , il publiait la bulle d'or Gl^rimm dominw.
Après âvéit eloqueuinleDi développé la peméé <îrëa^ trice d'Ignace de Loyola jetant les fondemeutfe de la Sd-» êiété d«s Jésuites ^ Benoit XIV ajoute du haut de la ctiaire i^oatolique : « Ite ont ehcore sageme&t institué , c^àMne ou le sait^ qu'^eati'e les e^erdi&es propres de leur Institut^ par leiiquels ilè continuent à rendre de très-utiles ^r-* vices ) ils s'affedtiouneraient a âever la jeunesse ctH^é^ tienne et à lui inculquer de bous prineipes^ pi^nant Éf&tiî de la faire agréger à de pieuses Associations ou Gougré- ^io»» de la Très-Sainte- Vierge, mère de Dieu^ Âitifii dévotués au service et à l'honneur de Marie , ils appfteu-^necit à «cette jeunesse y dans l'école, pour ainM dire d«. eelle qui est la mère de la belle dilectioa , de la erainle et de la reconnaissance, à tendre au sommet de la per-^ (eotion et à parvenir au dernier terme du salut étertiel. De cette louable et pieuse institution, que usiodifient à rin6ni de saintes, de salutaires règles, selon les divere iétats des Congréganistes, et que gouverûeut avec une habile prévoyance de prudents directeurs, il est incroyable quel bien a déeoulé sur les hommes de toutes lea conditions. Les uns, placés dès leur enfance sous le pa«tronage de la Bienheureuse^ Vierge^ dans la voie de rîanocence et de la piété ^ et conservant, sans janrtlnë défvier^ ides mteurs j^nres» un« vie digne de rhonMU^
chrétien et dun serviteur de Marie, ont, à travers les âges, mérité la grâce de la persévérance finale; d'autres, misérablement égarés par les séductions des vices, sont revenus > de la voie d'iniquité dans laquelle ils étaient engagés , à une pleine conversion par les secours de la miséricordieuse Mère du Sauveur, au service de qui ils s'étaient dévoués dans les Congrégations. Us ont embrassé une manière de vivre sobre, juste, pieuse même, et, soutenus par l'assiduité aux exercices religieux de ces Congrégations, ils ont, jusqu'à la fin, persévéré dans cette vie nouvelle.
» Nous enfin , qui dans notre jeunesse avons été membre de la Congrégation de la bienheureuse Vierge Marie, érigée, sous le vocable de son Assomption, dans la Maison Professe de la Société de Jésus à Rome; nous qui nous rappelons avec un agréable souvenir d'avoir fréquenté ses pieux et instructifs exercices pour notre plus grande consolation spirituelle ; nous donc , jugeant qu'il était du devoir de notre ministère pastoral de favoriser, de promouvoir à l'aide de notre autorité jCtde notre libéralité apostolique ces institutions solides, pieuses , qui font avancer dans la vertu et contribuent puissamment au salut des âmes, par nos lettres expédiées en forme de bref le 24 avril dernier, nous avons approuvé, confirmé, étendu et amplifié toutes les conce^ sions et grâces antérieures de nos prédécesseurs, comme il se voit par la teneur même de ces lettres. »
Cette bulle d'or, qui manifeste les Jésuites dans leur plan d'instruction , dans leurs Congrégations , dans leurs œuvres apostoliques et dans leur vie, paraissait quelques années seulement avant la destruction de l'Institut. Elle émanait d'un Pontife dont le suffrage fait encore autorité ; elle était contresignée par le cardinal Passionéi.
Elle expliquait le but et les résultats de ces Congrégations, qui, nées au fond des collèges, s'étaient propagées dans le monde avec la célérité que l'Ordre de Jésus imprimait à ses œuvres. C'était l'enseignement simultané de tous les âges et de toutes les conditions agissant sur le riche ainsi que sur le pauvre avec le même principe , et rattachant à un même culte et à une pensée identique des hommes qui ne devaient jamais avoir entre eux aucune relation personnelle. Cette idée d'enchaîner les individus par un lien religieux et de les associer par un doux souvenir d'enfance fut pour les Jésuites un levier qui donna à leur enseignement une force dont ils surent admirablement tirer parti.
Jouvency, dont le Ratio discendi et docendi est encore la règle du beau et du vrai, a dit : « La grammaire et la latinité sont des pays assez secs. Il faut égayer l'esprit si Ton veut qu'il s'éveille. Les buissons plaisent quand ils sont fleuris. » Sous ces poétiques images le Jésuite révélait le secret de l'éducation; il en avait approfondi le mystère , que l'Institut a si bien sondé ; il y préparait le maître et l'élève.
