‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 106 sur 308 · Garasse, p · texte numérisé non relu

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cependant ne nous est pas hostile, l’en détourna!. » Le désir de plaire à Richelieu avait sans doute éteint chez Marillac tout sentiment de justice et de commisération. Car, dans les dessous de cette affaire, on trouve partout la main du cardinal. Désireux de tenir Rome en respect et de rendre populaires les doctrines régaliennes, il n’était point fâché des rigueurs et des excès du Parlement ; il lui lâchait la bride contre les Jésuites, tandis qu'il para- Iysait le bon vouloir du roi et de la reine à leur égard. Les sachant très utiles et les estimant, il ne cherchait point leur ruine, mais leur humiliation, leur docilité, leur soumission, peut-être leur reconnaissance, et au moment propice il saura se donner l’avantage d’arrêter la persécution.

6. Revenus du Louvre à la maison professe, les Pères reçurent un ordre du Parlement qui citait les supérieurs des maisons de Paris et sept des plus anciens profès, à comparaitre le lendemain devant la cour « pour leur faire remonstrance et leur prononcer l’arrest ». Cette convocation, raconte le P. Garasse, « estoit une finesse de deux présidents, lesquels s'estant imaginez que le P. Sirmond, le P. Mérat et moy n’estions pas de l’advis de Santarelly, serions pour désavouer publiquement sa doctrine en pleine chambre du conseil, et que par ce moyen on pourroit former un schisme dans nostre Compagnie. Mais, grâces à Dieu, ils ne purent trouver d'ouverture pour découdre et deschirer nostre robbe?. »

Au lieu de signifier la citation par un huissier suivant l'usage, le procureur général l'avait fait connaître aux Pères par un substitut, chargé de les prévenir que la comparution de tous les personnages désignés n’était pas obligatoire : il fut donc résolu, sur cet avis, que seuls les supérieurs de Paris se rendraient au Parlement.

Le lendemain 14 mars, le P. Coton, provincial de France, le P. Filleau, recteur du collège de Clermont, le P. Brossault, recteur du noviciat, le P. Ignace Armand, remplaçant le P. de La Tour, supérieur de la maison professe, empêché par la maladie, arrivèrent au palais vers 9 heures du matin. Accueillis par six huissiers, il furent conduits à la chambre du conseil, à travers

une foule de curieux qui par sa contenance leur témoigna res-

1. Lettre du P. Coton au P. Général, 16 mars 1626 (Epist. P. Cotoni).

pect, sympathie et intérêt. 11 n’en fut pas même des juges, le P. Coton nous l’apprend. « Entrés dans la salle où se trouve la première chambre, nous restâmes debout, la tête découverte devant les magistrats qui ne répondirent par aucun salut au nôtre, pas même par une légère inclination de tête! »

Le premier président, M. de Verdun, leur reprocha d'arriver en retard et en si petit nombre. Mathieu Molé les excusa : il leur avait fixé l'heure lui-même et les avait prévenus que là présence des supérieurs suffirait. Ensuite il fut procédé à l’interrogatoire. Beaucoup d'historiens l’on reproduit d’après Le Mercure françois. Or le. P. Garasse en nie l'authenticité. Les rédacteurs du Mercure, dit-il, « ont dressé fout un procès-verbal des demandes de M. le président et des responses du P. Cotton, auquel je puis dire en conscience qu'il n’y a pas an seul article de véritable? ». De nos jours, M. Fayard ne parle pas autrement. « Cet interrogatoire n’a rien d’authentique ; nous l'avons vainement recherché et fait rechercher dans les registres et les minutes du Parlement de Paris déposés aux Archives nationales3. » Tenons-nous-en donc à la relation du P. Provincial, la complétant par quelques détails empruntés à celle du P. Garasse, identique quant au fond.

