‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 105 sur 308 · Garasse, p · texte numérisé non relu

Garasse, p

2, Garasse, p. 148, 149.

que c’estoit sur le milieu du caresme et que nous tenions les meilleures chaires tant de la ville que de l’Université. La seconde fut de fermer le collège de Clermont, ou à tout le moins de nous interdire la lecture des haultes classes, retenant seulement la grammaire, La troisième fut de nous deffendre toutes les confessions d'hommes et de femmes de quelque estat et qualité qu’elles fussent. A ce point M. Deslandes, doyen de la cour, nostre unique support en la grand’chambre, s'enleva tout transporté de colère et dit avec un courage merveilleux: «Messieurs, à quoi pensons- « nous? Nous avons entrepris de nous faire moquer de nous par « toutela chrestienté, car si nous desffendons aux Jésuites les con- « fessions d’hommes et de femmes de quelque condition qu'ils « soient, il faut que nous déffendions au Roy et à la Reine mère de « seconfesser au P. Suffren et que nous leur nommions un con- « fesseur 1. »

5. On avait rarement vu de séance aussi orageuse que celle du 13 mars 1626, « nÿ si grande affluence de peuple, ny entendu à la chambre du conseil un si grand bruit de juges. » Il était deux heures de l'après-midi quand elle prit fin. Le P. Garasse revenait alors de Saint-Merry où il prêchait le carême: sur le Pont-au- Double, il rencontra le carrosse de M. de Lamoignon, un des plus insignes amis de la Compagnie, qui se dirigeait à toutes brides vers la maison professe. « Mon Père, lui dit le Président d’une voix tremblante, tout est perdu à l’heure que je parle : on fait brusler le livre de Santare!ly et demain on doit donner l’arrest de vostre bannissement. Je m'en vais trouver le P. Cotton pour luy porter ceste fascheuse nouvelle et consulter avec vos Pères ce que nous avons à faire. » Le P. Provincial ayant réuni sa consulte, on décida que lui-même irait, accompagné des PP. Jean Suffren et Ignace Armand, se jeter aux pieds de Louis XIII et implorer sa protection. Par malheur, ceux qui « avoient suscité ceste bourrasque » avaient aussi prévu la démarche des Pères et trouvé moyen d'éloigner le roi; il venait de partir pour la chasse et ne reviendrait que dans deux jours. Alors le P. Provincial demanda audience à la reine mère et la pria de commander au premier président de surseoir à toute nouvelle délibération jusqu'au retour de Sa Majesté. « Marie de Médicis, écrit le P.-Coton, y eût volontiers consenti, mais monsieur le chancelier, qui

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