Les Pères de la Compagnie de Jésus , pour rendre l'instruction aimable à l'enfance, la dégageaient de toutes les aridités de l'école , ils la présentaient sous un aspect attrayant ; ils lui faisaient faire de rapides progrès , ils créaient même de nouvelles branches d'études. Ils ouvraient des cours publies de mathématiques dans toutes les villes; et à Caen, par exemple, en 1667, une seule classe d'arithmétique et de géométrie , fondée par I^ouis XIV, comptait quatre cents élèves. Le professeur était un Jésuite , et nous possédons une lettre de félicitations que lui adressa Chamillard, alors intendant de la Basse-Normandie. La France n'était pas plus favorisée que les au- IV. 15
?26 mSTOJU
très rfty^ttpifis, Lo rpêl^ê aççrQi^seq^ppt flqns les scip qceg se fai^pit partQ\it sefilir} ks Jésuites le pQrtaipi:it £|yec ev,^. lU avgier^t l'industrie d? réducr^lioR : ils voulaient q» fill^ péijélrat 43PS toutes les hi^rarchiie^ ?oc|^Ips , e\ qn'^ils §^ répandît sous toutes Jes fomies. Lje^ ly^oyens ÏÇi? pins iPS^nîeux ptaient ipis en pratiqua, Ils ^'injprpvi- ^^\§^\. pnfapts pour instruire ^ pour ^pii^ser les enfants ; et» ainsi que le çlit un hommp que le mipistère de J'ipstructipn publique coipplait naguère au rapg de §es dignitai- Vç^\> « il§ avaient adopté un système plus en rapport avec |p$ paqenrs du siècle. Leurs collèges étaient ouverfs à tflus les arts d'agrément« La danse , Tesorinje même , n'en étaient pas bannies. Tous les ans la distribution des nf\% ét^it précédée nQn-ççpleqiept de tragédie? remplies d'illusions polftiq-iies , inais encore dp ballets con^posés ^ar le§ révérends Pères et daqsés par les plus agiles de lpur§ ^lèyes. Chez eux Jps étudies graves dev^naiiept une SQrtp de récréation. Là physique consistait en une série d'ei^péripupes amusantes pu un déropnstrateur arnbulant Ypn^it pipntrer quelques phpnpipènes électriques PH piar gnétiques , quelques expériences dans le viçlp , la Cfrcu- ^j^ipU du sang dans }e niéçeptère d'une gr^pqqille , le çppçl^cl^ .du grossisgement de quelques objets par le ^Rjcrpscppe. I/histoire, dppt il n'était pa^ ençqre questjipn dans les cpjléj^es de l'Upiversité, s'apprenait surtout p,qr l'ipsopction des n>.éd ailles. »
De Faveu m^xne de leuf^ adversaires officiels et de JpijfS rivaux, le§ Jésuites ne restaient étrangers 4 fiu/îune éliide; ijs en élargis§aiient niên|p Je cadfe. Ppijr fprtifier 1^ Jjejle latinité pu apprendra aux jeunes gens ^ vaincre les difficultés de la langue française, ils les cqnvoquaient à de poétiques tournois. Nous avons sous les yeujç
' Tuhlcan tle l inslUK tion saontlmroy par Kilian, p 33.
up recueil de vers composé^ ^ri 1697 (Bt i^qq psy^ }e§ élèves des Père§ La Saptp et Jouyency, Cçs poésie^, qui ne seraiept p^^ f^pçore aujourd'hui §aa§ attrait^t sopt signées par Poraereu, Brç|:ei|il ^ Uip.pprt cje l^pqi^l^r, Véraq, Saipt-Aignap, B^rtbi^r^ ^^ Repoeville, dp Thorigny, d'Eaubopne, de CbfuveUu, Riçcpbqpi, Saiat- Vallier,de Lampignon, Ghâtefmret}»|'d , Panchet, Caët-* logon et Letejlier.
