Garasse, op. cûl., p
que ceux qui, sous ce rapport, feignent de craindre quelque triste accident, semblent faire injure à notre souverain. »
« Le premier président, reprenant la parole, ajouta : Vous avez vu dans quels périls nous ont jetés les libelles diffamatoires intitulés : Mysteria pohitica, Admonitio ad Regem, Quaestiones quodlibeticae ; pourquoi donc, vous qui êtes instruits et éloquents, n’écrivez-vous pas dans un sens contraire? — Nous répondimes, que nous écririons toutes les fois que nous pourrions le faire à propos. — Il ne s’agit pas d’attendre, réplique le premier président; il vous faut écrire; et de plus, vous allez signer de suite les quatre propositions dont le greffier de la cour va donner lecture. Lisez, greffier, à haute et intelligible voix!. »
Le greffier lut alors les quatre propositions qui suivent : « 1° Que le Roy ne tient son Roïaume que de Dieu et de son espée. — 2° Que le Roy ne recognoit aucun supérieur en son Roiaume, que Dieu seul. — 3° Que le Pape ne peut mettre le Roy et son Roïaume en interdit, et dispenser ses subjets du serment de fidélité qu'ils luy doivent, pour quelque cause et occasion que ce soit. — k° Que le Pape n’a aucune puissance, ni directe ni indirecte, médiate ni immédiate, coactive ni directive. sur le Roy, pour quelque cause et occasion que ce soit?. »
« Voilà, dit le premier président à la fin de la lecture, les propositions auxquelles vous devez souscrire. Vous obtiendrez, en outre, de votre Père Général, qu'il censure et condamne le livre de Santarelli. » — « Je lui répondis, rapporte le P. Coton, que ces propositions exigeaient un müûür examen et que, au premier énoncé, elles présentaient deux choses impossibles : la première, que notre Père Général condamnât ce qu'avait approuvé le Maitre du Sacré Palais, puisque, s’il le faisait, il provoquerait
sur lui les rigueurs de l’Inquisition; la seconde, que la proposition où il était dit que le Pape ne peut pas excommunier le
Roi était injurieuse au Roi lui-même, qu’elle le mettait, pour
ainsi parler, en dehors du bercail de Jésus-Christ et de la com-
munion des fidèles, à laquelle préside le Souverain Pontife,
Vicaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ et successeur de saint
Pierre ; | Le P. Provincial s'arrêta sur ce dernier trait qui ne fut pas sans produire quelque émotion; puis, au nom de ses confrères,
1. Relation du P. Coton (Franc. Hist. Prov., t. III, n. 100). 2. Articles proposés aux Jésuites (Œuvres et épreuves, n. 37 bis). 3. Relation du P. Coton déjà citée.
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il pria la cour de vouloir bien leur remettre les propositions par écrit et leur accorder le temps de se concerter dans une salle voisine. Il fut fait droit à leur demande, et on les rappela au bout d’un quart d'heure. Tous avaient décidé qu'ils ne pouvaient souscrire des propositions contraires à une doctrine autorisée et généralement enseignée dans l'Église, et ils étaient convenus de la déclaration suivante qu'ils remirent au premier président. « Nous supplions très humblement la Cour d’avoir
pour agréable que nous ne tenions ni signions autre chose
touchant ces quatre articles que ce que tiendront et signeront les Prélats, les Universités et Les autres Ordres religieux antérieurs au nôtre : car cest tout ce que nous pouvons!. »
M. de Verdun ordonna aux Pères de se retirer quelque temps, pendant que les magistrats délibéreraient sur leur déclaration. Celle-ci était sage, habile et humble tout à la fois. Sur le point en litige, les Jésuites ne prétendaient point penser mieux que les théologiens des autres familles religieuses et des autres corps. savants. Or n'avait-on pas vu, même en France, des évêques et des prêtres séculiers suivre la doctrime de Santarelli; n'avait-on pas entendu le cardinal du Perron la soutenir aux
derniers Etats Généraux? Pourquoi donc alors exiger des seuls
Jésuites la promesse de n’admettre que l’enseignement contraire? Le raisonnement était juste, sans réplique : il embarrassa et froissa Les juges. Ils se persuadèrent, dit Garasse, qu’en parlant de se ranger à l'avis des évêques nos Pères faisaient allusion «aux animosités présentes de la Cour et du Clergé, où journellement on ne voyoit autre chose que des excommunications des Prélats contre le Parlement et des arrêts du Parlement contre les Prélats. La Cour donc s’imagina que c'estoit une espèce de moquerie, à laquelle pourtant il est certain que nos Pères n’avoient pas songé. » La délibération se ressentit de la mauvaise humeur des magistrats. Quelques-uns, entre autres le président de Mesmes, voulaient qu'on retint prisonniers le P. Coton et le P. Armand; mais d'autres objectèrent le ridicule d’une mesure si odieuse, si injustifiée ; de part et d'autre on s’échauffa si fort, que le premier président leva brusquement la séance et renvoya la conclusion à un autre jour. Les Pères furent congédiés vers 1 heure de l’après-midi?.
1. Déclaration des supérieurs de Paris (Œuvres et épreuves, n. 37 bis). 2, Garasse, p. 159-161.
7. Dans la soirée, le P.. Provincial se rendit: auprès du nonce pour lui rapporter les événements et aviser avec lui. Spada se montra très réservé ; 1l témoigna sa peine du diserédit où se trouvaient les Jésuites; il donna des conseils de modéÿation; mais il aurait cru manquer à son rôle en intervenant comme représentant du Saint-Siège dans une affaire où celui-ci n’était pas intéressé directement et où il serait redoutable de provoquer le dépit de Richelieu. Le cardinal secrétaire d’État lui recommandait de soutenir la cause des Pères « avec cette prudence que demandent des matières si délicates, dans lesquelles souvent il vaut mieux se taire que parler! ». « Votre Seigneurie illustrissime n’a d'autre attitude à prendre que ceHe de directeur, sans employer le nom, n1la personne, ni l'autorité du Saint-Père, comme elle a fait très sagement jusqu'ici. » .
Quant au pape Urbain VIII, son impression nous est connue par la correspondance du cardinal Barberini. «A la première nouvelle que Sa Sainteté eut par vos lettres de la commotion qu'avait causée à Paris la doctrine contenue dans les chapitres xxx et xxx1 du traité de Haeresi, elle jugea, par le souvenir de ce qui était arrivé autrefois, de tout le, mal qui pouvait en résulter. Elle se plaignit amèrement de nos écrivains et particulièrement des Pères de la Compagnie à qui les Souverains Pontifes ont si souvent recommandé de ne pas agiter ces questions de l'autorité pontificale qui, vraies et catholiques en principe, trouvèrent cependant toujours en fait une granderésistance, et qui, traitées sans autre besoin que d'en faire parade devant le public, ne servent qu’à exciter les susceptibilités jalouses des princes, à les trriter contre le pouvoir des papes et à les prévenir contre eux au détriment de l’infaillible vérité... Sa Sainteté a chargé le cardinal Magalotti de faire de sévères reproches au P. Général pour avoir laissé imprimer cet ouvrage. »
Notre ambassadeur à Rome, M. de Béthune, aurait voulu du Pape une protestation formelle et publique. Dans une lettre à Richelieu, il disait au sujet du livre condamné : « J'en ay parléau Pape, luy remonstrant que sa puissance spirituelle ne s’augmenteroit point par tels écrits, et que néantmoins il en pourroit naistre plusieurs inconvénients et scandales dangereux. Mais il ne se porte
1. Lettre de Barberini à Spada, 26 février 1626 (Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 406, f. 488).