Le premier président demanda d’abord au P. Provincial quel était son nom, ses fonctions : n'était-il pas supérieur des Jésuites de France, et les Pères qui l’accompagnaient, Supérieurs des maisons de Paris ? Le Père, après s'être nommé, dit qu'il n'avait point sous sa juridiction tous les Jésuites du royaume mais seulement ceux de la province de France: il indiqua ensuite les noms et les titres de ses trois confrères. Après quoi, d’un ton grave, M. de Verdun s’adressa au quatre Pères conjointement.

€ Mes Pères, la Cour à désiré que vous prissiez la peine de venir icy pour vous faire entendre sa volonté à l’occasion d’un livre de Santarelly, religieux de vostre Compagnie. Vous estes grands dans le monde, mes Pères; vous gouvernez la plus grande et la meilleure partie de l'univers; vous commandez dans les chaires; vous disposez des consciences: vous moulez la Jeunesse à vosire gré, et qui plus est vous avez l'oreille quasi de tous les princest. La cour s’estonne fort de ce que, depuis quelques

1. Lettre du P. Coton au P, Général, 14 mars 1626 (Franciæ historia, t. LIL, n. 100). 3. Fayard, Aperçu historique sur Le parlement de Paris, t. II, p. 66.

4. Le P. Coton aurait pu interrompre le président sur cette phrase : le fait d'avoir l'oreille de tous les princes prouve que ceux-ci n'en voulaient point à la Compagnie d'admettre le pouvoir indirect du pape dans les affaires temporelles. RTE US

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années, plusieurs méchants livres estant sortis au jour contre l'autorité du Roy, nostre Souverain, vous n'avez jamais déclaré vostre sentiment en faveur du prince raturel. — Toute la France est témoin, repartit le P. Coton, que, depuis une vingtaine d'années qu'il a plu au roi de nous rappeler par édit, nous n'avons publié aucun livre sans témoigner notre singulière affection au service de Sa Majesté. — Il n’est pas question de cela, reprit le premier président, mais de combattre par raisons le fausses maximes du livre de Santarelly et de quelques autres semblables, qui assujettissent mal à propos la couronne du Roy au Saint-Siège de Rome!. La Cour désire savoir de vous :

« 4° Quel est votre sentiment, au sujet du pouvoir du Souverain Pontife sur les rois; |

« 2° Pourquoi vous avez si longtemps différé de satisfaire à l'arrêt de 1611 et à celui de 1614, qui vous ordonnaient de présenter à la Cour, dans l’espace de six mois, une nouvelle ratification du décret qu’avoit porté votre Général [Aquaviva}, quand il s'agissait du livre de Mariana;

«3 Pourquoi, lorsque tant de vos Pères écrivent en faveur de la doctrine qu’on appelle indirecte, contraire aux lois fondamentales du Royaume, aucun d’entre vous n'a écrit, ni prèché dans le sens opposé. Répondez à ces questions. »

« Je répondis à la première, rapporte le P. Coton, que nous n'avions d'autre sentiment que celui des Universités catholiques.

« À la seconde, que Votre Paternité avait confirmé le décret dé son prédécesseur touchant la dangereuse doctrine |du tyrannicide |;

« À la troisième, que nous avions jugé plusà propos de garder le silence sur ces questions, puisque, en les traitant, il nous aurait fallu combattre le torrent des docteurs, même saint Thomas, saint Bernard, Gerson et beaucoup d'autres auteurs étrangers et français, ce qui aurait été difficile; et parce que, si nous avions combattu l'opinion contraire, qui est la plus commune, la nôtre aurait aussi été condamnée par les écoles d'Italie, d'Espagne et d'Allemagne, et que nous aurions eu, dans cette cause, plus d’adversaires que de partisans. C’est pourquoi, nous avions pensé qu'il valait mieux étouffer cette controverse, d'autant plus que nous avons un Roi qui n’est ni un tyran, ni un usurpateur, les seuls dont parlent Santarelli et les autres; en sorte

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