TiC Jésuite devepu régent n'qvait qu'une oqpupatiqp, à laquelle se f apportaient tppte^ le§ pep^éç^, tqps leç actes de sa yie. Il appartenajl; co^^ps et âme ^ %^% di^^iples. Ses disciples étaient pour lui pne ^ffectjan, upe famille , l'unjvers enfin. Il qop^mepçaiç fivec eu)ç les classes élémentaires , il leg suivait jusqu'à la rbétoriqi^^. Ainsi, ap collège d,e Glermppt, ^uqpel Lpu^ XIV doppa SQp ppm , le Père Pprée , dont « Iq plu^ gr^qd ^érit^ç fut, selon la parole de»Vpltaire\ de faire ^ipei' le^ lettres et \^ vertu à ^es disciples , i> le Père Parée en^ seigna la rhétorique pçndant plus d^ trente {^ps. l| cpmpta parmi ses élèves di3[:rppuf ipep^bf^^ djç l'Aç^^é^ paie française , hoppeur jaquï 4aus le^ fastes du prpfes.-. sprat, En i65î cette maison pQ§§é4ait d^i^ pajlle ^^i« diants, en 1675 leur noîpbre dép^^s.ait: trois iplUe. CJbf^qij^ jour les Jésuites façonnaient les écoliers à l'étude et à la charité. A chaque fin d'anpée ils les appelaient à briller sur le théâtre. Les mieux faisants y i^eprésentaleiit de»
tragédie^ et des cpmé4iç§ 4«ut \^% PQèt^g dp VQrdre de
Jésus étaient les auteurs. En i65o Us jouent la tragédie de Smzmm^'^ devan$ I^ujâ XIY eniai^t, qu'aeaqmpa*»
» 5/k/e de lowfi XIV ^ 1. 1, p. 213.
* Nous n^vons point voulu entrer dans le débat (J^ie Içs ÇoUtair^s ^e PQrt-?lpyil Ç> les adversaires de l'Institut ont soulevé contre lui à propos «lu lh^4trç. Pa^^ HRC question depuis si long-temps résolue, il nous ^ sen^hlé çpi'ij ii')[ ^yjjij^ Qji'?» ^i\pfr
gnent Charles II d'Angleterre et le duc d'York; le 19 août i658 c'est Athalie en vers latins, cette même Athalie qui inspirera le chef-d'œuvre de Racine. Le 6 juin 1721 le collège de Louis-le-Grand descendait au Louvre , et Armand de la Trémouille , Louis de Mortemart, Etienne de Blanes, Jean de Nicolaï, Armand de Béthune-Charost , Fleuriau d'Armenonville , Victor de Rochechouart , Victor Méliant , Jean de Courmont et Gabriel Riquet donnaient devant le Roi la première représentation des Incommodités de la grandeur^.
Quand, au milieu des solennités littéraires, les Pères Labbe, Cossart, de La Rue, Porée, La Santé, Ménestrier, Edmond de Joyeuse , et tous les prédécesseurs ou les héritiers de ces vétérans de renseignement prenaient la parole; quand, dans les exercices littéraires, les élèves se livraient à l'inspiration de leurs jeunes cœurs, c'était toujours à un but national que les Jésuites les ramenaient. Ils glorifiaient le nom de leur pays ; et , république ou monarchie, ils savaient évoquer ses grands hommes afin de les offrir aux enfants comme des modèles. Il existe en France la collection d'un journal qui a traversé deux siècles : c'est le Mereu/re , et dans ses pages oubliées on rencontre souvent la confirmation de ce fait. Ainsi le
Topinioa dVn des jugées les plus illuslres. Bossuet , dans ses Maximes et réflexions sur la Comédie, t. xxxvii, p. 603 de ses Œuvres complètes, s'exprime ainsi :
• On Toit en effet des représentations innocentes; qui sera as^z rigoureux pour condamner dans les collèges celles d'une jeunesse réglée, à qui ses maîtres proposent de tels exercices pour leur aider à former ou leur style ou leur action, et en tout cas leur donner surtout à la fin de l'année quelque honnête relâchement? Et néanmoins Toici ce que dit sur ce sujet une savante Compagnie, qui s'est dévouée avec tant de xéle et de succès k l'instruction de la jeunesse : « Que les tragédies et les comédies , qui ne doivent être faites qu'en latin, et dont l'usage doit être très-rare, aient un sujet saint et pieux; que les intermèdes des actes soient tous latins et n'aient rien qui s'ë. loigne de la bienséance, et qu'on n'y introduise aucun personnage femme, ni jamais l'habit de ce sexe. {Rat. stud., tit. Reg. Rect., art. 13.) Bossuet ajoute : On voit cent traits de cette sagesse dans les Règlements de ce vénérable Institut. »
* Ce(t« comédie est du Père du Cerceau.
2 1 août 1 680, pour enflammer le courage de la jeunesse et éveiller dans son âme un profond sentiment d'orgueil patriotique , les Jésuites du collège Louis-le-Grand l'aident à célébrer les victoires de la France. Le 10 octobre 1684, le Père de La Baume, afin de lui faire respecter les institutions du royaume, célèbre devant elle les vieilles gloires du Parlement et les services qu'il a rendus. En septembre 1717 on disserte publiquement sur l'état de vie le plus utile au pays. Le 6 août 1*720 on honore l'industrie et l'agricullure. Au mois de janvier 1728 les jeunes gens se demandent si les Français l'emportent sur l'es autres nations dans les œuvres du génie. Cette question s'agite; elle se résout au milieu de débats solennels. Ce qui se passait dans le royaume très-chrétien se renouvelait dans les autres États. Aux enfants nés sous le régime de la monarchie les Jésuites enseignaient la fidélité du sujet, parce qu'ils étaient sujets eux-mêmes. Sous le gouvernement démocratique , ils se faisaient républicains : ils proposaient à leurs élèves les exemples fameux des héros qui avaient conquis ou défendu la libellé.
Une éducation si franchement populaire, et dont Loyola s'était créé le promoteur, grandit avec son Institut. La marche qu'il avait tracée fut suivie. Des orateui*8, des poètes, des historiens, des mathématiciens, des missionnaires qui avaient fécondé le désert et évangélisé les sauvages, des hommes dont le nom, la vertu , la science étaient une gloire , venaient tour à tour occuper dans les collèges de modestes , mais d'utiles fonctions. C'était pour les parents une garantie , et pour les enfants un honneur. Ils cherchaient à s'en rendre dignes par une émulation de toutes les heures. L'influence de ces maîtres ne restait pas circonscrite dans les murs de
ih HKTdiRÈ
rélàbîlfeseimefat ; elle se propageait ati dehors, et le Gardinâl Matiry à pu dire avec vérité ' : « A Paris le grand collège des Jéèuites était titi point central qui attît'ait Tattentiori des hiellléurS écrivains et des personnes dîstîligùëes de tous les rangs. C'était une espèce de tribunal permanent dé littérature que le célèbre Piron, dans son style emphatique , avait coutume d'appeler la chambre ardente des réputations littéraires, toujours redoutée par les gens de lettres comme la source principale et le foyer de l'opinion publique dans la capitale. >^
La délicatesse de leur goût , la pureté de leur style les investirent de cette magistrature de la critique: on les vil toujours la remplir avec autant de tact que de conscience littéraire. Les rois et les peuples avaient si bien compris i'asceridant des Jésuites et les résultats qu'il devait obtenir sur le moral de la jeunesse que , malgré lés rivalités universitaires, la Compagnie fut souvent dans la nécessité d'ajourner de nouveauîc établissements. Néanmoins, à la fin de l'année 1710, elle opéra le recensement de ses maisons. Ce recensement produisit six cent douze collèges, cent cinquante-sept pensionnats ou écoles normales, cinquante-neuf noviciats, trois cent quarante résidences, deux cents missions et vingt-quàlrè maisons professes. Elle possédait éri outre vingt-qûâtrc universités, dans lesquelles ses Pères conféraietit les grades académiques. Au moment de la dissolution , en 1762, l'Atlas universel de Tlnstitut prouve que dans les dernières années de la Compagnie elle était encore éii progrès et qu'elle se trouvait à la tête de six cent soixanteneuf collèges. IjCS Jésuites ne s'imposaient point aux
• Eloge de tahiiéde Rndoiwiliùrs^ de C Acftdi'thic frfm<^:aisèf ]irononeé par \t Cardinal IVfauryi le Jour de s» réceplMHi k riusiiutt ilc France » 6 mai 1807. L'ubbé iie K«doiivilliers avail éic Jcsuiie.
DE LA COMPAGlSlÊ DE JÉSUS. 23 1
cités; le gonvernement nen faisait une oblif^atioû oii iiiie conditioii à aucune ville. Les cUoyens les appelaîenl librement; ils dotaient le collège selon leurs facultés, et là mission des Pères commençait. Chateaubriand , dans son Génie du Chrisïianisme ^ en trace un tableau que l'histoire doit recueillir: «L'Europe savante , dit-il', â fait une pèrté irréparable dans les Jésuites. L'édiicatioti ne s'est jamais bien relevée depilîs leur chiite. Ils étalent singulièrement agréables à la jeunesse. Leurs maiiières polies ôtaîéht à leurè leçons Ife ton pédantesque qUi rébute l'èhffiince. tîomitie là plupart de leurs professeurs étaient des hommes de lettres ^efcherchés dans le monde, les jeunes gens ne èe croyaient avec eux que dans une illustre académie. ïls avaient Su établir eiitrê leu^s écoliers de différentes fortunes une sorte de patronage qui tournait au profit des sciences* Ces liens , formés dans l*âge où ié cdeur ^'oUvrè âUi SfeHliïiiërits gétiérfeux, m se bridaient plus dans la snit«$ et établissaient entre 1« prince et l'homme de lettres ces antiques et nobles amitiés qui vivaient entre les Scipion et les Lélitï^.
" Ils ménageaient encore ces vén^jables relations de disciples et de maître, si chèfW aUx écoles de Platon et de Pythagore. Ils s'enorgueillissaient au grand homme dont ils avaient préparé le génie, et réclamaient une partie de sa gloire '. Uti Vdltaire dédiant sa Mérope à un Père Porée, et l'appelatit son cher maitre^ est une de ces choses aimables qiie l'éddc'atibn hiôdërrië he présente plus. Naturalistes, chimistes , botanistes, mathématiciens, mécaniciens, astronomes^ poèlesy nistoriensy (raducteurs, antiquaires, jblirnalistes, ilri'ya pà§ une branche
» Génie du Christianisme, t. tiii, p. i99(léÔ4^.
» On racontait un jour au Père Porëe tjue Voltaire avaii dJl : « Le Père Porec u'csi pas un ([ranci poète. » — « Au molns^ reprit le modeste et spirituel professeur, il couvieuilra bien que j^ai su eu l'aire. »
des sciences que les Jésuites n'aient cultivée avec éclat. » Leur éducation laissait sur toute une vie un cachet de religion , d'honneur et de probité. Elle a formé partout d'illustres pontifes, des généraux, des magistrats, des savants et des écrivains qui seront la gloire éternelle de leur patrie."^ Ici, ce sont les Bourbon, les Rohan, les Montmorency, Farnèse , Villars, Luxembourg, Radziivil, MontécucuUi, Richelieu, Duras, Spinola, Gramont, Boufflers, Firmian, Furstemberg, Esterhazy, Mortemart, Tilly, Wàlstein, d'Estrées, Broglie, Choiseul, don Juan d'Autriche, Beauvau et Créqui ; là, Grégoire XIII et Benoît XIV, les cardinaux Noris et Marza Angelo, saint François de Sales et Bossuet, Liguori et Fénelon, Fléchier et La Rochefoucault, le cardinal de Polignac et Huet, l'abbé Fleury ' et Belsunce , le cardinal de Fleury
* L'abbë Fleury, l'historien de l'Eglise, conserva toujours pour les Jësuites, ses anciens maître? , une respectueuse reconnaissance. Afin d*en laisser un gage solennel, il composa un petit poèmC' sur la bibliothèque du collège de Clermont ou de Louisle'Grand. En voici un passage , où l'auteur confond dans un éloge mérité les Pères Perpinien, Maldonat, Auger, Fronton du Duc, Saillan, Sirniond, Gressoles, Petau et Caussin, autrefois professeurs à ce collège, et dont les portraits étaient placés dans la bibliolhèqi^.
« Gontrà dant ubi magna novem intervalla fenestrae,
Ora novem sunt picta virûm, quae maxima Claro
Lumina fulserunt Monti dum vila manebat :
Nunc totidem aethereas exornant sidéra sedes.
Primum Perpinianus habet, quem regia quondam
Dicenteui plenis afPusa Lutetia templis
Suspexit. Post hune te, Maldonatb, videmus,
Cui nulla in sacris arcana impervia libris :
Et te doctrina clarum eloquioque potentem,
AuGERi, si qua est dicendi copia. Necnon
Doctorum ornator DucAus Fronto Pelasgum
Insequitur, cui tantum, Chrysostome, debes.
Nec Salianus abest : quique antiquissima tanto
Christiadum excussit studio monumenta priorum, ^
SiRMONDUS, nulli scribendi lande secundus ;
Cressoli deinde ora vides, quo doctior alter
Non fuit, excepta sapientis mente Petavi :
Hune latuit nihil humanum quo tendere posset
Ingenium. Quidquid veteres scripsere Latmi,
Quodcumque Inacbidum prisca de gente relictura est,
Moverat, hebreaeque arcana volnmina secta;.
et Langue! , Frédéric Borromée et Quirini, Brydayne et Mailly, Edgeworth de Frimont et Bausset, avec le cortège de papes , de cardinaux et d'évéques qui ont honoré l'Église par leurs vertus et par leurs talents. Dans la magistrature, les Jésuites comptent parmi leurs élèves liamoignon et^Séguier, Pontchartrain et Mole, Novion et de Mesme, d'Aligre et d'Argenson, Pothier et Lebret, d'Ormesson et Le Jay, Montesquieu et Bouhier, Portail et Maupeou , Amelot et Nicolaï , Hénault, Malesherbes et de Sèze; dans les lettres et dans les sciences, le Tasse* et Galilée, Juste Lipse et Santeuil, Descartes et Corneille % Cassini et Molière , Jean-Baptiste Rousseau et Scipion Mafféi , Goldoni et Varignon, Tournef ort et Malezieux , Fontenelle et Mairan , Vico et Alfiéri, Saint-Lambert et d'Olivet, Pompignan etTurgot, Volpi et Quadrio, Voltaire et Fréron,-Mersenne et Gavanillas , Edmond Burke et Kemble, Forateur et le tra-
Hic si roiuana lasisset carmina lingna, Carmina, Virgilium Romae lusisse putares. Sermonem Latio scripsisset more solutam, S«rmonem poterat Gicero dictasse videri.
Plara alii melius réfèrent, quos inclytus héros AçnoYÎt socios, aat qui slupuere docentem. Fata illum nobis etiam vidisse negaraot. Tu super anus eras calamo, Caussinb, diserto AvLAM qoi feceres dicta mirabile sanctam. »
* Le Tane, qui a toujours vëca dans la plus affectueuse intimité avec le Père Fran* çois Guerrieri, son professeur de rhétorique, lui adressa uir sonnet qui commence par un jeu de mots :
Hai col nome guerrier, Guerrier l^ingegno.
* Il existe encore un exemplaire des œuvres du grand Corneille dont il fit hommage aux Jésuites, ses anciens mattres. A la tête de Touvrage, on lit cette dédicace de la main même du sublime poète :
Patribus Societatis Jesu Colendissimis prsceptoribus suis , Grati aniini pignus D.D. Petrus Corneille.
Dii, majorem nmbrae tenuem et sine pondère terram Qui praeceptorem sancti voluere parentis • Esse loco.
gl^lUë àriglais; Pilîcâiâ et Biâricbini, iSalvinl et Mrtràtori, Vîviarië et Redi, Là Condarniue etGf'eâset, tïelvétiiis et Crèbillon, Chôihel et Mably, Bliffoti et DJderdt, le Pèfe ÉlySée et Rsl^nâl, Maury et Candva, Barthélémy et Lagrarige.
Pat ce pêle-mêle dé glorleUseS indiVîdtialîtês , n*ayaht besoitl (JUed'êttSe citées potir éVoquer de^ souvenirs, et dont nous pôurribns grôssii» indéfiniment la liste , îî èkrû facile de se ct^nvâincrfe que lés Jésuites rie cdhdàfaifiàîéht pfts letifs élèves à une ignorance ^rétôde, et qu^îls ii*tticlinaient pâfe léu^s cœurè vers le cloîthé où le sâterdocè. Depuis leuf drigilife jusqu'à lètir suppression, e'ést-à-dlfé dan^ l'espace de de\i% tèînt trente ârinéeè, \U ôiit fait l'éducation de FEUrope etltlèfe, fet celle du sièelfe de Louis XtV. Tous les jetitte^ genS sot-tls de létt^S boïUges ne fut-eht paj^; ^àrié ddute, des hibdêles de Vertil, des génies oit dé vaillante eapitâines. Sous dëè maîtres religieux, il peut se former des impies^ à l'école d'un savant, il y a des intelligetiCGS qui testeront toujours à l'état d'inertie. C'est la condition de quelques natures viciées; les Jésuites liront pu les vaincre^ leui's efforts ont échoué comme, ett jprésè'hce des hiêhieS càfactères, échoueront toutes les tentatives* Ge ïi'è«t point dans l'exceptioft qu'il faut se f>l«eer , nlai^ dan$ la réalité edmiriune. ïls rie demandaient à Tenfance que ce qu'elle pouvait produire; ils n'étiolaient pas en Serrti chaude des orateurs, des asti'onomes, des poètes^ de« mathématiciens, dfes itidrâllgtfeè de ddùâie ans. lia avâléùt iîils en ^i^srtiqUë, long-temps avant le philosophe de Genève, la sage leçon que Jean-Jacques BdiiâSeau dotitië efi théorie dans son Emile, « Les progrès d'ua enfant, dit-il, doivent être ceux d'un enfant. Pourquoi vouloir qii'îls sôîeiil ceux d'un homme? Le goût des lettres est tout ce q«é ieê collèges
pieu vent inspirer; ils ouvrent la carrière, c'est au génie à la parcourir. »
11 est sorti des maisons de la Compagnie de Laules vertus et ae grands criminels; nous ne lui faisons ni rhorineui' d'avoir seule créé les premiers, ni l'injure d'avoir disposé au vice les seconds. Ils exerçaient un inévitable ascendant sur le cœur de leurs élèves; mais cet ascendant, que tant de passions, que tant d'intérêts contradictoires essayaient d^atténuer dans le monde, n'était pas assé^ puissant sur des caractères fortement trempés pour déterminer le bien ou pour étouffer le mal. Cependant, il est an reproche qui leur a été plus d'une Fois adressé, et qu'ils n'ont jamais mérité. On les accuse d'avoir à leui* irisû, inais par une fausse direction, préparé la jeunesse que les excès dfe 1793 ont si fatalement immortalisée. Exilés de leurs établissements en 1762, proscrits comme Jésuites en 1764, ils n'assuinent que jusqu'à cette époque la responsabilité morale de l'éducation. Ce h'esl pas lorsqu'ils occupaient le collège de Louis-Ie- Gràiid qiie les t^obespiél^re, les Camille Desmoulins, Fréron, l'allien , Ghénier et tarit d autres, y entrèrent*. L'tJiiîversité s'était portée liériilère de l'Institut; au nom du t'arlemenl de Paris, le Piésiderit Rolland là mit en possession du collège de Louis-le-Grand. Elle y enseignait â la placé de^ Jésuites; Robespierre et Chéiiler, t'rèroh et TËllieiti , furent là prenliére jjénératiofi qu elfe y Forma, contre ses prévisions et ses espérances. Chose dî{]nc dî3 t-emarqUè cependant, âiicûti des disciples dé l*Of di'Ê de Jésus ne prit iiiie part coupable aux mesures
* Un simple rapprochement de dates aura plus d'éloquende qvkû totitefe léi «tcffé^ lions. Robespierre est né en 1759, Danton aussi , Camille Desmoulins en 1762 , Joseph Cftfniei»eh 1764, Vtétàû eu 1*756 ei T*llieb ea 1769. tt est <iotic liiat^fiellémèùt impossible ijU'ils aient ^tc ck'vcs, k Louis-le-Grând par ks Jc»kitee> èxpukéë eu I74>2 èe toutes leurs maisons dt Frauce.
révolutionnaires. Plusieurs en furent victimes; mais ses apostats eux-mêmes, tels que Raynal et Cérutti , ne sanctionnèrent point les crimes de cette époque.
Le régime intérieur des écoles de la Compagnie de Jésus était uniforme et tel à peu près qu'il subsiste encore dans les collèges de Jésuites ou dans ceux qui ont pris modèle sur leur plan d'éducation. La seule différence sensible se trouve dans le gouvernement des externes. Les Pères avaient pensé que ce dépôt confié à leur garde par les familles était aussi sacré pour eux que celui des pensionnaires. Ils établirent donc une sur— veillance active sur les externes. Le préfet des études dressait un catalogue des maisons où les étudiants, éloignés de leurs parents, pouvaient choisir un domicile. A des jours indéterminés , il visitait ces maisons , afin de s'assurer par lui-même si le bon ordre y régnait. Il recevait les plaintes, distribuait les conseils, et descendait, avec les enfants , jusqu'aux plus minutieux détails. Les maîtres de pension étaient responsables de la conduite de leurs locataires; on les obligeait à coopérer à l'exécution des règlements, et, si leur zèle ou leur prudence se refroidissait, ils étaient à l'instant même rayés du catalogue. Cette sécurité donnée aux familles en était aussi une pour les Jésuites.
La classe occupait les heures les plus précieuses de la journée ; mais afin de faciliter ceux qui déployaient plus d'émulation que les autres, sans néanmoins décourager le plus grand nombre , à qui suffisaient les devoirs communs, les Jésuites avaient formé des académies. Pour en devenir membre , il fallait se distinguer par la piété et par l'application.
Le Concile de Trente , dont la prévoyance s'est étendue à tout, devait nécessairement s'occuper de l'éduca-
tion, que l'hérésie et les vices avaient gangrenée. Il indiqua les moyens à employer pour raviver le culte du vrai dans le cœur de la jeunesse ; il conseilla de doctes, de sages* professeurs, puis tout à coup, jetant les yeux sur la Société naissante de Jésus, il émit ce vœu dont l'expérience de deux siècles a confirmé la justesse * : « Et si Ton trouve des Jésuites , il faut les préférer à tous les autres. » Un suffrage pareil, que les souverains pontifes, que les rois, que les évéques, que les peuples ont adopté comme la règle de leur conduite , et auquel les savants de toutes les communions et de tous les pays adhérèrent dans de magnifiques témoignages, ne laisse plus rien à dire sur ce code d'instruction, ainsi que sur la manière dont il fut appliqué.
Quand les trois siècles les plus célèbres de l'histoire viennent, dans les hommes qu'ils ont produits, honorer le maître qui les a formés; quand on se rappelle de quel amour les élèves des Jésuites entouraient leurs professeurs, et qu'on trouve encore à chaque page des chefsd'œuvre de la littérature européenne les traces de ce respect, dont Voltaire lui-même s'est rarement départi; quand surtout on compare ce sentiment de pieuse gratitude avec le méprisant oubli qui accueille trop souvent le nom des universitaires qui élevèrent la génération actuelle , il faut bien s'avouer qu'il y avait chez les Jésuites un principe vital, une éducation appropriée aux besoins de la famille et au vœu des jeunes gens.
Bacon , qui découvrit un nouveau monde dans les sciences, résumait ainsi sa pensée sur le système d'études de la Compagnie : <« En ce qui regarde T'éducation de la jeunesse , dit le chancelier philosophe d'Angleterre ,
* Et si reperiantur JesuiUe, cœteris anteponetkii sunt, (fieclarationes ejusdem ConciUt\ ad sess. xxiii. De Rejbrmatione, c, xviii, n*^ 34.)
i38 HISTQ^lUî
il sQ^ait plus simple de dire ; GQD^ultez le§ écp|fs (|çs Jésuites, car il ne peut se faire rien de |iiiei|x que cç qui s'y pratique \ »
Majs Leibnitz, un autre prqtestfint aussi illustre qiip 1^ chancelier, Leibnitz, tout e;i açcprdant justice p ]^ Société de Jésus 8i|^' ses travaux dans l'instructioi:), croyait qu'il lui restait encore d'autres services à renâre pu monde. " J'ai toujours pçnsé, écrivait-il à Placcius% qu'on réformerait le genre bumain, pi l'on réformait l'éducation de la jeunesse. On rie pourra facilçnient venir à bout de ce dernier point qu'avec le concours de personnes qui , à la bonne volonté et anx connaissances, joignant encore l'autorité. Les Jésuites pouvaient fairç des choses étonnantes, surtout quand je considèpe que l'éducation des jeunes gens fajt en partie l'objet 4p l^ur Institut religieux. Mais, à en j^ger par ce qne nous voyons aujourd'hui, le succès n'g pas pleinement répondu à l'attente , et je sui§ bieij éloigné de penser sur ce ppint coninje Bacon , qui , lorsqu'il s'agit d'une meilleure éducation, sp conteste de renvpyer Wx écQ^es 4ps Jésuites, n
Entre ces deux graniis lesprits ^u Prptestaqtisme, là question qui s'agite n CîJt que dq plus lau moins. B^eon trouve tout parfajt dan? iQ^clre et l'objet 4ps étli4^§- H admire la juéthQçle pratique des Jésuites, leur zè|p et leu|' fiabileté à former la jennesse*. Lei)3nitz, qui a. yu l^s Pères aux prises avec |:an|: 4^ 4îffipultés; ^eibpifz, qui les défend et qi^i s'honore 4e }euç amitié, pepsp que rjnstifut n'^ pa^ ençqre dit soçi dernier ipo.^, il i'appçUe à la réjalfsatiqn despflutppie phrjétiepne.B3co|i pt]Leibniti
' j4d pedagngicum qitod' frtlinet, kreyissimum Jwvt dietu : Censuh'êckohi Jesm'ta^ rtim^ nihil enimffuotl in usnm venit, lus mvUus. {De dùjnit. et augm. scientiar., lib. vu, p. 153.)
* Œuvres dn Leihnilz^t. vi, p. fut.
différaient d'opinions sur le plan adopté. I/un l'approuvait sans réserve, l'autre aurait désiré qu'il se modifiât pour que ses succè§ fussenjt plu3 complets. La vérité est entre cet éloge et ce blâme conditionnel, qui peut s'appliquer à toutes le» œuvras de Tbomme. Quoi qu'il en §pit| îî r^s^ort iêvi4eînment fies p^rple^ de pes philosopbes, que les Jésuites étaient alors sans rivaux en EJurope pour l'éducation de la jeunesse , et, comme Ta dit le savait abljé Émery, <J^e l'en^perjeur NaipQlpqn $i 3i souvent consulté • : « On a expulsé les Jésuites, on £| rejeté leur raétbode; que leura-t-on substitué? Qu'est-il résulté ^e tant de nouveaux système^ çJédup^tîQn? I^s jeunes gens ont-ils été mieux instruits? leurs mœurs sont-relles devenues plus pures? Hélas! leur ignorance présomptueuse , la corruption de jeurs i^qpurs pqrtée à son comble, forcent la plupart des hommes honnêtes à regretter bien vivement et la personne et la méthode dps ancien^ maîtres. »
< Vamées de ld^f»ii%t par M. Émery, supérieur général de Saîlit-Rulpice, p. 489
240 niSTOIRE